samedi 28 novembre 2009

Mes principes d'éducation

Dites, les parents de la toile, vous en aviez, vous, des principes d'éducation avant d'avoir des enfants ?

Moi plein.

Et le Doudou aussi.

Avant, quand l'enfant n'était qu'un mot aussi abstrait que la petite graine qui germait en moi, nous avions longuement discuté de la question. On voyait les couples autour de nous qui se disputaient sur le comment et le pourquoi il fallait agir comme ci ou comme ça avait les enfants. On se disait qu'il valait mieux en parler avant, comme ça, on ne serait pas pris au dépourvu.

Parmi les principes essentiels dont nous avions dit que jamais nous ne dévirerions, il y avait notamment :

1. On ne hausse pas la voix et on explique calmement. Les cris, je n'en voulais pas. Je ne voulais pas être une mère hystérique qui part en vrille au moment le moins prévisible et qu'on ne peut plus contrôler. J'allais être la mère calme et posée, qui prend du recul sur l'évènement. On allait voir ce qu'on allait voir.

2. Les enfants se couchent à heure fixe. 20:30 avait été le credo de nos parents (les miens et ceux du Doudou), les enfants qui se couchent tôt sont plus reposés, ils travaillent mieux en classe. On en avait été le fruit. On voulait la même chose.

3. Les fessées, c'est pas bien. Les gifles, n'en parlons pas. Dans la droite ligne du (1.) ci-dessus, des parents responsables ne donnent pas de coups à leur enfants, même des petites tapes sur les fesses. Ça, c'est pour les parents de nos parents. Ceux d'avant mai 1968. Nous ne sommes pas de cette race là. Nous, on a lu Pernoux, Ruffo, Almos et les autres. On est abonnés à Psychologie. On lit les pages enfants de Elle. On sera des parents modernes, des parents parfaits. Comment ça, cela n'existe pas la perfection ?

4. On ne fait pas de chantage. Pas de tu finis ton assiette, sinon tu n'auras pas de dessert. Ces chantages là sont pour les parents qui n'expliquent pas. Nous, on allait expliquer, prendre le temps pour qu'ils comprennent bien le message passé. Du temps, on en aurait... ou on le trouverait.

5. On ne culpabilise pas. Pas de tu finis ton assiette, pense au petit somalien qui meurt de faim. Un enfant n'a pas besoin de supporter la peine du monde sur ses petites épaules, ce n'est pas son rôle et c'est un peu lourd pour lui. On protégerait les nôtres de cela.

6. On ne manipule pas. Ben oui, quoi, l'enfant est un être en construction, on ne peut obtenir de lui ce qu'on veut. C'est malhonnête, n'est-ce-pas ?

C'est joli le dogmatisme...

Ils étaient beaux nos principes...

Et l'enfant est arrivé... et sa soeur est arrivée...

Et le dogmatisme a cédé la place au pragmatisme empirique.

C'était quoi, nos principes, déjà ?

1. On ne hausse pas la voix et on explique calmement.

Ça commence toujours comme ça. On est calme. On la voit se hisser sur le gros fauteuil. On anticipe. C'est notre rôle de parent.
- Ma Poussinette, ne te mets pas debout sur le fauteuil à côté de la table passe, tu vas te faire mal si tu tombes sur la table. Les coins sont pointus.
Jusqu'ici, tout va bien
... mais l'enfant persiste.
- Ne saute pas sur le fauteuil !!!
Elle rigole.
- N'escalade pas le fauteuil, je te dis ! C'est dangereux !
Elle se marre, vous jette des regards amusés par derrière, bouge sa tête dans tous les sens. Mon père dirait que l'enfant fait le zigoto.
- Tu le fais exprès ou quoi ?!? Descends de là !!!!
Elle s'obstine.
- CESSE IMMÉDIATEMENT, JE TE DIS !
...
Boooooum ! (bruit de chute suivie presqu'aussitôt - pourvu qu'on regarde l'enfant au moment de la chute - de grosses larmes de crocodiles)

Cet exemple n'est qu'un petit exemple d'une maman qui s'évertue à rester calme et entend en elle les décibels monter crescendo... elle ne se contrôle plus. Tout à coup, elle devient schizophrène et c'est sa mère, celle à laquelle elle voulait tout faire pour ne pas ressembler, qui s'est introduite dans son corps. C'est la voix de sa mère. C'est l'intonation de sa mère. Ce sont les mots de sa mère.

