mercredi 7 janvier 2009

Du métro et autres contrariétés

Ça y est ! c'est la rentrée ! Ils sont revenus !

On a été bien tranquilles pendant 15 jours, z'étaient avec leur marmaille qui chez Papy et Mamie, qui sur les pentes enneigées, on avait toute la place pour soi... Il y avait bien quelques touristes sonorisés pour nous pomper l'air et les places assises mais rien à voir avec les périodes normales d'activité.

Voilà, c'est fini... Il ne m'a pas fallu longtemps pour m'en apercevoir.

A peine le portillon franchi que la voix des mauvaises nouvelles - vous savez, celle qui sourit tout le temps - annonçait de son ton enjoué que, pour cause d'un problème de signalisation, le trafic était perturbé sur l'ensemble de la ligne. Cela ne m'a même pas étonnée plus que cela. Blasée, la Doudette ! Avant les congés, les excuses les plus fréquentes étaient, sans ordre de préférence ni de priorité:
- la panne de signalisation susmentionnée ;
- le défaut d'alimentation en électricité (si, si, deux fois en moins de trois jours) ;
- l'incident technique (vague mais efficace) ;
- l'arrêt de travail d'une partie du personnel (joli euphémisme pour grève sans préavis) ;
- l'accident grave de voyageur ;
- la régulation du trafic ;
- l'abondance de voyageurs (sic !).
Pas un matin sans une raison officielle pour ralonger mon trajet, pourtant direct, d'un bon quart d'heure.

Le froid n'arrangeait rien ce matin. On case moins de doudounes épaisses dans un wagon de la ligne n°1 que de t-shirts moulants. Ça poussait fort sur le quai. La plume d'oie, ça se compresse !Madame Météo avait affolé les foules en annonçant - 10°C. On se serait cru dans la file d'attente du télécabines en bas des pistes. Je n'avais pas vu autant d'anoraks à Paris depuis mes 4 ans (et oui, l'année de mes 4 ans, il a neigé à Noël, j'en garde un souvenir ému, snif...).

Bref, je me suis retrouvée coincée, le nez dans l'aisselle d'un Monsieur portant manteau de flanelle grise et bonnet rouge (rassurez-vous, avec les épaisseurs de tissus, j'ai rien senti), bousculée par une donzelle de 15 ans dont l'iPod hurlait tellement que je comprenais les paroles de la chanson qu'elle écoutait, tandis qu'une dame très classe et pourtant très vulgaire tentait de se frayer un chemin pour être au plus prêt des places assises dès fois que quelqu'un se lèverait à la prochaine station.

J'essayais tant bien que mal de consulter les messages de la nuit sur mon Black, tout en étant à l'affût d'un place assise (ouhhhhh, la vilaine !!!!) et en m'assurant qu'il n'y avait pas une femme enceinte ou une personne âgée avec priorité.

Car oui, je l'avoue. Je suis de ces horribles bonnes femmes qui se précipitent l'air de ne pas y toucher quand une place se libère. J'analyse le moindre mouvement, me place dans l'axe pour que, lorsque le voyageur se dresse et se dirige vers la porte à force de je sors ! et autre laissez passer !, personne d'autre que moi ne puisse prendre la place. Je suis stratégiquement placée entre les deux rangées de trois sièges qui précèdent et suivent la jonction entre les wagons. J'attends les grosses stations avec impatience. Chatelet est mon Eldorado, le lieu où les importuns quittent le navire. Dès qu'une station à correspondance s'approche, je croise les doigts dans l'espoir que quelqu'un s'en aille. Je choisis mes proies. Les hommes en costume avec sacoches d'ordinateurs vont à Neuilly ou à la Défense, tout au bout de la ligne, ils ne m'intéressent pas. Je cible les jeunes, ceux dont on peut supposer qu'ils sont en route vers la fac ou le lycée. Y a pas de fac ou de lycée autour de mon bureau : ceux-là sortent avant. Ils me plaisent. Les touristes s'arrêtent à Palais-Royal, ce n'est pas le mieux mais à défaut...

Et quand je trouve enfin une place assise, je baisse la tête, je ne regarde plus les gens debout, ces pauvres duduches. Il vaut mieux faire l'autruche que de croiser leur regard envieux ou épuisé, pire de voir un bidon arrondi. Le bidon arrondi, c'est la fin de tout. Le bidon arrondi, on n'a pas le choix, il faut se lever et lui laisser la place. Même s'il y a un Monsieur assis à côté. Car le Monsieur assis à côté, quel que soit son âge, son statut social ou sa forme physique, ne se lève pas lui. Même quand c'est moi, une femme - une mère ! - qui me lève. Le Monsieur assis à côté lit le journal ou un livre, joue avec sa PSP, regarde ses emails sur son iPhone, envoie des textos frénétiquement, reluque le décolletté de la donzelle assise de l'autre côté, parle au téléphone. Le Monsieur à côté ne veut surtout pas voir que vous êtes de nouveau debout et que lui est resté assis. Le Monsieur à côté n'est pas galant. Le Monsieur à côté doit se dire que, puisque vous avez voulu l'égalité, vous l'assumez.

Et parfois, comme moi ce matin, rendue fébrile par les effets combinés du froid et du manque du sommeil, vous laissez votre place à la dame au bébé dans le ventre en vous disant qu'il n'y a pas si longtemps que cela, vous étiez à sa place. Et vous êtes super fière de vous ! Vous avez envie de dire au Monsieur d'à côté que, s'il n'y avait des femmes comme cette dame qui part travailler par moins 10°C, dans un métro bondé, enceinte, il ne serait pas là, à faire semblant de ne pas voir que la plupart des voyageurs autour de lui sont des voyageuses, plus âgées et plus faibles que lui. Vous avez envie de dire à toutes ces travailleuses qui recommencent le soir à la maison, qui tentent de tenir en équilibre sur le fil de la vie, qu'elles sont extraordinaires !

Et quand vous sortez du métro pour retrouver le froid de l'hiver, vous téléphonez à votre Doudou, comme tous les matins pour partager ensemble les 3 minutes nécessaires pour atteindre votre bureau.

- Allo, doudou, t'es où ?
- Bloqué sur l'autoroute, je n'sais pas ce qu'y s'passe, ca roule pas. Ca fait dix minutes que ca n'avance pas. T'es déjà arrivée ?
- Yop, y avait du monde mais ça allait.
- T'étais assise ?
- Pas tout le temps, mais ca a été.
- Bon ben tant mieux. Travaille bien, ma Doudette. Moi, j'en ai encore pour longtemps, je s'rai pas au bureau avant 9 heures et demi ou 10 heures moins le quart. C'est la poisse ! j'ai une réunion à 10 heures, j'vais même pas avoir le temps de la préparer !

Elle est pas belle, la vie, pour l'usager de la ligne numéro 1 ?

1 commentaires:

  1. Je t'ai reconnue, Doudette! Tu es ma nouvelle héroine masquée! Bravo pour le blog, il est vivant, drôle et touchant...

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