dimanche 29 janvier 2012

la mère, l'enfant et la maladie

Lecteur, je m'adresse à la mère en toi.

Si tu es homme, cherche aux tréfonds de ton âme la part féminine qui sommeille en toi. Si tu es femme sans enfant, essaye de t'imaginer avec une progéniture. Je sais bien que ce n'est pas simple, je ne suis pas de celles qui croient que nous avons un instinct maternel ancré au cortex. L'instinct maternel existe dans l'imagination de celles qui ont besoin de s'accomplir dans la maternité. Mais si tu fais une effort, tu vas y arriver.

A y est ? Tu es prêt, lecteur ?

Te voilà mère.

Maintenant, imagine-toi assise au bureau de ton home-office, le chien endormi sur le lit derrière toi, enchaînant les conférences téléphoniques sur des sujets plus pointus les uns que les autres. Tu es stressée. Très stressée. Tu te dis que cette journée est interminable et il n'est que 11 heures du matin.

Le téléphone de la maison sonne. Tu ne réponds jamais au téléphone dans la journée. Dans la journée, tu bosses. Ici, entre 8:00 et 18:00 c'est office plus que home. Z'ont qu'à rappeler plus tard. D'ailleurs, si tu décrochais, il y aurait deux chances sur trois pour que ce soit la dame qui veut te vendre des fenêtres terre-de-quelque-chose, celle à laquelle tu as demandé déjà dix fois de sortir de ses listes, celle que tu as menacé de dénoncer à la CNIL. Ben non, tu ne l'as pas fait. T'as autre chose à faire de tes journées que de dénoncer les spammeurs téléphoniques à la CNIL ! D'ailleurs, t'as même pas le temps de faire tout ce que tu dois faire dans cette journée, tu es stressée, tu bosses sur des trucs sensibles, politiques. C'est pas une bonne journée.

Bordel, mais il insiste le téléphone du salon ! Ça t'empêche même de réfléchir. Tu es super énervée. C'est pas une vie d'être tout le temps dérangée comme ça. Tu décroches, ne serait-ce que pour en finir :
- Allo ?!, tu fais, d'un ton qui dit c'est pas le moment de me faire iech !
- Allo, Madame Doudette ? C'est la maîtresse du Poussin. Il est malade, là, il a vomi en classe.
Tu hésites entre (i) éclater de rire à la vision de ton fils s'oubliant sur les chaussures vernies de sa voisine de pupitre et (ii) un profond désespoir à la pensée que cette journée est encore plus pourrie que tu l'imaginais... et il n'est que 11 heures.
- Je viens le chercher dans 10 minutes.
Le temps d'envoyer une email pour avertir tes interlocuteurs professionnels que tu t'absentes 30 minutes pour récupérer l'enfant malade et te voilà revenue l'enfant sous le bras.

Il est mal en point, l'enfant, blanc comme linge vieilli et grisâtre... le regard fiévreux mais pas de fièvre. Il dit qu'il a mal au coeur... Tu lui proposes de se mettre dans son lit avec un livre, tranquille dans sa chambre, mais il veut rester avec toi. Tu l'installes sur ton lit, dans ton home-office. Tu lui donnes de l'eau (pas beaucoup parce que, bon, on ne sait jamais) et une bassine pour les coups durs... Tu dis gentiment qu'il faut qu'il dorme, il te sourit. Tu lui dis que tu as des calls tout l'après-midi. Il dit je sais, je vais dormir peut-être. Tu lui demandes s'il veut l'iPad pour jouer. Il dit non merci. Tu sais alors qu'il est vraiment mal en point : un enfant normal veut l'iPad et ne dit pas merci.

Tu rentres en call. Tu es toujours aussi stressée mais avoir un enfant malade à la maison te change un peu les idées, te remets en place l'ordre des priorités. Tu envoies un email au Doudou pour lui demander d'appeler le docteur pour savoir ce qu'il faut faire. Le Doudou est idéal pour cette tâche. Il a été malade deux jours plus tôt. C'est lui le coupable, lui qui a refilé sa gastro à son fils. Il est donc normal d'assurer le partage des tâches : à toi le vomi, à lui l'appel au médecin.

Tu tentes de te concentrer sur les calls mais l'enfant ne parvient même pas à garder l'eau qu'il a bu. Les écouteurs sur les oreilles, le bouton silence activé sur le téléphone, tu nettoies la bassine en tentant de rester concentrée dès fois qu'on te demande quelque chose dans le téléphone et qu'il faille que tu prononces une ou plusieurs phrases. Ton vocabulaire à cet instant serait plutôt de l'ordre du beark, pffff, m'enfin. Mais il n'est pas impossible que tu doives construire un raisonnement avec un sujet, un verbe et plusieurs compléments. Stay focused, tel est le leitmotiv.