Horreur... Malheur...

2. Les enfants se couchent à heure fixe.

Alors, le truc des enfants qui se couchent à 20:30, ça devait fonctionner au moyen-âge. Non, parce que moi, j'essaye, hein. Mais à 20:30, ça fait à peine une demi-heure que je suis à la maison. Alors, si vous croyez qu'on a le temps de dîner, se raconter la journée, papoter, se laver les dents, faire le dernier pipi et le câlin du soir le temps d'un journal télévisé (qu'on ne regarde pas), c'est que vous n'avez jamais essayé.

D'autant qu'il y a un principe qu'on tente (encore) de respecter : nous dînons tous les quatre ensemble.

Bref, l'heure du coucher que nous nous sommes fixée, c'est 21 heures.

Ça semble jouable comme ça. Seulement, c'est sans compter sur l'inertie des uns des autres. Le Doudou et son iPhone, mon BlackBerry et moi. Les enfants qui veulent encore un banane, encore une pomme et dont le Doudou a soudainement disparu au moment crucial de se mettre au lit.

Du coup, nous avons mis une alarme qui sonne à 20:50. C'est l'heure du laver des dents.

Une fois sur deux, on est entre la poire et le fromage à 20:50 et pas vraiment prêts à tout laisser tomber pour commencer le rituel du coucher, dont j'ai déjà parlé ici. Donc, on snooze et ça re-sonne toutes les dix minutes. L'alarme, c'est notre Gemini Cricket à nous, une sorte de conscience qui nous rappelle périodiquement qu'on ne respecte pas les principes.

3. Les fessées, c'est pas bien.

Ben oui, c'est pas bien, les fessées. Qui dit le contraire ? Elle a raison, Madame Antier.

Seulement, Madame Antier ne s'est pas retrouvée à l'entrée de la ville close de Concarneau avec un môme de 2 ans qui décide de s'asseoir en hurlant au milieu du pont-levis et de n'en pas bouger. Là, tous les touristes vous toisent du regard et se disent que vous êtes un parent indigne. Autant leur donner raison.

Pour la première fois, vous faites ce que vous aviez dit que vous ne feriez pas.
- A trois, c'est la fessée, menacez-vous, d'une voix chevrotante de parent exaspéré.
L'enfant hurle de plus belle.
- Un....
Votre femme vous regarde. Elle supplie ne fais pas ça, on avait dit que... Vous ne l'écoutez pas. Vous ne supportez pas d'être le centre d'attention, là, à cause de ce morveux qui s'époumone.
- Deux... La voix est plus ferme, vous êtes prêt.
L'enfant vous regarde, incrédule. Vous le lisez dans son regard qui vous défie. Même pas cap qu'il dit, le regard du gniard.
- Trois.
L'enfant de deux ans se relève. Il se précipite sur vous. Il vous donne un coup de pied.
Cette fois, c'en est trop.
La fessée, la première fessée de votre vie, vous venez de la donner. C'est parti tout seul. L'enfant est estomaqué. Il pleure mais cette fois, c'est d'incompréhension. Vous le prenez dans vos bras, il se calme. Vous lui expliquez que vous n'avez pas eu le choix, qu'il n'a pas le droit de faire des caprices comme ça.

C'est vrai qu'après une fessée, on n'est pas très fier(e) de soi. Je sais exactement combien j'en ai données. Trois au Poussin les soirs où il refusait d'aller au lit. Deux à la Poussinette, une fois lors d'un épisode je saute sur le canapé tel que celui décrit ci-dessus et l'autre pour un épisode je refuse de rester dans ma chambre la nuit avec cris et pleurs d'épuisement.

4. On ne fait pas de chantage.

Sachez, lecteurs de peu de foi, ce n'est pas du chantage. C'est de l'explication.

Que je vous donne des exemples pour que vous vous fassiez une idée:

- Si tu ne finis pas tes haricots, c'est que tu n'as plus faim... et si tu n'as plus faim, c'est que tu n'as pas faim pour le gâteau.

- Si tu ne peux pas ranger ta chambre, c'est qu'il n'y a plus de place... et s'il n'y a plus de place, on ne peut pas avoir de nouveaux jouets.

- Si tu ne te prépares pas rapidement, je n'aurai pas le temps de faire le gros câlin à l'école.

