Tous les six mois, c'est la même chose : je VEUX faire les soldes ! Et pas n'importe où. Quelque part en banlieue, dans l'un de ces villages outlet qui permet, en temps de crise et de soldes, de trouver le modèle qu'on avait repéré la saison passée dans une boutique chic du 8ème arrondissement 4 fois moins cher que le prix boutique.
Ça vaut le coup, non ?
Ben non.
C'est en tout cas ce que pense le Doudou. Pour le Doudou, les centres commerciaux, fussent-ils outlet shopping village (l'anglais, ça fait hype sur une plaquette promotionnelle), sont le dernier endroit sur terre où se trouver un samedi.
Ce fut donc une journée de manipulations en tous genres.
Manipulation n°1 : comment déplacer la famille
Les enfants aiment les moules. Et là bas, dans cette lointaine banlieue, il y un restaurant de moules que les enfants affectionnent particulièrement.
Donc...
- Les enfants, ca vous dirait de manger des moules ce midi ?
Regard assassin du Doudou.
- Ouiiiiiiiiii.
Comme on ne peut pas décevoir la chair de notre chair, il faut bien que le Doudou nous conduise. Ben quoi, non, j'ai pas le permis (allez, le prochain message, ce soir ou demain, sera consacré à cette particularité essentielle de ma personnalité).
Nous voilà donc partis. Sur l'autoroute, cela roule plutôt bien et puis y a la Comédie Française qui chante à la radio. Je suis toute guillerette. La perspective de dépenser mon argent en faisant des affaires me réjouit d'avance. Il ne faut pas négliger cette pulsion assassine qui pousse toute shoppeuse un jour ou l'autre à narguer les copines en leur expliquant que, elle, elle a pu trouver le même sac que la copine (ou tout comme) deux ou trois fois moins cher. Ça rend pervers, les soldes.
Mais voilà, à l'arrivée sur le parking du centre commercial, ça se gâte. Pas une place. On tourne depuis à peine 45 secondes que le Doudou commence à transpirer. La perspective des courses, lui, ça l'affole.
- y a pas de place. On rentre à la maison ?, fait-il, presque sérieux.
Manipulation n°2: vive la FNAC !
Il me faut jouer serré.
- Meuh, non, regarde, ça se dégage. Et puis, pendant que je ferai les courses, tu pourras aller à la FNAC avec les enfants.
- OK mais tu gardes Poussinette.
Comment ça, je garde Poussinette ? Z'avez déjà fait les magasins avec une gamine de zeux-ans-et-zemi ? Ça a un avis sur tout, ces bêtes là. Ça vous explique quoi essayer, de préférence des robes roses avec des fleurs et des strass, ça vous dit que ça veut partir et ça file aussitôt hors de la boutique alors que vous êtes en petite culotte dans la cabine d'essayage et, quand ça vous perd des yeux cinq secondes, ça crie Maman! avec un volume identique à celui d'une sirène de pompiers. Oui, c'est sûr, j'ai super envie de faire des courses avec ma fille.
Seulement voilà, le Doudou est agacé, y a pas de place... et en plus, vu qu'il n'y a pas de place, ça signifie qu'il y a sûrement du monde à l'intérieur.
On se fâchera plus tard.
- On verra, je réponds, temporisant, au moment même où une voiture nous offre sa place.
On arrive au restaurant. Pas de place en haut mais de la place en bas, juste à côté des hublots qui donnent sur le grand aquarium ouvert au public. Alléluia !
Manipulation n°3 : comment se débarrasser de la famille
- Regardez, les enfants, y a des requins et des tortues géantes !
- Ben oui, c'est un aquarium, maman.
Le Petit Poussin pontifie. Le Petit Poussin sait mieux que tout le monde. Tant mieux.
- Tu le connais cet aquarium ? Tu voudrais y retourner ?
J'suis forte, hein ?
- Oh, oui... On peut y aller, papa ?
Petit Poussin utilise son regard suppliant par en dessous, celui auquel nul, surtout pas son père, ne peut résister.
Et voilà, l'affaire est dans le sac.
Après le déjeuner, j'ai donc laissé le Doudou et nos enfants à l'aquarium et je m'en suis allée tranquillou acheter deux petites robes noires (mais non, je n'en ai pas cinquante... juste 4 ou 5 !), une veste noire (même réponse) et deux pulls identiques... mais de couleur différente. J'ai flashé sur une paire de chaussures mais j'ai pas osé sans l'avis du Doudou.
Car le seul hic à faire les courses seule, c'est que l'homme que j'aime n'est pas là pour me dire bof quand il n'aime pas. Et le regard du Doudou quand je sors de la cabine d'essayage est quand même plus expressif que les vous êtes parfaite de la vendeuse commissionnée à la vente. Quand ça lui plait, ça se voit dans ses yeux au Doudou.
Tant pis, on ne peut pas tout avoir. Mon Doudou est un super papa, il ne peut pas en plus être le roi du shopping !
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