Le Doudou t'envoie un email. Le docteur a dit que c'était sûrement une gastro (on s'en serait douté !), que si pas de fièvre, on boit du coca sans bulle et on attend que ça passe. Si fièvre le lendemain, lui amener l'enfant. Du coca, on en a à la maison. Et le Poussin est content de boire du coca, même sans bulle. Tu lui mets une petite cuillère dans le verre, pour qu'il puisse jouer enlever les bulles lui-même.

Tu repars en call. Cette fois, c'est toi qui parle. Tu es leader sur la call (oui, deux mots anglais dans une phrase en français, je bats ma coulpe). Tu es prête. Le sujet est d'importance. On parle futur du business, projets, actions, plans d'action, on doit prendre des décisions. Soudain, bluuuuurp, la bassine se remplit. Re bluuuuuurp. Tu ne peux pas mettre en mute, tu causes. Tu ne sais ce que tes interlocuteurs ont entendu, tu pries pour qu'ils aient pris ce bruit inédit pour des travaux dans l'immeuble. Tu ne sauras jamais. On ne peut pas interrompre une discussion animée entre professionnels de la profession par un Dites, vous avez entendu mon fils se vider ? Ce n'est pas crédible. Tu finis la call, tu parviens à rester concentrée sur le sujet malgré les effluves qui se répandent dans la pièce et le chien qui tente de laper le contenu de la bassine. Tu vois, lecteur, ceci démontre l'importance de bien préparer les réunions. Une réunion bien préparée peut être tenue dans les circonstances les plus extrêmes.

Tu vides (encore) la bassine. Tu te laves bien les mains. Et repars en call. Parce que, je te rappelle, c'était une journée pourrie et stressante avant même que l'enfant malade revienne à la maison. Tu te dois d'assurer. Les urgences sont les urgences. L'enfant n'est pas une excuse pour procrastiner. Tu dois pouvoir tout faire. Heureusement, les réunions suivantes sont moins des discussions que des réunions d'information. Tu dois écouter, être attentive mais le mode silence du téléphone, on le dirait fait exprès pour ce genre de situation.

L'enfant se repose enfin. Peut-être va-t-il pouvoir s'endormir...

Ah non ! Pas le temps d'atteindre la bassine, cette fois-ci. Il faut changer les draps de ton lit. Et la couette. Tu as envie de hurler. Mais tu ne peux pas. D'abord, l'enfant ne comprendrait pas. Il n'a rien fait de mal. Il est malade. Ensuite, tu es supposée rester maîtresse de tes émotions. Ne pas faire d'esclandre. Tu dois garder tes forces pour le boulot qui t'attend. Tu profites d'une pause d'une demi-heure entre deux calls pour ressortir la deuxième couette du placard, changer les draps, préparer un gros sac pour le teinturier, donner un bain à ton fils, le changer, lui faire un câlin... et c'est reparti pour un tour !

La nounou arrive de l'école avec la Poussinette. Tiens, il est déjà 16:45 ?! Ou plutôt, il n'est QUE 16:45 ?! Tu ne souhaites qu'une chose, que cette journée interminable se termine. Tu mets le Poussin en quarantaine. Tu interdis fermement à sa soeur de l'approcher à plus d'un mètre. Un enfant malade, c'est bien suffisant. Bien sûr, la fille veut voir le frère. Elle ouvre et ferme la porte, s'approche aussi prêt qu'elle peut, fait son intéressante parce qu'on ne s'occupe pas assez d'elle. Toi, tu tentes de travailler, tu as un mémo à rédiger. Tu as une envie folle de hurler. Mais hurler pourquoi ? A part provoquer des larmes et des cris (très sonores), tu ne parviendras qu'à t'éloigner de ton but : en finir avec cette journée.

Tu dis très fermement à la Nounou qu'elle doit gérer la Poussinette. Tu donnes l'iPad au Poussin qui semble aller mieux puisqu'il l'accepte.... et tu te plonges dans le travail. Tu arrives à être efficace 2 heures. Tu te dis : j'arrête, j'ai fini. Et là, au moment où tu vas éteindre l'ordi, tu reçois une invitation pour une réunion le soir, une réunion importante avec plein de gens qui vivent sur un autre créneau horaire. Cette réunion, tu dois y être. Toi, tu n'as qu'une envie, te mettre sous la couette à 20:30 et pioncer. Ben non...

Le Doudou rentre. Tu lui dis que tu n'en peux plus. Il compatit... mais quand tu lui annonces que son fils a vomi dans son lit, il manque de s'étouffer. Tu réalises que si le Poussin se trouve mal dans la soirée, son soutien sera essentiellement psychologique. Le vidage de bassine n'est pas dans les cordes du Doudou. Lui, il appelle le docteur. Le partage des tâches.

