lundi 5 janvier 2009
Dieu, la Mairie et Bertrand
- Maman, c’est qui le Monsieur avec une robe ?
Sur l’écran du téléviseur, un moine vêtu d’une robe de bure comme on n’en fait plus.
Désolée du manque de précision mais je suis plutôt ignare en bondieuseries... Mon credo à moi chante la Déclaration Universelle de 1789, la loi de 1905, le préambule de la Constitution de 1958, textes fondateurs de la laïcité moderne. Il vous suffira de savoir que j’ai poussé un cri horrifié en lisant une référence à nos racines chrétiennes dans le préambule de feu la Constitution Européenne pour deviner dans quel sens mon cœur penche.
Hélas, à toute question posée, il faut une réponse.
- C’est un homme de Dieu, mon chéri, il passe ses journées à méditer et à prier.
Petit Poussin, quatre-ans-bientôt-et-demi ne se contente pas d’une telle banalité. Il lui faut du concret.
- Et c’est quoi Dieu, maman ?
Aïe, la tuile, la question à cent millions d’euros. Doudou et moi l’attendions mais je dois l’admettre, on n’y est jamais totalement préparé. J’avais espéré que Doudou s’en chargerait et que j’aurais droit à celle sur les fleurs et les papillons. Un jeu d’enfants, les fleurs et les papillons.
D’ailleurs, il est où le Doudou quand on a besoin de lui ?!? Ah oui, il donne le bain à la Poussinette pendant que Petit Poussin et moi nous prélassons devant la télé. Toujours une bonne excuse, le Doudou ! Comment ça, il ne sait même pas ce qu’on regarde ? Z’êtes dans quel camp, vous ?
Petit Poussin me fixe de ses grands yeux bleus innocents. Je me prépare à vivre un Grand Moment. J’inspire à fond et :
- Alors, tu vois, il y a des gens qui croient que Dieu a créé la vie, la terre, l’univers, les hommes, les plantes et que quand on meure, on va le rejoindre dans un endroit au dessus du ciel qu’on appelle Paradis.
- Et tu crois pas ça, toi, maman ?
Comment un mouflet peut-il être aussi perspicace ?
- Non, mon chéri, moi, je ne sais pas. Je ne suis pas sûre que c’est Dieu qui a fait tout ça mais Papa, lui, il y croit. Tu pourras en parler avec lui si tu veux.
- Non, ca va. De toutes façons, t’as raison, j’y crois pas à Dieu.
Circonspecte, j'hésite à me réjouir trop vite. Serais-je si convaincante ?
- Ah bon, Petit Poussin, mais si c’est pas Dieu, qui a fait tout ça, la terre, les arbres et tout le reste ?
Même pas une hésitation, il répond aussi sec :
- Ben, la Mairie, bien sûr.
Et oui, la Mairie ! Sachez, lecteurs attentifs, qu'aux yeux de tout enfant scolarisé en moyenne section dans une école maternelle publique de notre glorieuse capitable, la Mairie est responsable de la cantine, des tables et des chaises de l’école, de l’éclairage des tunnels, des vélibs rigolos, des couloirs de bus qui font râler papa, des squares publics avec les tobogans géants et les bacs à sable qui sentent le pipi, des bus verts (non, un enfant de quatre-ans-presque-et-demi ne fait pas la différence entre RATP et Mairie, aussi intelligent soit-il !), des pompiers et de leurs gros camions rouges, de la police mu-ni-ci-pa-le et de presque tout ce qui fait l’univers du Petit Poussin.
Je propose donc qu’on élise Bertrand D. Dieu des enfants parisiens.
Après s’être pris une branlée aux primaires du PS, cela lui permettrait de redorer son blason et puis, ça fera contrepoids à celle qui se prend pour la madone de la gauche.
D’ailleurs, administrés parisiens qui ricanez à cette idée brillante du Petit Poussin, réfléchissez à deux fois. Car si Bertrand D. était un dieu (le Dieu ?), cela n’aurait que des avantages :
Avantage n°1 : nous n’aurions plus à nous enquiquiner avec l’opposition municipale et Madame de P. retournerait dare-dare sur son île, via le gois.
Avantage n°2 : nous pourrions penser très fort qu’il faut un espace vert de plus par ci, un supermarché de moins par là et, hop, nos vœux se réaliseraient comme par magie.
Avantage n°3 : nous n'aurions pas besoin d’attendre 10 ans que notre demande de logement social soit examinée, parce que Dieu a le don d’ubiquité et qu’il peut examiner au moins 100 dossiers par minute.
Avantage n°4 : Dieu s’arrangerait pour que les services de la mairie soient ouverts quand les gens ne travaillent pas et pour que les camions poubelles passent à leur domicile quand les gens sont au travail.
Avantage n°5 : Dieu aurait de petits anges tout mimi qui répondent gentiment au téléphone quand on les interroge sur la procédure à suivre pour devenir électeur, inscrire Poussinette à l’école ou renouveler un passeport.
Avantage n°6 : les bureaux de la mairie dont le site Internet indiquent qu’ils ouvrent à 8:30 seraient ouverts à 8:30 quand on passerait en coup de vent effectuer des formalités avant d’aller au bureau. On n’entendrait pas des gloussements et des glouglous de machine à café quand on patienterait entre 8:32 heures et 8:54 (aux dires de l’horloge holographique au dessus du comptoir) dans l'attente que les bureaux ouvrant à 8:30 ouvrent.
Avantage n°7 : nous pourrions nous marier en plus de 15 minutes avec un petit mot personnalisé de l'ange marieur ; il n’y aurait pas embouteillage à la sortie de la Salle du Conseil quand les invités de votre mariage percuteraient les invités du mariage suivant ; cela éviterait également les malencontreuses confusions d’invités qui peuvent entraîner le marié sortant à remercier chaleureusement la cousine issue de germain du futur marié entrant en la confondant avec la tante Aline qu’il n’a pas revue depuis sa première communion.
Je suis sûre que vous avez également votre prière personnelle au Dieu de Paris…
En outre, à bien y réfléchir, ne pensez-vous pas que Bertrand D. vêtu robe de bure aurait la classe d’un Sean Connery version Au Nom de la Rose ?...
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