J'avais parlé du voile dans un précédent message...
... et le voila de retour.
Vous l'avez peut-être lu dans la presse: une soixantaine de députés de tous bords confondus s'inquiète de l'arrivée de la Burqa en France.
Article de l'Express.
Non, mais, on aura tout vu !
Dans un pays laïque, où la femme et l'homme sont égaux en droits, la Burqa ferait une avancée fracassante ?!?
C'est sûr que moi, avec mes robes, mes décolletés plongeants, mes ballerines et ma nouvelle coupe de cheveux, je ne croise pas beaucoup de Burqas sur la ligne n°1 du métro. Même sur les Champs Elysées, les femmes voilées des Émirats sont plutôt soft : la robe est transparente, la bouche très maquillée et le tissu brodé de rose. Bref, c'est la mode de l'épouse Qatari.
Mais j'imagine que si les représentants élus par le peuple français s'émeuvent, c'est qu'il y matière à s'émouvoir... et c'est inquiétant.
Ma mère, née en 1942 (qu'elle me pardonne de jeter ainsi son âge en pâture), qui a travaillé toute sa vie, m'a dit l'autre jour que notre génération se "relâchait". Quand je lui ai demandé ce qu'elle voulait dire par là, elle m'a dit que les filles d'aujourd'hui ne réalisaient pas que les combats féministes d'hier et ce qu'elles avaient obtenu de haute lutte, nous étions en train de le perdre. A force de croire que nous étions arrivées à un point où plus personne ne doute que la femme a droit aux droits de l'Homme, nous en avions oublié l'essentiel : ce n'est qu'une croyance et d'autres croient le contraire.
Et de faire référence aux banlieues, à Ni Putes Ni Soumises et à ce combat magnifique que certaines (et certains, ne les oublions pas) mènent encore contre l'obscurantisme et l'ignorance.
Lorsque j'ai évoqué cette question avec ma mère, il (n')était question (que) d'une réunion de Directeurs Commerciaux à laquelle le Doudou avait assisté et où siégeaient... dix hommes. Pas une femmes dans cet aréopage. Bref, notre discussion était bien loin de l'avilissement de la femme par le port d'un couvre-tout.
Et voilà qu'on parle de Burqa en France. La Burqa des talibans.
J'ai du mal à le croire.
Et que personne ne vienne me dire qu'une femme est VOLONTAIRE pour se promener avec un sac renversé sur le corps. Ceux qui osent prétendre que c'est un choix ne sont pas des femmes, ne connaissent pas les femmes et n'ont, en tout état cause, aucune empathie pour qui que ce soit !
Faites le test ! Demandez à celui qui prétend que c'est un choix s'il accepterait de se présenter, ainsi accoutré, devant ses amis, ses collègues ou sa famille et observez bien. Un moue de dégoût traverse son visage. Il croit qu'il n'en a rien laissé voir mais la lâcheté est comme la faim, on ne peut pas la réprimer. Le lâche vous ment. Il vous dit que ça ne lui poserait aucun problème mais que la question ne se pose pas. L'homme n'est pas victime du désir de l'autre (c'est sûr qu'avec des théories pareilles, va pas m'inspirer beaucoup de désir, le gars). La femme est protégée par la Burqa, affirme-t-il. Vous l'écoutez, vous n'êtes pas certain(s) de comprendre. Protégée ? Comment ça ? Ben oui, insiste le menteur, elle opte pour la Burqa pour ne pas être l'objet de la convoitise des hommes. Et vous réalisez que le lâche a non seulement une bien piètre image de la femme mais également une image pitoyable de ses congénères, donc de lui même, s'il voit en tout homme un violeur potentiel. Vous êtes désespéré(e)...
... et soudain le nez de l'individu s'allonge et vous êtes (presque) rassuré(e) : ce n'est qu'un pantin !
Et puis, comme je ne saurais jamais aussi bien évoquer la Burqa que celui qui l'a côtoyée, voici un extrait d'une interview de Khaled Hosseini, auteur, entre autres, du remarquable livre Les Cerfs-Volants de Kaboul, qui conclura ce message bien mieux que moi.