L'enfant s'endort. Tu rentres en réunion. Une demi-heure plus tard, c'est bouclé. Il est 22:00, tu vas pouvoir te reposer, tu as fini ta journée de galère...

... Que tu crois ! Parce que l'enfant malade se réveille en sursaut, en sueur et en pleurs. Il a fait un horrible cauchemar. Tu lui fais un gros câlin, tu réussis à le calmer, tu ne sauras pas de quoi ce cauchemar est fait, mais il fait très peur. Il te l'aura dit quinze fois, l'enfant malade, maman, ça fait peur, j'ai peur, et toi, tu auras été désemparée, incapable de calmer ses frayeurs de façon efficace. Heureusement, le simple fait d'être mère, ta présence inquiète à ses côtés suffit à réduire les sanglots. L'enfant finit par se rendormir.

Il est 22:30. Tu te mets au lit. Deux minutes plus tard, tu dors.

Même pas le temps de te féliciter et de féliciter tes copines.

Mères d'enfant malade, sachez le :

Vous êtes douées d'une force surhumaine.

C'est un fait.
Nul ne peut contester.

vendredi 27 janvier 2012

Supprimer le mariage civil, et puis quoi encore ?

Mon copain catholique - et néanmoins très sympathique - Nicolas défend sur son blog l'idée saugrenue (si, si saugrenue !) de la suppression du mariage civil. Il constaterait une décadence de l'institution laïque, laquelle n'aurait dès lors plus lieu d'être.

Pffffff... Comment dire que je ne suis pas DU TOUT d'accord sans hurler et ruer dans les brancards ?

Petit rappel biographique pour remettre les choses dans leur contexte subjectif :
  • Je suis juive athée-mais-juive-quand-même-tu-peux-pas-comprendre-t'es-pas-juif ; le Doudou est catholique tendance si-je-m'écoutais-je-serais-protestant-parce-que-Dieu-je-lui-cause-quand-je-veux-où-je-veux.
  • Du moment où le Doudou et moi avons décidé de devenir parents, nous avons également décidé de nous marier. Cela nous semblait évident.
  • Il ne nous a pas traversé l'esprit de nous marier religieusement pas plus que l'idée ne pas nous marier n'a germé dans nos cerveaux amoureux.
  • Nous nous sommes mariés un jour de mai en haut d'un escalier tournant, dans une salle à grand lustre d'une mairie moderne.
Nous voulions nous marier.

Nous voulions un mariage républicain.

Nous voulions la lecture du code civil.

Nous voulions sortir ensemble d'une maison commune, au fronton de laquelle les mots Liberté, Égalité, Fraternité seraient gravés dans la pierre.

Le mariage républicain est un mariage devant la Nation, un mariage devant la Société. Se marier civilement, c'est crier son amour et les engagements en découlent à la face du monde ! Faire bisque bisque rage aux fâcheux ! En nous mariant, nous décidions que nous étions le noyau d'une famille. Nous aurions pu décider de ne pas avoir d'enfants, ou ne pas pouvoir en avoir. Nous aurions néanmoins été une famille pour la Société, pour l'Etat. Nous aurions aussi bien pu prendre les mêmes engagements (moraux) sans nous marier, tu me diras lecteur. Sans doute mais dans ce cas, cette déclaration n'aura pas eu de valeur universelle. Nous aurions pu le dire, l'écrire mais la portée de cette déclaration aurait été limitée. Cela n'aurait pas eu la valeur d'un acte d'état civil.

Je crois au mariage civil, aux traces qu'il laisse dans l'histoire familiale, dans l'Histoire tout court. Quand tu es née juive avec la moitié de tes aïeux disparus trop jeunes, trop seuls, tu t'attaches à des bouts de papier pour reconstruire ton identité, et ce n'est pas ceux qui collectent ces données là qui me contrediront.

Dans les pays où le mariage civil n'existe pas, les mariages mixtes sont compliqués, le communautarisme exacerbé. Ce communautarisme autorise le rejet de l'autre, l'exclusion de celui qui ne veut ou ne peut rejoindre un temple ou une église. Le mariage civil permet de franchir les barrières tout en donnant une légitimité à ces couples où l'un ne peut ou ne veut épouser la religion de l'autre, à ces couples qui n'ont pas de religion, qui se refusent à choisir.

Un acte de mariage civil prouve l'attachement du couple à un pays, à des institutions. Il est fondateur de la famille civile. Le mariage religieux n'aura jamais cet attachement des principes reconnus par les lois du pays. Ainsi, le mariage civil a un rôle intégrateur dans la société, il intègre ces étrangers qu'on fustige, il intègre les laissés pour compte. Il met sur le même plan, dans la même salle des mariages d'une mairie défraîchie, le cadre supérieur et l'employé de bureau. La cérémonie est la même pour tous. Les obligations légales, ânonnées par un adjoint au maire las mais souriant, l'écharpe tricolore sur le ventre bedonnant, rappelle que le mariage n'est pas un long fleuve tranquille, que le droit s'y applique comme ailleurs. C'est un formidable agrégateur social.

