dimanche 29 mars 2009

Sur des skis

Devenir parents donne parfois lieu à des situations de déjà-vu surprenantes.

Prenez mes enfants.

Mettez les sur des skis...

Et soudain, vous voilà propulsés au milieu des années 70. Des années 1970. En 76 ou 77.


Nous sommes à Champagny-en-Vanoise.

J'ai 4 ou 5 ans. Je porte une combinaison violette à fleurs oranges.

Aparté : j'ai vu la photo, ce n'est donc pas qu'un souvenir réinventé et ce n'est pas de ma faute si mes parents suivaient la mode de l'époque. Je me demande ce que la poussinette pensera de la combinaison vert pomme qu'elle vient de porter pendant une semaine...


Je suis sur le télésiège qui monte aux pistes avec mon père.

Nous regardons les arbres. J'admire les traces qu'ont laissé les inconscients qui osent le hors-pistes. j'apprends ce qu'est une rime (on a les jeux qu'on peut sur le télésiège, mon père et moi).

Puis je découvre le chasse-neige, rabattre les skis parallèle. J'ai un mal fou avec le tire-fesses.

Les borseliers. Dix pylônes maudits avant d'arriver en haut. C'est le chemin de croix, les borseliers. Il faut tenir le plus de pylônes possibles, ne pas lâcher la perche. La neige est trop froide. Mon père va trop vite. Je m'assoie. Je ne veux plus avancer. Je pleure. Mon père remonte en escalier. Ses grandes jambes dans son fuseau rouge moulant (non, je n'ai pas de photo, ce blog n'admet d'ailleurs pas les accoutrements ridicules ou dégradants). Il râle. Il me dit d'avancer. Qu'il ne peut pas me porter jusqu'en bas. Que je dois me lever. Je ne bouge pas d'un pouce. Je hurle. Je lui dit qu'il est méchant, qu'il ne comprend rien à rien. Je finis par me dresser mais je n'en pense pas moins. Je descends la piste jusqu'à l'hôtel et je rumine que c'est la dernière fois que je monte sur des skis.


Plus de 30 ans plus tard. Le Petit Poussin et le Doudou devant l'Altispace de Valmorel. Petit Poussin ne veut pas monter. Petit Poussin fait sa mauvaise tête. Petit Poussin ne veut pas aller en haut de la Grande Montagne. Petit Poussin n'est pas rassuré à l'idée de s'asseoir sur ce qui n'est finalement qu'un télésiège un peu amélioré. Il veut retourner aux , c'est mieux la piste des , y a un tapis roulant. Petit Poussin s'assoit dans la neige. Il n'en démord pas. Il n'ira pas. Le Doudou renonce. Procrastination.

Aparté : les enfants ont droit à un tapis roulant pour remonter la piste aux Piou-Piou, on n'arrête pas le progrès.

Autre image éloquente : Poussinette qui hurle quand elle me voit arriver le dernier vendredi des vacances, quand c'est jour des parents aux . Elle veut s'arrêter, ne veut pas skier. La monitrice ESF, pourtant rodée, ne peut pas la calmer. Pousinette a de la voix. Elle a fait cantatrice dans une autre vie. Tous les enfants la toisent d'un oeil moqueur. Elle n'en a cure. Elle, ce qu'elle veut, c'est MAAAAAMAAAAAAN !

Et pourtant, ils skient bien, mes petits poussins, les mains sur les genoux, les jambes bien pliées, le buste en avant et chasse-neige pour freiner. Il pensent à ne pas croiser les skis. Ils sont fiers sous le clic-clac de mon appareil photo. J'enclenche le mode caméra. Petit Poussin fait une mini-chute parce qu'il fait le beau en regardant l'objectif. Il est craquant et tellement fier de me montrer qu'il sait descendre la piste sur les skis. Les larmes des premiers jours, quand il refusait de prendre la navette pour les , sont loin.

Le soir du vendredi. Remise des médailles.

Petit Poussin n'ose pas s'avancer pour qu'on lui remette son carnet de ski. Il fait son timide. Tellement fier quand la dame de l'ESF lui épingle son Piou-Piou sur le t-shirt.

Poussinette est bien plus volontaire, elle vient d'avoir 3 ans, c'est une grande, elle arbore son insigne avait une élégance toute éléphantesque.

Petit Poussin ne parle que de retourner skier. L'année prochaine, il ira avec les oursons. C'est top les oursons, ce sont les grands.

Aparté : Parents de jeunes enfants qui avez commencé le ski en passant votre Première Étoile, sachez que la Première Étoile est devenue le Graal de l'enfant qui débute. Avant la première étoile, l'enfant aura obtenu son piou-piou, donc. Puis son Ourson. Puis son Flocon ... et enfin, seulement peut-être s'il remplit tous les critères sa première étoile. A chaque fois, la babiole vaut 6,5 euros (parce qu'il n'y pas de petit business). Additionnez le coût des cours et multipliez par le nombre de vos enfants et faites les comptes...

Et puis finalement, le dernier jour, il y va, sur la Grande Montagne, le Petit Poussin.

Les vacances finissent en beauté. Toute la piste entre les jambes de Papa, qui n'a pas fait autant d'exercice depuis qu'il a essayé ses Nike-iPod il y a 3 ans (avant de les reléguer à tout jamais au fond du placard vêtements-de-sport-qu'on-sort-une-fois-tous-les-cinq-ans). Petit Poussin arrive tout fier. Il a le sourire du bonheur. Poussinette qui avait affirmé qu'elle ne voulait plus skier fait une comédie pour aller aussi sur la G'and' Monta' mais c'est trop tard, on a rendu le matériel.

Les vacances se finissent et le Doudou et moi pensons aussitôt rentrés à repartir...

Parce qu'il y a 30 ans, nous aussi, nous ne voulions pas avancer et faisions la grève du pas du patineur sur la piste bleue de notre enfance... il n'y a rien de tel qu'un Petit Poussin et une Poussinette le casque sur la tête, la combi bien serré et le masque sur les yeux pour nous rappeler qu'il n'y a pas si longtemps, notre plus grand bonheur était d'aller au ski avec nos parents...

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