samedi 13 février 2010

Mon Valentin

En cette période de Saint-Valentin commerciale et après plus d'un an de blogage intempestif, il est temps que je vous raconte nos débuts, au Doudou et à moi.

Il était une fois...

1992

J'entre en licence, je suis grosse, je suis mal dans ma peau. Je prends des cours de théâtre, je fais genre je m'y connais en opéra. J'achète Télérama chaque semaine.

J'ai la même bande de copains depuis le lycée et d'autres amis que je viens de rencontrer sur les bancs de l'université. Je sors beaucoup. Je réussis mes examens sans (trop) travailler.

Je milite pour le traité de Maastricht, parce que je suis fédéraliste.

Bref, je suis une post-ado normale.

A la fac, il y a un garçon tout comme je les aime. Il est aussi réservé que je suis extravertie, il porte des lunettes. Il joue de la clarinette (du moins il le dit). Il aime l'opéra. Il joue au Tetris et au Démineur sur un ordinateur super moderne. Il a des copains avec lequel il fait des jeux de rôles. Quand on se croise, il me sourit.

En plus, c'est un vieux, il est en maîtrise, lui (pour mes jeunes lecteurs, je rappelle que la maîtrise s'est transformée en Master 1 par le prisme d'une directive européenne transposée en France il y a quelques années).

Je fonds...

Mais je suis grosse, je suis moche, je ne m'aime pas et n'imagine pas qu'on puisse m'aimer.
(ne pleurez pas, ça s'arrange à la fin).

La fac organise un voyage aux sports d'hiver. J'en suis. Il en est.

Comme la neige, ça glisse, dès le premier jour, je m'accroche à son bras pour descendre vers le restaurant dans le village (je suis grosse, je suis moche mais... je reste une fille, je sais manipuler). Je fais amie-ami. Je lui parle de moi, il me parle de sa famille. On sympathise.
- Tu fais quoi demain ? On skie ensemble ?, je demande, naïvement (ou presque).
- Y en a qui vont à la messe. On se retrouve après ?
A la messe ? Vade retro !!!!
Tout à coup, son bras m'intéresse nettement moins...

... Sauf qu'il est craquant avec ses lunettes, quand même...

Mon grand copain R., auquel je ne peux rien cacher me pousse à l'attaquer de front.
- Qu'est-ce que tu risques ?
- qu'il ne veuille pas...
- Et alors ?!?
Alors, en plus d'être grosse et moche, je serais humiliée. Il ne comprend rien aux filles, R. !

Bref, jusqu'à ce que je termine mes études, je salive à chaque fois que je croise ce jeune homme à lunettes. Mes yeux lancent des éclairs concupiscents. Je minaude, oeillades et moues boudeuses. Je lui parle, très sûre de moi, du dernier film d'Angelopoulos et des débuts de Céline Samie au Français. Il se doute de quelque chose, j'en suis sûre. Je le drague ouvertement, il ne peut pas ne pas s'en rendre compte. La preuve, je lui propose de prendre un abonnement jeunes à l'opéra. On y va ensemble une fois par mois. Mais rien. Je ne l'intéresse pas, je le sais.

Et R. qui continue de me dire que les garçons sont cons et aveugles et qu'il faut que je sois plus claire.
- Comment tu veux que je sois plus claire ?
- Saute lui dessus !
- Jamais de la vie.
- Alors arrête de te plaindre.
Fin de la discussion.

On finit la fac. Le garçon aux lunettes part vivre à l'étranger (on parle d'un temps où les jeunes gens éduqués cherchaient une planque pour éviter l'armée et devenait volontaire pour le service national à l'étranger afin de ne pas crapahuter dans la boue). Je n'ai plus de nouvelles.

Je commence ma vie de femme. Je travaille. Je travaille ! Je travaille... Le travail, c'est mon truc à moi. Je suis "efficace" (c'est pas moi qui le dit mais ça m'aide bien), du coup, comme je suis efficace, je fais ce que font les filles efficaces : je travaille et, comme j'ai du temps, je m'amuse.

Et puis à un moment, je travaille tellement que je n'en peux plus et il ne me reste plus qu'une chose à faire : travailler... sur moi.

2002

En 2002, j'ai tellement travaillé sur moi que j'ai perdu 20 kilos et gagné en confiance en moi.

Je travaille toujours au sens professionnel du terme, rouage "efficace", parce que travailler, c'est essentiel et que j'ai à peine commencer à cotiser à la retraite. J'aime toujours le théâtre (pour y assister), je peux m'offrir un place d'opéra et suis désormais abonnée à Télérama. J'ai toujours des copains, les mêmes qu'en 1992. Et d'autres qui sont venus se greffer. Je sors toujours autant.

Je suis célibataire et n'ai pas connu d'aventures vraiment sérieuses.

Je ne sais pas pour qui voter parce que le fédéralisme n'est plus à la mode. Du coup, je m'apprête à regretter mon vote "mou" mais je ne le sais pas encore.

