Ça y est, la goutte d'eau, celle qui fait déborder le vase, je l'ai vue :
Elle était énorme et défilait dans les rues de Madrid pour expliquer que, oui, la femme a le droit de décider de son corps, mais pas de la vie qu'elle héberge.
Et la, la goutte, après tout ce que j'ai lu et entendu, ces dernières semaines, a fait explosé le bocal. Ça déborde de partout.
Va falloir faire quelque chose.
Pour comprendre mon exaspération, faut comprendre comment j'ai été élevée.
Je suis née au début des années 1970, à une époque où le féminisme était encore un combat, où l'homosexualité était un crime, l'avortement aussi. On ne s'intégrait pas. On s'assimilait.
Et toute petite, on m'a expliqué:
1. que chaque individu est unique et doit être respecté pour ce qu'il est avec ses croyances, ses opinions politiques et ses orientations sexuelles;
2. que, moi, petite fille née du baby boom, je pouvais devenir tout ce que je voulais, faire le métier dont j'avais envie, pour peu que je travaille bien à l'école. L'école laïque et républicaine;
3. que je devais me méfier des religieux parce qu'à vouloir m'imposer leur façon de penser, ils risquaient de m'ôter toute liberté de penser.
Mes amis d'enfance étaient riches ou pauvres, leurs parents étaient de droite ou de gauche. L'objectif pour tous était de bien travailler à l'école et de RESPECTER l'autre. Combien de fois je l'ai entendu ce mot de respect. Ça me cassait les oreilles.
Résultat : mes copains de lycée et de fac allaient de l'extrême-droite (oui, bon, je ne l'ai su qu'après) au LO d'Arlette (je me suis même laissée entraîner à une réunion à la Mutualité), du catholicisme le plus austère à l'homosexualité la plus militante. Tous ces gens se croisaient chez moi, discutaient beaucoup, n'étaient pas souvent d'accord et se moquaient de moi parce que j'affichais un centrisme bon teint qu'ils assimilaient à une volonté de ne pas prendre partie qu'ils jugeaient parfois suspecte. Ces amis là sont toujours mes amis d'aujourd'hui... ce qui prouve qu'on ne change pas, on évolue.
Moi, jusqu'à il y a quelques mois, je ne me posais pas trop de questions. Beau métier, famille aimante, amis sincères, pourquoi m'inquiéterais-je ?
Y avait bien ma mère (vous savez comment sont les mères... moi même, avec ma fille...) qui parfois me disait que, nous, les jeunes femmes (ben oui, ma mère me trouve jeune) des années 2000, on croyait un peu trop vite que tout était acquis... et voilà qu'en quelques mois, ça vacille.
Il a d'abord eu la généralisation du voile (même pas total) dans nos rues. Beaucoup de musulmanes m'ont dit que c'était leur choix mais j'ai du mal à accepter qu'on puisse se contraindre à se couvrir le corps (parce qu'il n'y a pas que le voile, il y aussi ce corps qu'on couvre sous de longs manteaux) pour des exigences religieuses. C'est une stigmatisation de la femme, de la fille sous le regard des copains de ses frères... et je salue ici le combat de Fadela Amara et de NPNS, dont je lisais et appréciais les éditoriaux dans le journal du métro, bien avant qu'elle soit Secrétaire d'Etat.
Il y a eu aussi les remarques acerbes sur ces hommes (et quelques femmes) qui ont admis publiquement leur homosexualité... et là, tout récemment, les quelques mots de Marine Le Pen reprises par toute la classe politique qui pérorent sans avoir lu, prompte à hurler avec les loups. J'ai pris le temps de lire le livre de Frédéric Mitterrand. En entier. Outre le fait que c'est un joli livre sur la solitude et la différence, c'est surtout un parfait exemple (me semble-t-il) d'une génération d'homosexuels née à une période où il était difficile de s'afficher. Oui, il y est question de prostitution mais pas de pédophilie et les pages sur la prostitution, qui closent presque le livre, sont un final d'un parcours sensible où l'on découvre les fêlures d'un homme... Si les prostitués avaient été des prostituées, je n'imagine pas le même acharnement médiatique.
Il y a maintenant cette vieille Europe judéo-chrétienne qui se réveille. L'Irlande qui vote pour le traité de Lisbonne en échange d'une négation du droit à l'avortement, l'Espagne qui descend dans la rue pour le même motif... et je pense à ma mère, à Gisèle Halimi, à Simone Weil, à toutes ces femmes qui se sont battues hier pour que je puisse choisir aujourd'hui...
On parle de renvoyer des sans-papiers qui ne comprennent pas notre langue dans des pays qui sont non seulement des pays en guerre mais aussi des pays où, au quotidien, on bafoue les droits les plus élémentaires des humains. Une frontière a-t-elle tant d'importance qu'elle fait de celui qui est né de l'autre côté un être tellement différent de moi que je n'ai aucune obligation de le respecter.
Et je m'interroge. Avons-nous baissé la garde ? Sommes-nous tous si absorbés par nos petites vies tranquilles que nous en oublions de regarder par le fenêtre ? Est-ce comme cela que cela commence ? Allons-nous relever la tête dans deux ou trois ans pour voir nos filles à la maison, cornaquées par des prêtres, des rabbins et des imams, nos garçons sûr de leur pouvoir mais sans aucun libre arbitre ? Serons-nous ces gens que nous conspuons quand nous raisonnons théoriquement ?
Je caricature ? Peut-être...
Mais si je pense au Berlin de Cabaret, à la Vienne de Sweig, à Alexandrie telle que Durrell la décrit, je ne peux que m'interroger. Que sont devenues ces villes après que des auteurs les aient si bien décrites comme étant ouvertes et cosmopolites ? Mes références sont culturelles, pas historiques me direz-vous. Exact. Mais on lit les sociétés dans les livres et les journaux... et si j'en crois ce que je lis, notamment sur les affaires Polanski (dont je n'ai pas parlé ici) ou Mitterrand, je ne suis pas rassurée.
Mais que font les hommes libres ?
Tu peux sourire, charmante Elvire, les loups sont entrés dans Paris...
Belle et intelligente plaidoirie pour un monde de tolérance...
RépondreSupprimerIl faudrait juste purger le monde de la connerie. Tout le reste disparaitrait alors doucement. La seule technique a mon avis c'est un système éducatif ouvert et non biaise. Le problème c'est que cela prend beaucoup (trop) de temps
RépondreSupprimerje partage... totalement
RépondreSupprimerl'éducation ... mais laquelle
Bien à toi
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