lundi 16 février 2009

The Quest

Surcouf a appelé, Surcouf a enfin regardé le Mac qu'on leur a remis il y a près d'une semaine. A croire que le village des techniciens a de plus grands malades à soigner que notre ordichounet préféré. Une semaine loin des siens, c'est long pour un ordi d'à peine un an. Il nous manque... Surcouf pense pouvoir le réparer et c'est un grand soulagement pour toute notre famille. Petit Poussin qui tente également de sortir d'une grosse fièvre attend le retour du petit frère informatique avec impatience. Comment Papa peut-il regarder sur Google si les symptômes qu'il a sont le signe d'une infection fatale s'il ne dispose que d'un petit téléphone pour ce faire ? Les images sont minuscules, pas assez impressionnantes. Il nous faut notre écran 15 pouces.

Seulement voilà, pour réparer, il faut le disque d'installation du système. Doudou le leur a apporté, du moins le croyait-il, mais tout ce qu'il a leur a donné est un machin-truc d'upgrade.

Définition d'upgrade ? Comment voulez-vous que je le sache ?

Ne me demandez pas non plus ce qu'est un DVD d'installation, je n'en sais fichtre rien... et j'avoue que peu me chaud.

Seulement voilà, depuis l'appel du technicien, c'est devenu le grâal qu'il faut trouver coûte que coûte, là maintenant, tout de suite.

Je peux vous le décrire même si je ne l'ai jamais vu : il est gris, dans une petite pochette en papier. Doudou sait parfaitement à quoi il ressemble. Ça fait 5 fois qu'il me répète que je dois l'aider à chercher et que je lui dis que je suis en train de faire quelque chose de bien plus important. A chacun ses priorités.

Moi, je ne l'ai jamais vu mais le Doudou est prêt à accuser quiconque d'avoir subtilisé l'objet chéri. Il m'a même demandé si je ne l'aurais pas emmené au bureau. La confiance règne. Qu'est-ce que je pourrais bien faire d'un CD d'installation de Mac dans mon petit bureau où l'on roule au PC ? Qu'est-ce qu'il pense que je fais au travail, le Doudou ? Que j'ai une petite boutique de recyclage informatique ? Que j'arrondis mes fins de mois en dealant de la disquette d'installation ?

Pour vous dire le caractère désespéré de la quête du Doudou, il n'a même pas entendu la Poussinette qui poussait des cris d'orfret parce qu'on l'avait mise au lit sans sa poupée, laquelle poupée traînait sur le tapis du salon, aux pieds du Doudou, parti explorer les cimes de la bibliothèque.

A l'heure où j'écris, le Doudou arpente le couloir et ouvre "son" placard, celui où sont rangés dans une logique incompréhensible à l'épouse de Geek, les DVD, CD et autres fils, clefs et wires en tous genre. Il revisite pour la dixième fois les 350 pochettes, toutes identiques, qui contiennent 10 ans d'archives de Geek. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin.

Attendez ! J'entends quelque chose...

Mais oui, c'est le cri du chercheur d'or :

- I got It ! , vient de se réjouir le Doudou.

Le voilà qui revient. En fait de disque gris, c'est effectivement un disque de couleur grise mais dans une pochette blanche. Pour qui cherchait du gris, c'était peine perdue.

Je tente une question:
- Ca veut dire que si tu l'avais réinstallé avec ça, ça aurait été bon.
- J'sais pas, peut-être, répond le Doudou, dépité.

Qui sait ? On aurait peut-être pu nous épargner le coût du technicien Surcouf et l'orgueil du SuperGeek Doudou aurait peut-être pu éviter l'humiliation de devoir s'adresser à des... professionnels. Ouh, le gros mot : pro-fes-sion-nel ! Pour un Geek qui se veut Geek, le professionnel, c'est le vendu, celui qui a trahi la cause, qui s'est vendu au méchant industriel pour l'argent et ne pratique plus l'Art pour l'Art. Un vrai Geek doit savoir tout faire, le Doudou sait tout faire, il n'a pas besoin de pro-fes-sion-nel...

