Attention, billet psycho-socio-introspecto-antropologique.
Oui, j'aime les grands mots !
Donc, si vous avez envie de rire, c'est peut-être pas le moment de lire ma prose.
Que je vous explique.
Il y a dix ans, ma meilleure amie décidait qu'elle n'était plus ma meilleure amie pour des raisons qui restent encore assez obscures. Dans un même mouvement, elle décrétait qu'elle n'avait plus du tout envie de me fréquenter. Passé le choc de la nouvelle et de l'incompréhension, je décidais que cela ne me faisait rien du tout... oui, bon, un peu-beaucoup quand même, y a un petit coeur dans une doudette... mais par la force de la volonté, d'un peu de déni de réalité et de pas mal d'auto-suggestion, on peut se convaincre d'à peu près n'importe quoi.
J'envisageais alors de poursuivre le reste de ma vie, vie que vous commencez à bien connaître, amis lecteurs.
Et voilà que les aléas de la vie nous mettent sur le chemin l'une de l'autre (elle est désormais l'amoureuse de l'un de mes plus proches amis) et je suis toute contente parce que cela nous donne une seconde chance... et que, pour qui me connait un peu, les secondes chances, j'aime bien. C'est un nouveau départ, de nouvelles aventures. Rappelez, vous, le Doudou, dix ans qu'il m'a fallu pour le convaincre (c'était ici, un 14 février).
Le weekend dernier, pour l'anniversaire de son amoureux, celle qui fut ma meilleure amie nous a invités chez eux et nous nous sommes donc revues pour la première fois depuis bien longtemps. C'était à la fois surréaliste et un peu comme si on s'était parlées hier pour la dernière fois.
D'où mes interrogations psycho-socio-introspecto-antropologiques, sur fond de que fait le temps au temps ?, la question Proustienne (que je n'ai pas lu comme mes lecteurs attentifs le savent) :
1. Nos vies nous changent-elles ?
La dernière fois que nous avions eu une discussion avec celle qui était encore ma meilleure amie, j'étais célibataire, je n'avais pas encore commencé à travailler pour la Firme que je viens de quitter, je n'imaginais pas que j'allais passer cinq ans allongée sur un divan deux à trois fois par semaine, que je re-rencontrerais le Doudou, que viendraient deux poussins magnifiques, que ma mère cesserait de me faire peur pour me faire rire et que j'accepterais un jour d'être heureuse.
Et pourtant, tout ce que je suis aujourd'hui, je l'étais déjà alors, bien caché sous des kilos de graisse et d'auto-dérision. J'avais le même sens de l'humour décalé, j'aimais déjà écrire et me rêvais écrivain, je lisais autant, cuisinait mieux et plus souvent. J'étais ce que je suis devenue... mais différemment.
Et j'imagine que pour elle, l'amoureuse de mon ami, c'est la même chose. Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre...
C'est peut-être pour ça que, en dépit des dix années et plus où nous ne nous sommes pas croisées, que je n'ai pas eu l'impression d'avoir à franchir un fossé sur un pont de corde.
Parce que la vie ne nous change pas. Si nous nous étions revues à 80 balais, le chat sur les genoux et la lumière tamisée par un lampadaire à abat-jours perlé, je suis persuadée que j'aurais eu la même impression : les cheveux blancs n'y font rien. Nous restons ce que nous étions. Et on s'améliore. Le temps sert à cela : à devenir meilleur.
2. Peut-on faire table rase du passé ?
Tabula rasa, disait Aristote.
Je crois aux nouveaux départs.
Je crois aux secondes chances, je l'ai dit.
A l'avenir éternellement recommencé.
Je crois qu'à force de persévérance, on peut réaliser ses rêves et que, pourtant, rien n'est jamais acquis et qu'il faut chaque jour s'attacher à construire sa vie.
Je suis de celles qui voient leurs vies par strates qui se surperposent. Quand une strate se sédimente, on passe à la suivante, sans regret pour la précédente. Je n'ai pas de nostalgie du passé, pas de rancune non plus. Vivre dans le présent et préparer l'avenir, tel est mon credo. Ben oui, j'en ai des tas de crédos, il en faut des crédos pour alimenter un blog.
La strate actuelle, vous la connaissez, elle est très SuperWorkingMometEpouseParfaite, une sorte d'arche de Noë pour femelle idéale que je tente, tant bien que mal, de maintenir à flots.
Alors, sans faire totalement table rase du passé, je crois qu'on peut s'attacher à construire l'avenir sans se poser trop de questions sur le comment ni le pourquoi.
On avance, on avance, on avance... c'est une évidence, on n'a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens... alors on avance... (pour la mélodie, c'est là).
En résumé, l'amoureuse de mon ami m'a ouvert une porte le weekend dernier et peut-être derrière cette porte vais-je trouver une nouvelle amie (qui aura peut-être un petit quelque chose de celle qui il y a dix ans était ma meilleure amie).
Je te souhaite donc un renouveau amical!?!
RépondreSupprimerAvec, comme longueur d'avance, plein de beaux souvenirs, de goûts communs et des chums-copains.
Une seconde chance, je suis pour.
RépondreSupprimerPas assez rancunière peut-être, d'autres diront poire mais moi, je ne trouve pas.