- Si tu es trop fatigué pour aider à mettre la table, je vois pas comment tu pourrais te coucher un peu plus tard ce soir.

Vous l'aurez noté, il ne s'agit là que de données parfaitement vérifiables et contrôlables. Il n'y que le rappel de faits techniquement exacts. Du chantage, moi, voyons...

Au fait, je vous ai parlé du Père Fouettard ? Celui qui reprend les cadeaux apportés par le Père Noël aux enfants pas sages...

5. On ne culpabilise pas.

Les enfants ont besoin de données objectives, je ne fais que les leur donner. Tenez, quelques illustrations :

- Maman travaille beaucoup, elle a besoin d'avoir des enfants sages qui font plein de bisous à leur maman.

- Si tu ne fais pas un bisou à Grand-Mère, elle va être triste.

- n'abîme pas tes vêtements, il faut qu'ils restent en bon état pour qu'on puisse les donner à des enfants dont les parents ont moins d'argent quand ils seront trop grands.

- Regarde dans quel état tu as mis ta mère, elle n'en peut plus de tes bêtises ! (remarque de papa dépassé)

Ce n'est pas de la culpabilisation. C'est, encore une fois, le rappel de données objectives qu'il fait bon exposer à l'enfant pour qu'il dispose de l'ensemble des faits avant de prendre une décision...

6. On ne manipule pas.

Quoi ? Vous vous imaginez que je manipule mes enfants. Comme vous y allez...

- Le monsieur qui dort dans la rue ? oui c'est très triste mon poussin. Il n'a pas de chance. Tu devrais lui dire bonjour quand tu le vois, ça lui fera plaisir. Tu as peur de dormir dans la rue toi aussi ? Mais non, mon poussin, papa et moi, on est là. Et après ? Quand tu seras grand ? Le meilleur moyen d'éviter cela est de bien travailler à l'école. Ceux qui réussissent à l'école ont plus de chance d'avoir une belle maison où vivre quand ils seront grands. Ah, tu travailles toujours bien, toi, à l'école ? Je sais, mon chéri, je suis très fière de toi.*

- Quoi tu ne veux pas aller à l'école ? Tu penses que tu es malade comme ton frère, ma Poussinette ? Tu tousses ? Fais voir... Ah, je comprends, tu as une toux bien forcée ma chérie, je trouve... Si tu es malade, on ne peut pas inviter ta copine Juju à venir prendre le goûter demain. Ben non, tu risquerais de lui donner tes microbes... Ah, tu n'est plus malade... Bien, bien. Oui, je vais l'appeler la maman de Juju pour être sûre qu'elle viendra.

Cela dit, les parents, tout cela, ça marche aussi dans l'autre sens.

Je terminerai ce message par un dernier exemple qui montre que, dans ce domaine comme dans les autres, les enfants apprennent vite.

Je suis dans le bain. La Poussinette déboule, un paquet de sucettes dans les mains (faudrait d'ailleurs penser à fermer la porte à clef).
- Maman, je peux avoir une sucette ?
- Non, ma chérie, on va bientôt dîner, c'est pas le moment de prendre une sucette.
....
Elle réapparaît dix minutes plus tard la sucette dans la bouche.
- J'avais pas dit pas de sucette ?!?
- C'est papa qui me l'a donnée.
- ??? DOUDOU !!!!!!
Oui, il me faut crier car le Doudou devant l'ordi n'est pas toujours très réceptif à un appel murmuré...
- Quoi, ma doudette ?, fait l'homme qui déboule, une sucette au bec.
- C'est quoi ce binz ? j'avais dit non pour la sucette.
Mine renfrognée du Doudou qui m'explique ce qui s'est passé quelques minutes plus tôt.
La Poussinette, après avoir essuyé un refus de sa maman responsable, est ensuite allée crier famine chez le papa devant l'ordi :
- Papa, tu veux une sucette ?
Le Doudou veut toujours des sucreries, c'est un homme.
- Oh, merci, ma chérie.
Le Doudou prend la sucette que lui tend sa fille, la déballe et la met en bouche.
Et là, l'enfant dégaine l'arme fatale.
- Je peux prendre l'autre sucette, papa ?
Quand on a soi-même une sucette dans la bouche, il devient plus difficile de faire deux poids deux mesures, n'est-ce pas les papas ?