Un jour, au printemps, je déjeune avec un collègue de bureau qui s'intéresse à mes études. Je lui raconte mon parcours. Il me dit :
- Ah, ben tu devais y être en même temps que A., non ?
A., c'est lui le garçon à lunettes, celui qui me plaisait tant ! Si c'est pas un signe, ça ! Je jubile, mon coeur bat la chamade, je suis toute excitée.
- Euh... peut-être... comment tu dis déjà ?
Le collègue me redonne le nom.
- Ah oui, je crois que je vois... Il fait quoi maintenant ? Je croyais qu'il vivait à l'étranger ?
- Non, il est rentré depuis longtemps.
Encore un qui est parti en VSNE et qui rentre mariée à une étrangère... je vois le genre.
- ah ouais...
Je la fais bien, la fille pas du tout intéressée ?
- oui, il sort d'une histoire pas terrible, il a rompu avec une fille et ça s'est mal passé...
Rompu ? Comment ça rompu ? Il est libre le gars ?
(je rappelle que cela fait près de dix ans que je n'ai pas vu l'énergumène et qu'aussi bien, il peut avoir perdu tous ses cheveux et pris les vingt kilos que j'ai évacués).
- Du coup, ça doit pas être facile en ce moment...
La compassion, y a que ça ce vrai.
- Non, non, t'as pas compris, il a rompu y a deux ans... maintenant il va bien. Juste qu'il est célibataire et qu'il ne voit pas beaucoup de monde. Comme toi, tu sors beaucoup, je me disais que, vu que vous vous connaissiez avant, tu pourrais peut-être lui présenter du monde.
Le collègue me demande de lui présenter mes copines ou j'ai mal entendu ? Non, alors, je sais qui je vais lui présenter moi...

Au final, le collègue donne mon email au garçon à lunettes, on échange quelques messages et on se donne rendez-vous devant le café Marly, à côté de la pyramide du Louvre.

Il n'a pas beaucoup changé, le garçon à lunettes. Quelques années de plus, un - tout tout tout tout - petit peu moins de cheveux mais toujours un joli sourire et toujours des lunettes. En détaillant un peu plus, les chaussettes blanches dans les chaussures bateau, c'est pas top. Mais je suis dans ma phase surtout ne pas s'arrêter aux détails, sinon, tu ne vas pas t'en sortir... du coup, je passe outre. Comme quoi, ça sert de travailler sur soi.

On se voit souvent, le garçon à lunettes et moi.

Je décide qu'il me plaît et que je ne vais pas lâcher prise facilement.

Il me raconte que son truc à lui, en ce moment, ce sont les jeux en ligne. Ca fait longtemps que la clarinette, il a laissé tombé. En plus des jeux en ligne, il programme. Programmer, ça signifie passer des heures devant un ordi à aligner des lignes de codes. C'est la première fois que je rencontre un garçon qui programme. C'est exotique. Et chronophage. M'enfin, qui je suis pour juger, moi, je passe mes dimanches au bureau...

On va voir des expos ensemble.

Parfois, je laisse plein de messages sur son répondeur et j'envoie des emails. Et il ne répond pas. Puis quand je le rappelle, la cinquième fois, il dit qu'il n'avait plus de batterie et n'avais pas ouvert ses emails. Je fais semblant de le croire. Il prend l'air étonné. Il s'excuse, dit qu'il est super content d'avoir des mes nouvelles. Je m'emballe. Mais pas trop. Et ca recommence. Parfois, il ne me rappelle pas pendant une ou deux semaines.

Je suis patiente.

On se voit de plus en plus souvent.

Le soir du premier tour des élections présidentielles, il est chez ses parents. Moi, chez un pote. Il est la seule personne que j'ai envie d'appeler. Et je l'appelle. Et je pleure. Et il me console. Lui enfermé dans un couloir, chez ses parents, moi sur le lit, chez mon pote, au milieu des blousons entassées. Ce jour là, je sais que c'est Lui.

Quelques jours plus tard, je l'emmène rue des rosiers et on fait une razzia chez Florence Filkenstein. Dernier test. Mon homme, celui avec lequel je vais passer le reste de ma vie, doit aimer le pastrami, le foi haché, le pain au cumin. Sinon... Sinon quoi ? En fait, je n'ai pas à me poser la question parce qu'il aime tout de suite et en reprend deux fois.

Du coup, notre premier baiser a une goût de cuisine d'Europe centrale.

C'est R. qui aura le mieux résumé cette histoire, quand je lui ai dit que j'avais un nouvel amoureux et de qui il s'agissait :
- T'as de la suite dans les idées, toi !

Un jour, si vous êtes sages, je vous raconterai la rencontre aux parents...


NB. Ce message est mon cadeau de Saint-Valentin à mon Doudou d'amour. Parce que, près de huit ans plus tard, je suis toujours aussi heureuse d'avoir ainsi eu... de la suite dans les idées.

10 commentaires:

  1. Belle histoire !
    Comme quoi, il faut toujours persévérer !
    Joyeuse Saint Valentin à vous deux.

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  2. un geek n'a pas d'âge!

    très joli!

    @unouveaucompte

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  3. Vous m'avez donné la chair de poupoule Dame Doudette....
    Quel beau cadeau! Quel chance d'être si bien aimé, Mr Doudou....

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  4. Très belle histoire et un joli cadeau pour nous aussi en jour de St Valentin.

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  5. une histoire émouvante et bien narrée :)
    Joyeuse Saint-Valentin Maman Doudette et le Doudou!

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  6. Belle histoire que celle de votre rencontre!

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  7. Roooo, c'est trop mignon, j'en ai des frissons dans le dos... je connaissais la fin et je me disais, "Non, il se barre"... "han, non, c'est pas possible"..."Han, quoi, dix ans?"... haaaan!!
    Comme quoi en amour, il suffit juste d'être un peu patient.
    Pleins de bonheur sur vous et des bisous

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  8. Belle plume. Ton blog est parfait pour une insomnie. J'adore cette histoire. Mon homme au lycée, il regardait tellement sa petite copine avec les yeux de l'amour que j'avais dit à une copine "celui qui me regarde comme ça, je l'épouse." Et c'est lui que j'ai épousé, 10 ans après !

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  9. Ah, j'avais eu droit à une version light de vive voix, et, avec ce joli sens de l'écriture, je revis ce moment avec bonheur. C'est le mot qui convient non ?

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