Il m'est arrivé deux fois (deux petites fois) que cette seconde chance ne change rien. Et cela m'a conforté dans l'idée que c'est une bonne chose à faire car, même face à l'échec de cette seconde fois, on en ressort très positif: on a vraiment tout tenté, on ne regrettera vraiment rien, on passe à autre chose.
En 10 ans, on change tout en étant quand même un peu la même... Il y a deux ans, j'ai revu ma pire ennemie du lycée, on s'est entendues, j'ai découvert une femme avec ses failles, ses peurs, ses joies... Elle est devenue une copine que je croise avec joie et je suis contente de ne pas être restée sur mes impressions de lycéenne.
J'ai donné 3 fois une nouvelle chance à l'Homme aussi, ben, en fait, je crois (je crois, hein) que je ne le regrette pas... (et là, tu tiens un scoop, Doudette !!!) ;-)
C'est pas la première fois qu'en te lisant je me reconnais ... Et ce n'est pas la première fois non plus que ta prose rend mes yeux humides ...
RépondreSupprimerJ'ai deux meilleures amies, j'ai grandi avec elles...
Il y a S et A ...
S est ma meilleure amie depuis que nous avons respectivement 3 et 4 ans, il faut dire que nos mamies étaient amies et nos parents, excellents amis, partent en vacances tous les quatre, nos mamans ont travaillé ensemble bref c'est un peu comme la petite sœur que j'ai pas eu ( oui j'ai deux grands frères !!!)
L'année de la naissance de mon loulou, elle est parti s'installée à Strasbourg avec son amoureux, à partir de ce moment nos relations ont commencé à s'estomper, on s'appelait moins souvent, on se voyait presque jamais ...nous n'étions pas fâché mais juste moins présente l'une pour l'autre.
L'année de mes 30 ans, on s'est échangé nos adresse hotmail ( oui à l'époque on se parlais sur msn ) et un soir on s'est parlé à cœur ouvert : elle m'a dit que je lui manquais...
je lui manquais et moi j'avais peur de l'appeler pour lui parler de mes problèmes, peur de la déranger ...
Aujourd'hui on s'appelle plus souvent, on essaie de voir régulièrement...
Je suis persuadé que l'amitié quand elle est forte c'est comme un fil où parfois il y a de la distance...mais ce fil ne peut pas se couper juste s'étirer quelques années et revenir comme avant.
Je vous souhaite à toutes les deux de retrouver votre complicité passé, vos rires, vos confidences ...
"comme un fil... Un fil qui peut s'étirer"
RépondreSupprimerje n'aurai pu dire ni penser autrement.
J'ai des fils tissés, pas beaucoup, mais des longs!
Et c'est bon!!
Bravo, comme toujours. Ta qualité est de nous faire vibrer nos petites cordes personnelles, à chaque billet.
Merci!
Ton credo m'inspire. Faire tabula rasa...regarder dans le présent et non en arrière, c'est vraiment ce que l'on doit faire. Pas toujours facile, je vais m'inspirer de ta sagesse!
RépondreSupprimerJe te souhaite de retrouver une superbe amie!
"on peut réaliser ses rêves et que, pourtant, rien n'est jamais acquis et qu'il faut chaque jour s'attacher à construire sa vie."
RépondreSupprimerje te lis après avoir lu le roman d'E Carrère et ton témoignage, ta "rencontre" avec Juliette, et je commente ici. Réaliser ses rêves, oui, c'est possible. Et moi qui en ai réalisé plusieurs (et des plus fous), je vis pour en réaliser d'autres, encore d'autres. Et j'ai appris à chérir le présent, mes parents, toutes les choses que l'on croit acquises mais qui ne le sont pas. Jamais.
Chaque jour est un nouveau jour. Une nouvelle pierre, un nouveau caillou, de nouveaux sourires. Chaque jour sa surprise.
Faire lire ou ne pas faire lire. That is the question. My question ...
RépondreSupprimer@tous : merci pour ces commentaires, qui me vont droit au coeur et qui prouvent que l'optimisme est une force.
RépondreSupprimer@bouschon : ouh là, je ne saurais répondre pour toi à cette question shakespearienne. Je me contente d'écrire pour moi et quelques dizaines de lecteurs et je trouve cela très réjouissant tel que c'est.
J'imagine que pour ton ex meilleure amie, il n'a pas du être facile de t'inviter alors qu'elle t'avait fermé la porte de son amitié 10 ans plut tôt.
RépondreSupprimerOn fait des erreurs qu'on regrette tous.
Après il est toujours possible de les réparer.
Bonjour,
RépondreSupprimerToute nouvelle lectrice de ton blog et bien contente de l'avoir découvert :-), j'ai cherché, mais en vain, un lien contact car j'aimerais bien t'envoyer un mail pour te proposer quelque chose en lien avec mon propre blog. Pourrais-tu m'envoyer un petit mail ? (et ensuite supprimer ce commentaire qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe !)
"On change pas, on s'améliore", dis-tu en substance. Cela me plaît beaucoup !
RépondreSupprimerCe qui change peut-être, c'est aussi le regard que l'on porte sur l'autre, car l'autre est aussi tel que l'on le voit, et c'est un grand art que de réussir à façonner les autres sous leur meilleur jour. Je crois que tu as ce don, cette générosité.