dimanche 24 janvier 2010

Lettre ouverte à mon Troll

Mon cher Troll,

Tu t'étonneras peut-être de cette missive publique mais, ne sachant où te joindre, je n'ai trouvé d'autre moyen pour te contacter.

Tu permettras que je te définisse pour ceux de mes lecteurs qui n'ont jamais entendu parler de ton engeance.

Tu es donc Troll.

Non pas ce petit être maléfique qui hante la forêt noire et vient manger le repas de Noël de villageois apeurés mais un Troll nouvelle génération, un Troll 2.0. Toi, tu sévis sur la toile, de préférence dans les champs commentaires de blogueurs anonymes. Ton objectif est d'être l'empêcheur de tourner en rond, celui qui critique pour provoquer. Ton intérêt n'est pas de porter une petite pierre à l'édifice du village planétaire mais de dézinguer ledit village planétaire en l'attaquant tous azimuts.

Tu es venu me rendre visite plusieurs fois, Troll... et pourtant je ne sais pas qui tu es. Même un pseudonyme ne te convient pas. Tu es Anonyme. L'être qu'on ne nomme pas. A la différence de ces livres où le méchant est si terrifiant que personne n'ose prononcer son nom, c'est de toi ici que vient l'anonymat. Tu ne m'en voudras pas, Troll, si je te dis que je n'aime pas les gens qui ne signent pas leur courrier. Tu le sais déjà. Et tu t'en délecte. Dans mes gènes, il y a la trace de courriers non signés adressés à des fonctionnaires zélés, et cette absence de signature marque, sinon un manque de couilles (oui, oui, tu as bien lu), à tout le moins une absence de discernement. Comment donner foi à l'écrit de celui qui n'ose dire qu'il en l'auteur ? Tu devrais y réfléchir la prochaine fois que tu critiqueras un billet, sur ce blog ou sur un autre. Peut-être aurais-tu plus de crédibilité si tu te présentais même sous pseudonyme. Un pseudonyme dit beaucoup sur les gens. Moi, tu vois, je suis Doudette, la doudette de mon Doudou. Ailleurs, je suis mamandoudette parce que je suis aussi une maman. C'est comme cela que je me vois. Comme une femme amoureuse et une maman aimante. Et toi comment te vois, tu, Troll ?

Je te tutoies, Troll, j'espère que tu ne m'en veux pas. En te tutoyant, je t'imagine unique. Mais sans doute es-tu multiple. Il est en effet probable que, derrière cet anonymat de mauvais aloi, se cachent nombre de frustrés de la plume qui décident un jour que la critique facile est un mode de pensée. Il est tellement plus facile d'être mauvais que d'être bon.

Si je suis ton raisonnement, Troll, ce blog n'a aucun intérêt. Faire des enfants, s'intéresser aux nouvelles technologies, s'amuser de nos petits travers, tout cela est inutile. Je t'en donne acte. Il est possible qu'un jour, un sociologue du XXIIème siècle parvienne à la même conclusion que toi. Seulement, je m'interroge, si tel est le cas, pourquoi continues-tu de me lire ? Quel plaisir malsain fait que tu te délectes de ce que tu n'apprécies pas au point de laisser un commentaire en bas de billets pour lesquels, vraisemblablement, tu n'as aucune estime ? Tu pourrais, comme tu le soutiens, profiter de ton temps libre pour respirer le bon air et voir des matchs au stade. Pourtant, tu préfères le passer à revenir lire des messages qui ne t'intéressent pas et dont le contenu te hérisse les poils... J'en suis flattée et un peu gênée (là, je rougis).

Ne te méprends pas, Troll, j'accepte la critique. Quand elle est constructive. Oui, bon, d'accord, je commence par être horriblement vexée et par bouder pendant dix minutes. Mais je me calme vite et j'écoute. J'aime débattre aussi et grâce à une mauvaise foi que tu n'imagines même pas, je suis capable de soutenir à peu près tout et son contraire. Mais la critique n'est constructive que quand elle est détaillée. Or, mon cher Troll, tu manies la saillie comme l'injure, ton fusil n'a qu'un coup et tu polémiques sans argument. Te répondre est donc peine perdue. Parfois, tu me fais penser à ces enfants qui hurlent nooooon ! en tapant du pied par terre et refusent d'écouter quand on leur explique pourquoi on refuse. Dans ce cas, ma méthode est d'isoler l'enfant et de le laisser réfléchir un peu.

