dimanche 4 janvier 2009

compte à rebours

Petit résumé des derniers jours de 2008

Lundi 29

Coucher 2 heures du matin, pour cause de négotiation ardue au téléphone sur un dossier qui doit, pour d'absurdes raisons fiscales US auxquelles je ne comprends rien, être finalisé avant le 31 décembre à minuit.

La bonne nouvelle quand on est sous-chef (comme moi), c'est que la négotiation peut se faire sur le canapé de mon salon, l'ordi sur les genoux, le Doudou programmant à côté et qu'il n'y a donc pas crise conjugale. J'ai même droit à un jus de fruits vers 23 heures parce que le Doudou a pitité de moi qui m'escrime à convaincre la partie adverse du bien-fondé des garanties que je demande.
Vers minuit, le Doudou, fatigué d'entendre mes je comprends parfaitement mais..., s'eclipse vers notre chambre.

Je suis toute seule, toute seule, toute seule.

Mardi 30

La négotiation continue sur le dossier en cours et un autre dossier se réveille à Hong-Kong (enfin, il s'est réveillé pendant mes cinq petites heures de sommeil). Je le découvre bien vivant lorsque je consulte les 25 messages de la nuit dans le métro, heureusement désert en cette veille de 31.

Encore un dossier à cloturer avant le 31. Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à tout vouloir finaliser avant la nouvelle année ???

Le problème avec Hong-Kong, c'est le décalage horaire. Vous arrivez au bureau à Paris que c'est déjà le milieu d'après midi chez eux et donc qu'il faut faire vite pour avoir des réponses aux questions posées. Heureusement, Hong-Kong a une carte maitresse. Il y a quelqu'un en Autriche qui doit pouvoir me renseigner pendant qu'Hong-Kong s'endort. Youpi !

Vers 14 heures, j'appelle l'Autriche. L'Autriche skie. L'Autriche n'est pas disponible. L'Autriche à autre chose à faire que de répondre à Paris. A croire que Hong-Kong ne sait pas ce que le mot vacances signifie. J'emaile (du verbe transitif du premier groupe emailer) donc à Hong-Kong, que je crois plongé dans les bras de Morphée, que l'Autriche est sur les pistes et que je ne parviens à contacter personne.

Hong-Kong ne dort pas. Hong-Kong est en colère. Hong-Kong me dit de me débrouiller comme je le sens mais de contacter l'Autriche de sorte que tout soit terminé en temps utile ! Je réponds à Hong-Kong qu'à l'impossible nul n'est tenu mais que je ferai de mon mieux [j'attire l'attention des polyglotes sur l'intérêt de l'usage des termes my best efforts].

Bref, arrive ce qui doit arriver: la soirée du 30 est consacrée à tenter de contacter l'Autriche (sans doute sortie manger une wurst et boire une bière) et à tenter de finaliser la première négotiation (celle bien engagée la veille), alors que le Conseil de la première personne concernée par cette négotiation est aux abonnés absents. Parait qu'il a coupé son portable. Comment peut-on couper son portable sous pretexte de vacances en famille alors que des millions de dollars sont en jeu quelque part aux Etats-Unis ??? Y en a qui ont un drole de sens des valeurs !

Au lit à 1 heure du matin, j'ai des frissons, je claque des dents et je monte le son.

Mercredi 31

La journée commence bien : l'Autriche peut me parler quand j'arrive au bureau. L'Autriche me dit de faire comme je le sens, qu'elle me fait confiance. C'est bon d'avoir la confiance de l'Autriche.

Il est 14 heures quand le premier dossier (celui de la négo difficile) se clot par une pirouette. Comme nous n'avons pas eu ce que nous avions demandé, la partie adverse nous garantit que, si ce que nous avons demandé se réalise, elle sera très gentille avec nous. Bon d'accord, la gentillesse ne se convertit que rarement en espèces sonnantes et trébuchantes mais c'est mieux que rien... et puis c'est bientôt 2009, alors comme tout le monde a envie de passer une bonne soirée, on se contente de bonnes intentions. La guerre reprendra plus tard.

14:45. Coup de théâtre. ClientImportant appelle affolé. ClientImportant vient de se voir délivrer une assignation en référé d'heure à heure pour début 2009 par des syndicats pas sympas. ClientImportant a besoin qu'on discute du dossier tout de suite. Je cherche à joindre GrandeChef (qui est certainement chez le coiffeur à cette heure). GrandeChef m'envoie un email de son Blackberry pour me dire qu'elle arrive. Je fixe une confcall (oui, c'est notre jargon pour conférence téléphonique, ne me dites pas qu'il n'y a pas ce type de jargon dans vos boulots...) pour 16 heures.

A 15:45 heure de Paris, Hong-Kong ne dort toujours pas. Hong-Kong attend minuit et en profite pour balancer 10 emails à la seconde du Blackberry. Hong-Kong veut être sûre que la France ne sera pas le mouton noir du monde et ne fera pas capoter leur gros deal interplanétaire. Je rassure Hong-Kong, lui confirme que j'ai la confiance de l'Autriche et que le conseil de la partie adverse a communiqué nos projets à ses clients.

Hong-Kong semble content car il se tait soudain. Serait-ce le début du feu d'artifice dans la Baie ?

Le Conseil de la partie adverse revient vers nous, la queue basse. Son client est injoignable. Il est aussi à Hong-Kong et se préoccupe sans doute de la France comme de sa dernière chaussette trouée. Nous sommes dans une impasse.