... sauf quand le Mac plante ! Parce que le Mac, à la différence du PC, ça ne se bidouille pas, y a pas/peu d'opensource.

Le Mac, ça fonctionne... ou pas.

Le juste milieu dans lequel se complaît le Geek, ce no-man's land de l'informatique, Apple ne connaît pas. Là où vous, utilisateur occasionnel de l'ordi vous voyez un ordinateur en panne, le Geek voit un défi à relever. Seulement, les défis du Mac, c'est j'installe quel programme acquis à prix d'or sur l'AppStore ? Comment je fais pour Jailbreaker mon iPhone ? Qu'est-ce que je peux programmer sans être accusé de contrefaçon par Steve Jobs et ses sbires ? Non, le Mac, c'est pas un truc de Geek... Ça ne se démonte pas, un Mac, on ne peut pas rajouter de ventilation qui vous empêche de faire la sieste tranquille, de 3ème disque dur, parce que les deux premiers, ça suffit pas. On ne peut pas trifouiller les programmes. J'suis même pas sûr qu'on puisse installer Linux sur un Mac....

Mais alors, ce que c'est cool pour l'épouse de Geek ! Z'avez déjà essayé de faire un album photo sur iPhoto ? C'est super facile, super joli. Bon, d'accord, ca coûte la peau du c... mais si vous aviez vu la mine réjouie des grands-mères quand on leur a offert leur cadeau de noël, vous aussi vous auriez remercié Papa Noël Apple. Et iTunes ? C'est pas cool, iTunes ? Vous pouvez écouter tous plein de musiques super sympas pour pas (trop) cher, les mettre sur votre iPod et écouter de la musique dans le bain (ben, oui, j'ai un lecteur externe et j'écoute l'iPod dans le bain... ou dans l'avion).

Bon, ça n'a pas que des avantages le Mac. OutlookWebAccess sur le Mac, ça ne fonctionne pas top. Microsoft a beau être actionnaire d'Apple, y a toujours un truc qui ne colle pas entre les deux. De même que lire un fichier Word, on a beau installer tous les programme Office qu'on veut, ça bugge tout le temps... et le clavier est pas normal. Oui, Messieurs, il y a un clavier normal et c'est pas celui du Mac avec ses raccourcis bizarroïdes, un clavier Azerty classique de PC, celui sur lequel nos enfants apprennent à écrire (non, les stylos plumes n'ont plus la côte en moyenne section de maternelle). Et la souris du Mac, c'est juste la préhistoire. Le Mac ne connaît pas le clic droit, pfff, z'ont même pas été foutus de copier cela en quinze ans !

Mais pour le reste, c'est top le Mac ! Photos, musique, tout est facile. Un truc de nana.

Bon, je finis ce message en face d'un Doudou qui attend patiemment que je termine ce message pour le lire... En attendant, il pianote sur son iPhone et quand je lui demande ce qu'il fait, il me répond Rien, preuve s'il en faut, que les machins de communication moderne, c'est vraiment n'importe quoi ! On passe des heures dessus à ne rien faire.

Bon, je publie ce message et, comme chaque fois, le Doudou sera mon premier lecteur... sur son iPhone. C'est pas si mal que cela, la technique, puisque ça permet de rester connectée à l'homme que j'aime par blog interposé à tout moment.

Je lève la tête. Il me regarde.

Vive la vie moderne !

dimanche 15 février 2009

La recette du cake d'amour

Petit Poussin a de la fièvre et il est tout chose. Il a vomi (conséquence de la fièvre et non cause comme pourrait le diagnostiquer une maman inexpérimentée), il est recroquevillé sur lui-même, épuisé. Il ne parle pas (sauf pour se moquer de sa soeur ;-)) et geint parfois.

