mardi 20 janvier 2009

Discours d'investiture

Obama Président prononçant sone discours d'investiture, c'est quand même l'évenement de ce début d'année. Que celui qui n'est pas d'accord avec moi lève le doigt !

Et bien pour mon entourage, c'est aussi important que la première feuille tombant de l'arbre en hiver ou qu'une finale de la Star Académie.

Moi, depuis, ce matin, je jubile. J'avais rendez-vous chez l'orthoptiste à 18 heures, pile quand ca commençait à Washington. C'était le bon plan. Je passais un quart d'heure à loucher puis je sautais dans le métro, rentrais tôt à la maison, allumais la télévision et visionnais tout en direct.

Evidemment, rien ne s'est passé comme prévu.

J'ai bien sauté dans le métro à moitié aveuglée par cette première séance mais la petite lumière rouge du Blackberry* (vous vous souvenez d'elle ?) m'a sommé de programmer une conf call* pour 19:30 tapantes, juste quand j'allais arriver à la maison.

Ensuite, j'étais tellement accaparée par la presse gratuite que j'ai loupé ma sortie et suis descendue une station plus loin. C'est sans doute parce qu'il n'y a eu aucun incident technique. Mon horloge biologique n'est plus habituée aux trajets normaux. J'ai donc du crapahuté jusqu'à la maison dans le froid glacial de l'hiver.

Quand je suis arrivée à la maison, la télé était... éteinte. Ni le Doudou ni les enfants n'avaient jugé utile de regarder en direct cet évenement historique. Le Doudou m'a quand même rassuré en m'apprenant que SuperNounou avait demandé l'autorisation d'allumer le poste pour regarder le début le temps que le Doudou rentre. SuperNounou, elle, avait conscience de vivre un grand moment. Je n'avais pas imaginé que ce serait la nounou qui enseignerait aux enfants les bases du sens civique, la certitude qu'un homme de bonne volonté peut tout accomplir pourvu qu'il s'en donne les moyens, mais je ne peux que m'en réjouir.

J'ai donc commencé ma soirée à discuter licenciement au téléphone, alors que Barack parlait espoir et poursuite du bonheur sans que je puisse le voir. Grand décalage.

Puis le Petit Poussin a trouvé que c'était un excellent moment pour faire une comédie et éclater en sanglots, alors que la cliente parlait dans le combiné et qu'Obama continuait à parler dans le vide sans que quiconque chez nous en soit témoin.

Quand notre min-crise interne fut résolue par un gros calin, je ne me suis pas découragée, j'ai allumé la télévision.

Sur l'écran, on voyait des gens attendre dans la rue. Barack et Michele dinnaient en direct sur SkyNews et Nancy Pelosi portait un toast. Passionnant.

J'attendais qu'on rediffuse le discours.

Un sénateur offrait des photos encadrées, un autre des coupes en cristal dont nul ne voudrait dans son salon.

Les enfants étaient à peu près sage même si Poussinette s'efforceait de me démontrer qu'elle était capable d'écraser une pomme sur le tableau peint par Grand-Mère.

On apprenait que Ted Kennedy avait été victime d'une attaque. La fin d'une époque...

Doudou était devant l'ordi.

Quand le direct n'eut vraiment plus aucun intérêt (le déjeuner touchait à sa fin et tout le monde se bisoutait de dos sur l'écran), on a montré des images de la prestation de sermet.

Ah, le gros plan du visage de Michele si fiere de son époux... Ce gros plan m'a réconciliée avec la fonction d'épouse de Président, quelque peu dévoyée par Cécilia et Carla. Le regard d'amour qu'elle lui portait était beau comme la confiance. Oui, je sais, c'est ridicule de dire beau comme la confiance, n'empêche que Michele, sur son estrade dans le froid, dans son manteau jaune poussin pas très chic français, tout ce qu'elle voyait, c'était l'homme qu'elle aimait, le père de ses enfants. Elle le couvait de son regard enveloppant et je suis sûre qu'elle pensait à tout le chemin qu'ils avaient parcouru ensemble pour en arriver là. Elle était ma-gni-fi-que ! Des regards comme ça, peu sont ceux qui peuvent s'enorgeuillir d'en avoir eu un posé sur soi : c'était celui du Doudou lorsque je suis arrivée à la mairie le jour de notre mariage...

Après cela, toujours des commentaires niaiseux. Mais toujours pas le discours.

Des journalistes se succédaient sur l'écran pour expliquer pourquoi la parade était en retard, que les gens se les gelaient sur place en attendant et en n'avaient pas le droit de bouger. Donc, ils dansaient. Certains se risquaient à quelques commentaires sur la sécurité et le nombre de snippers au mêtre carré. Une dame raconta le menu du déjeuner par... le menu, il faut bien meubler.

Et enfin, ils ont rediffusé le discours. Ce qu'il y a de bien avec les chaines en langue anglaise, c'est qu'il n'y a pas d'interprête pour vous faire une traduction simultanée et nécessairement approximative, aussi doué soit-il. J'étais sur les starting blocks.

Or, à peine Obama a-t-il commencé à parler juste pour moi, avec 2 ou 3 heures de différé, que la Poussinette se plantait juste sous mon nez, un avion en plastique dans la main. Elle a appuyé ostensiblement sur le bouton, celui qui démarre le bruit de l'avion qui décolle. Comme elle l'espérait, le bruit de l'avion qui décolle a masqué la voix du nouveau Président des Etats-Unis tandis que le petit corps de la Poussinette cachait sa tête. Elle était super fière d'elle. J'ai confisqué l'avion mais le bruit a continué (faut attendre qu'il stoppe tout seul, il est stupide ce jouet !) Le Petit Poussin, quant à lui, voulait du gâteau au chocolat, celui qu'on avait fait ensemble dimanche, et pas question d'attendre que Barack ait fini de parler.

J'ai haussé le ton, en demandant à tout le monde de se taire et bien sûr, plus je râlais, moins j'entendais.

J'ai fini par couper la télé. Après tout, c'était l'heure du coucher*.

Puis j'ai préparé un email pour le client de la conf call (ben oui, quand on demande une conf call à 19:30, c'est qu'on a besoin d'un truc rapidement ; sont pas tous sadiques les clients).

Ensuite, je me suis dit que j'allais vous offrir ce petit message, d'autant que pendant plusieurs jours, je ne vais pas facilement avoir accès à ce blog et j'aurai sans doute mieux à faire. Soyez patient, je vous raconterai mes aventures scandinaves (indice) à mon retour.

En attendant, je vous propose qu'on le lise ensemble, ce discours d'investiture. On pourra imaginer comme cela a été dit. Et l'imagination semble être une vertu dont nous allons tous avoir besoin en ces temps de crise.

http://www.nytimes.com/2009/01/20/us/politics/20text-obama.html

Un petit aperçu (c'est la fin, je l'ai lue)

America, in the face of our common dangers, in this winter of our hardship, let us remember these timeless words; with hope and virtue, let us brave once more the icy currents, and endure what storms may come; let it be said by our children's children that when we were tested we refused to let this journey end, that we did not turn back nor did we falter; and with eyes fixed on the horizon and God's grace upon us, we carried forth that great gift of freedom and delivered it safely to future generations.

C'est pas notre Président qui aurait écrit cela, ni son conseiller Guéant...

Bonne lecture à tous.

Doudette, très émue


*pour la définition des termes marqués d'un italique, se référer à de précédents messages de ce blog, je ne suis pas une machine, c'est trop long à réexpliquer.

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