J’en ai des choses à vous raconter et ne sais par quoi commencer. D’abord, il y eut Stockholm, une aventure en soi, puis la grève de jeudi dernier, une autre aventure, moins exotique… Allez, j’aurai bien le temps pour deux messages ce week-end.
Commençons par la grève. Car elle nous a tous touchés, certains plus que d’autres. J’imagine que quand vous vivez en rase campagne, la grève signifie essentiellement que la radio diffuse de la musique le matin au lieu de reporter les tristes nouvelles du monde et que la voiture jaune du facteur se fait attendre...
Mais à Paris… Prenez une famille de deux parents qui travaillent, deux enfants dont l’un est scolarisé dans l’école maternelle publique du quartier et dont l’autre est gardé par SuperNounou, domiciliée en grande banlieue au bout d’une ligne de RER dont les conducteurs sont les premiers à faire grève. MA famille à moi.
La veille du jeudi de la grève, le Doudou annonce, grand seigneur, à SuperNounou qu’il lui donne sa journée parce que c’est vraiment trop galère de mettre trois heures pour atteindre Paris intra muros. Puis il m’appelle pour lui annoncer la nouvelle.
- Ah, tu vas pouvoir travailler de la maison ?, je demande, candide.
- Euh, non, j’ai une réunion. Mais toi…
- QUOI MOI ????
Grand silence du Doudou au bout du fil. Inspiration bruyante.
- Ben, t’avais pas dit que t’avais annulé tous tes rendez-vous au cas où ?…
Colère silencieuse de Doudette. Long silence…
- J’ai un travail monstre demain, je ne pourrai PAS m’occuper des enfants.
Supplique du Doudou qui n’a pas envie de revenir vers SuperNounou pour lui dire que, finalement, va falloir qu’elle trouve un moyen pour arriver.
- Je rentrerai tôt et Petit Poussin va à l’école…
Grmph !!!!
- Petit Poussin ne va PAS à l’école. La maîtresse de Petit Poussin est en grève… ainsi que toutes les maîtresses de l’école. L’école est fermée.
Je sens que le Doudou meure d’envie d’évoquer le service minimum et le fait que les écoles doivent s’organiser pour accueillir les enfants. Mais bon, on le sait, à Paris, la mairie n’assure pas le service minimum.
- Et ta mère ?
Ma mère ? Quoi ma mère ? Ma mère a gardé les enfants pendant quatre jours de villégiature à Stockholm, ma mère est épuisée, ma mère n’a qu’une envie, être tranquille, ma mère ne gardera pas les enfants, grève ou pas grève.
Donc, je suis restée à la maison jeudi, derrière mon ordinateur, avec un remote access plus que bienvenu vu la charge de travail. Les enfants avaient promis d’être sages. Ils l’ont (presque) été. Mes beaux-parents sont venus les occuper deux heures et le reste du temps, j’ai assuré. Si, si. Oui, d’accord, ils ont regardé la Belle et le Clochard après le déjeuner mais à part ce petit moment, la télé n’a jamais servi de baby-sitter.
Il y a bien eu quelques incidents.
Poussinette qui se prend un coup d’épée en mousse au moment même où je suis au téléphone. Son hurlement a largement couvert les explications de la cliente qui a du tout reprendre à zéro, tandis que, Poussinette dans les bras, le téléphone coincé entre la tête et l’épaule, je confisquais l’arme du crime.
L’ordinateur qui tombe en rade d’un seul coup quand le Doudou, rentré d’à-peu-près bonne heure, débranche le fil d’alimentation sans réaliser qu’il y a longtemps que le batterie ne fonctionne plus, annulant d’un coup près d’une demi-heure de travail sur un mémo compliqué. Un bout de manif (pas plus de deux cents personnes) qui passe juste sous nos fenêtres, ameutant tout le quartier ; sans doute des égarés.
Poussinette qui tient à absolument à travailler à côté de moi et appuie massivement sur les touches de l’ordinateur Oui-Oui, lesquelles produisent des bruits métalliques d’animaux et autres objets bizarres (le yoyo est particulièrement représentatif de l’absence de rapport entre l’objet et le son qu’il est supposé émettre) à vous donner un mal de crâne pas possible même sans grève.
Finalement, la journée s’est terminée sans heurs. Vers 22 heures, j’ai éteint l’ordi et ai appelé un client qui m’a annonce qu’il rentrait chez lui pour voir sa fille de 7 mois qu’il n’avait presque pas vu de la semaine.
En me couchant, j’ai repensé à la conversation que nous avions eue avec Petit Poussin au déjeuner. J’avais essayé de lui expliquer ce que c’était qu’une grève, en bonne juriste, le fait de défendre des revendications collectives, etc., etc. Il m’avait regardé avec ses grands yeux bleus d’enfants et avait dit :
- Moi, j’aime pas la grève. Quand y a la grève, on peut pas prendre le train pour aller en Bretagne chez Grand-Père et Grand-Mère. De toutes façons, moi, je vais beaucoup travailler, comme toi, comme ça j’aurai une maison et je ne dormirai pas dans la rue.
Oui, bon d’accord, on lui met un peu la pression au Petit Poussin mais, comme disait mon père quand je ramenais un 15/20 et qu’il me demandait pourquoi j’avais pas eu 17 comme ma copine Daphné, c’est pour son bien.
Et j’ai pensé au million de personnes défilant ce jour là, à ce qu’elles demandaient et surtout à ce qu’elles ne demandaient pas, ne demandaient plus. J’ai pensé aux grèves des années 30, quand on se battait pour quelques centimes de plus de salaire, pour les congés payés, pour de meilleures conditions de travail, pour le droit d’être représentées par des syndicats. J’ai pensé à une série télé dont j’ai oublié le nom, qui se passe dans l’Amérique des années 40, avec un personnage qui est un « union rep » venu transmettre les valeurs du syndicalisme à des salariés exploités par le patron local (lequel patron a un fils à la guerre et une vie pas rose-rose) [si quelqu’un se souvient de cette série, qui n’a pas duré plus de deux saisons, je veux bien le nom et un lien internet]. Et aussi utile et indispensable que soit le droit de grève, je me suis demandée s’il n’y avait pas eu un dévoiement de ce droit dans les revendications qu’il portait désormais. Vouloir faire cesser la crise est louable mais je doute que ce soit en s’arrêtant de travailler qu’on résout les problèmes du monde.
J’ai pensé également à ces salariés dont le licenciement est envisagé quelque part en France, qui préfèrent envenimer leur situation en occupant le site, en engageant des procédures juridiques tous azimuts, rendant par là même toute reprise du site inconcevable (qui voudrait acheter une entreprise avec un tel passif ?), plutôt qu’entrer dans un process (certes peut-être douloureux) de conciliation. Il y a une réplique dans Le Dernier Métro de Truffaut où, au cours d’une soirée, le personnage de Catherine Deneuve (Marion) décide de quitter un dîner foireux et où le personnage joué par Depardieu demande ce qu’il lui prend. Il lui est répondu quelque chose comme « la soirée était foutue, du coup elle a décidé d’enfoncer le clou et est allée la finir ailleurs » [ca fait une heure que je cherche la réplique exacte sur Google… et j’trouve rien. C’est nul, Google]. Et effectivement, Marion est partie avec un parfait crétin.
Ben, c’est un peu ce que je ressens avec ces grèves. Les gens se disent que c’est foutu. Alors, foutu pour foutu, autant tout gâcher… Et pendant ce temps là, certains triment plus que d’autres. Et j’ai une tendresse particulière pour ce client qui rentrait chez lui à 22 heures pour voir une petite princesse de sept mois qui ne l’avait sans doute pas attendue.
samedi 31 janvier 2009
De la grève
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mardi 20 janvier 2009
Discours d'investiture
Obama Président prononçant sone discours d'investiture, c'est quand même l'évenement de ce début d'année. Que celui qui n'est pas d'accord avec moi lève le doigt !
Et bien pour mon entourage, c'est aussi important que la première feuille tombant de l'arbre en hiver ou qu'une finale de la Star Académie.
Moi, depuis, ce matin, je jubile. J'avais rendez-vous chez l'orthoptiste à 18 heures, pile quand ca commençait à Washington. C'était le bon plan. Je passais un quart d'heure à loucher puis je sautais dans le métro, rentrais tôt à la maison, allumais la télévision et visionnais tout en direct.
Evidemment, rien ne s'est passé comme prévu.
J'ai bien sauté dans le métro à moitié aveuglée par cette première séance mais la petite lumière rouge du Blackberry* (vous vous souvenez d'elle ?) m'a sommé de programmer une conf call* pour 19:30 tapantes, juste quand j'allais arriver à la maison.
Ensuite, j'étais tellement accaparée par la presse gratuite que j'ai loupé ma sortie et suis descendue une station plus loin. C'est sans doute parce qu'il n'y a eu aucun incident technique. Mon horloge biologique n'est plus habituée aux trajets normaux. J'ai donc du crapahuté jusqu'à la maison dans le froid glacial de l'hiver.
Quand je suis arrivée à la maison, la télé était... éteinte. Ni le Doudou ni les enfants n'avaient jugé utile de regarder en direct cet évenement historique. Le Doudou m'a quand même rassuré en m'apprenant que SuperNounou avait demandé l'autorisation d'allumer le poste pour regarder le début le temps que le Doudou rentre. SuperNounou, elle, avait conscience de vivre un grand moment. Je n'avais pas imaginé que ce serait la nounou qui enseignerait aux enfants les bases du sens civique, la certitude qu'un homme de bonne volonté peut tout accomplir pourvu qu'il s'en donne les moyens, mais je ne peux que m'en réjouir.
J'ai donc commencé ma soirée à discuter licenciement au téléphone, alors que Barack parlait espoir et poursuite du bonheur sans que je puisse le voir. Grand décalage.
Puis le Petit Poussin a trouvé que c'était un excellent moment pour faire une comédie et éclater en sanglots, alors que la cliente parlait dans le combiné et qu'Obama continuait à parler dans le vide sans que quiconque chez nous en soit témoin.
Quand notre min-crise interne fut résolue par un gros calin, je ne me suis pas découragée, j'ai allumé la télévision.
Sur l'écran, on voyait des gens attendre dans la rue. Barack et Michele dinnaient en direct sur SkyNews et Nancy Pelosi portait un toast. Passionnant.
J'attendais qu'on rediffuse le discours.
Un sénateur offrait des photos encadrées, un autre des coupes en cristal dont nul ne voudrait dans son salon.
Les enfants étaient à peu près sage même si Poussinette s'efforceait de me démontrer qu'elle était capable d'écraser une pomme sur le tableau peint par Grand-Mère.
On apprenait que Ted Kennedy avait été victime d'une attaque. La fin d'une époque...
Doudou était devant l'ordi.
Quand le direct n'eut vraiment plus aucun intérêt (le déjeuner touchait à sa fin et tout le monde se bisoutait de dos sur l'écran), on a montré des images de la prestation de sermet.
Ah, le gros plan du visage de Michele si fiere de son époux... Ce gros plan m'a réconciliée avec la fonction d'épouse de Président, quelque peu dévoyée par Cécilia et Carla. Le regard d'amour qu'elle lui portait était beau comme la confiance. Oui, je sais, c'est ridicule de dire beau comme la confiance, n'empêche que Michele, sur son estrade dans le froid, dans son manteau jaune poussin pas très chic français, tout ce qu'elle voyait, c'était l'homme qu'elle aimait, le père de ses enfants. Elle le couvait de son regard enveloppant et je suis sûre qu'elle pensait à tout le chemin qu'ils avaient parcouru ensemble pour en arriver là. Elle était ma-gni-fi-que ! Des regards comme ça, peu sont ceux qui peuvent s'enorgeuillir d'en avoir eu un posé sur soi : c'était celui du Doudou lorsque je suis arrivée à la mairie le jour de notre mariage...
Après cela, toujours des commentaires niaiseux. Mais toujours pas le discours.
Des journalistes se succédaient sur l'écran pour expliquer pourquoi la parade était en retard, que les gens se les gelaient sur place en attendant et en n'avaient pas le droit de bouger. Donc, ils dansaient. Certains se risquaient à quelques commentaires sur la sécurité et le nombre de snippers au mêtre carré. Une dame raconta le menu du déjeuner par... le menu, il faut bien meubler.
Et enfin, ils ont rediffusé le discours. Ce qu'il y a de bien avec les chaines en langue anglaise, c'est qu'il n'y a pas d'interprête pour vous faire une traduction simultanée et nécessairement approximative, aussi doué soit-il. J'étais sur les starting blocks.
Or, à peine Obama a-t-il commencé à parler juste pour moi, avec 2 ou 3 heures de différé, que la Poussinette se plantait juste sous mon nez, un avion en plastique dans la main. Elle a appuyé ostensiblement sur le bouton, celui qui démarre le bruit de l'avion qui décolle. Comme elle l'espérait, le bruit de l'avion qui décolle a masqué la voix du nouveau Président des Etats-Unis tandis que le petit corps de la Poussinette cachait sa tête. Elle était super fière d'elle. J'ai confisqué l'avion mais le bruit a continué (faut attendre qu'il stoppe tout seul, il est stupide ce jouet !) Le Petit Poussin, quant à lui, voulait du gâteau au chocolat, celui qu'on avait fait ensemble dimanche, et pas question d'attendre que Barack ait fini de parler.
J'ai haussé le ton, en demandant à tout le monde de se taire et bien sûr, plus je râlais, moins j'entendais.
J'ai fini par couper la télé. Après tout, c'était l'heure du coucher*.
Puis j'ai préparé un email pour le client de la conf call (ben oui, quand on demande une conf call à 19:30, c'est qu'on a besoin d'un truc rapidement ; sont pas tous sadiques les clients).
Ensuite, je me suis dit que j'allais vous offrir ce petit message, d'autant que pendant plusieurs jours, je ne vais pas facilement avoir accès à ce blog et j'aurai sans doute mieux à faire. Soyez patient, je vous raconterai mes aventures scandinaves (indice) à mon retour.
En attendant, je vous propose qu'on le lise ensemble, ce discours d'investiture. On pourra imaginer comme cela a été dit. Et l'imagination semble être une vertu dont nous allons tous avoir besoin en ces temps de crise.
http://www.nytimes.com/2009/01/20/us/politics/20text-obama.html
Un petit aperçu (c'est la fin, je l'ai lue)
America, in the face of our common dangers, in this winter of our hardship, let us remember these timeless words; with hope and virtue, let us brave once more the icy currents, and endure what storms may come; let it be said by our children's children that when we were tested we refused to let this journey end, that we did not turn back nor did we falter; and with eyes fixed on the horizon and God's grace upon us, we carried forth that great gift of freedom and delivered it safely to future generations.
C'est pas notre Président qui aurait écrit cela, ni son conseiller Guéant...
Bonne lecture à tous.
Doudette, très émue
*pour la définition des termes marqués d'un italique, se référer à de précédents messages de ce blog, je ne suis pas une machine, c'est trop long à réexpliquer.
Et bien pour mon entourage, c'est aussi important que la première feuille tombant de l'arbre en hiver ou qu'une finale de la Star Académie.
Moi, depuis, ce matin, je jubile. J'avais rendez-vous chez l'orthoptiste à 18 heures, pile quand ca commençait à Washington. C'était le bon plan. Je passais un quart d'heure à loucher puis je sautais dans le métro, rentrais tôt à la maison, allumais la télévision et visionnais tout en direct.
Evidemment, rien ne s'est passé comme prévu.
J'ai bien sauté dans le métro à moitié aveuglée par cette première séance mais la petite lumière rouge du Blackberry* (vous vous souvenez d'elle ?) m'a sommé de programmer une conf call* pour 19:30 tapantes, juste quand j'allais arriver à la maison.
Ensuite, j'étais tellement accaparée par la presse gratuite que j'ai loupé ma sortie et suis descendue une station plus loin. C'est sans doute parce qu'il n'y a eu aucun incident technique. Mon horloge biologique n'est plus habituée aux trajets normaux. J'ai donc du crapahuté jusqu'à la maison dans le froid glacial de l'hiver.