Voilà, pour toutes ces raisons et bien d'autres (personnelles et fleur bleue), je refuse de croire que le mariage civil est une institution décadente.

Supprimer le mariage civil ? Quelle idée saugrenue !

samedi 21 janvier 2012

C'est de famille !

Ce matin, Ipsos, l'institut de sondage, appelle à la maison et me demande si je peux répondre à une enquête d'opinion sur l'actualité de la semaine écoulée. J'étais dans un bon jour. Je dis oui. Après deux ou trois questions d'usage sur mon âge (je suis jeune, c'est tout ce que tu dois savoir sondeur), mon lieu de résidence (le sondeur appelle à la maison mais pose quand même la question, des fois que...), la question qui tue :

- Êtes vous le chef de famille ?
Dans la famille, telle que je le conçois, il n'y a pas de chef, il y deux adultes qui élèvent ensemble deux enfants, tant bien que mal et à la va que je te pousse...
- Le quoi ?
- Êtes-vous la seule adulte au domicile ?
- Ben non, il y a mon mari aussi...
Mais où veut-il en venir ?
- Donc vous n'êtes pas le chef de famille. C'est votre mari, le chef de famille.
Kewaaaaaaa ?!!!! Et puis quoi encore ?
- Vous savez que...
- Oui, je sais madame, on nous déjà fait la remarque quelquefois.

Quelquefois ? Ben, mesdames, vous êtes bien gentilles... Pour ma part, j'ai dit au sondeur, même s'il s'en fout et ne peut rien y faire - il pose des questions écrites par d'autres, c'est tout - que la question était biaisée et donc la réponse forcément inexacte. J'ai ajouté, sur le ton vexé d'une mégère pas apprivoisée, qu'il ne savait rien de ma vie et de qui était le chef. D'ailleurs, entre toi et moi, lecteur, c'est moi le chef ! Qu'on se le dise !

Donc, pour Monsieur Ipsos, l'homme est le chef de famille. Cela te donne une idée des autres questions du sondage. Répondre par d'accord, plutôt d'accord, plutôt pas d'accord, pas d'accord à une série de questions sur l'actualité politique et ne jamais pouvoir dire "plutôt d'accord mais pas suffisant" ou "d'accord mais ce n'est pas la priorité" ou "on s'en fout" est frustrant. J'ai répondu quand même, réalisé en répondant que je ne savais plus pour qui j'avais voté aux régionales, et rappelé à la fin au sondeur que sa question sur le chef de famille était idiote. Il a pensé - sans doute à juste titre - que j'étais une passionaria féministe qui faisait une fixette sur un truc sans importance. Peu importe. Certains points méritent qu'on les enfonce.


C'est comme cet adage juridique qui veut que le bon père de famille soit le meilleur gestionnaire.

Le bon père de famille, chez moi, est celui qui rêve d'avoir toute la panoplie des équipements Apple, quelque soit leur prix, préfère une berline à un monospace familial. Celui auquel il faut dire "je mets mon véto, on n'en a pas besoin ! Le nôtre est TRÈS BIEN ET FONCTIONNE PARFAITEMENT". C'est un excellent papa (donc un bon père de famille) mais si je le laissais faire, on aurait un écran plasma géant alors qu'on regarde la télévision tout au plus une fois par semaine.

Et encore, mon Doudou à moi est assez raisonnable....

Personnellement, je connais plus de femmes responsables et économes que d'hommes dotés des mêmes caractéristiques. J'ai interrogé mes amis et relations et c'est un fait dûment constaté. Les femmes ont des fringales de fringues, surtout pour leur momerie, mais pour le reste, elles songent à l'avenir et évitent de percer le panier. Ce constat résulte d'un sondage auprès d'un échantillon non représentatif de la population nationale... mais à la différence de l'institut Ipsos, je sais exactement qui est le chef de famille dans mon échantillon et, crois-moi lecteur, ce n'est que rarement l'individu mâle du foyer.

Les anglais et les américains utilisent le terme "reasonnable" pour qualifier le comportement qu'il convient d'avoir quand il s'agit de gérer ses petites affaires. Raisonnable. Qui fait appel à la raison. On réfléchit avant d'agir. On se comporte comme il faut. On est rationnel. Voilà qui me semble nettement plus adapté que le bon père de famille de notre droit civil.

