dimanche 15 février 2009

La recette du cake d'amour

Petit Poussin a de la fièvre et il est tout chose. Il a vomi (conséquence de la fièvre et non cause comme pourrait le diagnostiquer une maman inexpérimentée), il est recroquevillé sur lui-même, épuisé. Il ne parle pas (sauf pour se moquer de sa soeur ;-)) et geint parfois.

Bon, il a de la fière, la belle affaire ! Ce n'est ni la première, ni la dernière fois qu'il chope un virus. En toute logique et si j'analyse les faits, il va être mal foutu pendant 2 ou 3 jours et puis ça va passer... comme sont passés les précédentes maladies, otites, angines et autres syndromes grippaux qui l'ont déjà visité au cours des derniers 4 ans et demi.

Il n'avait pas un mois et demi que nous arpentions les couloirs des urgences de Necker pendant qu'un interne à peine pubère ponctionnait les lombaires de mon petit garçon à la recherche d'une éventuel méningite, qui s'avéra n'être qu'un coup de chaud dû la canicule estivale. Peut-être le Doudou et moi nous étions affolés un peu vite mais le pédiatre l'avait dit s'il fait de la fièvre avant 3 mois, c'est pas normal. Donc, si c'est pas normal, c'est que c'est grave en avions nous déduit. Les parents, c'est bien connu, savent toujours très bien de quoi leur enfant souffre. Après tout, c'est dans nos gènes. Ils sont une partie de nous : qui dès lors peut les connaître mieux que nous ?

J'ai beau me raisonner, à chaque fois, c'est pareil. Quand mes enfants reniflent, c'est une pneumonie. Un mal de ventre ? Une crise d'appendicite. Un coup de fatigue ? j'appelle le pédopsychiatre. Leurs yeux piquent ? La cécité les guette.

Et je culpabilise. Qu'est-ce que je fais encore au bureau à 19 heures alors que mon petit bonhomme souffre, seul, à la maison ? Le fait qu'il soit câliné par SuperNounou, 100 % dévouée à sa cause (et payée pour l'être), de sa soeur et entouré d'environ un millier de livres et presque autant de jouets n'entre bien sûr pas dans l'équation.

Je me dis que si j'étais plus présente, rien de tout cela n'arriverait.

Je sais bien que ce n'est pas vrai, les mamans-à-la-maison de l'école ont également des enfants malades. D'ailleurs, si je m'en réfère aux jours d'absence des enfants, les miens sont mieux portants que les autres. Mais voilà, quand vous êtes une maman-qui-travaille-beaucoup, fille d'une maman-qui-travaillait-beaucoup, vous ne pouvez vous empêcher de penser à la colère qui vous saisissait, petite fille, quand vous étiez malade à la maison et que votre maman devait partir au bureau.

Je suppose que nous sommes la première génération à pouvoir, par nos seuls souvenirs, deviner ce que pense nos enfants quand nous partons au bureau le matin, nous les mamans-qui-travaillons. Nos grands-mères pour la plupart ne travaillaient pas. Ou à la maison. Nos mères pré-soixante-huitardes étaient des pionnières. Elles innovaient. Elles avaient l'excuse de la nouveauté. Nous, femmes des années 90, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.

Alors, pourquoi ? Pourquoi reproduire un schéma que nous avons tant critiqué, adolescentes ? Parce que, sans doute, nous avons constaté que nos mères ont été plus heureuses que nos grands-mères et que, malgré nos souvenirs déformés de la réalité, nous avons eu une enfance bien plus heureuse que nous voudrions parfois le faire croire.

Et si la recette du cake d'amour était celle-là: un zeste d'épanouissement personnel, plein de temps "de qualité" avec nos petits poussins, beaucoup d'amour avec nos doudous, des familles aimantes, pas de gros conflits et, en tout, de l'harmonie et de la bonne humeur.

Caricatural ? Ben oui. Mais ce soir, j'ai envie d'être optimiste. Parce que demain, je vais enfiler mon manteau, descendre les escaliers (l'ascenseur est en panne !), marcher dans le froid, m'engouffrer dans le métro, subir un ou deux incidents techniques, être debout tout le trajet, arriver au bureau, allumer mon ordi, compulser mes emails, y répondre, répondre au téléphone. Et pendant que j'accomplirai ces tâches répétitives qui réclament toute mon attention et ma concentration, mes pensées m'entraîneront vers le seul endroit où j'aurai vraiment envie d'être, au chevet du Petit Poussin pour le rassurer, le prendre dans mes bras et dire tout doucement au méchant virus de laisser mon petit d'homme tranquille et d'aller s'attaquer à gros méchant qui n'a plus besoin d'amour (Papa Le Pen est encore en vie parait-il, ça pourrait être un bon point de chute pour le méchant virus).

Allez, le Petit Poussin s'est endormi... C'est bon signe, n'est-ce pas ?

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