Quand je suis arrivée à la maison, la télé était... éteinte. Ni le Doudou ni les enfants n'avaient jugé utile de regarder en direct cet évenement historique. Le Doudou m'a quand même rassuré en m'apprenant que SuperNounou avait demandé l'autorisation d'allumer le poste pour regarder le début le temps que le Doudou rentre. SuperNounou, elle, avait conscience de vivre un grand moment. Je n'avais pas imaginé que ce serait la nounou qui enseignerait aux enfants les bases du sens civique, la certitude qu'un homme de bonne volonté peut tout accomplir pourvu qu'il s'en donne les moyens, mais je ne peux que m'en réjouir.
J'ai donc commencé ma soirée à discuter licenciement au téléphone, alors que Barack parlait espoir et poursuite du bonheur sans que je puisse le voir. Grand décalage.
Puis le Petit Poussin a trouvé que c'était un excellent moment pour faire une comédie et éclater en sanglots, alors que la cliente parlait dans le combiné et qu'Obama continuait à parler dans le vide sans que quiconque chez nous en soit témoin.
Quand notre min-crise interne fut résolue par un gros calin, je ne me suis pas découragée, j'ai allumé la télévision.
Sur l'écran, on voyait des gens attendre dans la rue. Barack et Michele dinnaient en direct sur SkyNews et Nancy Pelosi portait un toast. Passionnant.
J'attendais qu'on rediffuse le discours.
Un sénateur offrait des photos encadrées, un autre des coupes en cristal dont nul ne voudrait dans son salon.
Les enfants étaient à peu près sage même si Poussinette s'efforceait de me démontrer qu'elle était capable d'écraser une pomme sur le tableau peint par Grand-Mère.
On apprenait que Ted Kennedy avait été victime d'une attaque. La fin d'une époque...
Doudou était devant l'ordi.
Quand le direct n'eut vraiment plus aucun intérêt (le déjeuner touchait à sa fin et tout le monde se bisoutait de dos sur l'écran), on a montré des images de la prestation de sermet.
Ah, le gros plan du visage de Michele si fiere de son époux... Ce gros plan m'a réconciliée avec la fonction d'épouse de Président, quelque peu dévoyée par Cécilia et Carla. Le regard d'amour qu'elle lui portait était beau comme la confiance. Oui, je sais, c'est ridicule de dire beau comme la confiance, n'empêche que Michele, sur son estrade dans le froid, dans son manteau jaune poussin pas très chic français, tout ce qu'elle voyait, c'était l'homme qu'elle aimait, le père de ses enfants. Elle le couvait de son regard enveloppant et je suis sûre qu'elle pensait à tout le chemin qu'ils avaient parcouru ensemble pour en arriver là. Elle était ma-gni-fi-que ! Des regards comme ça, peu sont ceux qui peuvent s'enorgeuillir d'en avoir eu un posé sur soi : c'était celui du Doudou lorsque je suis arrivée à la mairie le jour de notre mariage...
Après cela, toujours des commentaires niaiseux. Mais toujours pas le discours.
Des journalistes se succédaient sur l'écran pour expliquer pourquoi la parade était en retard, que les gens se les gelaient sur place en attendant et en n'avaient pas le droit de bouger. Donc, ils dansaient. Certains se risquaient à quelques commentaires sur la sécurité et le nombre de snippers au mêtre carré. Une dame raconta le menu du déjeuner par... le menu, il faut bien meubler.
Et enfin, ils ont rediffusé le discours. Ce qu'il y a de bien avec les chaines en langue anglaise, c'est qu'il n'y a pas d'interprête pour vous faire une traduction simultanée et nécessairement approximative, aussi doué soit-il. J'étais sur les starting blocks.
Or, à peine Obama a-t-il commencé à parler juste pour moi, avec 2 ou 3 heures de différé, que la Poussinette se plantait juste sous mon nez, un avion en plastique dans la main. Elle a appuyé ostensiblement sur le bouton, celui qui démarre le bruit de l'avion qui décolle. Comme elle l'espérait, le bruit de l'avion qui décolle a masqué la voix du nouveau Président des Etats-Unis tandis que le petit corps de la Poussinette cachait sa tête. Elle était super fière d'elle. J'ai confisqué l'avion mais le bruit a continué (faut attendre qu'il stoppe tout seul, il est stupide ce jouet !) Le Petit Poussin, quant à lui, voulait du gâteau au chocolat, celui qu'on avait fait ensemble dimanche, et pas question d'attendre que Barack ait fini de parler.
J'ai haussé le ton, en demandant à tout le monde de se taire et bien sûr, plus je râlais, moins j'entendais.
J'ai fini par couper la télé. Après tout, c'était l'heure du coucher*.
Puis j'ai préparé un email pour le client de la conf call (ben oui, quand on demande une conf call à 19:30, c'est qu'on a besoin d'un truc rapidement ; sont pas tous sadiques les clients).
Ensuite, je me suis dit que j'allais vous offrir ce petit message, d'autant que pendant plusieurs jours, je ne vais pas facilement avoir accès à ce blog et j'aurai sans doute mieux à faire. Soyez patient, je vous raconterai mes aventures scandinaves (indice) à mon retour.
En attendant, je vous propose qu'on le lise ensemble, ce discours d'investiture. On pourra imaginer comme cela a été dit. Et l'imagination semble être une vertu dont nous allons tous avoir besoin en ces temps de crise.
http://www.nytimes.com/2009/01/20/us/politics/20text-obama.html
Un petit aperçu (c'est la fin, je l'ai lue)
America, in the face of our common dangers, in this winter of our hardship, let us remember these timeless words; with hope and virtue, let us brave once more the icy currents, and endure what storms may come; let it be said by our children's children that when we were tested we refused to let this journey end, that we did not turn back nor did we falter; and with eyes fixed on the horizon and God's grace upon us, we carried forth that great gift of freedom and delivered it safely to future generations.
C'est pas notre Président qui aurait écrit cela, ni son conseiller Guéant...
Bonne lecture à tous.
Doudette, très émue
*pour la définition des termes marqués d'un italique, se référer à de précédents messages de ce blog, je ne suis pas une machine, c'est trop long à réexpliquer.
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lundi 19 janvier 2009
L'art du coucher
Après un rapide sondage auprès des parents de mon entourage, il apparaît que les pères et les mères n'ont absolument pas la même conception du coucher de leur marmaille.
La mère dispose d'un nombre impressionnant d'outils afin de mettre l'enfant dans des dispositions favorables pour se mettre au lit sans ronchonner, parmi lesquels :
- le gros câlin sur la canapé ;
- la lecture d'histoire ;
- la chanson douce que leur chantait leur maman ;
- la discussion calme pour débriefer la journée, seul moment pour essayer devenir ce que l'enfant en moyenne section de maternelle a bien pu faire de sa journée.
La mère met en place des rituels immuables qu'il convient de respecter chaque jour pour créer l'habitude (brossage de dents, petit pissouillou, bisou au lit), rituel qu'il convient de suivre à la lettre par risque de rompre l'harmonie (Pavlov, notre guide...).
Le père, en revanche...
Le père n'aime rien tant que le rire de ses enfants, les entendre quémander dix fois la même grimace, le même borborygme. Le père n'aime pas les rituels qui conditionnent l'enfant dès son plus jeune âge.
Alors, le père sabote le travail de la mère.
Consciencieusement.
Le père organise des batailles de guillis cinq minutes avant l'heure du coucher. Le père fait des blagues au moment de se laver les dents. Le père fait l'ogre quand sa fille se glisse dans les draps, en feignant de la manger tout partout. Le père joue au chevalier avec son fils juste au moment d'éteindre la lumière.
Puis le père s'en va. Il a encore son café à siroter devant les News.
Et l'enfant appelle. Il en veut encore. L'enfant n'est jamais rassasié de moments de fous rires avec son papa. La maman essaye de calmer. De temporiser. De raisonner. La maman dit que ce n'est pas le moment de faire les fous, qu'il faut dormir maintenant, qu'il y a eu déjà cinq derniers câlins et dix derniers bisous, que ça suffit. En désespoir de cause, la mère se tourne vers le père. Elle lui dit que c'est de sa faute, qu'on n'excite pas les enfants juste avant de dormir. Le père ne nie pas mais il sourit content de lui. Il explique qu'il n'y a rien de mieux d'entendre ses enfants éclater de rire. La mère hausse les épaules et dit que c'est toujours pareil avec le père !
La mère demande au père d'aller voir ce qui se passe quand l'enfant appelle. Le père répond oh non... agacé. Il pense que l'enfant va se calmer tout seul. Mais l'enfant part en vrille. La mère dit au père J'te l'avais dit. La mère sait que ça va mal finir. Qu'on va y venir, au énième câlin. Et que c'est elle qui va devoir s'y coller... Ça se termine toujours comme ainsi.
Alors, la mère y va. Elle fait le câlin.
Et le père termine son café. En finissant de lire les News.
Moi, au début, quand le Petit Poussin a commencé à faire ses nuits, cahin caha, je me suis dit que le Doudou était vraiment bizarre. Il se plaignait de ne pas dormir à cause du petit et, en même temps, il faisait des tas de guillis en changeant les couches. Le Petit Poussin partait de son grand rire de nourrisson et le Doudou craquait de bonheur... on couchait Petit Poussin... et là, à la grande surprise du Doudou, il refusait de s'endormir. Tu parles d'une découverte. Je le lui avais bien dit, moi, que si on excite un bébé, le bébé ne dort pas. C'est pas compliqué à comprendre quand même !
Et puis j'ai réalisé que ce n'était pas que mon Doudou. Ma belle-mère fut ravie de m'apprendre que le papa de mon Doudou, Grand-Père, l'idole de ses petits enfants, c'était la même chose. Et mon père itou, selon ma mère. Et les maris de mes copines N. et C. du bureau, le mari de ma cousine, celui de Grande Copine... Nous étions cernés par les papas irresponsables, incapables de mettre les enfants au lit sans créer un incident diplomatique.
Peut-être finalement que le problème vient de nous, les mamans. Peut-être qu'à vouloir tout contrôler et s'assurer que nos enfants ont la bonne quantité de sommeil, on les prive de grands moments de gaieté. Ou peut-être que c'est ce qu'il leur faut, une maman psychorigide accrochée à une répétition des tâches rassurantes et un papa, élément perturbateur d'une mécanique trop bien huilée.
En guise de conclusion, il me suffit de vous informer que, durant la grosse demi-heure consacrée à la rédaction de ce message, Poussinette a réclamé de l'eau dans son biberon, un dernier câlin qui ne fut pas le dernier, la tétine bleue du bébé et un bisou sur son cou endolori. Qui a dit qu'il était facile d'endormir un enfant ? En tous cas, à l'heure qu'il est, Petit Poussin et Poussinette se sont tus, ils dorment sans doute... jusqu'au premier cauchemar.
La mère dispose d'un nombre impressionnant d'outils afin de mettre l'enfant dans des dispositions favorables pour se mettre au lit sans ronchonner, parmi lesquels :
- le gros câlin sur la canapé ;
- la lecture d'histoire ;
- la chanson douce que leur chantait leur maman ;
- la discussion calme pour débriefer la journée, seul moment pour essayer devenir ce que l'enfant en moyenne section de maternelle a bien pu faire de sa journée.
La mère met en place des rituels immuables qu'il convient de respecter chaque jour pour créer l'habitude (brossage de dents, petit pissouillou, bisou au lit), rituel qu'il convient de suivre à la lettre par risque de rompre l'harmonie (Pavlov, notre guide...).
Le père, en revanche...
Le père n'aime rien tant que le rire de ses enfants, les entendre quémander dix fois la même grimace, le même borborygme. Le père n'aime pas les rituels qui conditionnent l'enfant dès son plus jeune âge.
Alors, le père sabote le travail de la mère.
Consciencieusement.
Le père organise des batailles de guillis cinq minutes avant l'heure du coucher. Le père fait des blagues au moment de se laver les dents. Le père fait l'ogre quand sa fille se glisse dans les draps, en feignant de la manger tout partout. Le père joue au chevalier avec son fils juste au moment d'éteindre la lumière.
Puis le père s'en va. Il a encore son café à siroter devant les News.
Et l'enfant appelle. Il en veut encore. L'enfant n'est jamais rassasié de moments de fous rires avec son papa. La maman essaye de calmer. De temporiser. De raisonner. La maman dit que ce n'est pas le moment de faire les fous, qu'il faut dormir maintenant, qu'il y a eu déjà cinq derniers câlins et dix derniers bisous, que ça suffit. En désespoir de cause, la mère se tourne vers le père. Elle lui dit que c'est de sa faute, qu'on n'excite pas les enfants juste avant de dormir. Le père ne nie pas mais il sourit content de lui. Il explique qu'il n'y a rien de mieux d'entendre ses enfants éclater de rire. La mère hausse les épaules et dit que c'est toujours pareil avec le père !
La mère demande au père d'aller voir ce qui se passe quand l'enfant appelle. Le père répond oh non... agacé. Il pense que l'enfant va se calmer tout seul. Mais l'enfant part en vrille. La mère dit au père J'te l'avais dit. La mère sait que ça va mal finir. Qu'on va y venir, au énième câlin. Et que c'est elle qui va devoir s'y coller... Ça se termine toujours comme ainsi.
Alors, la mère y va. Elle fait le câlin.
Et le père termine son café. En finissant de lire les News.
Moi, au début, quand le Petit Poussin a commencé à faire ses nuits, cahin caha, je me suis dit que le Doudou était vraiment bizarre. Il se plaignait de ne pas dormir à cause du petit et, en même temps, il faisait des tas de guillis en changeant les couches. Le Petit Poussin partait de son grand rire de nourrisson et le Doudou craquait de bonheur... on couchait Petit Poussin... et là, à la grande surprise du Doudou, il refusait de s'endormir. Tu parles d'une découverte. Je le lui avais bien dit, moi, que si on excite un bébé, le bébé ne dort pas. C'est pas compliqué à comprendre quand même !
Et puis j'ai réalisé que ce n'était pas que mon Doudou. Ma belle-mère fut ravie de m'apprendre que le papa de mon Doudou, Grand-Père, l'idole de ses petits enfants, c'était la même chose. Et mon père itou, selon ma mère. Et les maris de mes copines N. et C. du bureau, le mari de ma cousine, celui de Grande Copine... Nous étions cernés par les papas irresponsables, incapables de mettre les enfants au lit sans créer un incident diplomatique.
Peut-être finalement que le problème vient de nous, les mamans. Peut-être qu'à vouloir tout contrôler et s'assurer que nos enfants ont la bonne quantité de sommeil, on les prive de grands moments de gaieté. Ou peut-être que c'est ce qu'il leur faut, une maman psychorigide accrochée à une répétition des tâches rassurantes et un papa, élément perturbateur d'une mécanique trop bien huilée.
En guise de conclusion, il me suffit de vous informer que, durant la grosse demi-heure consacrée à la rédaction de ce message, Poussinette a réclamé de l'eau dans son biberon, un dernier câlin qui ne fut pas le dernier, la tétine bleue du bébé et un bisou sur son cou endolori. Qui a dit qu'il était facile d'endormir un enfant ? En tous cas, à l'heure qu'il est, Petit Poussin et Poussinette se sont tus, ils dorment sans doute... jusqu'au premier cauchemar.
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dimanche 18 janvier 2009
Et si le permis ne servait à rien...
A vingt ans, quand je disais que je ne savais pas conduire, les vieux de 30 ans me répondaient que c'était normal, que j'étudiais beaucoup et que je n'en avais pas besoin vu que j'habitais Paris. Le vélib n'existant pas, j'ai beaucoup marché la nuit, pris quelques taxis (quand il y en avait) et fréquenté des lignes de métro à des heures où ma maman m'avait interdit de m'y trouver. Je m'en suis sortie sans un incident...
A vingt-cinq ans, quand j'ai commencé à travailler, mon patron ne m'a pas demandé si j'avais le permis. Je suis allée en audience en transports en commun, comme tout le monde en région parisienne, et quand je me déplaçais en province, les taxis ou le client étaient de très bons chauffeurs. Puis j'ai changé de patron, arrêté de plaider, l'email s'est développé, les réunions sont devenues virtuelles et j'ai enfin eu les moyens de me payer des taxis quand je le voulais. Conduire n'était pas une nécessité et je préférais dépenser mon argent à parcourir le monde (l'avion plutôt que la voiture).
