Dans mon Super Nouveau Travail, on ne parle pas de travail à domicile (trop ringard et connoté 70's) ni de télétravail (trop contraignant juridiquement) mais de flexibilité.
La flexibilité consiste à pouvoir travailler tout le temps de n'importe où en s'organisant comme on veut. Ça peut paraître un cadeau empoisonné, comme ça, parce que la connexion à outrance pourrait sous certains aspects s'apparenter à un lien organique avec le boulot.
Seulement voilà, si je compare à avant, c'est un gros plus.
Avant, quand j'arrivais au bureau à 10 heures, il y avait toujours un malin pour me demander si j'avais fait la grasse mat' et quand je partais à 19 heures, il se trouvait un autre plaisantin (ou le même) pour me demander si j'avais posé mon après-midi. C'était drôle. Siiiiiiiiiiii, c'était drôle. D'ailleurs, mon contrat avec une clause rédigée de la façon suivante "ne pas rire aux plaisanteries par essence très amusantes des chefs constitue une faute grave rendant impossible le maintien du contrat même pendant le préavis". Donc, oui, c'était drôle par la force de la volonté des parties.
Du coup, mon Super Nouveau Travail a un grand avantage. Lorsque je dis : "demain, je travaille de la maison", personne n'y trouve rien à redire. Au contraire, on me répond "ok, moi, ce sera jeudi"... et lorsque vers 17 heures, pour éviter la foule du RER B, je quitte le bureau et ne me reconnecte qu'à 18 heures quand j'arrive chez moi, là encore, les gens trouvent cela une démarche totalement raisonnable dans un monde où l'équilibre vie privée / vie professionnelle est une donne de management comme les autres.
Et me voici donc expérimentant depuis une quinzaine de jours les mérites comparés de la vie au bureau (en Open Space) et du travail à la maison. Je parlerai de l'Open Space dans un prochain billet, je ne suis pas encore assez familière avec l'endroit pour en maîtriser les tenants et les aboutissants mais je peux d'ores et déjà vous donner une première impression de la flexibilité telle que l'ai vécue.
1. Se connecter
Le soir tout va bien. Juste avant d'aller au lit, je vérifie une dernière fois mes emails puis j'éteins l'ordi pour la nuit. Le lendemain, je travaille de la la maison une journée entière, du lever du jour à la tombée de la nuit.
C'est la première fois avec Nouveau Super Travail, je suis super excitée.
Le lendemain matin, ma hotline personnelle, Herr Doudou en personne, quitte le foyer de bonne heure pour éviter les embouteillages parce qu'il est sur un projet méga important que même le DG va y être impliqué et qu'il ne peut pas être en retard.
Car oui... j'ai choisi comme premier jour entier de travail en remote (vocabulaire anglo-saxon sans équivalent français hormis le ridicule télétravail susmentionné et connoté juridiquement) un jour de grève. Cela me rassure par son exceptionnalité. J'ai besoin d'une excuse psychologique pour briser le tabou. On ne dira jamais assez de mal des freins que l'on se fixe à soi-même.
Le Doudou est donc déjà au bureau quand j'allume l'ordi à 8 heures et demi.
Je vérifie que le Wifi fonctionne..... Yeah ! Je lance le VPN.... Ca mouline.... et rien.... un message d'erreur.... le VPN reboote tout seul.... en boucle... Je relance le VPN... et c'est le même cirque.... Je sens une bouffée de chaleur parcourir ma colonne vertébrale, j'enlève mon gilet... Je redémarre l'ordi, je revérifie le wifi, je relance le VPN.... Toujours pareil.
En désespoir de cause, suant à grosses gouttes, j'appelle ma hotline personnelle.
- Ca va ma doudette, tu travailles bien ? J'ai pas beaucoup de temps, tu sais, je...
Je ne le laisse pas terminer sa phrase. Trop risqué.
- Non, je ne travaille pas je peux pas travailler ça marche pas ce truc !
Le tout dans un même souffle pour éviter une interruption inopinée.
Mouvement de recul du Doudou. Comment je le sais alors qu'il est au téléphone ? Je le sais, c'est mon mari. Je le sais, c'est tout.
- T'as redémarré l'ordi ?
Il essaye, le bougre.
- Tu me prends pour une truffe ?!?
Genre, le gars, il m'a épousé il y sept ans et il pense que n'ai rien retenu du b.a.-ba de la geekerie.
- Essaye avec le cable ethernet.
Il me prend vraiment pour une quiche ! Je reste calme et posée. Hein ? quoi ? j'entends pas, désolée.
- Le wifi marche, j'ai vérifié !
- Je sais, fait l'homme au bout du fil, aussi patient que possible, essaye quand même.
J'essaye donc.
Je déroule dix mètres de fil dans le salon, le truc à se casser une jambe, et je plante le machin dans le bidule (c'est clair ! puisque que vous dis que c'est clair !). Evidemment, j'avais raison, ça ne fonctionne toujours pas. Toute fière de moi, j'annonce la nouvelle à Doudou-hotline.
- Tu dois avoir un helpdesk au bureau ?, propose le Doudou, qui souhaite visiblement passer le bébé pour retourner à son dossier que même le DG y est impliqué.
- Qu'est-ce que j'en sais ? Ca fait 15 jours que j'ai commencé !
Soupir du Doudou. Je suis sur mes gardes.
- Envoie un email à collègue qui peut te renseigner.
- M'enfin, je l'envoie comment c't'email ? J'ai pas accès à mes emails.
Le Doudou sourit. Oui, il sourit. Je sais quand le Doudou sourit, ca s'entend dans le combiné.
- Tu lui envoies de gmail...
- Humpf...