Et vous, amis lecteurs, vous les respectez, les principes que vous vous étiez fixés avant d'être parents ? commentaires bienvenus.


*là, j'ai fait les questions et les réponses en fait, c'était un vrai dialogue, ne vous méprenez pas.

PS. Spéciale dédicace à super papa de la Rochelle qui m'a donné l'idée de ce billet.

8 commentaires:

  1. Vraiment sympa et tellement vrai...

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  2. Bravo! et surtout MER-CI!! (un grand, notez!)
    Car
    1. Je suis la seule voix "féminine" dans un monde peulplé de 2 tibouts, 1 bonobo-grands-pieds, et un papa intermittent du spectacle (de papa-fait-son-show), et ces 4 messieurs en ont de la voix!! Alors quand j'ai entendu moi aussi la voix de ma propre mère sortir de ma bouche... j'ai eu peur!

    2.Et quand après avoir ramé toute la semaine, que les tibouts et autres copains ont le droit de regarder Garfield le samedi soir, je me retrouve MOI au lit avant eux....

    3.Les fessées, ça fait tellement pas-du-bien que l'ado a eu les larmes aux yeux quand le petit dernier a pris celle méritée après avoir customisé le canapé façon Bic.

    4."Pas de coup de main, chacun s'occupe de son linge" Punaisé sur le panier à linge.

    5."Vous avez vu la tête de votre mère?" Celle là je ne suis pas prête à l'oublier...

    6."Les grands, elle est bonne, hein,la soupe de maman, l'exemple, vous comprenez?"

    Encore merci pour ce bon petit soutien aux mamans de tous les soirs, matins, nuits, déj, goûters...............

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  3. Nous avec l'Homme, jamais on a réfléchi avant d'être parents à comment on serait. On a foncé sans question, ça évite bien des remords après coup ;)
    Alors comme on a pas mal réussi les choses avec les 2ers, on en a fait deux autres dans la foulée.
    Je suis la mère hystérique, fatiguée, impatiente, qui râle sans cesse, qui aime son ordi, son job et ses copines souvent plus que ses mômes...enfin même pas vrai parce que si je râle, m'énerve, m'exaspère, et donne des fessées, voir des claques quand ça abuse vraiment bcp, je dois bien le reconnaitre: on a 4 belettes vraiment sympas.
    Mes parents nous repprochent souvent d'être trop durs, trop exigeants, jamais assez centrés sur le nombril de nos enfants. Eux ont été bcp plus cools. Ce n'est pas notre manière de voir les choses. Chacun sa vie, le principal dans tout ça comme disait ma prof de français? c'est de les aimer. Le reste se fera tout seul.
    Je n'ai jamais aimé Antier, Ruffo, Pernoud ou DOlto (qui a été qd même la mère de Carlos...Sacrée réussite éducative!) ; Je n'aime pas ces donneurs de leçon: impossible en éducation : chaque enfant, chaque parent est unique. Imposer un modèle c'est imaginer que nous sommes tous pareils
    Bonne soirée Laurence

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  4. Très bon billet, qui nous rappelle combien nous sommes humains. Que oui, essayer de transmettre certaines valeurs c'est bien, mais que de vouloir à tout pris être un modèle de parents c'est impossible (à partir du moment où tu en as).

    nous nous retrouvons sur pas mal de point je crois, et ça me rassure :)


    Bonne soirée tatie <3

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  5. J'apprécie vos billets et votre ton :)
    Le métier de parents est le plus dur au monde : il n'y a pas de formation et on fait tous des erreurs!
    Le principal est de dialoguer et d'aimer ses enfants :)

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  6. Ce n'est pas bon c'est EXCELLENT ! j'ai ri tout du long, j'envoie le lien aux couples d'amis qui se reconnaitrons ! ouh que ça fait du bien de ne pas être seule ;-)

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  7. J'aime beaucoup votre humour et la manière dont vous racontez les choses. Je suis mère de 4 enfants, et je reconnais pas mal de situations...
    Que c'est fun la vie de famille!
    Très bonne soirée

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  8. J'adoooooooooore!
    Je n'ai pas encore d'enfant mais Chouchou et moi on est dans la phase 1:établir des principes! Et déjà je m'y reconnais!! Ben quand les enfants seront enfin là ça ne va pas être triste!!
    Merci pour ce témoignage bourré d'humour et de vérités surtout!!

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