Au cours des deux derniers repas dans la famille du Doudou, nous avons évoqué la question du divorce.
Ce qui me semblait à moi, fille et petite fille de divorcés, un acquis social qui ne pouvait plus être remis en cause, je m'aperçois que certains ont une vision différente de la question, pour le moins différente comme nous l'allons voir tout à l'heure.
Vision n°1 - Grand-Père
Grand-Père pense que le divorce est une mauvaise chose et qu'il est normal que l'Eglise refuse la communion aux divorcés. Ils n'ont qu'à rester séparés.
"- heureusement que les lois de la république pallient la carence de l'Eglise", a ironisé le Doudou.
Moi, je ne comprends pas comment l'Eglise qui pérore qu'elle accueille tout le monde en son sein trouve le moyen de refuser un bout d'hostie à ceux qui lui sont fidèles ? D'un regard extérieur de non-chrétienne et d'un point de vue purement logique, cette attitude me semble à la fois du mauvais marketing et complètement contre-productive.
C'est comme si les supermarchés refusaient la vente de légumes aux végétariens...
Oui, bon, d'accord, la comparaison n'est pas très habile mais c'est quand même étonnant que les religieux trouvent toujours le moyen de se mettre à dos ceux qui leur auraient donné le bon dieu sans confession...
Cela dit, les religions ont prouvé que quand il s'agissait d'exclure des individus de bonne volonté, elles se valaient toutes.
Y a qu'à voir le parcours du combattant que c'est de se convertir au judaïsme... Si je passe sur le fait que le Monsieur va passer chez le chirurgien, il faut devenir plus royaliste que le roi pour avoir le droit de porter la kipa...
Et pendant ce temps là, un cousin de la famille qui demande au consistoire une dérogation pour se marier. On lui demande de prouver qu'il es juif. Le cousin répond que oui mais que les preuves ont disparu dans les valises des parents décédés à Treblinka. Le consistoire insiste, implacable : "si vous saviez le nombre de fois où des non juifs ont tenté de faire croire qu'ils l'étaient juste parce que leurs parents étaient morts en déportation".
Les catholiques ne sont pas les seuls, on le voit, à s'exclure leurs ouailles.
Vision n°2 - l'Oncle
L'oncle est juriste. En bon juriste, il se pose des questions de fond sur l'interprétation du droit et de la loi.
Sur le divorce, l'Oncle a une position : il considère qu'on doit retirer la garde des enfants à tout parent qui fautif dans le cadre d'un divorce.
Ce à quoi son épouse souligne:
"- heureusement pour nous, il n'est pas magistrat !"
Ma pauvre maman, qui a quitté mon papa pour un autre, ne serait pas ravie d'entendre ça.
Heureusement que la loi parle de l'intérêt de l'enfant !!
Ce ne sont que deux exemples de ce que pensent beaucoup d'entre-nous.
Ayant grandi dans l'idée qu'un couple séparé peut faire deux individus heureux alors qu'un couple marié par contrainte peut n'être que la juxtaposition de deux êtres tristes, je m'interroge.
Le mariage est-il un acte d'amour ou une convention sociale ?
C'est en se confrontant aux opinions des autres qu'on avance dit-on.
J'me confronte, j'me confronte...
test
RépondreSupprimerSi le divorce peut être un "acquis social" pour la République, il peut l'être pour l'Eglise. En effet, les lois de la République sont souvent inspirées par des groupes de pression, qui ont le talent de faire croire que ceux qui ne pensent pas commes eux sont ringards. Il en sera certainement ainsi pour le mariage des homos, alors que le PACs existe déjà.
RépondreSupprimerPar contre, l'Eglise est là pour résister à la facilité, et proposer, comme règle de vie, une exigence, que, le plus souvent, nous sommes d'ailleurs bien incapables de suivre (ainsi, pour le pardon, qui est l'exigence la plus difficile à suivre).Pour le mariage, on ne peut donc faire en sorte que des engagements pris soient rompus sans aucun problème, et parce que cela arrange bien. En ce qui concerne la communion, je ne sais pas si l'Eglise l'interdit aux divorcés, mais je doute réellement qu'un divorcé remarié (autrement que pour des raisons réelles et sérieuses) souhaite vraiment communier sans problème de conscience...
Si certains groupes de pression tentent d'orienter une loi dans un sens ou dans un autre (et parfois, l'Eglise catholique en fait partie, par exemple dernièrement sur le travail le dimanche où elle n'est pas restée inactive, loin de là), les lois sont surtout d'une part le reflet de la société au moment où elles sont votées et d'autre part conformes à notre Constitution.