J'ai bien songer à t'isoler, cher Troll. Ce serait facile. Il me suffirait de supprimer la possibilité de poster des commentaires anonymes sur ce blog et tu disparaîtrais. Car je doute que tu te montres lorsque tu peux être retrouvé. Tu es un être de l'ombre, Troll, la lumière te fait peur. Mais je n'userai pas des méthodes que j'abhorre. L'anonymat restera une faculté car il y a des anonymes qui ne sont pas Troll et je ne les priverai pas de cette faculté pour vous évincer, toi et ta bouillasse. Tu pourras donc continuer de t'épandre en commentaires nauséabonds sur ce blog, comme tu le fais ailleurs sur d'autres blogs.

C'est que j'ai constaté, Troll, que tu te meus partout sur la toile, semant tes crottes ourlées sur nombre blogs que j'apprécie. Je me demande ce qui te traverse l'esprit lorsque tu publies ton commentaire anonyme. J'imagine que c'est là la même jouissance que le voisin qui laisse un mot sans nom dans votre boite aux lettres pour prévenir que, si vos enfants, ne mettent pas de chaussons, il préviendra le Syndic. Ou que cette dame très bien, très gentille, qui ne fit que son devoir de citoyenne en prévenant la police que ses voisins du dessous avaient de faux papiers...

Voilà ce que je voulais t'écrire, Troll, si j'avais eu le moyen de te joindre.

Pour finir, je pense qu'il est bon de te donner deux ou trois petits conseils, cher Troll. Tu ne devrais pas être surpris, les conseils, c'est ton truc. Les tiens sont comminatoires, les miens ne seront que force de proposition. Libre à toi de les suivre (ou pas). Dans la mesure où j'ai décidé de ne pas t'empêcher de sévir (au moins sur ce blog, ailleurs, chacun fait ce qu'il veut), pourrais-tu au moins nous rendre (à moi et à mes lecteurs amicaux) quelques petits services :

- pourrais-tu si cela est possible ajouter à tes critiques faciles quelques explications documentées, qu'on comprenne au moins le fondement de ta critique et les raisons qui y ont conduites ? Parce que cela m'aiderait à y donner suite et tu ne serais donc pas frustré que ta provocation facile soit restée sans réponse...

- aurais-tu également l'obligeance, en relisant ton commentaire (en supposant que tu le relises), de bien vouloir y ajouter quelques pointes d'humour ou d'ironie ? Ça aide a faire passer le message et cela m'éviterait de me dire mais qui c'est ce con ?!? à chaque fois que je lirai ta prose.

Grâce à cela, cher Troll, je doute que nous soyons d'accord, ni même que nous devenions amis, mais au moins pourrions passer un bon moment ensemble à chacun de tes passages...

En te remerciant par avance,

Je te prie d'accepter, mon cher Troll, mes salutations geekisantes.

Doudette

18 commentaires:

  1. alors, j'aime bien : "manque de couilles", "crottes ourlées", "ton fusil n'a qu'un coups", et "...toi et ta bouillasse"
    pourle reste, non seulement j'aime mais je plussois ! ;-)
    Geekement,
    Amine

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  2. Très belle plume pour décrire un sentiment d'incompréhension que nous partageons cher Doudette :-)

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  3. Vraiment une superbe prose pour décrire un phénomène si ... envahissant!

    Un grand plaisir à lire.

    EN

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  4. billet obligé lors de la tenue d'un blog aux commentaires non-modérés!

    c'est néanmoins une incitation à la venue des cousins (non connus) du troll en cause!

    une question pseudo-sociologique me vient à moi le "nerd" :

    existe-t-il des trollettes ou trolllines?
    la plupart des trolls sont des garçons en général!dans l'image populaire!

    @unouveaucompte

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  5. Dommage qu'un tel article ait dû être écrit... En tout cas chapeau et plein de courage :)

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  6. Chapeau bas, madame ! J'eusse aimé être un troll pour me voir la destinataire d'une missive aussi bien tournée. ;-)

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  7. J'adore! Ce billet me rappelle que j'ai clôturé un blog vieux de plusieurs années face à cette envahissante force obscure...

