Après un rapide sondage auprès des parents de mon entourage, il apparaît que les pères et les mères n'ont absolument pas la même conception du coucher de leur marmaille.
La mère dispose d'un nombre impressionnant d'outils afin de mettre l'enfant dans des dispositions favorables pour se mettre au lit sans ronchonner, parmi lesquels :
- le gros câlin sur la canapé ;
- la lecture d'histoire ;
- la chanson douce que leur chantait leur maman ;
- la discussion calme pour débriefer la journée, seul moment pour essayer devenir ce que l'enfant en moyenne section de maternelle a bien pu faire de sa journée.
La mère met en place des rituels immuables qu'il convient de respecter chaque jour pour créer l'habitude (brossage de dents, petit pissouillou, bisou au lit), rituel qu'il convient de suivre à la lettre par risque de rompre l'harmonie (Pavlov, notre guide...).
Le père, en revanche...
Le père n'aime rien tant que le rire de ses enfants, les entendre quémander dix fois la même grimace, le même borborygme. Le père n'aime pas les rituels qui conditionnent l'enfant dès son plus jeune âge.
Alors, le père sabote le travail de la mère.
Consciencieusement.
Le père organise des batailles de guillis cinq minutes avant l'heure du coucher. Le père fait des blagues au moment de se laver les dents. Le père fait l'ogre quand sa fille se glisse dans les draps, en feignant de la manger tout partout. Le père joue au chevalier avec son fils juste au moment d'éteindre la lumière.
Puis le père s'en va. Il a encore son café à siroter devant les News.
Et l'enfant appelle. Il en veut encore. L'enfant n'est jamais rassasié de moments de fous rires avec son papa. La maman essaye de calmer. De temporiser. De raisonner. La maman dit que ce n'est pas le moment de faire les fous, qu'il faut dormir maintenant, qu'il y a eu déjà cinq derniers câlins et dix derniers bisous, que ça suffit. En désespoir de cause, la mère se tourne vers le père. Elle lui dit que c'est de sa faute, qu'on n'excite pas les enfants juste avant de dormir. Le père ne nie pas mais il sourit content de lui. Il explique qu'il n'y a rien de mieux d'entendre ses enfants éclater de rire. La mère hausse les épaules et dit que c'est toujours pareil avec le père !
La mère demande au père d'aller voir ce qui se passe quand l'enfant appelle. Le père répond oh non... agacé. Il pense que l'enfant va se calmer tout seul. Mais l'enfant part en vrille. La mère dit au père J'te l'avais dit. La mère sait que ça va mal finir. Qu'on va y venir, au énième câlin. Et que c'est elle qui va devoir s'y coller... Ça se termine toujours comme ainsi.
Alors, la mère y va. Elle fait le câlin.
Et le père termine son café. En finissant de lire les News.
Moi, au début, quand le Petit Poussin a commencé à faire ses nuits, cahin caha, je me suis dit que le Doudou était vraiment bizarre. Il se plaignait de ne pas dormir à cause du petit et, en même temps, il faisait des tas de guillis en changeant les couches. Le Petit Poussin partait de son grand rire de nourrisson et le Doudou craquait de bonheur... on couchait Petit Poussin... et là, à la grande surprise du Doudou, il refusait de s'endormir. Tu parles d'une découverte. Je le lui avais bien dit, moi, que si on excite un bébé, le bébé ne dort pas. C'est pas compliqué à comprendre quand même !
Et puis j'ai réalisé que ce n'était pas que mon Doudou. Ma belle-mère fut ravie de m'apprendre que le papa de mon Doudou, Grand-Père, l'idole de ses petits enfants, c'était la même chose. Et mon père itou, selon ma mère. Et les maris de mes copines N. et C. du bureau, le mari de ma cousine, celui de Grande Copine... Nous étions cernés par les papas irresponsables, incapables de mettre les enfants au lit sans créer un incident diplomatique.
Peut-être finalement que le problème vient de nous, les mamans. Peut-être qu'à vouloir tout contrôler et s'assurer que nos enfants ont la bonne quantité de sommeil, on les prive de grands moments de gaieté. Ou peut-être que c'est ce qu'il leur faut, une maman psychorigide accrochée à une répétition des tâches rassurantes et un papa, élément perturbateur d'une mécanique trop bien huilée.
En guise de conclusion, il me suffit de vous informer que, durant la grosse demi-heure consacrée à la rédaction de ce message, Poussinette a réclamé de l'eau dans son biberon, un dernier câlin qui ne fut pas le dernier, la tétine bleue du bébé et un bisou sur son cou endolori. Qui a dit qu'il était facile d'endormir un enfant ? En tous cas, à l'heure qu'il est, Petit Poussin et Poussinette se sont tus, ils dorment sans doute... jusqu'au premier cauchemar.
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