RépondreSupprimerEt celles qui seraient en particulier inspirées par des groupes de pression font de toute façon écho à ce que pense la majorité de nos concitoyens, tout en respectant notre Constitution.
N'oublions pas en effet que la démocratie en France, c'est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.
Ce n'est pas que de la théorie, c'est notre Constitution dans le texte et comme elle fonctionne dans la vraie vie.
Alors, que ces groupes de pression fassent croire que les "réactionnaires" sont des ringards, c'est leur problème, pas celui de la société qui, elle, avance dans le bon chemin.
Il en est de même d'ailleurs pour les catholiques dont certains peuvent regarder les "païens" et les "mécréants" d'un mauvais oeil: c'est leur problème et la société avance malgré eux.
Mais ce qui est sûr, c'est que nos lois - notamment celles sur le divorce, l'avortement, le PACS, et certainement dans un futur proche sur le mariage des gays et l'adoption d'enfants par eux - sont et seront toujours des acquis sociaux pour l'ensemble des citoyens.
Pourquoi ? Parce que ces lois concernent en premier lieu l'individu et sa personnalité, indépendamment de toute prescription morale ou religieuse.
Elles le respectent en tant que personne humaine libre, responsable et égale à son prochain en droits.
Elles lui donnent certes des droits, mais aussi des devoirs et surtout la liberté de prendre des décisions et d'agir comme bon il lui semble, de faire respecter ses droits, de faire respecter les devoirs d'autrui, le tout dans un cadre républicain laïque.
Il n'y pas de facilité, dans tout cela. Décider de divorcer ou d'avorter figure certainement parmi les décisions les plus douloureuses et difficiles à prendre.
Il n'y a pas non plus d'encouragement vers plus d'égoïsme ni plus de petits-arrangements-parce-que-cela-arrange-bien: la loi protège celui qui est lésé, le plus souvent le plus faible, comme par exemple pour le divorce les enfants ou le conjoint sans ressources.
On me dira: "tu parles d'une protection, les enfants sont déchirés, baldingués de l'un à l'autre, la famille est détruite avant d'être 'recomposée' - d'un ton méprisant -, et le conjoint qui aimait encore est totalement détruit, sans parler de celui qui ne travaillait pas, comment il fait maintenant avec sa maigre pension ?".
Bien sûr, qu'un divorce est un traumatisme familial.
Mais qu'on songe un moment à l'hypothèse où le divorce serait interdit, ou même seulement à l'hypothèse où le divorce serait refusé par les conjoints parce qu'ils sont catholiques tous les deux et qu'ils respectent l'interdiction de l'Eglise: vous croyez que le traumatisme serait moindre voire inexistant ?
Mais enfin ce serait bien pire! Ce désamour qui se transforme en haines cachées parce qu'il doit être ravalé et étoufé. C'est odieux et je n'ose même pas y penser.
Quoiqu'il en soit, ce qui serait merveilleux, c'est que chacun, dans notre République laïque, regarde l'autre dans le respect de ce qu'il est et de ses croyances, sans préjudice ni de sa propre liberté et de ses propres droits ni des devoirs de l'autre, et bien sûr dans le respect de nos lois à tous.
Je ne peux qu'adhérer sans réserve au dernier paragraphe du commentaire de mon fils, qui constitue une Profession de foi en une République laïque, et qui, je pense, est également partagé par la majorité d'entre nous. En effet, nous sommes tous attachés, en tant que démocrates, à l'organisation paisible de la Société civile, qui doit donc, en permanence, définir des lois s'adaptant à l'évolution de cette Société.
RépondreSupprimerToutefois, je voudrais ajouter que, en ce qui me concerne personnellement, du moins, il existe une dimension d'un autre niveau, qui n'a pas besoin de s'adapter, car l'exigence qu'elle demande ne varie pas au cours du temps (de plus, cette exigence est librement acceptée, elle n'a pas besoin d'être imposée comme les lois de la République). Certes, l'Eglise constitue aussi un corps social (bien pacifique parmi d'autres...), dont certains actes quotidiens peuvent d'ailleurs ne pas être souscrits par la conscience personnelle. Mais sa position en ce qui concerne les questions les plus graves (dont le divorce) fait appel à ce qui est de plus noble au coeur des hommes, et elle est certainement difficile à accepter par certains, qui voudraient bien la voir "s'adapter", comme la République.
Or, sur une période pas forcément longue, les lois de la République sont bien fragiles et éphémères, comme on le voit bien maintenant avec la retraite à 60 ans, et les 35 heures (sans compter que, quelquefois, il faut agir contre ces lois, comme de Gaulle contre Pétain...).
Les deux niveaux ne sont donc pas comparables: on peut très bien vivre sur un seul, mais aussi sur les deux...