Mon père, par contre, y voyait un signe de refus de grandir et il en déduisait, par un raccourci que seuls les pères sont capables de faire, que je ne trouverai pas un mari tant que je ne prendrais pas la décision de passer le permis. A croire que conduire un bolide permet de comprendre un homme...
A vingt-sept ans, poussée par les sarcasmes de la famille et de quelques amis taquins, je me suis inscrite dans une auto-école, à quelques encablures de mon bureau. Ladite auto-école a fait faillite un mois plus tard avant même que j'ai pu poser mes pieds sur un accélérateur. J'obtins des dommages-intérêts epsiloniens devant le tribunal correctionnel, le dirigeant étant poursuivi pour escroquerie, et m'en retournais à mes transports en commun. Plutôt que de m'inscrire dans une autre auto-école, j'investis dans des cours de chant et suis heureuse de vous annoncer que, depuis cette époque, plus personne (sauf mon père, encore lui !) n'ose prétendre que je chante faux. C'est déjà cela...
A trente ans, quand j'ai rencontré le Doudou, il a trouvé très romantique que sa Doudette ne sache pas conduire. Il me raccompagnait à la maison, me faisait un baiser chaste sur le perron et m'envoyait plein de SMS quand il repartait dans son petit chez lui. Pendant ce temps là, mon père qui n'avait pas encore compris que j'étais une grande fille me rappelait qu'à mon âge, quand même, ne pas conduire, c'était un handicap. Je souriais, changeais de sujet... jusqu'à la prochaine fois. L'art de l'esquive n'avait plus de secret pour moi.
Là où je travaillais (et travaille encore), GrandeChef n'avait pas plus le permis que moi, de même que N, jeune collaboratrice. Nous étions (et sommes encore) une poignée de résistantes au permis qui nous lamentions car nous n'avions pas assez de charges à déduire comparées à nos collègues dotés d'un véhicule motorisé.
A trente-deux ans, quand Petit Poussin est né, le Doudou a commencé à trouver qu'une Doudette sans permis, c'était pas top pour faire le trajet jusqu'en Bretagne, chez Grand-Père et Grand-Mère. Mais Grand-Père et Grand-Mère étant ses parents, il ne pouvait pas trop en demander... D'ailleurs, il admettait lui-même qu'il aimait trop conduire pour me laisser le volant. Dont acte.
A trente-quatre ans, quand Poussinette est née et que nous avons décidé de passer nos week-ends à la campagne, Doudou a commencé à trouver qu'il pouvait y avoir un risque à ce qu'on se retrouve coincé à 15 km d'A. dans notre petit hameau de 5 maisons, sans aucun moyen de sortir s'il se cassait une jambe en nettoyant les gouttières. J'ai rappelé qu'on ne déplaçait pas un homme à terre et qu'on appelait les pompiers. J'ajoutais qu'on pouvait payer quelqu'un pour monter à l'échelle. Ça a eu l'air de le convaincre.
De toutes façons, ça sert à quoi une voiture quand on habite Paris, qu'on travaille à une demi-heure en métro de son domicile (hors grèves et incidents techniques), qu'on a le train / l'avion pour aller visiter la famille en province et que Doudou conduit parfaitement, en respectant le code de la route, en ce compris les limitations de vitesse (et oui !!!). Même que je n'ai même pas peur quand je suis avec lui dans la voiture ?
Ça sert à polluer l'atmosphère, à mettre en danger sa vie et celle des autres, à perdre du temps dans les embouteillages et à prendre un coup de stress tant certains conducteurs semblent se croire seuls sur la route.
Peur des responsabilités, moi ?
Meuh non ! c'est pas les responsabilités qui me font peur...
Ce sont les examens !
On voit bien que ce n'est pas vous qui avez passé tous vous examens, du BEPC au CAPA (certificat d'aptitude à la profession d'avocat, pour les ignares), à vous tordre de douleur au dessus des toilettes. L'angoisse de la salle d'examen avant l'épreuve. Le médecin qu'on appelle en catastrophe la veille du D Day pour qu'il vous plante une énorme aiguille pleine de Primpéran dans le derrière, de sorte que vous puissiez plancher sur votre copie le lendemain matin.
C'est bien simple, dans la plupart de mes cauchemars, je suis dans une salle d'examen et je peine pour savoir si je passe en classe supérieure.
Alors, les gars, avant que je passe le Code, la Seine va couler sous le pont Mirabeau !
Même la réforme du permis de conduire, ça ne me tente pas plus que cela. S'il faut que l'examinateur examine la personnalité du candidat plutôt que son aptitude à la conduite, j'ai plus aucune chance. Imaginez quand il me demandera, sainte-nitouche, comment que-ca-s'fait-qu'j'ai-pas-l'permis-à-mon-âge, que vais-je bien pouvoir lui répondre ? Je n'ai pas eu le temps, cher Monsieur, j'étais trop occupée à... vivre. Non, laissez tomber.
D'ailleurs, j'ai fait mes comptes. Encore une dizaine d'années de procrastination et le Petit Poussin pourra me conduire partout... Mais oui, vous comptez bien, aux US, le permis est à 16 ans, il viendra bien un jour où il sera à 15 en France !
Allez, on se donne rendez-vous en 2019 ?
A vingt-cinq ans, quand j'ai commencé à travailler, mon patron ne m'a pas demandé si j'avais le permis. Je suis allée en audience en transports en commun, comme tout le monde en région parisienne, et quand je me déplaçais en province, les taxis ou le client étaient de très bons chauffeurs. Puis j'ai changé de patron, arrêté de plaider, l'email s'est développé, les réunions sont devenues virtuelles et j'ai enfin eu les moyens de me payer des taxis quand je le voulais. Conduire n'était pas une nécessité et je préférais dépenser mon argent à parcourir le monde (l'avion plutôt que la voiture).
Mon père, par contre, y voyait un signe de refus de grandir et il en déduisait, par un raccourci que seuls les pères sont capables de faire, que je ne trouverai pas un mari tant que je ne prendrais pas la décision de passer le permis. A croire que conduire un bolide permet de comprendre un homme...
A vingt-sept ans, poussée par les sarcasmes de la famille et de quelques amis taquins, je me suis inscrite dans une auto-école, à quelques encablures de mon bureau. Ladite auto-école a fait faillite un mois plus tard avant même que j'ai pu poser mes pieds sur un accélérateur. J'obtins des dommages-intérêts epsiloniens devant le tribunal correctionnel, le dirigeant étant poursuivi pour escroquerie, et m'en retournais à mes transports en commun. Plutôt que de m'inscrire dans une autre auto-école, j'investis dans des cours de chant et suis heureuse de vous annoncer que, depuis cette époque, plus personne (sauf mon père, encore lui !) n'ose prétendre que je chante faux. C'est déjà cela...
A trente ans, quand j'ai rencontré le Doudou, il a trouvé très romantique que sa Doudette ne sache pas conduire. Il me raccompagnait à la maison, me faisait un baiser chaste sur le perron et m'envoyait plein de SMS quand il repartait dans son petit chez lui. Pendant ce temps là, mon père qui n'avait pas encore compris que j'étais une grande fille me rappelait qu'à mon âge, quand même, ne pas conduire, c'était un handicap. Je souriais, changeais de sujet... jusqu'à la prochaine fois. L'art de l'esquive n'avait plus de secret pour moi.
Là où je travaillais (et travaille encore), GrandeChef n'avait pas plus le permis que moi, de même que N, jeune collaboratrice. Nous étions (et sommes encore) une poignée de résistantes au permis qui nous lamentions car nous n'avions pas assez de charges à déduire comparées à nos collègues dotés d'un véhicule motorisé.
A trente-deux ans, quand Petit Poussin est né, le Doudou a commencé à trouver qu'une Doudette sans permis, c'était pas top pour faire le trajet jusqu'en Bretagne, chez Grand-Père et Grand-Mère. Mais Grand-Père et Grand-Mère étant ses parents, il ne pouvait pas trop en demander... D'ailleurs, il admettait lui-même qu'il aimait trop conduire pour me laisser le volant. Dont acte.
A trente-quatre ans, quand Poussinette est née et que nous avons décidé de passer nos week-ends à la campagne, Doudou a commencé à trouver qu'il pouvait y avoir un risque à ce qu'on se retrouve coincé à 15 km d'A. dans notre petit hameau de 5 maisons, sans aucun moyen de sortir s'il se cassait une jambe en nettoyant les gouttières. J'ai rappelé qu'on ne déplaçait pas un homme à terre et qu'on appelait les pompiers. J'ajoutais qu'on pouvait payer quelqu'un pour monter à l'échelle. Ça a eu l'air de le convaincre.
De toutes façons, ça sert à quoi une voiture quand on habite Paris, qu'on travaille à une demi-heure en métro de son domicile (hors grèves et incidents techniques), qu'on a le train / l'avion pour aller visiter la famille en province et que Doudou conduit parfaitement, en respectant le code de la route, en ce compris les limitations de vitesse (et oui !!!). Même que je n'ai même pas peur quand je suis avec lui dans la voiture ?
Ça sert à polluer l'atmosphère, à mettre en danger sa vie et celle des autres, à perdre du temps dans les embouteillages et à prendre un coup de stress tant certains conducteurs semblent se croire seuls sur la route.
Peur des responsabilités, moi ?
Meuh non ! c'est pas les responsabilités qui me font peur...
Ce sont les examens !
On voit bien que ce n'est pas vous qui avez passé tous vous examens, du BEPC au CAPA (certificat d'aptitude à la profession d'avocat, pour les ignares), à vous tordre de douleur au dessus des toilettes. L'angoisse de la salle d'examen avant l'épreuve. Le médecin qu'on appelle en catastrophe la veille du D Day pour qu'il vous plante une énorme aiguille pleine de Primpéran dans le derrière, de sorte que vous puissiez plancher sur votre copie le lendemain matin.
C'est bien simple, dans la plupart de mes cauchemars, je suis dans une salle d'examen et je peine pour savoir si je passe en classe supérieure.
Alors, les gars, avant que je passe le Code, la Seine va couler sous le pont Mirabeau !
Même la réforme du permis de conduire, ça ne me tente pas plus que cela. S'il faut que l'examinateur examine la personnalité du candidat plutôt que son aptitude à la conduite, j'ai plus aucune chance. Imaginez quand il me demandera, sainte-nitouche, comment que-ca-s'fait-qu'j'ai-pas-l'permis-à-mon-âge, que vais-je bien pouvoir lui répondre ? Je n'ai pas eu le temps, cher Monsieur, j'étais trop occupée à... vivre. Non, laissez tomber.
D'ailleurs, j'ai fait mes comptes. Encore une dizaine d'années de procrastination et le Petit Poussin pourra me conduire partout... Mais oui, vous comptez bien, aux US, le permis est à 16 ans, il viendra bien un jour où il sera à 15 en France !
Allez, on se donne rendez-vous en 2019 ?
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L'art de la sieste en milieu hostile
Dimanche après midi, vous rentrez d'un déjeuner en amoureux copieux et bien arosé. Vous avez été cherché la marmaille chez les grands-parents. A peine arrivé, le Doudou s'est précipité sur ordi et programme et le Petit Poussin a repris son combats de chevaliers en papier là où il s'était arrêté ce matin... C'est le moment idéal pour se laisser aller à une douce torpeur, pour plonger dans une sieste réparatrice et bien récupérer de la semaine précédente et démarrer la suivante.
Alors, vous vous glissez dans votre lit, vous allumez la radio pour écouter Amos Gitai parler d'une histoire qui ressemble à celle de votre famille et vous vous endormez doucement.
Quand soudain...
Elle arrive ! Elle dit qu'elle veut faire la sieste avec Maman. Elle saute sur votre lit. Elle a apporté le doudou (sans majuscule), un vieux t-shirt que vous n'espérez plus pouvoir remettre. Elle s'alonge à côté de vous. Vous pensez chouette, la sieste avec la Poussinette!.
C'est penser trop vite.
Elle se tourne dans tous les sens. Elle vous grimpe dessus.
- Qu'est-ce que tu fais ?, demandez-vous, d'une voix pâteuse.
- Vais chercher le bébé et la tétine.
Sa voix vous vrille les tympans.
- Hum...
Vous ne lui demandez pas de baisser d'un ton. Vous êtes trop dans le coltar.
Elle quitte votre chambre. Vous l'entendez qui farfouille dans la sienne. Des jouets sont jetés par terre. Vous pensez à Méchant Voisin et vous vous dîtes qu'il va monter râler et que ca va en être fini de votre sieste.
Elle revient, un poupon dans un bras, le doudou et une tétine de poupon dans l'autre. Elle vous re-grimpe dessus, en appuyant bien sur la vessie pleine du champagne du déjeuner. Elle s'allonge de nouveau près de vous. Vous espérez que ca va être calme et fermez les yeux.
Un truc s'enfonce dans vos paupières. Après vérification, c'est un doigt.
- Ouv'e les yeux, maman.
Vous ne vous énervez pas, vous tentez de conserver cette torpeur d'avant la sieste qui vous plait tant. Vous vous contentez de vous tournez de l'autre côté.
C'est calme.
Vous commencez à sombrer dans le sommeil.
- FAUT FAIRE DODO, BEBE !
La même voix de crecelle qui explose les neurones.
Vous soupirez.
- Maman, le bébé veut pas faire dodo, faut lui donner une fessée.
Elle joint le geste à la parole. La poupée reste silencieuse. C'est bien les poupées, ca ne pleure pas beaucoup. Enfin, c'est ce que vous croyez.
- Y pleure, le bébé, maman. Faut lui fai'e un calin.
Elle vous colle la poupée sur le nez.
- Voyons, Poussinette, c'est toi la maman du bébé. C'est à toi de lui faire un calin.
- Ah, d'acco'd.
Elle reprend la poupée, avec autant de délicatesse qu'un conducteur de 4x4 quand il se gare.
Pendant une minute, elle chuchote des mots tendres au bébé, en lui disant de ne pas s'inquiéter, qu'elle l'aime et qu'elle va la protéger du loup. Vous êtes toute attendrie.
Ca ne dure pas longtemps. Elle grimpe de nouveau sur vous et quitte la chambre.
Votre sieste va pouvoir commencer vous en êtes sûre. C'est sans compter sur le Petit Poussin.
- Papa, je veux le lait ! PAPA, JE VEUX LE LAIT !
Quoi ? C'est déjà l'heure du goûter ????
- Papa, veux le lait !
La Poussinette aussi ???
Vous les entendez se chamailler pour savoir lequel boira son lait le plus vite. Ou le plus lentement. Ca hurle.
Pourquoi les enfants ne savent-ils par faire calmement et doucement ?
Bon, c'est fini pour votre sieste.
- Bisous !
Vous appellez.
Personne ne vient.
- BISOUS !
Ca y est. Ils sont tous là. La Poussinette qui vous a grimpé dessus (encore), le Petit Poussin, le Doudou. Ils vous couvrent de bisous. Vous en avez partout des bisous, des biens bruyants, des baveux, des tendres, des calinoucheux...
C'est chouette la sieste du dimanche.
PS. Je vous ai promis plein de messages sur plein de sujets, ils viendront plus tard. Patience...
Alors, vous vous glissez dans votre lit, vous allumez la radio pour écouter Amos Gitai parler d'une histoire qui ressemble à celle de votre famille et vous vous endormez doucement.
Quand soudain...
Elle arrive ! Elle dit qu'elle veut faire la sieste avec Maman. Elle saute sur votre lit. Elle a apporté le doudou (sans majuscule), un vieux t-shirt que vous n'espérez plus pouvoir remettre. Elle s'alonge à côté de vous. Vous pensez chouette, la sieste avec la Poussinette!.
C'est penser trop vite.
Elle se tourne dans tous les sens. Elle vous grimpe dessus.
- Qu'est-ce que tu fais ?, demandez-vous, d'une voix pâteuse.
- Vais chercher le bébé et la tétine.
Sa voix vous vrille les tympans.
- Hum...
Vous ne lui demandez pas de baisser d'un ton. Vous êtes trop dans le coltar.
