Et c'est l'occasion de se poser la question légitime de ce que c'est que d'être une femme en ce début de XXIème siècle.
De ce que c'est que d'être une femme pour moi.
Je suis née au début des années 1970, de parents qui travaillaient tous les deux, à des postes de direction, et jamais on ne m'a dit qu'une femme pouvait avoir moins de droits qu'un homme, que ce serait plus difficile pour elle et qu'elle risquait d'être brimée, voire voilée.
On me disait :
- travaille bien à l'école et toutes les portes s'ouvriront ;
- tu auras des enfants si, toi, tu le veux ;
- tu te marieras... ou pas, à ton choix.
Mes parents n'étaient pas de dangereux gauchistes, comme on disait alors, ils votaient Pompidou ou Giscard. Pourtant, ils étaient plus ouverts sur de nombreux sujets de société que les plus socialistes des socialistes de nos jours.
Ma mère, née en pleine occupation, qui avait fait venir ses contraceptifs de Suisse au début des années 1960 parce qu'on n'en trouvait pas en France, savait qu'elle s'était battue pour que mes copines et moi, on soit libre de choisir nos vies. Elle disait qu'elle (et ses copines) y étaient parvenues. Que leurs combats avaient atteint leurs buts. Elles y croyaient. Elles se voyaient vivre la fin de l'Histoire des mouvements suffragettes comme d'autres, plus tard, en regardant un mur tomber, ont cru en la fin des totalitarismes.
Elles avaient choisi leurs vies, leurs hommes (elles en avaient eu plusieurs), leurs métiers, leurs enfants.
Et j'avoue que j'ai profité de ce pourquoi elles avaient tant combattu :
- J'ai bien travaillé à l'école. Et après aussi. J'ai eu un beau métier. Je gagne bien ma vie. Je change de travail (aujourd'hui est mon premier jour) sans problème. J'ai un poste à responsabilités et j'en suis heureuse.
- J'ai eu le mari que je voulais parce qu'on m'avait dit que rien n'était inaccessible (voir ici si vous voulez savoir comment).
- Nous avons deux magnifiques enfants, que j'ai choisi d'avoir et si je dis aujourd'hui que deux, c'est assez, j'ai les moyens que le petit troisième ne pointe pas le bout de son nez. Comme le dit le Doudou, avoir un enfant est une décision de couple et si l'un des deux ne le souhaite pas, alors, le couple y renonce.
- Je n'ai pas allaité mes enfants et je n'ai pas à me justifier de ne pas l'avoir fait. Je ne répugne pas à leur donner une petite tape sur les fesses de temps en temps et je ne considère pas cela comme un acte particulièrement inhumain ou dégradant prohibé par la CEDH.
- Je peux ouvrir un compte bancaire sans l'autorisation de mon mari et je peux également décider, si on jour notre couple battait de l'aile, de partir vivre de nouvelles aventures.
Et c'est parce que j'ai toutes ces libertés que je vis une petite vie pépère et casanière, mariée, maman et fière de l'être. Je suis une femme libérée, qui s'est volontairement choisie une vie rangée.
Ces choix, ce sont des choix féministes.
Je ne milite nulle part, je ne sais toujours pas quoi voter à une semaine des élections régionales mais je sais que je peux (et vais) voter et je suis féministe, ça, je le sais.
Féministe en ce sens que je pense qu'il y a des combats qu'on croyait gagnés et ne le sont pas.
Féministe parce qu'on défile contre l'avortement en Espagne (voir ici ce que j'en disais alors).
Féministe parce que, dans la Firme que je viens de quitter, sur trente associés, cinq sont des femmes et que leur discours à ces femmes est encore qu'elles ont choisi d'être associées plus tard parce qu'avoir des enfants était leur priorité et, dans la vie, il faut faire des choix.
Or, je veux croire qu'on peut ne pas choisir et qu'on peut être une SuperWorkingMom, tout en étant une tendre épouse et une geekette blogueuse.