Malheureusement, le monde entier s’est habitué à l’image voire au cliché de la femme à la burka passant son chemin sous l’œil glaçant et fanatique d’un officiel taliban. […] Il n’y a pas si longtemps, les femmes afghanes étaient professeurs d’université, docteurs, avocats, elles travaillaient dans les hôpitaux, enseignaient à l’école et jouaient un rôle important dans la société. Des femmes comme ma mère, qui était professeur, enseignait le farsi et l’histoire et finit par devenir la vice-principale d’une grande école pour jeunes filles.
Mais c’était à Kaboul, or l’Afghanistan n’est pas une nation de classes moyennes urbanisées. Il y a toujours eu un fossé idéologique entre le Kaboul réformiste libéral et l’Afghanistan rural. La triste vérité, c’est que l’oppression des femmes telle que la pratiquent les Talibans existait dans certaines régions d’Afghanistan bien avant les Talibans. Alors que Kaboul a été dans une certaine mesure un centre pour l’autonomie féminine, l’Afghanistan rural, surtout au sud et à l’est le long de la frontière avec le Pakistan, est traditionnellement une région de tribus patriarcales dominées par les hommes. […] Au risque de vous surprendre, durant le siècle passé, de multiples tentatives ont été menées pour libérer les femmes afghanes de Kaboul. […] Mais les réformes à Kaboul ont toujours suscité la moquerie, le mépris voire la révolte des chefs des tribus patriarcales.
La vie a donc toujours été une lutte pour certaines femmes en Afghanistan, bien avant les Talibans. Et la situation est devenue insupportable avec le déclenchement des guerres entre factions, la flambée de l’anarchie et de l’extrémisme.
Les femmes ont non seulement subi les attentats et les bombardements des zones civiles, elles ont non seulement été battues, torturées, humiliées, emprisonnées, et bafouées encore et encore dans leurs droits humains fondamentaux, mais elles ont aussi été, dans leur grande majorité, victimes d’abus sexuels. Enlevées et vendues comme esclaves, forcées de se marier avec des chefs miliciens, de se prostituer, elles ont également été violées, un crime particulièrement haineux et impardonnable utilisé pour intimider les familles qui s’opposaient à telle ou telle faction.
Aujourd’hui, dans l’Afghanistan post-Talibans et post-11 septembre, on recommence à parler de libérer les femmes. La discrimination sexuelle qu’ont subi les femmes afghanes est une des plus grandes injustices impunies du monde moderne.
D’autant plus que l’Afghanistan a besoin de ses femmes. Le projet de reconstruire le pays est condamné si les droits humains fondamentaux des femmes ne sont pas respectés, et si les femmes ne sont pas autorisées à participer. […]
Lorsque je suis retourné à Kaboul en 2003, j’ai rencontré toutes sortes de personnes et j’ai croisé dans les rues ces femmes couvertes de la tête aux pieds, suivies par quatre, cinq, six, sept enfants. Je me souviens d’avoir pensé : qui est cette personne à l’intérieur ? Qu’a-t-elle vu ? Qu’a-t-elle enduré ? Qu’est-ce qui la rend triste ? Quels sont ses espoirs, ses désirs, ses déceptions ?
Oui.... Que pensent les femmes sous la Burqa dans nos cités dortoirs ?
Que de clichés!!!! Dans une démocratie on ne dit pas aux gens comment s'habiller ou ne pas s'habiller, point! Et de traiter tous ceux qui ne pensent pas comme vous de laches est assez faible. Vous vous pensez si libérée et spéciale, mais vous répétez banalement des arguments simplets.
RépondreSupprimerLa question soulevée par Doudette dans son billet est loin du cliché, du banal et de l'argument simplet.
RépondreSupprimerIl y a une réalité: le voile, la burka et autres cachez-cette-féminité-que-je-ne-saurais-voir ne relèvent pas d'une hygiène de vie, mais d'une prescription religieuse. En cela, il s'agit d'un signe ostentatoire de religion, et dans une démocratie éprise de laïcité, il doit être banni de certains lieux.
Dans les autres endroits, la rue par exemple, il n'est en effet pas question de dire aux gens comment s'habiller ou ne pas s'habiller.
Mais les citoyens, et leurs représentants démocratiquement élus, ont le droit légitime de s'interroger, dans le respect de toutes les croyances, sur le caractère humiliant, dégradant et contraire à la dignité de la femme de ces accessoires vestimentaires (d'autant que la burka n'est pas l'accessoire, mais le principal).