dimanche 18 janvier 2009

Et si le permis ne servait à rien...

A vingt ans, quand je disais que je ne savais pas conduire, les vieux de 30 ans me répondaient que c'était normal, que j'étudiais beaucoup et que je n'en avais pas besoin vu que j'habitais Paris. Le vélib n'existant pas, j'ai beaucoup marché la nuit, pris quelques taxis (quand il y en avait) et fréquenté des lignes de métro à des heures où ma maman m'avait interdit de m'y trouver. Je m'en suis sortie sans un incident...

A vingt-cinq ans, quand j'ai commencé à travailler, mon patron ne m'a pas demandé si j'avais le permis. Je suis allée en audience en transports en commun, comme tout le monde en région parisienne, et quand je me déplaçais en province, les taxis ou le client étaient de très bons chauffeurs. Puis j'ai changé de patron, arrêté de plaider, l'email s'est développé, les réunions sont devenues virtuelles et j'ai enfin eu les moyens de me payer des taxis quand je le voulais. Conduire n'était pas une nécessité et je préférais dépenser mon argent à parcourir le monde (l'avion plutôt que la voiture).

Mon père, par contre, y voyait un signe de refus de grandir et il en déduisait, par un raccourci que seuls les pères sont capables de faire, que je ne trouverai pas un mari tant que je ne prendrais pas la décision de passer le permis. A croire que conduire un bolide permet de comprendre un homme...

A vingt-sept ans, poussée par les sarcasmes de la famille et de quelques amis taquins, je me suis inscrite dans une auto-école, à quelques encablures de mon bureau. Ladite auto-école a fait faillite un mois plus tard avant même que j'ai pu poser mes pieds sur un accélérateur. J'obtins des dommages-intérêts epsiloniens devant le tribunal correctionnel, le dirigeant étant poursuivi pour escroquerie, et m'en retournais à mes transports en commun. Plutôt que de m'inscrire dans une autre auto-école, j'investis dans des cours de chant et suis heureuse de vous annoncer que, depuis cette époque, plus personne (sauf mon père, encore lui !) n'ose prétendre que je chante faux. C'est déjà cela...

A trente ans, quand j'ai rencontré le Doudou, il a trouvé très romantique que sa Doudette ne sache pas conduire. Il me raccompagnait à la maison, me faisait un baiser chaste sur le perron et m'envoyait plein de SMS quand il repartait dans son petit chez lui. Pendant ce temps là, mon père qui n'avait pas encore compris que j'étais une grande fille me rappelait qu'à mon âge, quand même, ne pas conduire, c'était un handicap. Je souriais, changeais de sujet... jusqu'à la prochaine fois. L'art de l'esquive n'avait plus de secret pour moi.

Là où je travaillais (et travaille encore), GrandeChef n'avait pas plus le permis que moi, de même que N, jeune collaboratrice. Nous étions (et sommes encore) une poignée de résistantes au permis qui nous lamentions car nous n'avions pas assez de charges à déduire comparées à nos collègues dotés d'un véhicule motorisé.

A trente-deux ans, quand Petit Poussin est né, le Doudou a commencé à trouver qu'une Doudette sans permis, c'était pas top pour faire le trajet jusqu'en Bretagne, chez Grand-Père et Grand-Mère. Mais Grand-Père et Grand-Mère étant ses parents, il ne pouvait pas trop en demander... D'ailleurs, il admettait lui-même qu'il aimait trop conduire pour me laisser le volant. Dont acte.

A trente-quatre ans, quand Poussinette est née et que nous avons décidé de passer nos week-ends à la campagne, Doudou a commencé à trouver qu'il pouvait y avoir un risque à ce qu'on se retrouve coincé à 15 km d'A. dans notre petit hameau de 5 maisons, sans aucun moyen de sortir s'il se cassait une jambe en nettoyant les gouttières. J'ai rappelé qu'on ne déplaçait pas un homme à terre et qu'on appelait les pompiers. J'ajoutais qu'on pouvait payer quelqu'un pour monter à l'échelle. Ça a eu l'air de le convaincre.

De toutes façons, ça sert à quoi une voiture quand on habite Paris, qu'on travaille à une demi-heure en métro de son domicile (hors grèves et incidents techniques), qu'on a le train / l'avion pour aller visiter la famille en province et que Doudou conduit parfaitement, en respectant le code de la route, en ce compris les limitations de vitesse (et oui !!!). Même que je n'ai même pas peur quand je suis avec lui dans la voiture ?

Ça sert à polluer l'atmosphère, à mettre en danger sa vie et celle des autres, à perdre du temps dans les embouteillages et à prendre un coup de stress tant certains conducteurs semblent se croire seuls sur la route.

Peur des responsabilités, moi ?

Meuh non ! c'est pas les responsabilités qui me font peur...

Ce sont les examens !

On voit bien que ce n'est pas vous qui avez passé tous vous examens, du BEPC au CAPA (certificat d'aptitude à la profession d'avocat, pour les ignares), à vous tordre de douleur au dessus des toilettes. L'angoisse de la salle d'examen avant l'épreuve. Le médecin qu'on appelle en catastrophe la veille du D Day pour qu'il vous plante une énorme aiguille pleine de Primpéran dans le derrière, de sorte que vous puissiez plancher sur votre copie le lendemain matin.

C'est bien simple, dans la plupart de mes cauchemars, je suis dans une salle d'examen et je peine pour savoir si je passe en classe supérieure.

Alors, les gars, avant que je passe le Code, la Seine va couler sous le pont Mirabeau !

Même la réforme du permis de conduire, ça ne me tente pas plus que cela. S'il faut que l'examinateur examine la personnalité du candidat plutôt que son aptitude à la conduite, j'ai plus aucune chance. Imaginez quand il me demandera, sainte-nitouche, comment que-ca-s'fait-qu'j'ai-pas-l'permis-à-mon-âge, que vais-je bien pouvoir lui répondre ? Je n'ai pas eu le temps, cher Monsieur, j'étais trop occupée à... vivre. Non, laissez tomber.

D'ailleurs, j'ai fait mes comptes. Encore une dizaine d'années de procrastination et le Petit Poussin pourra me conduire partout... Mais oui, vous comptez bien, aux US, le permis est à 16 ans, il viendra bien un jour où il sera à 15 en France !

Allez, on se donne rendez-vous en 2019 ?

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