Elle quitte votre chambre. Vous l'entendez qui farfouille dans la sienne. Des jouets sont jetés par terre. Vous pensez à Méchant Voisin et vous vous dîtes qu'il va monter râler et que ca va en être fini de votre sieste.
Elle revient, un poupon dans un bras, le doudou et une tétine de poupon dans l'autre. Elle vous re-grimpe dessus, en appuyant bien sur la vessie pleine du champagne du déjeuner. Elle s'allonge de nouveau près de vous. Vous espérez que ca va être calme et fermez les yeux.
Un truc s'enfonce dans vos paupières. Après vérification, c'est un doigt.
- Ouv'e les yeux, maman.
Vous ne vous énervez pas, vous tentez de conserver cette torpeur d'avant la sieste qui vous plait tant. Vous vous contentez de vous tournez de l'autre côté.
C'est calme.
Vous commencez à sombrer dans le sommeil.
- FAUT FAIRE DODO, BEBE !
La même voix de crecelle qui explose les neurones.
Vous soupirez.
- Maman, le bébé veut pas faire dodo, faut lui donner une fessée.
Elle joint le geste à la parole. La poupée reste silencieuse. C'est bien les poupées, ca ne pleure pas beaucoup. Enfin, c'est ce que vous croyez.
- Y pleure, le bébé, maman. Faut lui fai'e un calin.
Elle vous colle la poupée sur le nez.
- Voyons, Poussinette, c'est toi la maman du bébé. C'est à toi de lui faire un calin.
- Ah, d'acco'd.
Elle reprend la poupée, avec autant de délicatesse qu'un conducteur de 4x4 quand il se gare.
Pendant une minute, elle chuchote des mots tendres au bébé, en lui disant de ne pas s'inquiéter, qu'elle l'aime et qu'elle va la protéger du loup. Vous êtes toute attendrie.
Ca ne dure pas longtemps. Elle grimpe de nouveau sur vous et quitte la chambre.
Votre sieste va pouvoir commencer vous en êtes sûre. C'est sans compter sur le Petit Poussin.
- Papa, je veux le lait ! PAPA, JE VEUX LE LAIT !
Quoi ? C'est déjà l'heure du goûter ????
- Papa, veux le lait !
La Poussinette aussi ???
Vous les entendez se chamailler pour savoir lequel boira son lait le plus vite. Ou le plus lentement. Ca hurle.
Pourquoi les enfants ne savent-ils par faire calmement et doucement ?
Bon, c'est fini pour votre sieste.
- Bisous !
Vous appellez.
Personne ne vient.
- BISOUS !
Ca y est. Ils sont tous là. La Poussinette qui vous a grimpé dessus (encore), le Petit Poussin, le Doudou. Ils vous couvrent de bisous. Vous en avez partout des bisous, des biens bruyants, des baveux, des tendres, des calinoucheux...
C'est chouette la sieste du dimanche.
PS. Je vous ai promis plein de messages sur plein de sujets, ils viendront plus tard. Patience...
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samedi 17 janvier 2009
Doudou et les soldes
Tous les six mois, c'est la même chose : je VEUX faire les soldes ! Et pas n'importe où. Quelque part en banlieue, dans l'un de ces villages outlet qui permet, en temps de crise et de soldes, de trouver le modèle qu'on avait repéré la saison passée dans une boutique chic du 8ème arrondissement 4 fois moins cher que le prix boutique.
Ça vaut le coup, non ?
Ben non.
C'est en tout cas ce que pense le Doudou. Pour le Doudou, les centres commerciaux, fussent-ils outlet shopping village (l'anglais, ça fait hype sur une plaquette promotionnelle), sont le dernier endroit sur terre où se trouver un samedi.
Ce fut donc une journée de manipulations en tous genres.
Manipulation n°1 : comment déplacer la famille
Les enfants aiment les moules. Et là bas, dans cette lointaine banlieue, il y un restaurant de moules que les enfants affectionnent particulièrement.
Donc...
- Les enfants, ca vous dirait de manger des moules ce midi ?
Regard assassin du Doudou.
- Ouiiiiiiiiii.
Comme on ne peut pas décevoir la chair de notre chair, il faut bien que le Doudou nous conduise. Ben quoi, non, j'ai pas le permis (allez, le prochain message, ce soir ou demain, sera consacré à cette particularité essentielle de ma personnalité).
Nous voilà donc partis. Sur l'autoroute, cela roule plutôt bien et puis y a la Comédie Française qui chante à la radio. Je suis toute guillerette. La perspective de dépenser mon argent en faisant des affaires me réjouit d'avance. Il ne faut pas négliger cette pulsion assassine qui pousse toute shoppeuse un jour ou l'autre à narguer les copines en leur expliquant que, elle, elle a pu trouver le même sac que la copine (ou tout comme) deux ou trois fois moins cher. Ça rend pervers, les soldes.
Mais voilà, à l'arrivée sur le parking du centre commercial, ça se gâte. Pas une place. On tourne depuis à peine 45 secondes que le Doudou commence à transpirer. La perspective des courses, lui, ça l'affole.
- y a pas de place. On rentre à la maison ?, fait-il, presque sérieux.
Manipulation n°2: vive la FNAC !
Il me faut jouer serré.
- Meuh, non, regarde, ça se dégage. Et puis, pendant que je ferai les courses, tu pourras aller à la FNAC avec les enfants.
- OK mais tu gardes Poussinette.
Comment ça, je garde Poussinette ? Z'avez déjà fait les magasins avec une gamine de zeux-ans-et-zemi ? Ça a un avis sur tout, ces bêtes là. Ça vous explique quoi essayer, de préférence des robes roses avec des fleurs et des strass, ça vous dit que ça veut partir et ça file aussitôt hors de la boutique alors que vous êtes en petite culotte dans la cabine d'essayage et, quand ça vous perd des yeux cinq secondes, ça crie Maman! avec un volume identique à celui d'une sirène de pompiers. Oui, c'est sûr, j'ai super envie de faire des courses avec ma fille.
Seulement voilà, le Doudou est agacé, y a pas de place... et en plus, vu qu'il n'y a pas de place, ça signifie qu'il y a sûrement du monde à l'intérieur.
On se fâchera plus tard.
- On verra, je réponds, temporisant, au moment même où une voiture nous offre sa place.
On arrive au restaurant. Pas de place en haut mais de la place en bas, juste à côté des hublots qui donnent sur le grand aquarium ouvert au public. Alléluia !
Manipulation n°3 : comment se débarrasser de la famille
- Regardez, les enfants, y a des requins et des tortues géantes !
- Ben oui, c'est un aquarium, maman.
Le Petit Poussin pontifie. Le Petit Poussin sait mieux que tout le monde. Tant mieux.
- Tu le connais cet aquarium ? Tu voudrais y retourner ?
J'suis forte, hein ?
- Oh, oui... On peut y aller, papa ?
Petit Poussin utilise son regard suppliant par en dessous, celui auquel nul, surtout pas son père, ne peut résister.
Et voilà, l'affaire est dans le sac.
Après le déjeuner, j'ai donc laissé le Doudou et nos enfants à l'aquarium et je m'en suis allée tranquillou acheter deux petites robes noires (mais non, je n'en ai pas cinquante... juste 4 ou 5 !), une veste noire (même réponse) et deux pulls identiques... mais de couleur différente. J'ai flashé sur une paire de chaussures mais j'ai pas osé sans l'avis du Doudou.
Car le seul hic à faire les courses seule, c'est que l'homme que j'aime n'est pas là pour me dire bof quand il n'aime pas. Et le regard du Doudou quand je sors de la cabine d'essayage est quand même plus expressif que les vous êtes parfaite de la vendeuse commissionnée à la vente. Quand ça lui plait, ça se voit dans ses yeux au Doudou.
Tant pis, on ne peut pas tout avoir. Mon Doudou est un super papa, il ne peut pas en plus être le roi du shopping !
Ça vaut le coup, non ?
Ben non.
C'est en tout cas ce que pense le Doudou. Pour le Doudou, les centres commerciaux, fussent-ils outlet shopping village (l'anglais, ça fait hype sur une plaquette promotionnelle), sont le dernier endroit sur terre où se trouver un samedi.
Ce fut donc une journée de manipulations en tous genres.
Manipulation n°1 : comment déplacer la famille
Les enfants aiment les moules. Et là bas, dans cette lointaine banlieue, il y un restaurant de moules que les enfants affectionnent particulièrement.
Donc...
- Les enfants, ca vous dirait de manger des moules ce midi ?
Regard assassin du Doudou.
- Ouiiiiiiiiii.
Comme on ne peut pas décevoir la chair de notre chair, il faut bien que le Doudou nous conduise. Ben quoi, non, j'ai pas le permis (allez, le prochain message, ce soir ou demain, sera consacré à cette particularité essentielle de ma personnalité).
Nous voilà donc partis. Sur l'autoroute, cela roule plutôt bien et puis y a la Comédie Française qui chante à la radio. Je suis toute guillerette. La perspective de dépenser mon argent en faisant des affaires me réjouit d'avance. Il ne faut pas négliger cette pulsion assassine qui pousse toute shoppeuse un jour ou l'autre à narguer les copines en leur expliquant que, elle, elle a pu trouver le même sac que la copine (ou tout comme) deux ou trois fois moins cher. Ça rend pervers, les soldes.
Mais voilà, à l'arrivée sur le parking du centre commercial, ça se gâte. Pas une place. On tourne depuis à peine 45 secondes que le Doudou commence à transpirer. La perspective des courses, lui, ça l'affole.
- y a pas de place. On rentre à la maison ?, fait-il, presque sérieux.
Manipulation n°2: vive la FNAC !
Il me faut jouer serré.
- Meuh, non, regarde, ça se dégage. Et puis, pendant que je ferai les courses, tu pourras aller à la FNAC avec les enfants.
- OK mais tu gardes Poussinette.
Comment ça, je garde Poussinette ? Z'avez déjà fait les magasins avec une gamine de zeux-ans-et-zemi ? Ça a un avis sur tout, ces bêtes là. Ça vous explique quoi essayer, de préférence des robes roses avec des fleurs et des strass, ça vous dit que ça veut partir et ça file aussitôt hors de la boutique alors que vous êtes en petite culotte dans la cabine d'essayage et, quand ça vous perd des yeux cinq secondes, ça crie Maman! avec un volume identique à celui d'une sirène de pompiers. Oui, c'est sûr, j'ai super envie de faire des courses avec ma fille.
Seulement voilà, le Doudou est agacé, y a pas de place... et en plus, vu qu'il n'y a pas de place, ça signifie qu'il y a sûrement du monde à l'intérieur.
On se fâchera plus tard.
- On verra, je réponds, temporisant, au moment même où une voiture nous offre sa place.
On arrive au restaurant. Pas de place en haut mais de la place en bas, juste à côté des hublots qui donnent sur le grand aquarium ouvert au public. Alléluia !
Manipulation n°3 : comment se débarrasser de la famille
- Regardez, les enfants, y a des requins et des tortues géantes !
- Ben oui, c'est un aquarium, maman.
Le Petit Poussin pontifie. Le Petit Poussin sait mieux que tout le monde. Tant mieux.
- Tu le connais cet aquarium ? Tu voudrais y retourner ?
J'suis forte, hein ?
- Oh, oui... On peut y aller, papa ?
Petit Poussin utilise son regard suppliant par en dessous, celui auquel nul, surtout pas son père, ne peut résister.
Et voilà, l'affaire est dans le sac.
Après le déjeuner, j'ai donc laissé le Doudou et nos enfants à l'aquarium et je m'en suis allée tranquillou acheter deux petites robes noires (mais non, je n'en ai pas cinquante... juste 4 ou 5 !), une veste noire (même réponse) et deux pulls identiques... mais de couleur différente. J'ai flashé sur une paire de chaussures mais j'ai pas osé sans l'avis du Doudou.
Car le seul hic à faire les courses seule, c'est que l'homme que j'aime n'est pas là pour me dire bof quand il n'aime pas. Et le regard du Doudou quand je sors de la cabine d'essayage est quand même plus expressif que les vous êtes parfaite de la vendeuse commissionnée à la vente. Quand ça lui plait, ça se voit dans ses yeux au Doudou.
Tant pis, on ne peut pas tout avoir. Mon Doudou est un super papa, il ne peut pas en plus être le roi du shopping !
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mercredi 14 janvier 2009
Des effets de la technique sur ma résolution
Bon alors, voilà, c'est point ma faute.
Je voulais la tenir, moi, ma résolution, écrire un message tous les deux ou trois jours. Seulement, là, j'ai la poisse. J'vous l'jure, M'sieur le juge, j'ai rien fait.
Ben oui, j'ai rien fait. Pas une ligne, pas un mot depuis près d'une semaine.
D'abord, il y a eu notre fournisseur d'accès internet, celui qui veut dire Libre dans une langue étrangère. Tu parles d'une liberté ! Nous avons vu tourner en boucle une série de tirets tout le week-end. Et pourtant le Monsieur de Libre était venu à la maison pour voir ce qui se passait. Hélas, ce n'est pas Superman le Monsieur de Libre. Il est venu trois fois et les tirets ont continuer de tourner en rectangle, lentement parfois, vite d'autres fois.
Aparté : le mot "il" au sens du présent message est un abus de langage parce que le Monsieur de Libre a une tête et une taille différente à chaque passage. C'est ce qu'on appelle le service personnalisé au client: le même uniforme mais pas la même tête, peut-être que les dirigeants de Libre croient vraiment qu'on n'y verra que tu feu, habitués que nous sommes à la normalisation de nos rapports virtuels. Un technicien Libre est interchangeable avec un autre, il se promène avec une petite fiche qui lui sert de pense-bête pour s'assurer que le précédent passage n'a pas été vain. Il faut cependant croire que rien ne vaut l'expérimentation personnelle...
Donc, le Monsieur de Libre a regardé partout, démonté la machine, farfouillé dans les prises, ouvert les placards du couloir, inspecté la cave de l'immeuble, planté des pinces à linge sur les fils électriques de la copropriété. Il n'a rien trouvé. Même pas la troisième fois.
Il en a donc déduit, en bon médecin des machines qu'il n'y avait rien à trouver. Si ça ne fonctionnait pas, ce n'était pas de sa faute.
Aparté: "sa faute" au sens du présent message renvoie à la faute que devrait assumer la société dont il est le préposé et qu'il représentait en trifouillant notre box.
Si ce n'est toi, c'est donc ton frère... Le coupable, selon le Monsieur de Libre était le méchant concurrent qui faisait rien qu'à l'embêter, l'opérateur historique: FT. Deux lettres qu'il présenta au Doudou comme L'antéchrist du monde Geek, un genre de mastodonte purulent dont le Geek devait absolument se méfier. Cependant, le Monsieur de Libre nous a expliqué que lui avait les moyens de faire plier FT et de nous rendre notre précieux accès Internet.
Samedi, rien.
Dimanche, rien.
Lundi, rien.
Et le Petit Poussin qui enfonçait le clou, en appuyant bien là où cela faisait mal.
- Ça marche toujours pas, Free, papa.
Aparté: Oui, le Petit Poussin apprend l'anglais. Il sait dire I am a boy, Poussinette is a girl. Ça vous en bouche un coin, hein ?
Doudou était en manque. Heureusement, l'iPhone lui a permis de rester connecté suffisamment pour ne pas être pris de convulsions traumatiques. Moi, en revanche, j'étais refaite. L'absence de connexion entraînait automatiquement une impossibilité de mettre un message en ligne.
Au bureau ? Vous n'y pensez pas ! Je bosse, moi !
Mardi, la connexion est revenue comme par magie mais moi, j'étais complètement crevée. Oui, je vous l'ai déjà dit, j'ai besoin d'une quantité de sommeil impressionnante pour être gentille le matin. Et quiconque m'a déjà vue pas gentille le matin sait que ma dose de dodo est plus importante que n'importe quelle résolution du nouvel an.
Aujourd'hui, j'avais de grandes idées de messages super bien (vous les aurez un autre jour, ce n'est que partie remise) mais quand j'ai ouvert mon ordi, j'ai commencé par aller regarder mes messages pros. Erreur de débutante. Je me suis retrouvée en dix secondes au téléphone avec New-York à rassurer un jeune banquier sur son avenir.
