dimanche 17 janvier 2010

Vive le sport !

Ce week-end, nous avons eu la visite de mon père.

Le Pépé des poussins.

Le Pépé vit dans le sud, là où il fait - à l'en croire - toujours beau. Dans un endroit de tamaris, de pins parasols et d'embruns iodés. Du coup, on ne le voit pas tous les week-ends le Pépé, particulièrement en hiver. Monter à la capitale, dans le froid, la grisaille et la pollution n'est pas ce que le Pépé affectionne le plus, surtout les lendemains de neige et sous la pluie verglaçante.

Du coup, quand il vient, c'est la fête.

Petit Poussin et la Poussinette jappent, ça saute, ça chante, ça raconte plein d'aventures.

Petit Poussin surtout. Parce que le Pépé est en admiration devant son petit fils (qu'il considère comme un croisement d'Einstein et de Napoléon, à la fois savant et stratège). On lit des livres, on joue à plein de jeux et quand vient le soir et qu'il est temps de se calmer un peu, on cherche un truc à regarder tous ensemble en famille.

Pas de bol, hier soir, Bouvard remplaçait Sébastien et son Plus Grand Cabaret du Monde. Ne me demandez pas pourquoi mais Le Plus Grand Cabaret du Monde est l'émission préférée de ma marmaille. Ils hurlent Le Ciiiiiirque, Le Ciiiiiiirque quand cela commence et râlent pendant les plateaux promo' entre les numéros qu'ils trouvent indigestes et pas rigolos (oui, mes enfants ont du goût).

En l'absence de Ciiiiiirque, nous avons été contraints de zapper...

....et tout à coup, on a vu des gaziers en short sur un terrain.

- Laisse, maman, laisse, on regarde ça !, a intimé Petit Poussin.
Sourire ravi du Pépé qui peut passer dix heures d'affilée à regarder du sport à la télé. Tous les sports.

Moi, le sport, je n'aime que pendant les Jeux Olympiques, parce que ça change tout le temps, que c'est bon enfant et que c'est rigolo. Je suis nettement moins adepte des matchs sous éclairage électrique, dans la bouillasse et sans enjeu international... Mais si ça pouvait faire plaisir à mon père et à mon fils par un simple coup de zappette, j'étais prête à tout... Quant au Doudou, au moment où s'opérait le choix délicat du programme à regarder, il était plongé dans une MAJ* de je ne sais quel programme qu'il fallait installer sur tous les ordis de la maison. Autant dire que notre choix lui importait à peu près autant que le réaction de Ségolène Royal au forfait de Vincent Peillon chez Arlette Chabot.

A ce dernier sujet, d'ailleurs, estimez vous heureux, adorables lecteurs, que tout ait déjà été dit sur le sujet, parce que ca m'a effleuré l'esprit (et pas qu'un peu !) de vous dire tout l'agacement que ce comportement a provoqué en moi dans un billet long de trois pages.

Nous avons donc regardé le match : Bayonne Aviron contre Racing Club de France. Sauf que les joueurs du Racing étant en bleu foncé et les Bayonnais en bleu clair et blanc, j'étais très perturbée.

Que je vous raconte la soirée !

- Chouette, du foot !, lance le Petit Poussin, tout excité.

Le Pépé en avale sa tisane de travers. Le Doudou et moi avons droit à un regard mauvais dont la signification exacte devait être M'enfin, comment vous l'élevez, cet enfant ???

- Du foot, p'tit gars ?


Je sens que le Pépé laisse une dernière chance aux géniteurs de son petit-fils, le garçon qu'il n'a pas eu, celui qui est supposé redorer le blason de la famille. Si la deuxième réponse n'est pas la bonne, il appelle la DASS.

Très concentré, le Petit Poussin observe les intervenants sur le terrain.

- Ah non, c'est du Rugby...


Ouf.... je pousse un long soupir de soulagement. Je ne serai pas déshéritée.

Le Doudou ne se rend compte de rien. La MAJ plante. Et quand la MAJ plante, on doit être concentré à 100 % sur l'objet du scandale car, une MAJ, ami de la toile, ne peut pas planter.

- A quoi tu vois que c'est du Rugby, p'tit gars ?


Je reconnais là mon père, à toujours contrôler si on sait de quoi en parle. Les réponses au hasard, mon père n'aime pas. Fallait le voir me faire réviser mes cours d'histoire. Pour une date du XXème siècle, on remontait à Charles Martel et on re-cassait le vase de Soisson.

- Il a lancé le ballon avec la main, Pépé, c'est du Rugby tu vois.


Sentencieux, le Petit Poussin. Mais le Pépé n'en a cure, il est super fier.

- Ils t'ont appris un peu les règles du Rugby, tes parents ?


