dimanche 8 février 2009

Cocooning

Il parait que les gens qui n'ont rien envie de faire sont déprimés. Moi, je dirais plutôt fatigués.

Z'avez remarqué comment fin janvier/début février, les gens tombent en léthargie, une genre d'hibernation post-moderne ? Le soir, on file du bureau au métro et du métro au dodo avec une délectation toute enfantine. Le doux plaisir de se glisser sous la couette, de s'étirer longuement avec râle primitif décomplexant et de rêvasser les yeux grands ouverts dans le noir. Parfois, on se vide de ses gaz et on se dit que c'est bien d'être seul(e) dans le grand lit sans personne pour entendre, voir ou sentir. Il y a un phénomène régressif en ce début d'année. On pensait fin décembre que 2009 serait une année neuve, qu'on serait différent(e) et, à peine un mois plus tard, on s'aperçoit qu'il n'en est rien, qu'on est toujours le/la même et qu'on ne s'aime ni plus ni moins qu'en 2008. C'est décevant le début février 2009. Et c'est encore plus décevant que les débuts février 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007 et 2008 n'ont pas été plus prometteurs et qu'on peut donc déduire de cette série qu'il y a peu de chances que début février 2010 soit top délire méga groove même si on pensera le contraire le 31 décembre 2009.

Le week-end, c'est pire. Toute la semaine, on imagine les mille et une choses qu'on fera le samedi venu et voilà que l'aube du samedi arrive, qu'on prend le petit déjeuner au lit, le Petit Poussin renversant ses céréales sur votre oreiller moelleux, qu'on se force à sauter dans un bain moussant vers 11 heures, sous l'oeil envieux de Poussinette qui ne comprend pas pourquoi maman ne veut pas d'elle dans son bain, qu'on tente de convaincre le Doudou d'habiller les enfants qui s'échappent en s'excusant pas maintenant, papa, je joue. Quand enfin on est prête, on convainc Poussinette d'aller faire le marché entre filles histoire de ne pas être seule à affronter les premiers flocons de neige-fondue-qui-ne-tient-pas et, à peine le nez dehors, on se dit qu'il fait vraiment trop froid alors on achète un poulet rôti et des patates sautées chez le boucher du coin, on fait un saut à la boulang' et on retourne bien vite se calfeutrer chez soi.

Après le déjeuner, on regarde Cendrillon, Robin des Bois ou Cars et on somnole doucement en s'émerveillant du regard enthousiaste des enfants devant ces films animés qu'ils ont déjà vu quarante fois et dont ils connaissent chaque réplique. On a envie de se moquer, attendri(e)(s), et on se souvient que le Doudou connaît les dialogues de Matrix par coeur (mais si, y a des dialogues !) et que soi-même, on avait écrit sur la cassette VHS d'Autant en Emporte le Vent à n'effacer qu'après ma mort. On se demande où est passée cette cassette à l'heure du DVD et on note quelque part dans sa mémoire de poser la question au Pépé quand on y songera.

C'est à peine le film terminé qu'on migre de la chambre parentale pour une petite sieste. Même le Doudou s'endort. Les enfants sont assez grands pour comprendre que les parents sont épuisés et on entend la voix du Petit Poussin chuchoter à sa soeur faut pas faire de bruit, y a papa et maman qui dorment, laquelle répond à haute et intelligible voix CHUUUUUUUUT, ILS FONT DODO !!!. On sourit dans un demi sommeil en serrant bien fort la main du Doudou, complices.

Le soir, on est d'accord pour que les enfants se couchent un peu plus tard parce que c'est le week-end et on regarde Le Plus Grand Cabaret du Monde au prétexte que les enfants veulent absolument voir du cirque c'est super le cirque, maman. On se demande comment on a pu en arriver à passer ses samedis soir devant Sébastien, alors qu'il y a encore un ou deux ans, quand les enfants n'étaient pas encore en âge de formuler leurs désirs par des mots, on s'était promis que JAMAIS, NON, JAMAIS, on ne tomberait si bas. On continue de regarder quand les enfants on été si fatigués qu'on les a finalement mis au lit et on se dit qu'on est vraiment de parfaits ploucs. C'est à une heure trente du matin quand on éteint la télé au beau milieu de l'émission de Ruquier dont j'ai oublié le nom que l'on réalise qu'on n'est vraiment que des français moyens, très moyens, et qu'on aura beau continuer de regarder des films tchèques en v.o., ça ne nous sauvera pas du marasme dans lequel nous sombrons. Et nous pensons à nos parents, à Maritie et Gilbert Carpentier et on se dit que, eux aussi, ont fait des concessions télévisuelles en leur temps.

Bien entendu, couchés si tard, l'appel de la Poussinette à 9 heures fait l'effet d'un clairon de caserne. Il faut être frais et pimpants. La journée se répète comme la veille, bain, déjeuner, dessin animé, sieste, bain des enfants, dîner. On profite de l'intégrale Jacques Demy pour faire découvrir 3 places pour le 26 aux enfants. On avait oublié que la fille dort dans le lit du père sans pathos ni larmes. On se dit que, vraiment, Demy est un grand cinéaste. Et on essaye d'expliquer au Petit Poussin que Montant a été un grand acteur, un grand chanteur et un mauvais politique quand le Petit Poussin interroge c'est qui le vieux monsieur ? On lui parle de Signoret, de Monroe, de Piaf et on réalise que le Petit Poussin n'en connaît aucune. On se dit que ce n'est pas avec Ruquier et Sébastien que ça va s'arranger.

Voilà, il est 21:30 passées, on n'a rien fait du week-end et on va le raconter sur un blog. On se dit que ça n'intéressera personne... mais comme on n'a que trois lecteurs, on se dit que ce n'est pas bien grave.

De l'importance de tenir ses résolutions...

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