Aparté : Le premier qui prétend que les banquiers n'ont pas d'avenir par les temps qui courent n'est qu'un cynique qui n'a aucun espoir dans l'humanité. Comment ça, c'est n'importe quoi ?
Bref, je me contente de ces brèves explications pour justifier mon silence des derniers jours. Les considérations spirituelles sur le monde qui part à vaux l'eau et l'impact des intempéries sur le trafic de la ligne numéro 1 du métropolitain sont reportées sine die.
Bonne nuit, les petiots, faites de beaux rêves.
Je voulais la tenir, moi, ma résolution, écrire un message tous les deux ou trois jours. Seulement, là, j'ai la poisse. J'vous l'jure, M'sieur le juge, j'ai rien fait.
Ben oui, j'ai rien fait. Pas une ligne, pas un mot depuis près d'une semaine.
D'abord, il y a eu notre fournisseur d'accès internet, celui qui veut dire Libre dans une langue étrangère. Tu parles d'une liberté ! Nous avons vu tourner en boucle une série de tirets tout le week-end. Et pourtant le Monsieur de Libre était venu à la maison pour voir ce qui se passait. Hélas, ce n'est pas Superman le Monsieur de Libre. Il est venu trois fois et les tirets ont continuer de tourner en rectangle, lentement parfois, vite d'autres fois.
Aparté : le mot "il" au sens du présent message est un abus de langage parce que le Monsieur de Libre a une tête et une taille différente à chaque passage. C'est ce qu'on appelle le service personnalisé au client: le même uniforme mais pas la même tête, peut-être que les dirigeants de Libre croient vraiment qu'on n'y verra que tu feu, habitués que nous sommes à la normalisation de nos rapports virtuels. Un technicien Libre est interchangeable avec un autre, il se promène avec une petite fiche qui lui sert de pense-bête pour s'assurer que le précédent passage n'a pas été vain. Il faut cependant croire que rien ne vaut l'expérimentation personnelle...
Donc, le Monsieur de Libre a regardé partout, démonté la machine, farfouillé dans les prises, ouvert les placards du couloir, inspecté la cave de l'immeuble, planté des pinces à linge sur les fils électriques de la copropriété. Il n'a rien trouvé. Même pas la troisième fois.
Il en a donc déduit, en bon médecin des machines qu'il n'y avait rien à trouver. Si ça ne fonctionnait pas, ce n'était pas de sa faute.
Aparté: "sa faute" au sens du présent message renvoie à la faute que devrait assumer la société dont il est le préposé et qu'il représentait en trifouillant notre box.
Si ce n'est toi, c'est donc ton frère... Le coupable, selon le Monsieur de Libre était le méchant concurrent qui faisait rien qu'à l'embêter, l'opérateur historique: FT. Deux lettres qu'il présenta au Doudou comme L'antéchrist du monde Geek, un genre de mastodonte purulent dont le Geek devait absolument se méfier. Cependant, le Monsieur de Libre nous a expliqué que lui avait les moyens de faire plier FT et de nous rendre notre précieux accès Internet.
Samedi, rien.
Dimanche, rien.
Lundi, rien.
Et le Petit Poussin qui enfonçait le clou, en appuyant bien là où cela faisait mal.
- Ça marche toujours pas, Free, papa.
Aparté: Oui, le Petit Poussin apprend l'anglais. Il sait dire I am a boy, Poussinette is a girl. Ça vous en bouche un coin, hein ?
Doudou était en manque. Heureusement, l'iPhone lui a permis de rester connecté suffisamment pour ne pas être pris de convulsions traumatiques. Moi, en revanche, j'étais refaite. L'absence de connexion entraînait automatiquement une impossibilité de mettre un message en ligne.
Au bureau ? Vous n'y pensez pas ! Je bosse, moi !
Mardi, la connexion est revenue comme par magie mais moi, j'étais complètement crevée. Oui, je vous l'ai déjà dit, j'ai besoin d'une quantité de sommeil impressionnante pour être gentille le matin. Et quiconque m'a déjà vue pas gentille le matin sait que ma dose de dodo est plus importante que n'importe quelle résolution du nouvel an.
Aujourd'hui, j'avais de grandes idées de messages super bien (vous les aurez un autre jour, ce n'est que partie remise) mais quand j'ai ouvert mon ordi, j'ai commencé par aller regarder mes messages pros. Erreur de débutante. Je me suis retrouvée en dix secondes au téléphone avec New-York à rassurer un jeune banquier sur son avenir.
Aparté : Le premier qui prétend que les banquiers n'ont pas d'avenir par les temps qui courent n'est qu'un cynique qui n'a aucun espoir dans l'humanité. Comment ça, c'est n'importe quoi ?
Bref, je me contente de ces brèves explications pour justifier mon silence des derniers jours. Les considérations spirituelles sur le monde qui part à vaux l'eau et l'impact des intempéries sur le trafic de la ligne numéro 1 du métropolitain sont reportées sine die.
Bonne nuit, les petiots, faites de beaux rêves.
mercredi 7 janvier 2009
Du métro et autres contrariétés
Ça y est ! c'est la rentrée ! Ils sont revenus !
On a été bien tranquilles pendant 15 jours, z'étaient avec leur marmaille qui chez Papy et Mamie, qui sur les pentes enneigées, on avait toute la place pour soi... Il y avait bien quelques touristes sonorisés pour nous pomper l'air et les places assises mais rien à voir avec les périodes normales d'activité.
Voilà, c'est fini... Il ne m'a pas fallu longtemps pour m'en apercevoir.
A peine le portillon franchi que la voix des mauvaises nouvelles - vous savez, celle qui sourit tout le temps - annonçait de son ton enjoué que, pour cause d'un problème de signalisation, le trafic était perturbé sur l'ensemble de la ligne. Cela ne m'a même pas étonnée plus que cela. Blasée, la Doudette ! Avant les congés, les excuses les plus fréquentes étaient, sans ordre de préférence ni de priorité:
- la panne de signalisation susmentionnée ;
- le défaut d'alimentation en électricité (si, si, deux fois en moins de trois jours) ;
- l'incident technique (vague mais efficace) ;
- l'arrêt de travail d'une partie du personnel (joli euphémisme pour grève sans préavis) ;
- l'accident grave de voyageur ;
- la régulation du trafic ;
- l'abondance de voyageurs (sic !).
Pas un matin sans une raison officielle pour ralonger mon trajet, pourtant direct, d'un bon quart d'heure.
Le froid n'arrangeait rien ce matin. On case moins de doudounes épaisses dans un wagon de la ligne n°1 que de t-shirts moulants. Ça poussait fort sur le quai. La plume d'oie, ça se compresse !Madame Météo avait affolé les foules en annonçant - 10°C. On se serait cru dans la file d'attente du télécabines en bas des pistes. Je n'avais pas vu autant d'anoraks à Paris depuis mes 4 ans (et oui, l'année de mes 4 ans, il a neigé à Noël, j'en garde un souvenir ému, snif...).
Bref, je me suis retrouvée coincée, le nez dans l'aisselle d'un Monsieur portant manteau de flanelle grise et bonnet rouge (rassurez-vous, avec les épaisseurs de tissus, j'ai rien senti), bousculée par une donzelle de 15 ans dont l'iPod hurlait tellement que je comprenais les paroles de la chanson qu'elle écoutait, tandis qu'une dame très classe et pourtant très vulgaire tentait de se frayer un chemin pour être au plus prêt des places assises dès fois que quelqu'un se lèverait à la prochaine station.
J'essayais tant bien que mal de consulter les messages de la nuit sur mon Black, tout en étant à l'affût d'un place assise (ouhhhhh, la vilaine !!!!) et en m'assurant qu'il n'y avait pas une femme enceinte ou une personne âgée avec priorité.
Car oui, je l'avoue. Je suis de ces horribles bonnes femmes qui se précipitent l'air de ne pas y toucher quand une place se libère. J'analyse le moindre mouvement, me place dans l'axe pour que, lorsque le voyageur se dresse et se dirige vers la porte à force de je sors ! et autre laissez passer !, personne d'autre que moi ne puisse prendre la place. Je suis stratégiquement placée entre les deux rangées de trois sièges qui précèdent et suivent la jonction entre les wagons. J'attends les grosses stations avec impatience. Chatelet est mon Eldorado, le lieu où les importuns quittent le navire. Dès qu'une station à correspondance s'approche, je croise les doigts dans l'espoir que quelqu'un s'en aille. Je choisis mes proies. Les hommes en costume avec sacoches d'ordinateurs vont à Neuilly ou à la Défense, tout au bout de la ligne, ils ne m'intéressent pas. Je cible les jeunes, ceux dont on peut supposer qu'ils sont en route vers la fac ou le lycée. Y a pas de fac ou de lycée autour de mon bureau : ceux-là sortent avant. Ils me plaisent. Les touristes s'arrêtent à Palais-Royal, ce n'est pas le mieux mais à défaut...
Et quand je trouve enfin une place assise, je baisse la tête, je ne regarde plus les gens debout, ces pauvres duduches. Il vaut mieux faire l'autruche que de croiser leur regard envieux ou épuisé, pire de voir un bidon arrondi. Le bidon arrondi, c'est la fin de tout. Le bidon arrondi, on n'a pas le choix, il faut se lever et lui laisser la place. Même s'il y a un Monsieur assis à côté. Car le Monsieur assis à côté, quel que soit son âge, son statut social ou sa forme physique, ne se lève pas lui. Même quand c'est moi, une femme - une mère ! - qui me lève. Le Monsieur assis à côté lit le journal ou un livre, joue avec sa PSP, regarde ses emails sur son iPhone, envoie des textos frénétiquement, reluque le décolletté de la donzelle assise de l'autre côté, parle au téléphone. Le Monsieur à côté ne veut surtout pas voir que vous êtes de nouveau debout et que lui est resté assis. Le Monsieur à côté n'est pas galant. Le Monsieur à côté doit se dire que, puisque vous avez voulu l'égalité, vous l'assumez.
Et parfois, comme moi ce matin, rendue fébrile par les effets combinés du froid et du manque du sommeil, vous laissez votre place à la dame au bébé dans le ventre en vous disant qu'il n'y a pas si longtemps que cela, vous étiez à sa place. Et vous êtes super fière de vous ! Vous avez envie de dire au Monsieur d'à côté que, s'il n'y avait des femmes comme cette dame qui part travailler par moins 10°C, dans un métro bondé, enceinte, il ne serait pas là, à faire semblant de ne pas voir que la plupart des voyageurs autour de lui sont des voyageuses, plus âgées et plus faibles que lui. Vous avez envie de dire à toutes ces travailleuses qui recommencent le soir à la maison, qui tentent de tenir en équilibre sur le fil de la vie, qu'elles sont extraordinaires !
Et quand vous sortez du métro pour retrouver le froid de l'hiver, vous téléphonez à votre Doudou, comme tous les matins pour partager ensemble les 3 minutes nécessaires pour atteindre votre bureau.
- Allo, doudou, t'es où ?
- Bloqué sur l'autoroute, je n'sais pas ce qu'y s'passe, ca roule pas. Ca fait dix minutes que ca n'avance pas. T'es déjà arrivée ?
- Yop, y avait du monde mais ça allait.
- T'étais assise ?
- Pas tout le temps, mais ca a été.
- Bon ben tant mieux. Travaille bien, ma Doudette. Moi, j'en ai encore pour longtemps, je s'rai pas au bureau avant 9 heures et demi ou 10 heures moins le quart. C'est la poisse ! j'ai une réunion à 10 heures, j'vais même pas avoir le temps de la préparer !
Elle est pas belle, la vie, pour l'usager de la ligne numéro 1 ?
On a été bien tranquilles pendant 15 jours, z'étaient avec leur marmaille qui chez Papy et Mamie, qui sur les pentes enneigées, on avait toute la place pour soi... Il y avait bien quelques touristes sonorisés pour nous pomper l'air et les places assises mais rien à voir avec les périodes normales d'activité.
Voilà, c'est fini... Il ne m'a pas fallu longtemps pour m'en apercevoir.
A peine le portillon franchi que la voix des mauvaises nouvelles - vous savez, celle qui sourit tout le temps - annonçait de son ton enjoué que, pour cause d'un problème de signalisation, le trafic était perturbé sur l'ensemble de la ligne. Cela ne m'a même pas étonnée plus que cela. Blasée, la Doudette ! Avant les congés, les excuses les plus fréquentes étaient, sans ordre de préférence ni de priorité:
- la panne de signalisation susmentionnée ;
- le défaut d'alimentation en électricité (si, si, deux fois en moins de trois jours) ;
- l'incident technique (vague mais efficace) ;
- l'arrêt de travail d'une partie du personnel (joli euphémisme pour grève sans préavis) ;
- l'accident grave de voyageur ;
- la régulation du trafic ;
- l'abondance de voyageurs (sic !).
Pas un matin sans une raison officielle pour ralonger mon trajet, pourtant direct, d'un bon quart d'heure.
Le froid n'arrangeait rien ce matin. On case moins de doudounes épaisses dans un wagon de la ligne n°1 que de t-shirts moulants. Ça poussait fort sur le quai. La plume d'oie, ça se compresse !Madame Météo avait affolé les foules en annonçant - 10°C. On se serait cru dans la file d'attente du télécabines en bas des pistes. Je n'avais pas vu autant d'anoraks à Paris depuis mes 4 ans (et oui, l'année de mes 4 ans, il a neigé à Noël, j'en garde un souvenir ému, snif...).
Bref, je me suis retrouvée coincée, le nez dans l'aisselle d'un Monsieur portant manteau de flanelle grise et bonnet rouge (rassurez-vous, avec les épaisseurs de tissus, j'ai rien senti), bousculée par une donzelle de 15 ans dont l'iPod hurlait tellement que je comprenais les paroles de la chanson qu'elle écoutait, tandis qu'une dame très classe et pourtant très vulgaire tentait de se frayer un chemin pour être au plus prêt des places assises dès fois que quelqu'un se lèverait à la prochaine station.
J'essayais tant bien que mal de consulter les messages de la nuit sur mon Black, tout en étant à l'affût d'un place assise (ouhhhhh, la vilaine !!!!) et en m'assurant qu'il n'y avait pas une femme enceinte ou une personne âgée avec priorité.
Car oui, je l'avoue. Je suis de ces horribles bonnes femmes qui se précipitent l'air de ne pas y toucher quand une place se libère. J'analyse le moindre mouvement, me place dans l'axe pour que, lorsque le voyageur se dresse et se dirige vers la porte à force de je sors ! et autre laissez passer !, personne d'autre que moi ne puisse prendre la place. Je suis stratégiquement placée entre les deux rangées de trois sièges qui précèdent et suivent la jonction entre les wagons. J'attends les grosses stations avec impatience. Chatelet est mon Eldorado, le lieu où les importuns quittent le navire. Dès qu'une station à correspondance s'approche, je croise les doigts dans l'espoir que quelqu'un s'en aille. Je choisis mes proies. Les hommes en costume avec sacoches d'ordinateurs vont à Neuilly ou à la Défense, tout au bout de la ligne, ils ne m'intéressent pas. Je cible les jeunes, ceux dont on peut supposer qu'ils sont en route vers la fac ou le lycée. Y a pas de fac ou de lycée autour de mon bureau : ceux-là sortent avant. Ils me plaisent. Les touristes s'arrêtent à Palais-Royal, ce n'est pas le mieux mais à défaut...
Et quand je trouve enfin une place assise, je baisse la tête, je ne regarde plus les gens debout, ces pauvres duduches. Il vaut mieux faire l'autruche que de croiser leur regard envieux ou épuisé, pire de voir un bidon arrondi. Le bidon arrondi, c'est la fin de tout. Le bidon arrondi, on n'a pas le choix, il faut se lever et lui laisser la place. Même s'il y a un Monsieur assis à côté. Car le Monsieur assis à côté, quel que soit son âge, son statut social ou sa forme physique, ne se lève pas lui. Même quand c'est moi, une femme - une mère ! - qui me lève. Le Monsieur assis à côté lit le journal ou un livre, joue avec sa PSP, regarde ses emails sur son iPhone, envoie des textos frénétiquement, reluque le décolletté de la donzelle assise de l'autre côté, parle au téléphone. Le Monsieur à côté ne veut surtout pas voir que vous êtes de nouveau debout et que lui est resté assis. Le Monsieur à côté n'est pas galant. Le Monsieur à côté doit se dire que, puisque vous avez voulu l'égalité, vous l'assumez.