Bon, il a de la fière, la belle affaire ! Ce n'est ni la première, ni la dernière fois qu'il chope un virus. En toute logique et si j'analyse les faits, il va être mal foutu pendant 2 ou 3 jours et puis ça va passer... comme sont passés les précédentes maladies, otites, angines et autres syndromes grippaux qui l'ont déjà visité au cours des derniers 4 ans et demi.

Il n'avait pas un mois et demi que nous arpentions les couloirs des urgences de Necker pendant qu'un interne à peine pubère ponctionnait les lombaires de mon petit garçon à la recherche d'une éventuel méningite, qui s'avéra n'être qu'un coup de chaud dû la canicule estivale. Peut-être le Doudou et moi nous étions affolés un peu vite mais le pédiatre l'avait dit s'il fait de la fièvre avant 3 mois, c'est pas normal. Donc, si c'est pas normal, c'est que c'est grave en avions nous déduit. Les parents, c'est bien connu, savent toujours très bien de quoi leur enfant souffre. Après tout, c'est dans nos gènes. Ils sont une partie de nous : qui dès lors peut les connaître mieux que nous ?

J'ai beau me raisonner, à chaque fois, c'est pareil. Quand mes enfants reniflent, c'est une pneumonie. Un mal de ventre ? Une crise d'appendicite. Un coup de fatigue ? j'appelle le pédopsychiatre. Leurs yeux piquent ? La cécité les guette.

Et je culpabilise. Qu'est-ce que je fais encore au bureau à 19 heures alors que mon petit bonhomme souffre, seul, à la maison ? Le fait qu'il soit câliné par SuperNounou, 100 % dévouée à sa cause (et payée pour l'être), de sa soeur et entouré d'environ un millier de livres et presque autant de jouets n'entre bien sûr pas dans l'équation.

Je me dis que si j'étais plus présente, rien de tout cela n'arriverait.

Je sais bien que ce n'est pas vrai, les mamans-à-la-maison de l'école ont également des enfants malades. D'ailleurs, si je m'en réfère aux jours d'absence des enfants, les miens sont mieux portants que les autres. Mais voilà, quand vous êtes une maman-qui-travaille-beaucoup, fille d'une maman-qui-travaillait-beaucoup, vous ne pouvez vous empêcher de penser à la colère qui vous saisissait, petite fille, quand vous étiez malade à la maison et que votre maman devait partir au bureau.

Je suppose que nous sommes la première génération à pouvoir, par nos seuls souvenirs, deviner ce que pense nos enfants quand nous partons au bureau le matin, nous les mamans-qui-travaillons. Nos grands-mères pour la plupart ne travaillaient pas. Ou à la maison. Nos mères pré-soixante-huitardes étaient des pionnières. Elles innovaient. Elles avaient l'excuse de la nouveauté. Nous, femmes des années 90, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.

Alors, pourquoi ? Pourquoi reproduire un schéma que nous avons tant critiqué, adolescentes ? Parce que, sans doute, nous avons constaté que nos mères ont été plus heureuses que nos grands-mères et que, malgré nos souvenirs déformés de la réalité, nous avons eu une enfance bien plus heureuse que nous voudrions parfois le faire croire.

Et si la recette du cake d'amour était celle-là: un zeste d'épanouissement personnel, plein de temps "de qualité" avec nos petits poussins, beaucoup d'amour avec nos doudous, des familles aimantes, pas de gros conflits et, en tout, de l'harmonie et de la bonne humeur.

Caricatural ? Ben oui. Mais ce soir, j'ai envie d'être optimiste. Parce que demain, je vais enfiler mon manteau, descendre les escaliers (l'ascenseur est en panne !), marcher dans le froid, m'engouffrer dans le métro, subir un ou deux incidents techniques, être debout tout le trajet, arriver au bureau, allumer mon ordi, compulser mes emails, y répondre, répondre au téléphone. Et pendant que j'accomplirai ces tâches répétitives qui réclament toute mon attention et ma concentration, mes pensées m'entraîneront vers le seul endroit où j'aurai vraiment envie d'être, au chevet du Petit Poussin pour le rassurer, le prendre dans mes bras et dire tout doucement au méchant virus de laisser mon petit d'homme tranquille et d'aller s'attaquer à gros méchant qui n'a plus besoin d'amour (Papa Le Pen est encore en vie parait-il, ça pourrait être un bon point de chute pour le méchant virus).