Cette référence au bon père de famille est datée. Elle remonte à un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, un temps, pas si lointain que ça, un temps que toi, lectrice féministe, tu as peut-être connu, un temps où les épouses devaient demander l'autorisation de leur mari pour ouvrir un compte en banque. Elle est obsolète. Elle est insultante. Elle est dégradante et ce pour plusieurs raisons :
- il n'est nul besoin d'être un homme pour se comporter raisonnablement,
- il n'est nul besoin d'être parent pour se comporter raisonnablement,
- il n'est nul besoin d'avoir une famille à soi pour se comporter raisonnablement.

Femme célibataire ET RAISONNABLE, indigne-toi !
(ce combat vaut bien celui d'autres indignés)


Résumé de ce billet à l'attention du mâle mal comprenant :
- la femme peut être le chef de famille,
- le père de famille peut ne pas être bon,
- le bon père de famille peut être une femme,
- la famille peut avoir deux chefs ou ne pas en avoir (de chef).

Et toi, Ipsos, tu arrêtes avec tes références datées.

dimanche 15 janvier 2012

Dis moi quelle langue tu parles...



Hello,


J'ai revu le deck que tu m'as shooté hier. Pas mal du tout. Tu fais bien passer le message. J'insisterais un peu plus sur le background dans la première partie. Il faudrait aussi élaborer sur l'impact business, notamment en terme de ROI et d'OPEX... Je vais nous plugguer un call pour qu'on puisse revoir les slides ensemble et faire les edits nécessaires. Je demanderais bien son input à Trevor si tu es ok de sorte qu'on puisse donner un feedback constructif lors du meeting du 26.

D'ailleurs à propos du meeting du 26, t'as reçu une invite ? Parce que je n'ai aucun meeting request dans mon inbox et ça commence à m'inquiéter. Je crois que Nathalie est complètement sous l'eau et qu'elle m'a oubliée dans sa distribution list. Merci de me forwarder l'invite si tu l'as reçue que je puisse m'assurer de ma disponibilité.

A date, mon agenda est vide pour le 26 mais ça se remplit vite et j'ai deux ou trois gros meetings que je dois scheduler ce mois-ci. Donc, le plus tôt, le mieux.

Merci de ton retour rapide.

Cdt.


Parfois, la façon dont nous communiquons dans un monde professionnel où la novalangue est banalisée me contraint à m'interroger sur l'effet de la langue sur la structuration de notre pensée. A force d'employer des anglicismes, des approximations syntaxiques, des acronymes, ne sommes nous pas formatés pour ne réfléchir que d'une certaine façon ? Qu'avons-nous gagné (et perdu) à tous employer les mêmes tournures de phrase, même quand nous employons notre langue natale ?

Si nous ne sommes plus capables, par flemme ou par convention, de construire un discours sans nous tourner vers la facilité d'un vocabulaire couramment employé dans un certain milieu professionnel, cela entraine-t-il nécessairement un appauvrissement corrélatif de notre pensée ?

Penser différemment, hors cadre, proposer autre chose que ce que l'on attend de nous, est-il encore possible ? Oui, juridiquement, techniquement, philosophique, c'est possible. Mais à force d'employeur le même langage, ne sommes-nous pas en train de réduire notre champ de réflexion.

En n'énonçant pas clairement, cela remet-il en cause notre capacité à bien concevoir ?

La poule, l'oeuf, tout ça...

mardi 10 janvier 2012

L'école, les photos et Internet

Je m'interrogeais ici sur la place des images de nos enfants sur la toile et sur ce qu'il était ou pas légitime de faire. Ça me semblait (et me semble encore) un chantier gigantesque...

Les fondations ne sont pas encore solides que nous essuyons déjà les plâtres avec nos enfants comme premiers cobayes d'une vie numérique dont ne connaît pas l'issue. Resterons nous vivants sur la toile, Eden virtuel, quand nos cendres se seront évaporées depuis des siècles ? Telle est la question que je n'ose pas encore me poser.

Le problème posé était déjà épineux et pourtant je n'avais pas pris en compte la variable école dans l'équation. Dans la nébuleuse de mon cerveau embrumée, je me doutais bien qu'il pouvait y avoir un impondérable école mais, flemmarde, j'avais décidé de ne pas en tenir compte. Trop compliqué. Et la complication nuit à la démonstration.

En outre, quand j'étais enfant, ce qui remonte à un temps où la pellicule était argentique et le développement en chambre noire, laquelle chambre m'apparaissait étrangement rouge pour une chambre noire, lorsque des photographies étaient prises à l'école, elles étaient affichées sur un mur et on n'en parlait plus. On ne photocopiait pas, on ronéotypait (oui, je suis aussi vieille que ça !). Et donc, les enfants n'avaient pas de cahier de vie avec les photos des sorties scolaires collées dessus.