16:00. Confcall avec ClientImportant. ClientImportant se demande comment les syndicats ont pu avoir le toupet de déranger un juge le 30 décembre pour leur référé. Sur la suggestion avisée de GrandeChef, ClientImportant demande le nom d'un avocat local pour plaider le dossier. La Firme n'est pas tout à fait adaptée pour plaider ce gendre de dossier. Les magistrats locaux ne voient pas d'un bon oeil qu'un cabinet international intervienne dans leur problématiques purement locales. Nous fixons une autre confcall avec AvocatLocal le 2 décembre au matin. Mon pont vient de s'envoler en clin d'oeil. Je m'interroge: comment vais-je annoncer la nouvelle au Doudou ?

18:30. Le Doudou appelle, commençant à trouver le temps long, seul avec Petit Poussin et Poussinette.
- Tu rentres quand ? Ils arrivent dans une heure.
Ils, ce sont GrandeCopine, son mari, ses enfants. Nos invités du réveillon. Ouh là là... Il faut que j'accélère le pas. J'en profite pour annoncer la bonne nouvelle au Doudou:
- Ca y est je quitte le bureau bientôt.
Bientôt, c'est bien, ca peut être dans cinq minutes mais aussi dans une heure. Bientôt, c'est rassurant mais c'est flou tout comme il faut quand on n'a pas une totale visibilité sur l'avenir à court terme.
J'annonce aussi la mauvaise nouvelle, comme ça, l'air de rien:
Je vais devoir faire une confcall vendredi mais t'inquiète, j'la f'rai de la maison pendant que tu t'occuperas des enfants.
Silence du Doudou au bout de la ligne que j'interprète comme une acceptation. Je raccroche avant de devoir changer d'interprétation.

18:45. Je préviens tout le monde que je rentre chez moi mais que je suis joignable sur le Black, de sorte qu'on puisse finaliser avant minuit.

Dans le métro, une foule de touristes bruyants. Je ne trouve pas de place assise. Un comble pour une période de vacances. J'ai mal à la tête.

19:15. Arrivée à la maison. Doudou et les enfants ont dressé une jolie table, préparé les amuse-gueule. Il me reste à mettre le magret au four, à me changer et à faire tout le reste. Je m'agite en tous sens, tout en me précipitant sur le Black dès que la petite lumière rouge s'allume... soit toutes les dix secondes vu que j'ai oublié d'ôter l'accusé de lecture automatique des messages (groumpf). Toujours pas de nouvelles de l'adversaire, de Hong-Kong ou de l'Autriche.

19:45. GrandeCopine, son mari, ses enfants arrivent. Je leur annonce la difficulté du soir: faut que je reste connectée. Heureusement GrandeCopine a également un boulot de dingue, elle comprend. C'est chouette d'avoir une GrandeCopine comme elle.

20:00. Les enfants disparaissent dans les chambres. On ne les verra plus de la soirée. A peine si on en entendra parfois de grands rires francs et de fausses bagarres. Doudou débouche le Champagne. Je commence à me détendre un peu, tout en gardant un oeil sur le Black.

21:00. On passe à table au moment où le Black m'annonce que le confrère adverse n'a toujours pas pu joindre son client mais qu'on va faire comme si le client était d'accord avec notre proposition. Je suis d'accord. Le confrère adverse veut rentrer chez lui et je veux cesser de regarder mes emails. Doudou me foudroit du regard, avec cette mine qui dit Cesse immediatemment de travailler ou je ne réponds plus de rien !

23:00. Nous sortons de table et nous affalons dans les fauteuils et les canapés. Je lutte contre le sommeil. Poussinette arrive et, du haut de ses deux ans et demi, m'annonce qu'elle est fatiguée. Elle se met au lit toute seule mais veut qu'on laisse la porte ouverte. Elle a compris qu'il allait se passer quelque chose et lutte pour ne pas s'endormir. C'est bien ma fille !

23:30. Petit Poussin est super fier d'être encore debout, il ne s'est jamais couché aussi tard. Le Blackberry rougeoit.
- Maman, t'as un message. Tiens, tiens c'est ton Black.
Sa petite quenotte me tend l'objet maudit.
Lire les messages ou ne pas les lire ? J'hésite.
- Regarde, fait GrandeCopine, encourageante, c'est peut-être une bonne nouvelle.
J'adore GrandeCopine.

Effectivement, c'est une nouvelle mais bonne, pas sûr. Le confrère adverse m'indique qu'il n'a toujours pas de retour de ses clients. Quel est l'intérêt d'un tel message qui ne fait nullement avancer le Schmilblick à presque minuit ? Sans doute encore un gars qui a décidé de foirer complètement son réveillon déjà à moitié pourri.

Minuit: gros bisous et bonne année.

Petit Poussin jubile en sautant partout dans le salon. Je sens que MéchantVoisin va monter pour râler. Faut croire que je suis encore un peu stressée.

Poussinette appelle Maaaaaaaaamaaaaan Bisououououou !!! de sa voix de stentor qui réveillerait un régiment. Je file dans sa chambre, inquiète de la possible réaction de MéchantVoisin.

Je lui souhaite une bonne année en direct et lui fait un gros calin.
- Nonne Agnée, Maman, je t'aime.
Je fonds.

Petit Poussin entre dans la pièce.
- Tu fais quoi maman ?
- un calin à Poussinette.
- Je peux faire un calin aussi ?

Je les prends tous les deux dans mes bras. Il est minuit, nos amis vont bientôt rentrer chez eux et j'ai deux petits êtres fragiles blottis contre mes seins. Poussinette suçe son pouce, Petit Poussin serre bien fort Lapin dans ses petits bras de crevette.

Grand Bonheur. 2009 commence bien.

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