Et parfois, comme moi ce matin, rendue fébrile par les effets combinés du froid et du manque du sommeil, vous laissez votre place à la dame au bébé dans le ventre en vous disant qu'il n'y a pas si longtemps que cela, vous étiez à sa place. Et vous êtes super fière de vous ! Vous avez envie de dire au Monsieur d'à côté que, s'il n'y avait des femmes comme cette dame qui part travailler par moins 10°C, dans un métro bondé, enceinte, il ne serait pas là, à faire semblant de ne pas voir que la plupart des voyageurs autour de lui sont des voyageuses, plus âgées et plus faibles que lui. Vous avez envie de dire à toutes ces travailleuses qui recommencent le soir à la maison, qui tentent de tenir en équilibre sur le fil de la vie, qu'elles sont extraordinaires !
Et quand vous sortez du métro pour retrouver le froid de l'hiver, vous téléphonez à votre Doudou, comme tous les matins pour partager ensemble les 3 minutes nécessaires pour atteindre votre bureau.
- Allo, doudou, t'es où ?
- Bloqué sur l'autoroute, je n'sais pas ce qu'y s'passe, ca roule pas. Ca fait dix minutes que ca n'avance pas. T'es déjà arrivée ?
- Yop, y avait du monde mais ça allait.
- T'étais assise ?
- Pas tout le temps, mais ca a été.
- Bon ben tant mieux. Travaille bien, ma Doudette. Moi, j'en ai encore pour longtemps, je s'rai pas au bureau avant 9 heures et demi ou 10 heures moins le quart. C'est la poisse ! j'ai une réunion à 10 heures, j'vais même pas avoir le temps de la préparer !
Elle est pas belle, la vie, pour l'usager de la ligne numéro 1 ?
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Le Travail
lundi 5 janvier 2009
Dieu, la Mairie et Bertrand
- Maman, c’est qui le Monsieur avec une robe ?
Sur l’écran du téléviseur, un moine vêtu d’une robe de bure comme on n’en fait plus.
Désolée du manque de précision mais je suis plutôt ignare en bondieuseries... Mon credo à moi chante la Déclaration Universelle de 1789, la loi de 1905, le préambule de la Constitution de 1958, textes fondateurs de la laïcité moderne. Il vous suffira de savoir que j’ai poussé un cri horrifié en lisant une référence à nos racines chrétiennes dans le préambule de feu la Constitution Européenne pour deviner dans quel sens mon cœur penche.
Hélas, à toute question posée, il faut une réponse.
- C’est un homme de Dieu, mon chéri, il passe ses journées à méditer et à prier.
Petit Poussin, quatre-ans-bientôt-et-demi ne se contente pas d’une telle banalité. Il lui faut du concret.
- Et c’est quoi Dieu, maman ?
Aïe, la tuile, la question à cent millions d’euros. Doudou et moi l’attendions mais je dois l’admettre, on n’y est jamais totalement préparé. J’avais espéré que Doudou s’en chargerait et que j’aurais droit à celle sur les fleurs et les papillons. Un jeu d’enfants, les fleurs et les papillons.
D’ailleurs, il est où le Doudou quand on a besoin de lui ?!? Ah oui, il donne le bain à la Poussinette pendant que Petit Poussin et moi nous prélassons devant la télé. Toujours une bonne excuse, le Doudou ! Comment ça, il ne sait même pas ce qu’on regarde ? Z’êtes dans quel camp, vous ?
Petit Poussin me fixe de ses grands yeux bleus innocents. Je me prépare à vivre un Grand Moment. J’inspire à fond et :
- Alors, tu vois, il y a des gens qui croient que Dieu a créé la vie, la terre, l’univers, les hommes, les plantes et que quand on meure, on va le rejoindre dans un endroit au dessus du ciel qu’on appelle Paradis.
- Et tu crois pas ça, toi, maman ?
Comment un mouflet peut-il être aussi perspicace ?
- Non, mon chéri, moi, je ne sais pas. Je ne suis pas sûre que c’est Dieu qui a fait tout ça mais Papa, lui, il y croit. Tu pourras en parler avec lui si tu veux.
- Non, ca va. De toutes façons, t’as raison, j’y crois pas à Dieu.
Circonspecte, j'hésite à me réjouir trop vite. Serais-je si convaincante ?
- Ah bon, Petit Poussin, mais si c’est pas Dieu, qui a fait tout ça, la terre, les arbres et tout le reste ?
Même pas une hésitation, il répond aussi sec :
- Ben, la Mairie, bien sûr.
Et oui, la Mairie ! Sachez, lecteurs attentifs, qu'aux yeux de tout enfant scolarisé en moyenne section dans une école maternelle publique de notre glorieuse capitable, la Mairie est responsable de la cantine, des tables et des chaises de l’école, de l’éclairage des tunnels, des vélibs rigolos, des couloirs de bus qui font râler papa, des squares publics avec les tobogans géants et les bacs à sable qui sentent le pipi, des bus verts (non, un enfant de quatre-ans-presque-et-demi ne fait pas la différence entre RATP et Mairie, aussi intelligent soit-il !), des pompiers et de leurs gros camions rouges, de la police mu-ni-ci-pa-le et de presque tout ce qui fait l’univers du Petit Poussin.
Je propose donc qu’on élise Bertrand D. Dieu des enfants parisiens.
Après s’être pris une branlée aux primaires du PS, cela lui permettrait de redorer son blason et puis, ça fera contrepoids à celle qui se prend pour la madone de la gauche.
D’ailleurs, administrés parisiens qui ricanez à cette idée brillante du Petit Poussin, réfléchissez à deux fois. Car si Bertrand D. était un dieu (le Dieu ?), cela n’aurait que des avantages :
Avantage n°1 : nous n’aurions plus à nous enquiquiner avec l’opposition municipale et Madame de P. retournerait dare-dare sur son île, via le gois.
Avantage n°2 : nous pourrions penser très fort qu’il faut un espace vert de plus par ci, un supermarché de moins par là et, hop, nos vœux se réaliseraient comme par magie.
Avantage n°3 : nous n'aurions pas besoin d’attendre 10 ans que notre demande de logement social soit examinée, parce que Dieu a le don d’ubiquité et qu’il peut examiner au moins 100 dossiers par minute.
Avantage n°4 : Dieu s’arrangerait pour que les services de la mairie soient ouverts quand les gens ne travaillent pas et pour que les camions poubelles passent à leur domicile quand les gens sont au travail.
Avantage n°5 : Dieu aurait de petits anges tout mimi qui répondent gentiment au téléphone quand on les interroge sur la procédure à suivre pour devenir électeur, inscrire Poussinette à l’école ou renouveler un passeport.
Avantage n°6 : les bureaux de la mairie dont le site Internet indiquent qu’ils ouvrent à 8:30 seraient ouverts à 8:30 quand on passerait en coup de vent effectuer des formalités avant d’aller au bureau. On n’entendrait pas des gloussements et des glouglous de machine à café quand on patienterait entre 8:32 heures et 8:54 (aux dires de l’horloge holographique au dessus du comptoir) dans l'attente que les bureaux ouvrant à 8:30 ouvrent.
Avantage n°7 : nous pourrions nous marier en plus de 15 minutes avec un petit mot personnalisé de l'ange marieur ; il n’y aurait pas embouteillage à la sortie de la Salle du Conseil quand les invités de votre mariage percuteraient les invités du mariage suivant ; cela éviterait également les malencontreuses confusions d’invités qui peuvent entraîner le marié sortant à remercier chaleureusement la cousine issue de germain du futur marié entrant en la confondant avec la tante Aline qu’il n’a pas revue depuis sa première communion.
Je suis sûre que vous avez également votre prière personnelle au Dieu de Paris…
En outre, à bien y réfléchir, ne pensez-vous pas que Bertrand D. vêtu robe de bure aurait la classe d’un Sean Connery version Au Nom de la Rose ?...
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Enfants
dimanche 4 janvier 2009
compte à rebours
Petit résumé des derniers jours de 2008
Lundi 29
Coucher 2 heures du matin, pour cause de négotiation ardue au téléphone sur un dossier qui doit, pour d'absurdes raisons fiscales US auxquelles je ne comprends rien, être finalisé avant le 31 décembre à minuit.
La bonne nouvelle quand on est sous-chef (comme moi), c'est que la négotiation peut se faire sur le canapé de mon salon, l'ordi sur les genoux, le Doudou programmant à côté et qu'il n'y a donc pas crise conjugale. J'ai même droit à un jus de fruits vers 23 heures parce que le Doudou a pitité de moi qui m'escrime à convaincre la partie adverse du bien-fondé des garanties que je demande.
Vers minuit, le Doudou, fatigué d'entendre mes je comprends parfaitement mais..., s'eclipse vers notre chambre.
Je suis toute seule, toute seule, toute seule.
Mardi 30
La négotiation continue sur le dossier en cours et un autre dossier se réveille à Hong-Kong (enfin, il s'est réveillé pendant mes cinq petites heures de sommeil). Je le découvre bien vivant lorsque je consulte les 25 messages de la nuit dans le métro, heureusement désert en cette veille de 31.
Encore un dossier à cloturer avant le 31. Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à tout vouloir finaliser avant la nouvelle année ???
Le problème avec Hong-Kong, c'est le décalage horaire. Vous arrivez au bureau à Paris que c'est déjà le milieu d'après midi chez eux et donc qu'il faut faire vite pour avoir des réponses aux questions posées. Heureusement, Hong-Kong a une carte maitresse. Il y a quelqu'un en Autriche qui doit pouvoir me renseigner pendant qu'Hong-Kong s'endort. Youpi !
Vers 14 heures, j'appelle l'Autriche. L'Autriche skie. L'Autriche n'est pas disponible. L'Autriche à autre chose à faire que de répondre à Paris. A croire que Hong-Kong ne sait pas ce que le mot vacances signifie. J'emaile (du verbe transitif du premier groupe emailer) donc à Hong-Kong, que je crois plongé dans les bras de Morphée, que l'Autriche est sur les pistes et que je ne parviens à contacter personne.
Hong-Kong ne dort pas. Hong-Kong est en colère. Hong-Kong me dit de me débrouiller comme je le sens mais de contacter l'Autriche de sorte que tout soit terminé en temps utile ! Je réponds à Hong-Kong qu'à l'impossible nul n'est tenu mais que je ferai de mon mieux [j'attire l'attention des polyglotes sur l'intérêt de l'usage des termes my best efforts].
Bref, arrive ce qui doit arriver: la soirée du 30 est consacrée à tenter de contacter l'Autriche (sans doute sortie manger une wurst et boire une bière) et à tenter de finaliser la première négotiation (celle bien engagée la veille), alors que le Conseil de la première personne concernée par cette négotiation est aux abonnés absents. Parait qu'il a coupé son portable. Comment peut-on couper son portable sous pretexte de vacances en famille alors que des millions de dollars sont en jeu quelque part aux Etats-Unis ??? Y en a qui ont un drole de sens des valeurs !
Au lit à 1 heure du matin, j'ai des frissons, je claque des dents et je monte le son.
Mercredi 31
La journée commence bien : l'Autriche peut me parler quand j'arrive au bureau. L'Autriche me dit de faire comme je le sens, qu'elle me fait confiance. C'est bon d'avoir la confiance de l'Autriche.
Il est 14 heures quand le premier dossier (celui de la négo difficile) se clot par une pirouette. Comme nous n'avons pas eu ce que nous avions demandé, la partie adverse nous garantit que, si ce que nous avons demandé se réalise, elle sera très gentille avec nous. Bon d'accord, la gentillesse ne se convertit que rarement en espèces sonnantes et trébuchantes mais c'est mieux que rien... et puis c'est bientôt 2009, alors comme tout le monde a envie de passer une bonne soirée, on se contente de bonnes intentions. La guerre reprendra plus tard.
14:45. Coup de théâtre. ClientImportant appelle affolé. ClientImportant vient de se voir délivrer une assignation en référé d'heure à heure pour début 2009 par des syndicats pas sympas. ClientImportant a besoin qu'on discute du dossier tout de suite. Je cherche à joindre GrandeChef (qui est certainement chez le coiffeur à cette heure). GrandeChef m'envoie un email de son Blackberry pour me dire qu'elle arrive. Je fixe une confcall (oui, c'est notre jargon pour conférence téléphonique, ne me dites pas qu'il n'y a pas ce type de jargon dans vos boulots...) pour 16 heures.
A 15:45 heure de Paris, Hong-Kong ne dort toujours pas. Hong-Kong attend minuit et en profite pour balancer 10 emails à la seconde du Blackberry. Hong-Kong veut être sûre que la France ne sera pas le mouton noir du monde et ne fera pas capoter leur gros deal interplanétaire. Je rassure Hong-Kong, lui confirme que j'ai la confiance de l'Autriche et que le conseil de la partie adverse a communiqué nos projets à ses clients.
Hong-Kong semble content car il se tait soudain. Serait-ce le début du feu d'artifice dans la Baie ?
Le Conseil de la partie adverse revient vers nous, la queue basse. Son client est injoignable. Il est aussi à Hong-Kong et se préoccupe sans doute de la France comme de sa dernière chaussette trouée. Nous sommes dans une impasse.
16:00. Confcall avec ClientImportant. ClientImportant se demande comment les syndicats ont pu avoir le toupet de déranger un juge le 30 décembre pour leur référé. Sur la suggestion avisée de GrandeChef, ClientImportant demande le nom d'un avocat local pour plaider le dossier. La Firme n'est pas tout à fait adaptée pour plaider ce gendre de dossier. Les magistrats locaux ne voient pas d'un bon oeil qu'un cabinet international intervienne dans leur problématiques purement locales. Nous fixons une autre confcall avec AvocatLocal le 2 décembre au matin. Mon pont vient de s'envoler en clin d'oeil. Je m'interroge: comment vais-je annoncer la nouvelle au Doudou ?
18:30. Le Doudou appelle, commençant à trouver le temps long, seul avec Petit Poussin et Poussinette.
- Tu rentres quand ? Ils arrivent dans une heure.
Ils, ce sont GrandeCopine, son mari, ses enfants. Nos invités du réveillon. Ouh là là... Il faut que j'accélère le pas. J'en profite pour annoncer la bonne nouvelle au Doudou:
- Ca y est je quitte le bureau bientôt.
Bientôt, c'est bien, ca peut être dans cinq minutes mais aussi dans une heure. Bientôt, c'est rassurant mais c'est flou tout comme il faut quand on n'a pas une totale visibilité sur l'avenir à court terme.
J'annonce aussi la mauvaise nouvelle, comme ça, l'air de rien:
Je vais devoir faire une confcall vendredi mais t'inquiète, j'la f'rai de la maison pendant que tu t'occuperas des enfants.
Silence du Doudou au bout de la ligne que j'interprète comme une acceptation. Je raccroche avant de devoir changer d'interprétation.
18:45. Je préviens tout le monde que je rentre chez moi mais que je suis joignable sur le Black, de sorte qu'on puisse finaliser avant minuit.
Dans le métro, une foule de touristes bruyants. Je ne trouve pas de place assise. Un comble pour une période de vacances. J'ai mal à la tête.
19:15. Arrivée à la maison. Doudou et les enfants ont dressé une jolie table, préparé les amuse-gueule. Il me reste à mettre le magret au four, à me changer et à faire tout le reste. Je m'agite en tous sens, tout en me précipitant sur le Black dès que la petite lumière rouge s'allume... soit toutes les dix secondes vu que j'ai oublié d'ôter l'accusé de lecture automatique des messages (groumpf). Toujours pas de nouvelles de l'adversaire, de Hong-Kong ou de l'Autriche.