Mais aujourd'hui est un autre monde. Et il convient de s'adapter. Deux exemples tirés de ma vie de maman, pour faire plaisir à ceux qui croient encore que ce blog portninwak est un blog de maman.


- exemple numéro 1

Avant Noël, la prof de musique de l'école du Poussin avait organisé un petit spectacle de danses du temps passé, destiné à nous démontrer que l'enfant du XXIème Siècle peut maîtriser la picadelle et le brisquet. Bien évidemment, l'assistance, composée exclusivement de parents attendris qui n'avaient d'yeux que pour leur progéniture, a dégainé smartphones, caméras et appareils photos pour immortaliser ces bouts de chou, troooop crôquignous... Ça a flashé de toutes parts.

A la rentrée de janvier, une note de la directrice dans le cahier de correspondance nous enjoignait à ne publier ni photos ni films sur les internets mondiaux, sous peine de nous attirer le courroux d'une administration tatillonne... A défaut, elle interdirait les appareils photos et tout autre moyen de prendre des photos aux prochains évènements scolaires. Ô frustration ! Le ton du message était direct, sans fioriture et un peu adjudant chef remettant la Légion au pas.


Exemple numéro 2

La maîtresse de la Poussinette entend mettre en ligne, accessible aux parents, un album des photographies des sorties scolaires. Elle a ainsi demandé aux parents d'accepter individuellement, expressément et par écrit cette mise en ligne.

Le Doudou et moi avons hésité... puis accepté que notre fille y soit. Cependant, pour faire honneur à notre qualité de parents juristes, nous avons soumis notre acceptation à un certain nombre de conditions suspensives que nous avons - aussi lisiblement que possibles - mentionnées sur le carnet de correspondance : le compte devait avoir un mot de passe et/ou il ne devait être ni public, ni indexé.

La maîtresse n'a pas tiqué, a lu notre prose en souriant et m'a confirmé qu'elle y avait pensé et que donc tout irait bien.


Ces deux exemples posent un certain nombre de questions sur nos comportements.

1. Nous, qui sommes si prompts à protéger l'image de nos propres enfants, avons-nous le même souci pour les enfants des autres ? Je pense notamment aux parents blogueurs qui font bien attention à ne pas mettre la tête de leurs enfants sur leur blogs. Font-ils aussi attention aux camarades de classe ? Quand nous photographions un évènement scolaire et instagram-ons / twitpiquons l'évènement, outre-passons nous nos droits ?

2. Si quelques parents refusent que l'image de leur enfant soit mise en ligne sur un site protégé, quels droits pour les autres enfants ? Imaginons que ma fille se trouve sur une photo avec une des ses ex-futures-meilleures copines et que les parents de cette ex-future-meilleure copine refusent que leur fille apparaisse, comment puis-je avoir accès à l'image de ma fille ?

3. Comment l'école peut-elle contrôler que l'image des élèves est protégée de façon appropriée ? Les enseignants n'ont pas les moyens et ne sont pas formés à surfer sur internet pour protéger leurs ouailles.


Nous sommes aux balbutiements de l'usage du net par l'école et les parents d'élèves... et il me semble utile, en conclusion de ce billet, de revenir à un vieux texte, qui trouve désormais de nouveaux débouchés :

Code civil - Article 9


Chacun a droit au respect de sa vie privée.

Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée : ces mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé.

vendredi 6 janvier 2012

Open Space ou Home Office

Tu le sais, lecteur, dans mon super boulot que j'ai depuis presque deux ans (oui, deux ans déjà), j'ai le choix entre la solitude de mon home office et la convivialité de l'open space. Entre les deux, mon coeur et ma conscience balancent.

Je te propose donc une étude comparative et subjective des deux et tu pourras me donner ton avis.


1. Le transport

Home Office : pas de transport, à moins que l'on considère que le trajet de mon lit à mon bureau soit un trajet qui mérite qu'on s'y attarde.

Open Space : RER A, puis RER B. Ai-je besoin d'en dire plus ?


2. L'information

Home Office : après avoir ouvert l'ordinateur, l'avoir connecté au réseau, m'être étonnée que cela fonctionne, avoir lu et répondu aux premiers emails urgents, première pause café avec twitter. Je découvre les dernières informations essentielles, à savoir la bourde de #laredoute sur ses pages enfants et la bourde de #hollande qui aurait traité #sarkozy de #SaleMec. Si tu te demandes pourquoi je mets des dièses partout, lecteur, c'est que tu fais partie de la #teamOpenSpace, pas de la #teamHomeOffice. Tant pis pour toi.