Allez, le Petit Poussin s'est endormi... C'est bon signe, n'est-ce pas ?

dimanche 8 février 2009

Cocooning

Il parait que les gens qui n'ont rien envie de faire sont déprimés. Moi, je dirais plutôt fatigués.

Z'avez remarqué comment fin janvier/début février, les gens tombent en léthargie, une genre d'hibernation post-moderne ? Le soir, on file du bureau au métro et du métro au dodo avec une délectation toute enfantine. Le doux plaisir de se glisser sous la couette, de s'étirer longuement avec râle primitif décomplexant et de rêvasser les yeux grands ouverts dans le noir. Parfois, on se vide de ses gaz et on se dit que c'est bien d'être seul(e) dans le grand lit sans personne pour entendre, voir ou sentir. Il y a un phénomène régressif en ce début d'année. On pensait fin décembre que 2009 serait une année neuve, qu'on serait différent(e) et, à peine un mois plus tard, on s'aperçoit qu'il n'en est rien, qu'on est toujours le/la même et qu'on ne s'aime ni plus ni moins qu'en 2008. C'est décevant le début février 2009. Et c'est encore plus décevant que les débuts février 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007 et 2008 n'ont pas été plus prometteurs et qu'on peut donc déduire de cette série qu'il y a peu de chances que début février 2010 soit top délire méga groove même si on pensera le contraire le 31 décembre 2009.

Le week-end, c'est pire. Toute la semaine, on imagine les mille et une choses qu'on fera le samedi venu et voilà que l'aube du samedi arrive, qu'on prend le petit déjeuner au lit, le Petit Poussin renversant ses céréales sur votre oreiller moelleux, qu'on se force à sauter dans un bain moussant vers 11 heures, sous l'oeil envieux de Poussinette qui ne comprend pas pourquoi maman ne veut pas d'elle dans son bain, qu'on tente de convaincre le Doudou d'habiller les enfants qui s'échappent en s'excusant pas maintenant, papa, je joue. Quand enfin on est prête, on convainc Poussinette d'aller faire le marché entre filles histoire de ne pas être seule à affronter les premiers flocons de neige-fondue-qui-ne-tient-pas et, à peine le nez dehors, on se dit qu'il fait vraiment trop froid alors on achète un poulet rôti et des patates sautées chez le boucher du coin, on fait un saut à la boulang' et on retourne bien vite se calfeutrer chez soi.

Après le déjeuner, on regarde Cendrillon, Robin des Bois ou Cars et on somnole doucement en s'émerveillant du regard enthousiaste des enfants devant ces films animés qu'ils ont déjà vu quarante fois et dont ils connaissent chaque réplique. On a envie de se moquer, attendri(e)(s), et on se souvient que le Doudou connaît les dialogues de Matrix par coeur (mais si, y a des dialogues !) et que soi-même, on avait écrit sur la cassette VHS d'Autant en Emporte le Vent à n'effacer qu'après ma mort. On se demande où est passée cette cassette à l'heure du DVD et on note quelque part dans sa mémoire de poser la question au Pépé quand on y songera.

C'est à peine le film terminé qu'on migre de la chambre parentale pour une petite sieste. Même le Doudou s'endort. Les enfants sont assez grands pour comprendre que les parents sont épuisés et on entend la voix du Petit Poussin chuchoter à sa soeur faut pas faire de bruit, y a papa et maman qui dorment, laquelle répond à haute et intelligible voix CHUUUUUUUUT, ILS FONT DODO !!!. On sourit dans un demi sommeil en serrant bien fort la main du Doudou, complices.