Le Poussin sent la question piège. Tiraillé entre ses parents à protéger et une vérité à divulguer, il reste coi. Le Pépé en déduit (à juste titre) qu'un grand pan de l'éducation de son petit fils ne se construira jamais, à moins qu'il ne s'y colle. Du coup, il s'y colle. Pendant toute la durée du match, le poussin prend un cours de visionnage de Rugby à la télé. Mêlée, en-avant, essai, drop, marque, score, le Pépé explique tout, à grand renforts d'expression bannies de notre foyer telles que tu vois, le mec, là, il court comme un branqu'..., non mais regarde-moi c'te connard, il lui a foutu le pied dans la gueule, non mais c'te bande de branleurs et autres joyeusetés qui réjouissent le Poussin, lequel n'est pas habitué à ce genre de vocabulaire. C'est sûr que checker ses emails, uploader une appli sur l'iPhone ou charger un programme ne sont pas des expressions qu'on emploie souvent sur un terrain de sport.

En parlant de Branqu', quand même, faut que je vous dise (ca me soulagera) que Vincent Peillon m'a drôlement déçu. On ne s'engage pas à faire quelque chose pour se déballonner à la dernière minute, en prétextant des impératifs politiques. C'est juste nul. Je sais bien que je ne suis pas une vraie commentatrice ni une blogueuse politique mais j'ai une opinion de citoyenne qui ne sait jamais quoi voter ni pour qui mais pense que le vote est essentiel. Une citoyenne qui se disait que Monsieur Peillon avait peut-être la carrure d'un homme d'Etat. A l'heure qu'il est, je réalise que Monsieur Peillon, loin d'être un homme d'état, n'est, semble-t-il qu'un communiquant politique. Voilà, c'est dit.

En bon supporters télévisionneurs, chacun avait choisi son camp : le Poussin était pour Bayonne et le Pépé, en ancien parisien pas encore reconverti au Stade Toulonais, pour le Racing...

Après deux essais dans les vingt dernières minutes, Bayonne a remporté le match et le Petit Poussin était aux anges d'avoir été plus fort que son grand-père. C'est ce qu'il y a de bien avec le sport à la télé. On ne se salit pas les doigts, on grignote des cochonneries en aboyant devant l'écran et à la fin, on a quand même gagné (ou perdu).

Il fallait voir le regard de fierté du Poussin quand l'arbitre a sifflé la fin de partie. Il avait vibré pour son équipe. Il était (presque) aussi excité qu'après une énième diffusion de Cars, lorsque Flash McQueen, après avoir rattrapé son retard, s'arrête net devant la ligne pour ne pas gagner et laisser le King finir sa course (bien sûr que je connais par coeur, je suis une bonne mère, je regarde avec mes mômes moi).

Et le Pépé aussi était fier. Il avait initié son petit fils aux rudiments du sport. Il lui avait donné envie de gagner... Et ça pour mon père, c'est important. On joue pour gagner, c'est le seul moyen de progresser.

Ça m'a rappelé nos samedis après-midi, avec Salviac et Albaladéjo, quand mon père et moi regardions les matchs en suçant des cornets glacés. Il n'y avait pas de top 14 à l'époque, les six nations étaient cinq, les joueurs étaient des amateurs et je ne comprenais déjà pas grand chose aux règles. Mais j'étais avec mon papa, on regardait le match ensemble et j'adorais l'entendre insulter les joueurs avec des mots que ma mère honnissait et nous interdisait d'utiliser en d'autres occasions. Cette soirée Rugby entre le Poussin et son Pépé a eu pour moi un effet récessif assez jouissif.

D'ailleurs, c'est pas pour faire une analogie avec le Rugby mais quand même, si Peillon avait peur de perdre, fallait pas s'inscrire pour la compet' ! Les gens qui sont scratch dans les tournois, à moins qu'ils aient une bonne raison, on n'aime pas beaucoup cela dans les fédérations... J'dis ça, j'dis rien...


Le Pépé est reparti dans le Sud, la vie a repris son cours, le Doudou crie victoire, la MAJ ayant finalement abouti après 15 heures de tentatives avortées, et je me demande si on regardera une autre rencontre sportive d'ici à ce que le pépé revienne nous rendre visite...

La prochaine fois qu'il vient, on va au stade !

*pour mes quelques lecteurs non geekisants : MAJ = Mise à Jour

5 commentaires:

  1. @rienadirecesoirJan 17, 2010 11:42 AM

    Trés bon ! Un petit moment sympa de lecture dont je
    me délecté, orienté par votre compte twetter.
    Merci !

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  2. @rienadirecesoirJan 17, 2010 11:44 AM

    ... Dont je me suis délecté...

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  3. Il est mignon le petit poussin avec son grand-père! Je crois bien que mes enfants sont mal éduqués, ils n'y connaissent rien en sport à la télé ;-)

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  4. Non, Vincent Peillon ne s'est pas dégonflé. Il a piégé la mère Chabot bien comme il faut. Le débat était on ne peut plus formaté avec ce qu'il faut de facade "démocratique". Quant au fond de l'affaire la question de l'identité nationale est parfaitement glauque et dangereuse (si j'ai bien lu votre blog, votre famille paternelle en sait quelque chose). Donc bravo à Vincent Peillon. Bien fait pour la mère Chabot, servante dévouée du pouvoir !
    Bravo également à votre père qui rafraichit par son langage l'ambiance un peu bourgeoise de votre famille et belle-famille (dont l'exemplarité est certaine). Et en plus il apprend au petit poulet autre chose que le jargon informatique dans lequel votre Doudou se vautre. A croire qu'il ne fait que ça !

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