Open Space : après m'être installée sur une hot desk disponible (et heureusement, parce que j'avais encore oublié de réserver !), laquelle n'est pas une table chaude mais un bureau sans propriétaire fixe, lecteur ignare, je profite des conversations des collègues qui devisent à voix haute et intelligible dans la tranchée juste derrière. Ces collègues ont découvert le sexe turgescent du baigneur de la Redoute grâce au Petit Journal de Canal + et le "Sale Mec" de Hollande grâce à iTélé. Tout cela deux jours après que j'en ai pris connaissance via twitter. Reste à savoir si être dépositaire d'une telle information 48 heures avant ses collègues a le moindre intérêt professionnel...


3. Le café et le thé

Home Office : pour la pause café, j'ai le choix entre trois machines à capsules qui produisent du thé et du café de qualité pour tous les goûts et toutes les heures de la journée. Je peux, si je le souhaite, me calmer au déca et à la tisane ou me booster au café corsé et au thé noir. Toi qui sais ce dont une journée de travail est faite, tu peux apprécier l'importance de ces breuvages stabilisateurs d'humeur, indispensables au passage du temps...

Open Space : ici aussi grand choix de breuvages, entre le café à capsules, lesquels sont commercialisées par le Comité d'Entreprise et la machine a café instantané, commercialisé par un tiers. Y a même un distributeur d'eau froide, tempéré ou chaude et un distributeur de canettes de sodas... et de soda, il n'y a point au Home Office. Ce qui me fait penser que je devrais acheter du coca... sauf que c'est pas bon pour la santé et que ça excite. Mais, quand même, si y en a au bureau de l'open space, pourquoi y en aura pas dans mon bureau de chez moi ? Parce que. Ben oui, parce que. Na !


4. Le déjeuner

Home Office : si je veux (si j'veux hein...), je sais me faire de super petits plats pour mon déjeuner. Même que je pourrais mitonner des repas équilibrés ! Ok, d'accord, j'ingurgite une tranche de jambon, un Babibel, un yaourt et une clémentine devant l'écran entre deux conférences téléphoniques. Et ne me dis pas que ce n'est pas équilibré : protéines, glucides, vitamines, tout y est ! Ah !

Open Space : des repas équilibrés et variés pour 5 euros à la cantine, ça existe. D'accord, ce n'est pas de la grande cuisine mais ça se laisse manger. Et la cantine bénéficie d'un éclairage en lumière naturelle avec vue sur un jardin. C'est pas choupi, ça ?


5. La convivialité

Home Office : je convivialise avec Fili. D'ailleurs, je le sors une ou deux fois par jour. Ça me permet de prendre l'air. Or, j'ai besoin de prendre l'air. Ce qui est bien avec Fili c'est qu'il a une conversation intéressante. Quand je lui dit "tu veux sortir ?", il répond en battant la queue. Si je lui dis "tu veux jouer ?", il m'apporte sa balle gluante. Ça coupe un peu les après-midi de conference call. Et puis vers 16:45, un Poussin ouvre la porte du bureau et demande d'une petite voix murmurante "t'es en call ?" puis il referme la porte délicatement à la vue des écouteurs sur mes oreilles.

Open Space : je convivialise avec les copines. Coucou les copines ! (elles lisent le blog, les copines, c'est pour ça que leur dit coucou, tu vois, lecteur curieux qui pose des questions indiscrètes). On se raconte les potins du bureau, les potins en dehors du bureau, on commente les annonces corporate. Quand je dis "tu veux sortir ?", la copine m'apporte son paquet de clopes en disant "let's go !". Vers 4:45, la copine me tape sur l'épaule et dit "attention, quand t'es en call, tu parles trop fort". Elle a raison la copine, avec le casque sur la tête, je ne m'entends pas, je hurle.


6. Le travail

Home Office : quand on est seul à la maison, on n'a rien d'autre à faire que de bosser. Du coup, on enchaîne les calls et les emails. Et comme on n'a pas de trajet, on s'y met tôt, on finit tard s'il le faut, on est hy-per-e-ffi-ca-ce. Et comme on n'est pas dérangé, on peut bosser sur un dossier plusieurs heures d'affilées. Bon, parfois, on s'emmerde, on aimerait bien parler à quelqu'un. Heureusement, il y a l'IM. L'IM c'est Instant Messenger, ça marche avec Outlook. Ça permet de faire coucou aux copines du bureau - Coucou les copines ! (oui, encore) - et de couper la journée. Et quand on veut faire une micro-pause, on peut faire un petit passage twitter, parce que 2 minutes suffisent pour obtenir de l'information et échanger des conneries (voir le point 2 ci-dessus).

