samedi 7 novembre 2009

L'identité Nationale à la sauce doudette

Non mais vous ne croyiez quand même pas que vous alliez échapper à ma contribution à ce débat lancé par Notre Seigneur et maître et son Edifiant Bouffon.

Parce qu'être français, voyez vous, ce n'est pas un acquis. Ben non, qu'est-ce que vous imaginiez ?

Prenez ma famille paternelle. En France depuis la nuit des temps, ma famille n'est française que parce que la Révolution avait besoin de chair à canon pour exporter la Liberté, l'Egalité et la Fraternité:

Louis, par la grâce de Dieu et par la loi constitutionnelle de l'État, roi des Français, à tous présents et à venir, salut.

L'Assemblée nationale a décrété et nous voulons et ordonnons ce qui suit :

Décret de l'Assemblée nationale du 27 septembre 1791 :

L'Assemblée nationale considérant que les conditions nécessaires pour être citoyen français et pour devenir citoyen actif sont fixées par la Constitution, et que tout homme qui, réunissant lesdites conditions, prête le serment civique et s'engage à remplir tous les devoirs que la Constitution impose, a droit à tous les avantages qu'elle assure ; révoque tous arguments, réserves et exceptions insérés dans les précédents décrets relativement aux individus juifs qui prêteront le serment civique, qui sera regardé comme une renonciation à tous privilèges introduits précédemment en leur faveur. »

Louis, pour ceux qui n'auraient pas fait le rapprochement, c'est Louis XVI, dont la tête serait coupée un peu plus tard au nom de l'unité nationale (comme quoi, faut toujours se méfier un peu des mesures qui ont pour objectif de rapprocher les français... mais j'anticipe trop, là).

Plus tard, c'est le sourire aux lèvres, que mon arrière-grand-père est allé voir sa carte d'identité française tamponnée d'un "juif" infamant, pour respecter les lois du pays qu'il l'avait vu naître et dont il était le citoyen. La légende familiale raconte qu'il fit même la queue deux jours de suite assis sur un petit tabouret pliant, tel un AppleAddict la veille de l'ouverture d'un AppStore. Cette référence a l'AppStore est destinée à mon public twitterisant qui ne comprendrait pas qu'un message publié le 7 novembre n'y fasse pas référence. Que les autres me pardonnent.

De l'autre côté, mon autre grand-père avait le double défaut d'être né juif et roumain. Et pourtant, son pays était la France. Arrivé dans les années 20, résistant de la première heure, il fut naturalisé français pour faits de résistance. Plus français que bien des français.

Alors, oui, bien sûr que la question de l'identité nationale m'intéresse. De là à en débattre...

1. Mais pourquoi le politique veut-il ouvrir le débat ?

Notre Seigneur est le chef des français, l'Edifiant Bouffon est son ministre. Un ministre prépare des lois, il les exécute ensuite. Si ces personnes lancent un tel débat, es-qualité, c'est qu'ils entendent tirer des conclusions de ces résultats.

Si ces conclusions doivent donner naissance à nouvelle loi sur la Nationalité, je m'interroge.

Est-ce nécessaire ? Est-ce le moment ?

On le rappelle à toutes fins, est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français (code civil, article 18). Est également français l'enfant né en France sous certaines conditions (code civil, articles 19 et suivants). Il existe d'autres moyens de naître ou devenir français que des textes plus ou moins clairs ont détaillé. Le portail sur Service Public renvoie à ces textes et je vous y renvoie donc également.

Toujours est-il que l'arsenal législatif est d'ores et déjà dense et il ne me semble pas urgent d'en rajouter une couche, sauf à vouloir encore faire un coup politique via la loi.

Dès lors, si l'objectif n'est pas une nouvelle loi sur la nationalité, quel peut-il être ?

Une nouvelle loi régissant les droits des non-nationaux sur le territoire français ? Pourquoi pas ? Même si ici encore, des lois, il y en a et si on les appliquait, tout en respectant les textes supra-nationaux (notamment la Convention Européenne des Droits de l'Homme) sur le sujet, ce serait déjà un grand pas en avant.

En outre, considérer qu'une meilleure définition de l'identité nationale permettra d'établir une réforme de l'immigration est un leurre. Les émigrés n'ont pas tous envie de devenir français. La France n'a pas forcément envie qu'ils le deviennent. On peut se poser la question de ce qu'apportent les émigrés à la France et vice-versa. On peut même se demander si l'on veut des étranger en France. Pourquoi pas ?

Mais ça n'a rien à voir avec ce que c'est que d'être français ou pas.