Le soir, on est d'accord pour que les enfants se couchent un peu plus tard parce que c'est le week-end et on regarde Le Plus Grand Cabaret du Monde au prétexte que les enfants veulent absolument voir du cirque c'est super le cirque, maman. On se demande comment on a pu en arriver à passer ses samedis soir devant Sébastien, alors qu'il y a encore un ou deux ans, quand les enfants n'étaient pas encore en âge de formuler leurs désirs par des mots, on s'était promis que JAMAIS, NON, JAMAIS, on ne tomberait si bas. On continue de regarder quand les enfants on été si fatigués qu'on les a finalement mis au lit et on se dit qu'on est vraiment de parfaits ploucs. C'est à une heure trente du matin quand on éteint la télé au beau milieu de l'émission de Ruquier dont j'ai oublié le nom que l'on réalise qu'on n'est vraiment que des français moyens, très moyens, et qu'on aura beau continuer de regarder des films tchèques en v.o., ça ne nous sauvera pas du marasme dans lequel nous sombrons. Et nous pensons à nos parents, à Maritie et Gilbert Carpentier et on se dit que, eux aussi, ont fait des concessions télévisuelles en leur temps.

Bien entendu, couchés si tard, l'appel de la Poussinette à 9 heures fait l'effet d'un clairon de caserne. Il faut être frais et pimpants. La journée se répète comme la veille, bain, déjeuner, dessin animé, sieste, bain des enfants, dîner. On profite de l'intégrale Jacques Demy pour faire découvrir 3 places pour le 26 aux enfants. On avait oublié que la fille dort dans le lit du père sans pathos ni larmes. On se dit que, vraiment, Demy est un grand cinéaste. Et on essaye d'expliquer au Petit Poussin que Montant a été un grand acteur, un grand chanteur et un mauvais politique quand le Petit Poussin interroge c'est qui le vieux monsieur ? On lui parle de Signoret, de Monroe, de Piaf et on réalise que le Petit Poussin n'en connaît aucune. On se dit que ce n'est pas avec Ruquier et Sébastien que ça va s'arranger.

Voilà, il est 21:30 passées, on n'a rien fait du week-end et on va le raconter sur un blog. On se dit que ça n'intéressera personne... mais comme on n'a que trois lecteurs, on se dit que ce n'est pas bien grave.

De l'importance de tenir ses résolutions...

dimanche 1 février 2009

Stockholm, carrefour de l'Europe

Je sens que vous vous interrogez : mais que Diable allait-elle faire à Stockholm en plein mois de janvier, alors qu'il fait froid, que la ville est en travaux d'hiver et que la lumière du jour s'éteint vers les 15:30 ?

Travailler, Messieurs, j'allais travailler.

Dans la Firme, une fois par an, les spécialistes de ma spécialité sur la région Europe se retrouvent dans une grande salle de conférence glaciale et sans fenêtre pour s'auto-congratuler, écouter nos pairs nous enseigner des choses que soit on sait déjà ou bien dont on se moque comme de notre premier email, grailler et surtout nous jauger les uns les autres et voir comment nos traits ont été outragés par l'an passé.

En huit années de bonnes pratiques, j'ai assisté à nombre de ces symposiums et ai visité de jolies et moins jolies cités : Barcelone (le premier pour moi et le mieux du mieux : hôtel Art'z pour ceux qui connaissent, dîner de gala dans l'une des maisons Gaudi et dîner de non-gala dans un vignoble exceptionnel), Rome (hôtel sur l'autoroute entre Fiumicino et la ville, moins glamour, mais avec dîner italien typique, donc pasta, donc bon), Prague, Budapest, Vienne. J'ai loupé Madrid pour cause de Poussinette. Munich en 2008. Et donc, cette année, Stockholm. On nous avait dit Stockholm, c'est trop cher, on n'ira jamais. Et puis comme quoi, quand on veut, on peut, c'est justement l'année de la Crise que nous avons eu droit à Stockholm.

