Cet après-midi, avec toute la famille du Doudou, nous pique-niquions dans une aire protégée au sein du champs de course de Chantilly.
Ce qui nous fait:
- Un Grand-Père et une Grand-Mère,
- deux oncles,
- une tante,
- deux cousins,
et bien sûr, le Petit Poussin, la Poussinette, votre servante, le Doudou et son iPhone.
Dans la même aire, un homme, torse nu, un grand bâton dans les mains, portant pour tout costume un genre de bas de pyjama noir.
L'homme est plutôt bien fait de sa personne. Du coup, les dames jettent un oeil amusé en passant. Mais ce (nous) sont (sommes) des femmes mariées et nous restons dignes. Oui, bon, on regarde mais c'est pour le plaisir des yeux. Ah mais !
Pendant près d'une heure, l'homme fait toujours le même geste :
il prend le bâton (plus grand que lui) dans les mains, le tient bien droit au dessus de sa tête et le ramène ensuite doucement devant lui à la perpendiculaire. Ce geste, il l'a bien fait 100 fois de suite, à notre grand étonnement.
Rapidement, les garçons se lancent dans des blagues de plus ou moins mauvais goût, allant de t'as vu comment il tient sa gaule à faudrait pas trop s'approcher, on risque de s'en pendre une. Ils ont l'excuse des trois frères trentenaires qui retrouvent leur 15 ans quand ils se retrouvent...
On ébauche des théories. C'est quoi son sport ? Il est normal, ce mec ? C'est sur que pour une famille de geeks, plus habituée à passer deux heures devant un PC qu'à faire de l'exercice, le monsieur au bâton tient de l'extra-terrestre. On aimerait bien aller le voir, lui poser des questions. Mais on n'ose pas. On se dit qu'il est peut-être cinglé...
Et là, on réalise que c'est comme ça que naissent les préjugés, par un effet de groupe et d'entraînement... ou comment sans le connaître exclure l'autre par de simples a priori.
Les enfants eux n'ont pas ces problèmes... et le grand jeu est de s'approcher le plus possible du monsieur au bâton en se cachant derrière les arbres et en gloussant. Les enfants jouent au cow-boys et aux indiens à 10 mètres du monsieur au bâton.... Ça fait du bruit, les cow-boys et les squaws de 3 ans ont le timbre perçant. Le monsieur au bâton semble n'en n'avoir cure et il continue son mouvement en quatre temps: monter le bâton vertical au dessus de la tête, tenir longtemps, le ramener devant soi, tenir le cap... longtemps. C'est qu'il est musclé, le monsieur au bâton. Nous, les adultes, ça nous impressionne, ce calme. Les enfants, on a tendance à leur demander de baisser le ton toutes les trente secondes et lui, il fait genre qu'il ne les entend même pas. C'est vexant !
Grand-Père est curieux. Il veut savoir.
Il prend un fille dans chaque main (c'est un bon prétexte les enfants) et s'approche du monsieur au bâton. Ils entament une conversation. Nous, de notre coin de pique-nique, on ne peut pas entendre ce qu'ils se disent, c'est trop loin. On se noie en conjectures. Grand-Père a pris le bâton du monsieur et le tient comme un bâton de pélerin. C'est un peu moins sexy que quand c'est le Monsieur qui le fait. Les enfants reviennent, Grand-Père continue les palabres. Grand-Mère fait une référence au bâton de vieillesse. Heureusement que ca vient de Grand-Mère, nous on n'aurait pas osé...
Finalement, je n'y tiens plus et j'y vais aussi. Le monsieur au bâton est en train d'expliquer que le bâton est un bo. Et que son sport, c'est le bo jutsu. Et là, je réalise que le monsieur au bâton ressemble à Richard Chamberlain dans Shogun (me dites pas que vous êtes trop jeunes, ça va m'énerver). Le monsieur au bâton n'est pas très à l'aise avec les dames. Il file remettre son t-shirt (la classe, non ?).
Moi, j'ai l'info que je voulais et je retourne, toute fière, déballer mon savoir à l'assemblée qui m'attend.
- Attends, fais le Doudou, bo ju-tsu, tu dis ?
Et le voilà qui dégaine son iPhone.
En trente secondes, nous apprenons que c'est un sport japonais et que le bo fut utilisé par la police shogunale pour combattre une révolte en seize-cent et quelques.
Quand grand-père est revenu, on en savait plus que lui sur ce sport qui avait pourtant discuté avec le monsieur au bâton pendant un bon quart d'heures.
Morale de cette journée:
1. Il faut se méfier des préjugés sur les gens qu'on croise... et qu'on ne connaît pas ;
2. l'iPhone est un super moyen pour avoir de l'information technique en temps réel ;
3. c'est Grand-Pere qui a raison : en liant des contacts avec le monsieur au bâton, il s'est donné le temps et les moyens de rencontrer un monsieur au parcours intéressant, respectueux des autres, zen, qui se lève tous les jours à 5 heures du mat' pour pratiquer son art avant d'aller travailler... rien que de petites choses qui font que l'humanité est ce qu'elle est et que rien ne remplacera jamais les contacts humains.
Sur ce, en parlant de contacts humains... à bientôt sur Twitter ;-)
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