19:45. GrandeCopine, son mari, ses enfants arrivent. Je leur annonce la difficulté du soir: faut que je reste connectée. Heureusement GrandeCopine a également un boulot de dingue, elle comprend. C'est chouette d'avoir une GrandeCopine comme elle.
20:00. Les enfants disparaissent dans les chambres. On ne les verra plus de la soirée. A peine si on en entendra parfois de grands rires francs et de fausses bagarres. Doudou débouche le Champagne. Je commence à me détendre un peu, tout en gardant un oeil sur le Black.
21:00. On passe à table au moment où le Black m'annonce que le confrère adverse n'a toujours pas pu joindre son client mais qu'on va faire comme si le client était d'accord avec notre proposition. Je suis d'accord. Le confrère adverse veut rentrer chez lui et je veux cesser de regarder mes emails. Doudou me foudroit du regard, avec cette mine qui dit Cesse immediatemment de travailler ou je ne réponds plus de rien !
23:00. Nous sortons de table et nous affalons dans les fauteuils et les canapés. Je lutte contre le sommeil. Poussinette arrive et, du haut de ses deux ans et demi, m'annonce qu'elle est fatiguée. Elle se met au lit toute seule mais veut qu'on laisse la porte ouverte. Elle a compris qu'il allait se passer quelque chose et lutte pour ne pas s'endormir. C'est bien ma fille !
23:30. Petit Poussin est super fier d'être encore debout, il ne s'est jamais couché aussi tard. Le Blackberry rougeoit.
- Maman, t'as un message. Tiens, tiens c'est ton Black.
Sa petite quenotte me tend l'objet maudit.
Lire les messages ou ne pas les lire ? J'hésite.
- Regarde, fait GrandeCopine, encourageante, c'est peut-être une bonne nouvelle.
J'adore GrandeCopine.
Effectivement, c'est une nouvelle mais bonne, pas sûr. Le confrère adverse m'indique qu'il n'a toujours pas de retour de ses clients. Quel est l'intérêt d'un tel message qui ne fait nullement avancer le Schmilblick à presque minuit ? Sans doute encore un gars qui a décidé de foirer complètement son réveillon déjà à moitié pourri.
Minuit: gros bisous et bonne année.
Petit Poussin jubile en sautant partout dans le salon. Je sens que MéchantVoisin va monter pour râler. Faut croire que je suis encore un peu stressée.
Poussinette appelle Maaaaaaaaamaaaaan Bisououououou !!! de sa voix de stentor qui réveillerait un régiment. Je file dans sa chambre, inquiète de la possible réaction de MéchantVoisin.
Je lui souhaite une bonne année en direct et lui fait un gros calin.
- Nonne Agnée, Maman, je t'aime.
Je fonds.
Petit Poussin entre dans la pièce.
- Tu fais quoi maman ?
- un calin à Poussinette.
- Je peux faire un calin aussi ?
Je les prends tous les deux dans mes bras. Il est minuit, nos amis vont bientôt rentrer chez eux et j'ai deux petits êtres fragiles blottis contre mes seins. Poussinette suçe son pouce, Petit Poussin serre bien fort Lapin dans ses petits bras de crevette.
Grand Bonheur. 2009 commence bien.
Lundi 29
Coucher 2 heures du matin, pour cause de négotiation ardue au téléphone sur un dossier qui doit, pour d'absurdes raisons fiscales US auxquelles je ne comprends rien, être finalisé avant le 31 décembre à minuit.
La bonne nouvelle quand on est sous-chef (comme moi), c'est que la négotiation peut se faire sur le canapé de mon salon, l'ordi sur les genoux, le Doudou programmant à côté et qu'il n'y a donc pas crise conjugale. J'ai même droit à un jus de fruits vers 23 heures parce que le Doudou a pitité de moi qui m'escrime à convaincre la partie adverse du bien-fondé des garanties que je demande.
Vers minuit, le Doudou, fatigué d'entendre mes je comprends parfaitement mais..., s'eclipse vers notre chambre.
Je suis toute seule, toute seule, toute seule.
Mardi 30
La négotiation continue sur le dossier en cours et un autre dossier se réveille à Hong-Kong (enfin, il s'est réveillé pendant mes cinq petites heures de sommeil). Je le découvre bien vivant lorsque je consulte les 25 messages de la nuit dans le métro, heureusement désert en cette veille de 31.
Encore un dossier à cloturer avant le 31. Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à tout vouloir finaliser avant la nouvelle année ???
Le problème avec Hong-Kong, c'est le décalage horaire. Vous arrivez au bureau à Paris que c'est déjà le milieu d'après midi chez eux et donc qu'il faut faire vite pour avoir des réponses aux questions posées. Heureusement, Hong-Kong a une carte maitresse. Il y a quelqu'un en Autriche qui doit pouvoir me renseigner pendant qu'Hong-Kong s'endort. Youpi !
Vers 14 heures, j'appelle l'Autriche. L'Autriche skie. L'Autriche n'est pas disponible. L'Autriche à autre chose à faire que de répondre à Paris. A croire que Hong-Kong ne sait pas ce que le mot vacances signifie. J'emaile (du verbe transitif du premier groupe emailer) donc à Hong-Kong, que je crois plongé dans les bras de Morphée, que l'Autriche est sur les pistes et que je ne parviens à contacter personne.
Hong-Kong ne dort pas. Hong-Kong est en colère. Hong-Kong me dit de me débrouiller comme je le sens mais de contacter l'Autriche de sorte que tout soit terminé en temps utile ! Je réponds à Hong-Kong qu'à l'impossible nul n'est tenu mais que je ferai de mon mieux [j'attire l'attention des polyglotes sur l'intérêt de l'usage des termes my best efforts].
Bref, arrive ce qui doit arriver: la soirée du 30 est consacrée à tenter de contacter l'Autriche (sans doute sortie manger une wurst et boire une bière) et à tenter de finaliser la première négotiation (celle bien engagée la veille), alors que le Conseil de la première personne concernée par cette négotiation est aux abonnés absents. Parait qu'il a coupé son portable. Comment peut-on couper son portable sous pretexte de vacances en famille alors que des millions de dollars sont en jeu quelque part aux Etats-Unis ??? Y en a qui ont un drole de sens des valeurs !
Au lit à 1 heure du matin, j'ai des frissons, je claque des dents et je monte le son.
Mercredi 31
La journée commence bien : l'Autriche peut me parler quand j'arrive au bureau. L'Autriche me dit de faire comme je le sens, qu'elle me fait confiance. C'est bon d'avoir la confiance de l'Autriche.
Il est 14 heures quand le premier dossier (celui de la négo difficile) se clot par une pirouette. Comme nous n'avons pas eu ce que nous avions demandé, la partie adverse nous garantit que, si ce que nous avons demandé se réalise, elle sera très gentille avec nous. Bon d'accord, la gentillesse ne se convertit que rarement en espèces sonnantes et trébuchantes mais c'est mieux que rien... et puis c'est bientôt 2009, alors comme tout le monde a envie de passer une bonne soirée, on se contente de bonnes intentions. La guerre reprendra plus tard.
14:45. Coup de théâtre. ClientImportant appelle affolé. ClientImportant vient de se voir délivrer une assignation en référé d'heure à heure pour début 2009 par des syndicats pas sympas. ClientImportant a besoin qu'on discute du dossier tout de suite. Je cherche à joindre GrandeChef (qui est certainement chez le coiffeur à cette heure). GrandeChef m'envoie un email de son Blackberry pour me dire qu'elle arrive. Je fixe une confcall (oui, c'est notre jargon pour conférence téléphonique, ne me dites pas qu'il n'y a pas ce type de jargon dans vos boulots...) pour 16 heures.
A 15:45 heure de Paris, Hong-Kong ne dort toujours pas. Hong-Kong attend minuit et en profite pour balancer 10 emails à la seconde du Blackberry. Hong-Kong veut être sûre que la France ne sera pas le mouton noir du monde et ne fera pas capoter leur gros deal interplanétaire. Je rassure Hong-Kong, lui confirme que j'ai la confiance de l'Autriche et que le conseil de la partie adverse a communiqué nos projets à ses clients.
Hong-Kong semble content car il se tait soudain. Serait-ce le début du feu d'artifice dans la Baie ?
Le Conseil de la partie adverse revient vers nous, la queue basse. Son client est injoignable. Il est aussi à Hong-Kong et se préoccupe sans doute de la France comme de sa dernière chaussette trouée. Nous sommes dans une impasse.
16:00. Confcall avec ClientImportant. ClientImportant se demande comment les syndicats ont pu avoir le toupet de déranger un juge le 30 décembre pour leur référé. Sur la suggestion avisée de GrandeChef, ClientImportant demande le nom d'un avocat local pour plaider le dossier. La Firme n'est pas tout à fait adaptée pour plaider ce gendre de dossier. Les magistrats locaux ne voient pas d'un bon oeil qu'un cabinet international intervienne dans leur problématiques purement locales. Nous fixons une autre confcall avec AvocatLocal le 2 décembre au matin. Mon pont vient de s'envoler en clin d'oeil. Je m'interroge: comment vais-je annoncer la nouvelle au Doudou ?
18:30. Le Doudou appelle, commençant à trouver le temps long, seul avec Petit Poussin et Poussinette.
- Tu rentres quand ? Ils arrivent dans une heure.
Ils, ce sont GrandeCopine, son mari, ses enfants. Nos invités du réveillon. Ouh là là... Il faut que j'accélère le pas. J'en profite pour annoncer la bonne nouvelle au Doudou:
- Ca y est je quitte le bureau bientôt.
Bientôt, c'est bien, ca peut être dans cinq minutes mais aussi dans une heure. Bientôt, c'est rassurant mais c'est flou tout comme il faut quand on n'a pas une totale visibilité sur l'avenir à court terme.
J'annonce aussi la mauvaise nouvelle, comme ça, l'air de rien:
Je vais devoir faire une confcall vendredi mais t'inquiète, j'la f'rai de la maison pendant que tu t'occuperas des enfants.
Silence du Doudou au bout de la ligne que j'interprète comme une acceptation. Je raccroche avant de devoir changer d'interprétation.
18:45. Je préviens tout le monde que je rentre chez moi mais que je suis joignable sur le Black, de sorte qu'on puisse finaliser avant minuit.
Dans le métro, une foule de touristes bruyants. Je ne trouve pas de place assise. Un comble pour une période de vacances. J'ai mal à la tête.
19:15. Arrivée à la maison. Doudou et les enfants ont dressé une jolie table, préparé les amuse-gueule. Il me reste à mettre le magret au four, à me changer et à faire tout le reste. Je m'agite en tous sens, tout en me précipitant sur le Black dès que la petite lumière rouge s'allume... soit toutes les dix secondes vu que j'ai oublié d'ôter l'accusé de lecture automatique des messages (groumpf). Toujours pas de nouvelles de l'adversaire, de Hong-Kong ou de l'Autriche.
19:45. GrandeCopine, son mari, ses enfants arrivent. Je leur annonce la difficulté du soir: faut que je reste connectée. Heureusement GrandeCopine a également un boulot de dingue, elle comprend. C'est chouette d'avoir une GrandeCopine comme elle.
20:00. Les enfants disparaissent dans les chambres. On ne les verra plus de la soirée. A peine si on en entendra parfois de grands rires francs et de fausses bagarres. Doudou débouche le Champagne. Je commence à me détendre un peu, tout en gardant un oeil sur le Black.
21:00. On passe à table au moment où le Black m'annonce que le confrère adverse n'a toujours pas pu joindre son client mais qu'on va faire comme si le client était d'accord avec notre proposition. Je suis d'accord. Le confrère adverse veut rentrer chez lui et je veux cesser de regarder mes emails. Doudou me foudroit du regard, avec cette mine qui dit Cesse immediatemment de travailler ou je ne réponds plus de rien !
23:00. Nous sortons de table et nous affalons dans les fauteuils et les canapés. Je lutte contre le sommeil. Poussinette arrive et, du haut de ses deux ans et demi, m'annonce qu'elle est fatiguée. Elle se met au lit toute seule mais veut qu'on laisse la porte ouverte. Elle a compris qu'il allait se passer quelque chose et lutte pour ne pas s'endormir. C'est bien ma fille !
23:30. Petit Poussin est super fier d'être encore debout, il ne s'est jamais couché aussi tard. Le Blackberry rougeoit.
- Maman, t'as un message. Tiens, tiens c'est ton Black.
Sa petite quenotte me tend l'objet maudit.
Lire les messages ou ne pas les lire ? J'hésite.
- Regarde, fait GrandeCopine, encourageante, c'est peut-être une bonne nouvelle.
J'adore GrandeCopine.
Effectivement, c'est une nouvelle mais bonne, pas sûr. Le confrère adverse m'indique qu'il n'a toujours pas de retour de ses clients. Quel est l'intérêt d'un tel message qui ne fait nullement avancer le Schmilblick à presque minuit ? Sans doute encore un gars qui a décidé de foirer complètement son réveillon déjà à moitié pourri.
Minuit: gros bisous et bonne année.
Petit Poussin jubile en sautant partout dans le salon. Je sens que MéchantVoisin va monter pour râler. Faut croire que je suis encore un peu stressée.
Poussinette appelle Maaaaaaaaamaaaaan Bisououououou !!! de sa voix de stentor qui réveillerait un régiment. Je file dans sa chambre, inquiète de la possible réaction de MéchantVoisin.
Je lui souhaite une bonne année en direct et lui fait un gros calin.
- Nonne Agnée, Maman, je t'aime.
Je fonds.
Petit Poussin entre dans la pièce.
- Tu fais quoi maman ?
- un calin à Poussinette.
- Je peux faire un calin aussi ?
Je les prends tous les deux dans mes bras. Il est minuit, nos amis vont bientôt rentrer chez eux et j'ai deux petits êtres fragiles blottis contre mes seins. Poussinette suçe son pouce, Petit Poussin serre bien fort Lapin dans ses petits bras de crevette.
Grand Bonheur. 2009 commence bien.
Libellés :
Le Travail
samedi 3 janvier 2009
iPhone ou Blackberry ?
Vous l'aurez compris chez nous, il y a deux clans:
- le clan des workholics, traduire par Accros au Travail, représenté par votre humble servante;
- le clan des geeks, traduire par Accros aux Ordis et autres consoles, écrans, etc., représenté par le père de ma progéniture, El Doudou.
Chaque clan a son smartphone, Blackberry pour moi, iPhone pour le Doudou.
Mais alors que je ne tente nullement de convaincre l'autre clan de l'intérêt de troquer son mer-veil-leux iPhone pour mon non moins mer-veil-leux Blackberry, les fêtes de Noël ont donné lieu à une scène émouvante, qui montre à quel point le Doudou m'aime (si, si).
Alors que j'interrogeais Doudou sur le cadeau qu'il espérait que petit papa-Noël déposerait aux pieds du sapin, il eut une réponse pour le moins surprenante.
Vous pourriez à juste titre vous interroger sur le pourquoi d'une telle question. Il est en effet de coutume que les époux se surprennent au soir de Noël avec des présents acquis au prix fort au terme d'une course au cadeau parfait, qui les aura fait traverser, haletants et suintants, tout ce que Paris fait de grands magasins et petites échoppes, saturés d'une foule compacte d'êtres humains en quête du même Graal. Rien de tel avec le Doudou. Le cadeau parfait, pour lui, consiste en lien Internet vers un site marchand renvoyant à un produit dont l'intitulé est généralement suivi d'un acronyme étrange de type XB44 ou THX345. Bref, le genre de cadeau que je détesterais recevoir mais qui le met en transe.
Or, cette année, point de lien internet, le Doudou a suggéré de recevoir un iPhone.
- Un iPhone ???, ai-je aussitôt réagi, incrédule, mais ce que tu tiens dans les mains, c'est quoi ?
C'était bien un iPhone. Et pas la première version. Non, la version high-tech, la 3G. Nous avions parcouru des dizaines de kilomètres au mois de juillet dernier pour trouver cet objet, en rupture de stock chez France Telecom mais que le Darty d'A. avait encore en magasin. Bien sûr, le fait qu'aucun réseau ne passe dans notre maison de campagne n'avait pas le moins du monde encouragé le Doudou à retarder de quelques semaines le précieux achat. Il le lui fallait, là, maintenant, tout de suite, et il l'avait eu.