L'un des intérêts de ces séminaires internationaux, qui sont supposés nous montrer combien nous sommes tous semblables, est justement de démontrer combien nous sommes différents d'un pays à l'autre, d'un bureau à l'autre. Car il me semble que ce n'est pas tant la nationalité que l'environnement de travail qui fait l'individu.

Nous à Paris, notre principale caractéristique, c'est de sécher. Comme à l'école. Pas une année sans qu'on se retrouve tous dans les rues de la ville à l'heure où nous devrions être enfermés avec les autres à écouter l'Intervenant Extérieur, le grand ponte venu de je-ne-sais-où, souvent un client, nous expliquer comment mieux travailler ensemble. Seulement, le Français est frondeur. Le Français, ça va faire du shopping tout en expliquant que la mode de Paris, c'est quand même le must. Ça tient à visiter les musées (c'est Kultur le Français), boire un verre (fallait nous voir attablés - associé compris - dans un biergarten à Munich). On nous voit réapparaître au dîner, sur notre 31, très chic parisien, faisant semblant d'avoir bien appris notre leçon l'après-midi alors que tous les autres ont bien entendu remarqué notre absence. Quinze froggies qui désertent ne passent pas inaperçus.

Au dîner, nous retrouvons nos amis anglais. Ceux du bureau de Londres. Qui toute l'année se prennent pour les rois de l'Europe parce qu'ils parlent mieux anglais que nous et sont le pont vers le continent pour certains clients américains. On les toise. On essaye de mettre un visage sur une adresse électronique. C'est qui la trainee qui nous a parlé comme à un chien parce qu'on n'avait pas répondu dans les trente secondes à sa question super urgente ? C'est qui l'associate qui voulait sa réponse le lendemain et est revenu trois jours plus tard avec des questions, preuve que le mémo n'était pas parti et que notre réponse pouvait bien attendre ?

J'attire l'attention des anglophones et des autres, sur le faux-ami que constitue le mot associate, l'associate n'est pas associé, l'associé est le principal. Le principal, c'est mieux que le partner, qui n'est pas forcément associé mais peut l'être parfois, ça dépend des cabinets et, dans la Firme, ça dépend des bureaux. L'associate, pour revenir à lui, c'est le collaborateur de base, le sous-fifre, juste au dessus du trainee, qui n'est pas encore avocat mais qui le serait chez nous ; car ce n'est pas un simple stagiaire, le trainee, c'est un sous-avocat, un peu plus qu'un stagiaire, un peu moins qu'un avocat stagiaire, si on veut faire référence à un concept qui existait avant en France... mais n'existe plus. Vous ne comprenez rien ? C'est normal, nous non plus.

A la fin du dîner de gala, la jeune collaboratrice anglaise finit saoule. Elles changent chaque année ces demoiselles mais cette propension à ne pas savoir se tenir est une constante. Et oui, ces anglais que nous méprisons souvent sont les seuls qui ne soient pas guindés et sur leurs gardes. L'un, associé, homosexuel, vient accompagné de son partner (pas son associé, hein, le partner dans la vie civile, c'est le compagnon de vie). L'autre, jeune maman, de son mari et de ses enfants alors que, pour la partie séminaire au moins, c'est entre nous, les conjoints ne sont pas conviés. J'aime bien les anglais pour ça, ils se moquent de ce qu'on dira ou pensera et ça fait souffler un vent de fraîcheur sur nos réunions.

Les hollandaises sont immenses, blondes, trop maquillées, et souvent refaites (tits and ass, comme dans A Chorus Line). Elles portent des talons hyper hauts et des pantalons moulants. Elles prônent la diversité. Elles n'ont pas peur d'affirmer nous sommes des femmes et nous avons le pouvoir. Leurs associés ne sont que des associées, elles travaillent part-time et nous, de Paris, on bave de les voir si libres, tout en n'enviant pas leur peu de naturel.