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  8. Les mères éduquent mal leurs fils !
    Les mères, dans leur immense majorité, éduquent mal leurs fils car elles ne leur apprennent pas à être indépendants. Elles leur apprennent à être de bons maris, ce qui est autre chose. Vieux schéma d'un autre temps exprimant au mieux le pouvoir féminin - et aussi le labeur féminin !
    Combien d'époux sont des êtres dépendants de leur épouse, ne sachant pas faire le ménage, tenir un budget, faire les courses, la lessive, la vaisselle et se faire un repas correct ?
    Question simple : votre époux peut-il être laissé seul une semaine sans qu'il y ait tout à reprendre à votre retour ?
    Autre question simple mais bien révélatrice : votre époux achète-t-il seul ses sous-vêtements, ses boxers et autres caleçons ?
    Si oui c'est un être d'exception que sa mère a parfaitement éduqué. Si non, c'est irréversible et il ne vous reste qu'à éduquer bien comme il faut votre fils pour qu'il soit INDEPENDANT (indépendant de son éventuelle future épouse, bien entendu).

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  9. Alors là, il cherche un peu facilement la levée de boucliers des maman!!;)
    Il ne virerait pas dans la facilité le Troll?
    Je m'attendais à autre chose....
    C'est simplement Oedipien, la doudette a beaucoup trop de jolies cordes à son arc !
    Je suis déçue que l'humour, au pire l'ironie ne soient pas de mise.
    Acerbe, amer.... Faut évoluer mon grand!
    Les multiples exemples de chroniques qui nous offrent un sourire sont des moments vers lesquels on se jette !

    Une fois de plus, j'ai passé un bon moment de lecture!

    Anne

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  10. Et ben ta plume me ravit :) tu trouves les bons mots pour un phénomène que je m'explique pas trop.
    Alors tu as le troll, mais le lecteur adoré qui te laisse des mots doux tu l'as? ;) lol

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  11. Allez, aveu : il m'est arrivé de faire dans la plus grande fourberie, une fois.
    C'était en 2000, le Net n'était pas ce qu'il est aujourd'hui.
    Après de longues années de fidélité dans la même banque, et des rapports amicaux (il m'arrivait de leur apporter des croissants), on y a nommé un nouveau directeur.
    Très très antipathique. Notamment envers moi. Il m'a fait les pire misères qu'un banquier puisse faire à un client qu'il a pris en grippe. Allant jusqu'à pratiquement mettre mon entrepise en garnd danger.
    Mais j'avais son adresse email (hé hé). Je me suis rendu dans un cybercafé (hé hé) et j'ai passé 2 heures à l'abonner à toutes les newsletters des sites présentant les pires perversionsles sexuelles. Même des trucs avec des animaux.
    A l'époque, il n'existait pas de barrière anti-spam, et une copine de la banque m'a annoncé 2 semaines plsu tard qu'il était devenu impossible à son directeur de travailler par mail, et que sa hiérarchie commençait à se poser des questions sur sa sexualité.
    Voil^la jolie histoire, si ça peut consoler tous ceux qui ont eu des ennuis avec leur banquier ;-)

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  12. Billet trouvé via Pepegaffner, pertinent et très bien écrit.

    J'admire !

    Nous avons tous connu le troll bien velu qui ouvre ses 40 onglets de blogs avec pour unique but : faire le sagouin dans les commentaires.

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  13. Hello Doudette!
    Très bel article que je ne me suis pas privée de RT sur Twitter!!
    Tous des jaloux de toute façon!
    biz biz
    Lili

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  14. Merci à tous pour vos encouragements, vous êtes des amours et un grooooos merciiiii à Anne, qui a mouché notre Anonyme préféré dont le commentaire était d'ailleurs hors sujet.

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  15. Je me suis permis d'en suggérer la lecture à mon cher et tendre boulet, mon troll préféré, sur mon dernier billet pour lequel il n'a pas pu s'empêcher d'apporter sa jolie crotte ourlée à l'édifice. Merci pour ce beau moment. Merci pour lui.

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  16. Hello doudette,

    Je pense que c'est un peu trop demander à une personne dont le seul but dans la vie est d'emmerder le monde vu qu'il s'ennuie grave dans la sienne, il pense ainsi remplir son vide sidéral.

    Bon courage à toi !

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