Open Space : bon, alors, voilà, le travail... En Open Space, c'est là que le bas blesse. Y a pas moyen de m'y mettre. C'est pathologique. D'abord, la majorité des projets sur lesquels je bosse sont confidentiels et pas du tout destinés à être partagés avec un plateau de 150 personnes. Ensuite, l'Open Space, c'est plein de sollicitations quand on a envie de convivialiser. Toujours quelqu'un avec lequel aller prendre un café. Un thé. Un coca. Je passe mon temps à dire bonjour salut hello tu vas bien tu as passé de bonnes vacances tu as passé un bon weekend tu travailles sur quoi en ce moment bonne année joyeux noël joyeuses pâques ... A force de convivialiser, je réalise à la fin de la journée que je n'ai rien fichu. J'admets que c'est aussi parce que je n'y vais pas souvent, dans l'Open Space, que ça me fait cet effet là. Avoir des êtres humains de plus de 8 ans à qui parler à une heure diurne, ça me met dans des états pas possibles. Faut pas trop que j'abuse.


En conclusion, tu vois, lecteur, entre l'Open Space et le Home Office, mon coeur balance... et Coucou les copines !

jeudi 29 décembre 2011

C'est quoi un juif ?

Je dois me rendre à l'évidence, certains posent de drôles de questions à Google, questions qui atterrissent ici... ne me demande pas pourquoi, lecteur. Parmi ces questions, la question à cent mille euros :

C'est quoi un juif ?




voire c'est quoi réellement un juif ?, parce que le mot réellement doit avoir son importance pour celui qui pose la question. Cette requête (et ses variantes) tombe chez moi environ 3 fois par semaine.

Comme la question semble intéresser, je me suis dit que j'allais tenter une réponse.

Des fois que ça puisse satisfaire ta curiosité malsaine, toi qui pose la question aux internets mondiaux, laisse moi te confier un secret bien garder :

il y autant de définitions du juif qu'il y a de juifs sur terre !
(voir plus m'a-t-on dit récemment)

Alors, tu vois, investigateur du net, tu n'es pas prêt de trouver une réponse qui te satisfasse.

A titre d'exemple, cette liste (non limitative) de ce que peut être un juif :
- ashkénaze,
- séfarade,
- pratiquant,
- pratiquant mais pas comme l'autre juif pratiquant, là, au dessus, qui n'y connais rien,
- pratiquant mais pas comme les deux autres au dessus (et d'ailleurs pourquoi ils sont avant eux ?) parce que seule sa façon à lui est la bonne,
- allemand (car nous sommes tous des juifs allemands),
- errant,
- mangeant casher... sauf à Deauville parce que... les plateaux de fruits de mer !,
- possédant et utilisant deux frigidaires et deux services de table,
- possédant un frigidaire parce que c'est bien assez et qu'en plus il n'a pas les moyens de plus mais n'allez pas dire qu'il ne respecte pas les rites,
- qui se tape une rondelle de saucisson une fois de temps en temps,
- qui dîne d'un jambon-purée parce que c'est rapide à faire et qu'il fait faim,
- qui jeûne pour Kippour,
- qui ne jeûne pas pour Kippour,
- qui ne sait pas quand est Kippour,
- adorant les films d'Alexandre Arcady,
- qui pense qu'Arcady a apporté Bruel et Hanin au monde et mérite donc d'être cloué au pilori,
- amoureux de Barbra Streisand,
- amoureux de Barbara (l'autre),
- qui te récite tout Woody Allen par coeur même si ça t'emmerde l'humour juif new-yorkais,
- qui vit en Israel,
- qui a vécu en Israel,
- qui n'irait vivre en Israel pour rien au monde mais pour les vacances c'est bien sauf qu'il y a du terrorisme et que la famille s'inquiète,
- pro-palestinien,
- anti-palestinien,
- pour la paix en Israel,
- ayant lu plus de deux livres de Bernard Henry-Levy,
- français avant d'être Juif,
- qui voudrait ne pas avoir à se poser la question de français ou juif, tu devines pourquoi,
- athée,
- polonais,
- roumain,
- tunisien,
- riant à Popeck,
- se demandant qui Popeck peut bien être,
- riche,
- pauvre,
- qui a vécu la guerre (comment ça, quelle guerre ?),
- qui n'a pas vécu la guerre mais c'est comme si vu qu'on lui en a tellement parlé,
- qui trouve que les juifs qui parlent (trop) de la Shoah ne leur rendent pas service,
- qui a des bijoux cousus dans un revers de manteau car on ne sait jamais,
- qui fait ouf quand on baptise ses petits-enfants dès fois que ça recommence,
- qui s'en fiche que son fils épouse une goy, encore que...,
- qui ne mettrait pas les pieds dans une synagogue même si on le payait une fortune,
- qui fait circoncire ses enfants médicalement parce que c'est hygiénique,
- alsacien,
- marrane,
- qui dit être juif, c'est pas une religion, c'est une culture,
- qui dit ceux qui croient qu'être juif c'est pas une religion n'ont rien compris,
- pionnier,
- kibboutzim,
- russe,
- pied-noir,
- mère juive,
et

Rabbi Jacob !