Les espagnols sont bruns, taciturnes et parlent le français avec un accent prononcé. Du coup, plutôt que s'adresser à nous dans un anglais de travail que tout le monde comprend peu ou prou, ils s'essayent au français et on n'entrave que dalle. On préfère les Belges qui n'ont aucun problème pour s'exprimer dans la langue de Molière, même les flamands. On les taquine sur leur absence de gouvernement et ils nous expliquent que, au bureau de Bruxelles, on communique officiellement en anglais pour ne pas choisir entre français et néerlandais.

Les italiens sont... mama mia !!!! On en mangerait. Pas tous, hein. Mais il y a toujours dans le lot, une fille sublime, genre Sophia Loren à 20 ans, et un garçon au charme d'un Mastroiani jeune. Ils parlent anglais avec une pointe d'accent rital, trop beau pour être vrai. Nous, les français on craque et on rêve du prochain dossier qui nous envolera pour Roma ou Milano.

Les allemands sont discrets et ennuyeux, surtout ceux de Franfurt et à l'exception des berlinois. Les berlinois, c'est notre Eden de l'est. Et notre porte sur Varsovie. Car parmi les pays de l'Est, on se mélange un peu... Prague, c'est en Hongrie ? Ils ont encore au fond des yeux, un émerveillement du monde de l'Ouest et on tend parfois à oublier que tous ces quadras, jeunes partners, ont été élevés dans un monde où on vous délivrait un passeport temporaire pour quitter le pays qu'il vous fallait restituer au retour. Que pour eux, la chute du mur n'est pas un concept mais une réalité. Nos collègues tchèques étaient dans la rue au moment du Printemps de Prague, jeunes étudiants pleins d'idéaux. A Varsovie, l'un de nos confrères nous expliquait qu'encore récemment on craignait pour la démocratie. Notre collègue russe n'arrive pas à suivre les changements législatifs qui s'opèrent (et pourtant elle ne fait que du droit du travail, pas vraiment politique...). Et si ce n'était que pour cette façon de mettre nos préoccupations en miroir des leurs, ces réunions internationales seraient déjà indispensables.

Mais surtout, quand je sors de ces réunions que je moque, taquine, je suis super fière d'être citoyenne européenne. Car, malgré nos différences, nous allons tous dans la même direction. J'ai parfois l'impression d'être une mini Robert Schuman. A notre petit niveau, avocats venus des quatre coins de l'Europe, nous faisons avancer la compréhension mutuelle, nous apprenons les uns des autres, nous devenons plus tolérants.

Si nous pouvions partout dans notre petit monde de la Firme mettre en oeuvre le meilleur de chacun, nous aurions déjà drôlement avancé. Rien qu'avec les quelques exemples cités ci-dessus, nous construisons un monde meilleur, un monde où les gens n'ont pas peur du qu'en-dira-t-on, où les femmes peuvent réussir tout en gardant un équilibre avec leur vie de famille, où chacun essaye de comprendre d'où l'autre vient et où il veut aller, où l'on communique réellement et pas seulement virtuellement, on l'on peut fronder gentiment sans s'attirer les foudres du commandement, bref, un monde de respect.

Voilà, samedi soir, après deux jours de séminaire, j'étais assise au fond de la salle à Stockholm tandis qu'on appelait une de nos collaboratrices du bureau de Paris pour le Chairman's award (un des élements d'auto-félicitation sus-mentionné). Cette récompense saluait un week-end où cette jeune maman, jonglant avec les biberons, un mari pas content et une data room électronique ouverte deux jours, avait, par la seule force de messages électroniques et téléphoniques et un peu d'aide du Blackberry, réussi à convaincre 15 avocats de 15 bureaux de 15 pays différents de travailler un dimanche, jour du Seigneur.

Moi, j'étais juste fière d'elle, de ceux qui avaient accepté de travailler avec elle, et super heureuse de faire partie de cette grande famille.