Donc, début décembre, l'iPhone était devenu un membre de longue date (6 mois) de notre famille et je n'avais lu nulle part qu'une nouvelle version sortait à Noël.
- Mais qu'est-ce que tu va faire d'un second iPhone ?
Je ne comprenais pas.
- C'est pas pour moi, c'est pour toi. Un iPhone, c'est tellement bien. Il t'en faut un.
- Euh, c'est gentil mais tu sais, j'en veux pas, j'ai déjà le Black.
Moue de dégout du Doudou.
- Le Black, c'est nul pour Internet... et avec l'iPhone, tu pourras avoir plein d'application sympas. L'appstore...
- J'm'en fiche d'Internet. Le Black, c'est bien pour les emails et c'est tout ce dont j'ai besoin pour travailler.
Expression d'effroi parcourant le visage du Doudou.
- Mais, mais, mais... si tu avais un iPhone, tu verrais que c'est cent fois mieux. En plus y a une application Facebook !
- Y en a une aussi sur Black, ai-je répliqué, au bluff, mais de toutes façons, j'en veux pas. Le Black me suffit bien. En plus, c'est le bureau qui paye...
Ce dernier argument me paraissait imparable mais Doudou est têtu.
- Si tu passes sur Orange, on pourra avoir un prix pour les communications entre nous. Ah !
Vous noterez le ah ! imparable, destiné à couper court à toute contradiction. Le ah du Doudou a pour signification je t'ai cloué le bec, poulette, qu'est-ce que tu peux répondre à ça ?!?
J'étais en effet à court d'arguments. Et comme toujours quand je suis à court d'arguments, je pris la tangente.
- De toutes façons, laisse tomber, j'ai déjà ton cadeau.
Pieux mensonge en vérité vu que j'attendais le fameux lien Internet, dont je comprenais enfin pourquoi il n'était pas apparu sur la boite email de mon Blackberry.
Mon refus catégorique de l'iPhone entraina une bouderie du Doudou. Il laissa tomber l'idée de se faire offrir un iPhone qu'il me rétrocèderait gracieusement mais refusa catégoriquement d'envoyer le moindre lien internet...
J'optais alors pour la lampe Philips LivingColors (pas d'acronyme mais un référencement dans plusieurs des revues informatiques qui jonchent nos toilettes) que je trouvais bien laide mais dont j'avais entendu plusieurs fois le Doudou vanter les mérites auprès de qui voulait bien l'entendre. Elle éclaire désormais d'un halo rosé (choix de la Poussinette pour laquelle il n'y a qu'une couleur acceptable) une plante verte dans un coin du salon. Ca, c'est du cadeau !
Morale de l'histoire: l'Iphone c'est tellement bien que le geek de base est prêt à se priver de cadeau de Noël pour en faire profiter celle qu'il aime.
- le clan des workholics, traduire par Accros au Travail, représenté par votre humble servante;
- le clan des geeks, traduire par Accros aux Ordis et autres consoles, écrans, etc., représenté par le père de ma progéniture, El Doudou.
Chaque clan a son smartphone, Blackberry pour moi, iPhone pour le Doudou.
Mais alors que je ne tente nullement de convaincre l'autre clan de l'intérêt de troquer son mer-veil-leux iPhone pour mon non moins mer-veil-leux Blackberry, les fêtes de Noël ont donné lieu à une scène émouvante, qui montre à quel point le Doudou m'aime (si, si).
Alors que j'interrogeais Doudou sur le cadeau qu'il espérait que petit papa-Noël déposerait aux pieds du sapin, il eut une réponse pour le moins surprenante.
Vous pourriez à juste titre vous interroger sur le pourquoi d'une telle question. Il est en effet de coutume que les époux se surprennent au soir de Noël avec des présents acquis au prix fort au terme d'une course au cadeau parfait, qui les aura fait traverser, haletants et suintants, tout ce que Paris fait de grands magasins et petites échoppes, saturés d'une foule compacte d'êtres humains en quête du même Graal. Rien de tel avec le Doudou. Le cadeau parfait, pour lui, consiste en lien Internet vers un site marchand renvoyant à un produit dont l'intitulé est généralement suivi d'un acronyme étrange de type XB44 ou THX345. Bref, le genre de cadeau que je détesterais recevoir mais qui le met en transe.
Or, cette année, point de lien internet, le Doudou a suggéré de recevoir un iPhone.
- Un iPhone ???, ai-je aussitôt réagi, incrédule, mais ce que tu tiens dans les mains, c'est quoi ?
C'était bien un iPhone. Et pas la première version. Non, la version high-tech, la 3G. Nous avions parcouru des dizaines de kilomètres au mois de juillet dernier pour trouver cet objet, en rupture de stock chez France Telecom mais que le Darty d'A. avait encore en magasin. Bien sûr, le fait qu'aucun réseau ne passe dans notre maison de campagne n'avait pas le moins du monde encouragé le Doudou à retarder de quelques semaines le précieux achat. Il le lui fallait, là, maintenant, tout de suite, et il l'avait eu.
Donc, début décembre, l'iPhone était devenu un membre de longue date (6 mois) de notre famille et je n'avais lu nulle part qu'une nouvelle version sortait à Noël.
- Mais qu'est-ce que tu va faire d'un second iPhone ?
Je ne comprenais pas.
- C'est pas pour moi, c'est pour toi. Un iPhone, c'est tellement bien. Il t'en faut un.
- Euh, c'est gentil mais tu sais, j'en veux pas, j'ai déjà le Black.
Moue de dégout du Doudou.
- Le Black, c'est nul pour Internet... et avec l'iPhone, tu pourras avoir plein d'application sympas. L'appstore...
- J'm'en fiche d'Internet. Le Black, c'est bien pour les emails et c'est tout ce dont j'ai besoin pour travailler.
Expression d'effroi parcourant le visage du Doudou.
- Mais, mais, mais... si tu avais un iPhone, tu verrais que c'est cent fois mieux. En plus y a une application Facebook !
- Y en a une aussi sur Black, ai-je répliqué, au bluff, mais de toutes façons, j'en veux pas. Le Black me suffit bien. En plus, c'est le bureau qui paye...
Ce dernier argument me paraissait imparable mais Doudou est têtu.
- Si tu passes sur Orange, on pourra avoir un prix pour les communications entre nous. Ah !
Vous noterez le ah ! imparable, destiné à couper court à toute contradiction. Le ah du Doudou a pour signification je t'ai cloué le bec, poulette, qu'est-ce que tu peux répondre à ça ?!?
J'étais en effet à court d'arguments. Et comme toujours quand je suis à court d'arguments, je pris la tangente.
- De toutes façons, laisse tomber, j'ai déjà ton cadeau.
Pieux mensonge en vérité vu que j'attendais le fameux lien Internet, dont je comprenais enfin pourquoi il n'était pas apparu sur la boite email de mon Blackberry.
Mon refus catégorique de l'iPhone entraina une bouderie du Doudou. Il laissa tomber l'idée de se faire offrir un iPhone qu'il me rétrocèderait gracieusement mais refusa catégoriquement d'envoyer le moindre lien internet...
J'optais alors pour la lampe Philips LivingColors (pas d'acronyme mais un référencement dans plusieurs des revues informatiques qui jonchent nos toilettes) que je trouvais bien laide mais dont j'avais entendu plusieurs fois le Doudou vanter les mérites auprès de qui voulait bien l'entendre. Elle éclaire désormais d'un halo rosé (choix de la Poussinette pour laquelle il n'y a qu'une couleur acceptable) une plante verte dans un coin du salon. Ca, c'est du cadeau !
Morale de l'histoire: l'Iphone c'est tellement bien que le geek de base est prêt à se priver de cadeau de Noël pour en faire profiter celle qu'il aime.
Libellés :
Le doudou
Bonne résolution
Me (re)voilà !
Première bonne résolution du nouvel an : me remettre à écrire.
Deuxième bonne résolution du nouvel an : m'y tenir.
Moyen pour y parvenir sans que cela pompe sur mes indispensables heures de sommeil : ne pas y consacrer trop de temps.
Ce qui revient à tenter l'impossible démonstration de la quadrature du cercle, à savoir concilier cette résolution 2009 avec
(i) un travail particulièrement time-consuming (comme l'affirment ceux de mes clients qui n'hésitent pourtant pas à fixer des conférences téléphoniques à 19:00 parce qu'on commence à s'activer sur la côte ouest),
(ii) le Doudou qui insiste pour qu'on dîne ensemble à 20:00 tapantes, et
(iii) deux marmots qui espèrent que leur maman leur consacrera le peu de temps qu'elle passe à la maison.
Et au milieu de tout cela, il faudrait que je trouve quelques précieux instants rien-qu'à-moi pour pianoter sur un ordinateur ! J'entends déjà la petite musique qui précède l'auto-destruction de la bande magnétique.... Impossible, martèle la petite voix de la raison qui me sermonne parfois, comment veux-tu recommencer à écrire alors que Poussinette veut les bras au moins une fois par demi-heure, que Petit Poussin cherche désespérément un adversaire à sa hauteur pour une partie de mémo et que le Blackberry lance son signal rouge comminatoire ? Tu te prends pour qui ? Wonder Woman ?
J'allais reposer mon stylo virtuel, abandonner l'espoir d'être un jour publiée au Mercure de France, comme en 2008, en 2007, en 2006.... euh, tous les 2 janvier depuis 10 ans… quand soudain...
Chers amis, c'est là que le Doudou entre en scène ! (vous devriez le revoir souvent sur ces pages si je tiens ma résolution).
A force de m'entendre maugréer que ma vie ne menait à rien, que mon boulot était un boulot de malade, que je n'avais le temps de Rien faire, il avait potassé la question.
C'est ainsi du ton totalement détaché de celui qui lance une idée en l'air, comme ça, et espère qu'elle ne va pas lui revenir en boomerang, qu'il suggéra presque inaudible:
- Ouais, un roman, ça prends du temps, mais un blog...
- Quoi, un blog ?
Oui, je l'admets, je fus (presque) aussi sèche que ça en a l'air. J'ai en effet une réaction épidermique à toutes les idées du Doudou qui ont un rapport proche ou lointain avec Internet, la programmation et les ordinateurs.
Vous le découvrirez bien assez tôt, le Doudou est un geek et le geek cherche toujours une excuse pour passer plus de temps devant/dans une machine.
- Ben oui, un blog. Un weblog. Tu racontes ce qui te passe par la tête, tout le monde peut le lire et tu n'es pas obligée d'avoir une histoire construite.
Je me suis abstenue de lui rappeler que je n'étais peut-être pas tout le temps fourrée devant un écran mais que j'avais déjà vu des blogs. Conseil d'épouse de geek: le Doudou doit pouvoir montrer la suprématie de sa connaissance dans toute ce qui concerne les nouvelles technologies. A défaut, l'équilibre fragile du couple pourrait en pâtir.
- Et qu'est-ce que je vais raconter dans mon blog ?, ai-je fait, fausse modeste, déjà très excitée par le projet.
- Ben, toi, nous, ta vie, continuait le Doudou, croyant devoir encore me convaincre, Comment tu fais pour être à la fois Super Maman et Executive Women. Ca doit bien intéresser des gens. Des blogs de maman, y en a. Des blogs de working girls aussi. Mais un peu des deux, j'ai rien vu passer d'intéressant.
Si Doudou n'avait rien vu passer d'intéressant, c'était sans doute que ça n'avait été commenté dans l'un des nombreux fils de news auxquels il était abonné. J'avais une petite chance.
J'ai donc sauté sur cette occasion unique de flatter la part de moi qui espère encore qu'elle peut écrire quelques paragraphes rigolos qui captiveront les foules... et d'oublier que j'ai envoyé deux romans de jeunesse il y a une dizaine d'années, poliment rejetés par de vaillantes maisons d'édition.
Après tout, un blog ne demande pas autant de talent littéraire qu'un « vrai » roman, n'est-ce pas ?
Adieu Mercure de France. Hello World Wide Web !
Première bonne résolution du nouvel an : me remettre à écrire.
Deuxième bonne résolution du nouvel an : m'y tenir.
Moyen pour y parvenir sans que cela pompe sur mes indispensables heures de sommeil : ne pas y consacrer trop de temps.
Ce qui revient à tenter l'impossible démonstration de la quadrature du cercle, à savoir concilier cette résolution 2009 avec
(i) un travail particulièrement time-consuming (comme l'affirment ceux de mes clients qui n'hésitent pourtant pas à fixer des conférences téléphoniques à 19:00 parce qu'on commence à s'activer sur la côte ouest),
(ii) le Doudou qui insiste pour qu'on dîne ensemble à 20:00 tapantes, et
(iii) deux marmots qui espèrent que leur maman leur consacrera le peu de temps qu'elle passe à la maison.
Et au milieu de tout cela, il faudrait que je trouve quelques précieux instants rien-qu'à-moi pour pianoter sur un ordinateur ! J'entends déjà la petite musique qui précède l'auto-destruction de la bande magnétique.... Impossible, martèle la petite voix de la raison qui me sermonne parfois, comment veux-tu recommencer à écrire alors que Poussinette veut les bras au moins une fois par demi-heure, que Petit Poussin cherche désespérément un adversaire à sa hauteur pour une partie de mémo et que le Blackberry lance son signal rouge comminatoire ? Tu te prends pour qui ? Wonder Woman ?
J'allais reposer mon stylo virtuel, abandonner l'espoir d'être un jour publiée au Mercure de France, comme en 2008, en 2007, en 2006.... euh, tous les 2 janvier depuis 10 ans… quand soudain...
Chers amis, c'est là que le Doudou entre en scène ! (vous devriez le revoir souvent sur ces pages si je tiens ma résolution).
A force de m'entendre maugréer que ma vie ne menait à rien, que mon boulot était un boulot de malade, que je n'avais le temps de Rien faire, il avait potassé la question.
C'est ainsi du ton totalement détaché de celui qui lance une idée en l'air, comme ça, et espère qu'elle ne va pas lui revenir en boomerang, qu'il suggéra presque inaudible:
- Ouais, un roman, ça prends du temps, mais un blog...
- Quoi, un blog ?
Oui, je l'admets, je fus (presque) aussi sèche que ça en a l'air. J'ai en effet une réaction épidermique à toutes les idées du Doudou qui ont un rapport proche ou lointain avec Internet, la programmation et les ordinateurs.
Vous le découvrirez bien assez tôt, le Doudou est un geek et le geek cherche toujours une excuse pour passer plus de temps devant/dans une machine.
- Ben oui, un blog. Un weblog. Tu racontes ce qui te passe par la tête, tout le monde peut le lire et tu n'es pas obligée d'avoir une histoire construite.
Je me suis abstenue de lui rappeler que je n'étais peut-être pas tout le temps fourrée devant un écran mais que j'avais déjà vu des blogs. Conseil d'épouse de geek: le Doudou doit pouvoir montrer la suprématie de sa connaissance dans toute ce qui concerne les nouvelles technologies. A défaut, l'équilibre fragile du couple pourrait en pâtir.
- Et qu'est-ce que je vais raconter dans mon blog ?, ai-je fait, fausse modeste, déjà très excitée par le projet.
- Ben, toi, nous, ta vie, continuait le Doudou, croyant devoir encore me convaincre, Comment tu fais pour être à la fois Super Maman et Executive Women. Ca doit bien intéresser des gens. Des blogs de maman, y en a. Des blogs de working girls aussi. Mais un peu des deux, j'ai rien vu passer d'intéressant.
Si Doudou n'avait rien vu passer d'intéressant, c'était sans doute que ça n'avait été commenté dans l'un des nombreux fils de news auxquels il était abonné. J'avais une petite chance.
J'ai donc sauté sur cette occasion unique de flatter la part de moi qui espère encore qu'elle peut écrire quelques paragraphes rigolos qui captiveront les foules... et d'oublier que j'ai envoyé deux romans de jeunesse il y a une dizaine d'années, poliment rejetés par de vaillantes maisons d'édition.
Après tout, un blog ne demande pas autant de talent littéraire qu'un « vrai » roman, n'est-ce pas ?
Adieu Mercure de France. Hello World Wide Web !
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