Et si poser la question de l'identité nationale est une façon détournée de parler de l'étranger en France, alors, oui, on se trouve en face d'une LePénisation du débat politique. On crée des amalgames qui n'ont pas lieu d'être. Etre français concerne les français et ceux qui veulent le devenir. C'est une question tant collective qu'individuelle. Elle n'intéresse pas l'étranger qui ne s'inscrit pas dans un programme de naturalisation. Plus précisément, on peut être étranger, vivre et travailler en France et rester... étranger à ce débat. En tous cas, on doit le rester... car considérer l'étranger comme une donnée du problème, c'est déjà biaiser la question.

Une fois cette précision effectuée, la question que vous vous posez (mais siiiiiiiii !) est de savoir ce que sont pour moi les valeurs communes de nous autres français.

2. Etre français pour moi, c'est simple. C'est adhérer aux valeurs de la république.

Et ces valeurs, quelles sont elles ?

Elles sont celles que résument la constitution et son préambule. Il est question de droits de l"Homme (avec un grand H) et de la femme (avec un petit f... m'enfin...), de la liberté d'association, de la liberté syndicale, de non-discrimination, de solidarité nationale, des droits de l'enfant, d'éducation, de liberté de culte (et du droit de ne pas avoir de religion)...

On pourra débattre pendant des heures dans les préfectures ou ailleurs de ce qu'on imagine être LE français (moi je n'en connais pas deux pareils), tant qu'on aura des instituteurs (qu'on pourra bien appeler Professeurs des écoles si l'on veut) qui rappelleront à nos petites têtes blondes (ou marrons, comme dit la Poussinette) qu'en étant Français, on est plein d'autres choses, il 'y aura pas besoin de débattre (ouh, qu'elle est longue et pleine de parenthèses cette phrases, z'avez réussi à suivre ? Chapeau bas !).

Car mes enfants, petits français nés de parents nés en France, sont aussi français que les enfants de SuperNounou, nés en France de parents nés ailleurs. Tous sont enfants des lumières et de la déclaration de 1789 mais aussi européens libres de se déplacer partout, enfants des révolutions de velours de 1989. En tant que français, nos petits poussin, auront des droits de citoyen mais également les devoirs qui vont avec, le premier étant de respecter l'autre, aussi différent de nous que nous le sommes de lui.

Et je voudrais rappeler à mes petits poussins, plantés devant Robin des Bois (celui de Disney) pendant que je rédige ce message, de ne jamais oublier qu'ils sont :

Libres de devenir ce qu'ils ont envie de devenir, libres de se déplacer, libres de choisir la religion de leur père ou les origines de leur mère, libres de voter pour qui les convaincra, libre de s'engager politiquement ou socialement, libres de s'associer, de penser, de rire et de chanter...

La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. (Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 - article 4)

Les égaux des autres. Qu'ils aient plus ou moins d'argent, telle ou telle profession, qu'ils soient mariés ou non, quelque soient leurs choix de moeurs, de morale ou de vie, qu'ils votent pour Jean Sarkozy ou Thomas Hollande, mes enfants, j'espère, n'oublieront pas qu'ils n'y a pas deux individus identiques et qu'ils ont exactement les mêmes droits et les mêmes devoirs que leur voisin.

Les membres d'une communauté qui leur donne le devoir d'être solidaires des autres. J'espère que mes enfants n'oublieront pas que cette liberté et ces droits qu'on leur a donné leur donne le devoir d'aider celui qui en a besoin, de ne pas abandonner celui qui est dans la peine. Et qu'on ne me parle pas de morale religieuse ! Dieu est aussi loin de moi que le Père Noël (d'ailleurs le Père Noël, j'en connais deux qui l'attendent comme le Messie)...

Et si un jour, il faut prendre les armes pour résister à l'oppression (comme l'ont fait leur arrière-grand-père dans ce pays qui n'était pas le sien mais qu'il avait adopté avant qu'il ne l'adopte), j'espère que mes enfants seront se souvenir des leçons de Robin, dont il s'abreuvent en Français et en Anglais depuis leur plus jeune âge :

Si le Prince Jean est un tyran, il faut le bouter hors du royaume...
(mais si, je parle de Robin des Bois, révisez vos classiques, amis lecteurs).

2 commentaires:

  1. Joli billet Tati :p

    La constitution est malheureusement mise à mal par nos politiques eux-mêmes, qui prennent un malin plaisir à s'en affranchir.
    Sur le papier, oui, nous sommes libres, dans les faits, on nous met bien trop de bâtons dans les roues.

    Quand à la solidarité, elle est passible de sanction, si l'on a pas pris soin de demander à la personne aidée si elle était en règle...

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  2. Le débat sur l'identité nationale n'intéresse pas que la droite extrême et l'extrême droite. Les Ateliers de l'Eclipse, association d'artistes-recycleurs, sont sortis de leur légendaire politique de réserve (quoique l'on ne nous ait pas encore donné le Goncourt) pour s'exprimer dans le Nouvel Observateur.
    En gros, le débat est désormais clos puisque l'identité nationale, ça n'existe pas.
    Bisous rouillés.

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