Je suis pour que les filles choisissent leur vie.J'approuve le combat de Ni Putes Ni Soumises dans les banlieues... et ailleurs. Je crois qu'il appartient à l'Etat et à nos enseignants de rappeler à nos petites filles qu'elles ont le droit d'être ce qu'elles veulent être.
Si leurs frères et leurs pères sont trop obtus ou trop imbus de leurs personnes pour les laisser grandir, il nous appartient à nous, citoyens français, acteurs de la vie de la cité, de leur donner les moyens de le faire.
Je milite contre les religions qui enferment dans leur dogme les petites filles (et les petits garçons). Je suis de celles qui pensent que les religieux, par un prosélytisme exacerbé, excluent ceux qu'ils ne parviennent pas à endoctriner. Eux disent "intégrer", en confondant l'intégration aux valeurs de notre République et l'intégration à leurs pseudo-communauté.
Je suis issue d'une famille dont le grand-père, arrivé à Paris sans un sou en poche, ne parlait pas français et dont les petits enfants ont intégré les meilleures "grandes" écoles, en oubliant la langue de leurs ancêtres. Ce n'est peut-être pas la seule méthode, cette assimilation totale à l'autre, mais elle nous a réussi.
Ce n'est pas une question d'origine ethnique ou sociale, c'est un mode de pensée. Quand les parents disent "allez-y, vous pouvez y arriver", les enfants se défoncent pour le faire.
Dans ma classe en seconde, il y avait plus d'enfants issus de l'immigration comme on dit bêtement que de fins-de-race à particule. Nous étions en 1987 à Louis-Le-Grand et nous avions tous été sélectionnés sur dossiers. Nous habitions tous en banlieue, nous prenions le RER pour venir au Lycée et, quelque soit le niveau de revenus ou d'éducation de nos parents, nous avions tous eu droit au même discours, fille ou garçon, blanc, black, beur, musulman, juifs, catho ou rien du tout : c'est à vous de jouer maintenant !
Alors, nous avons joué.
Nous nous sommes amusés.
Je ne sais pas ce que ce que sont devenus mes camarades de seconde mais j'ai toujours la photo de classe... et il y a plus de filles que de garçons sur cette photo. Et je me dis que ce n'est peut-être pas un hasard si nous étions tant de filles en haut du tableau d'honneur.
NB : les photos ne sont pas libres de droit.
Bien dit ! (il manque presque le "Et toc !" de la fin ^^)
RépondreSupprimerLa journée de la femme est peut être inutile et une grande mascarade, et tout ce que voudront bien en dire les contestataires, mais il nous permet de se poser deux secondes, et de réfléchir à tout ça, à nos mères, nos grands mères, et toutes ces femmes qui se sont battues, et se battent encore pour les libertés que nous sommes encore trop peu à avoir aujourd'hui.
Merci pour ce ci bel hommage :-)
J'ajouterai mon humble contribution en soulignant le courage dont beaucoup de femmes font preuve dans une société qui reste encore extrêmement sexiste !
RépondreSupprimerBravo à vous toutes... Parfois, j'ai honte d'être un mec quand je vois certaines réactions de mes semblables. Donc oui, je vous tire encore mon chapeau !
Je suis née en 1960. Ce qui me fait peine à notre époque, c'est que tant de jeunes filles soient obligées d'avorter faute d'informations sur la sexualité et accès à la contraception...
RépondreSupprimerJ'approuve tes points de vue.
RépondreSupprimerTa clairvoyance sur le pourquoi de ton chemin me donne à réfléchir: même époque, mais autres mœurs.... Alors je vais réfléchir..
C'est très optimiste ! Un joli credo :)
RépondreSupprimerMerci à tou(te)s de vos commentaires.
RépondreSupprimerIl est évident qu'il reste un certain nombre de combats à mener et je me pose de plus en plus la question d'un véritable engagement.