Chose dite chose faite. Le temps que le collègue me réponde et me renvoie sur le gars de l'informatique qui m'a remis le fameux PC dont le VPN refuse de se mettre en branle, j'ai rebooté dix fois l'ordi au moins 30 fois le VPN.
Et alors, que je n'y croyais plus, avant même que le gars de l'informatique ait bougé le bout d'un doigt sur un clavier, ca re-fonctionne. L'informatique a ses raisons que la raison ne connaît pas. Je vous promets que je n'ai RIEN fait de nouveau entre les cent fois où cela n'a pas marché et la fois où les mots "connected to Microsoft exchange" se sont affichés.
Enfin, je peux commencer à travailler. Il est 9 heures 30 (et j'ai passé plus de temps à mettre la machine en branle que j'en aurais passé dans les transports en commun).
2. Gérer les enfants
L'autre difficulté du travail à la maison, ce sont les enfants.
Les enfants a-do-rent que maman soit à la maison et travaille là.
Les enfants ont bien compris que, quand maman travaille, ils restent avec SuperNounou et maman... ben, elle travaille.
Les enfants sont sages. Ils s'assoient par terre et regardent maman travailler avec leur grands yeux implorants.
- Tu fais quoi, maman ?
- Je travaille mon poussin.
- Je peux t'aider ?
Comment dire ? J'écris des courriers électroniques dans une langue que tu ne connais pas, sur des sujets qui sont pour toi des religions étranges. Non, tu ne peux pas m'aider.
- prend un cahier et viens dessiner à côté de moi mon poussin, ca m'aidera.
- non mais t'aider vraiment, avec l'ordi.
Ah... ben non.
- Va voir SuperNounou, elle range dans ta chambre.
- Non, je reste avec toi. Tu as vu, je dis rien, tu peux travailler.
Et il se tait. Et me regarde.
Je recommence à travailler.
Sauf qu'un enfant, ton enfant, qui te fixe pendant que tu tentes de concentrer sur des problématiques un peu ardues, c'est déstabilisant. Ça donne envie de lever la tête pour voir s'il continue à te regarder. Du coup, le travail, là, dans l'ordi, lui aussi il te regarde avec des yeux pas contents parce que tu es en pleine procrastination.
Culpabilité. Coupable de ne pas être totalement concentrée sur le travail pendant des plages horaires consacrées à cette activité. Coupable ne pas consacrer un temps précieux à des enfants demandeurs d'amour et de temps maternel. La tête en tourne.
J'ai fini par résoudre le problème : quand je travaille à la maison, les enfants ne sont pas dans la même pièce, voire pas dans la maison (je les envoie à l'école, au square, chez ma mère) et je suis tranquille pour travailler pendant plusieurs heures d'affilée.
2. Se nourrir
J'ai donc passé une journée toute seule à la maison à travailler.
La pause déjeuner n'a pas été à la hauteur de mes espérances.
J'ai ingurgité une tranche de jambon anémique et un trois cuillères d'un reste de semoule gloubiboulga, accompagné d'un yaourt et d'un pomme. Le tout en écoutant le Jeu des Mille Euros (et le merveilleux panégyrique du Syndicat d'Initiative d'un petit village proche de Dijon, dont j'ai oublié le nom, pourtant prononcé trente fois durant l'émission). Grâce au Jeu des Mille Euros, je sais maintenant épeler b.a.-ba et c'est pourquoi j'envisage d'utiliser ce terme aussi souvent que possible dans ce billet.
La prochaine fois, il faudra que je fasse preuve d'un peu plus d'inventivité culinaire.
Là, c'était plus que limite.
Du coup, j'ai profité d'une pause entre deux conf. call. pour m'enfiler plein de carrés de chocolat au lait parce que, en travaillant chez moi, je sais où sont planquées les plaquettes que je m'interdit d'emporter au bureau pour des raisons évidentes.
J'ai également fini le saucisson.
Et avalé une demi-bouteille de coca-light.
Morale de l'histoire : vu que j'envisage de travailler régulièrement de la maison, il va falloir que je trouve un moyen de prévoir des déjeuners suffisamment consistants pour que je ne sois pas affamée dès quinze heures sonnées.
Pour le reste, mon expérience d'une journée entière de travail à la maison a été des plus bénéfiques : un grand calme, pas de distraction, du temps pour vraiment m'investir dans des projets qui demandent plusieurs heures de travail consécutives. Bref, une fois les contingences matérielles réglées, j'ai vraiment senti un "plus" professionnel à être tranquille pour bosser.
En conclusion : c'est chouette de bosser de temps à temps chez soi... mais pas tous les jours.
Et c'est ce qu'il y a de bien avec Super Nouveau Boulot : je fais comme je veux !
C'est toujours bien avec toi, ça se lit comme un roman et c'est toujours très pertinent. J'adore les ressentis au tel sur les reactions du mari, et les histoires de panne d'ordis, un peu comme pour les autos qui marchent toujours devant le garagiste...
RépondreSupprimerahah, j'adore ta pause déjeuner :D Mais quand on bosse à la maison, c'est possible de se faire bien à manger sans y passer du temps, il faut penser à tous les plats qui mijotent sans avoir besoin qu'on les surveille trop ;)
RépondreSupprimerSinon voici mon expérience du travail à domicile, depuis 8 ans que je suis dans ce cas, pour rien au monde je changerai mon mode de travail personnellement http://www.pink-seo.com/blog/travailler-a-domicile-553
J'aime beaucoup le passage avec ton bambin 'nan mais t'aider vraiment...' :)
RépondreSupprimerSinon pour le travail à la maison il y a deux écueils à surmonter :
1 Arriver à se concentrer et à être efficace. Difficile avec la TV pas loin, la pause repas qui peut s'allonger au détour d'un épisode de série, l'étagère de bouquins, le lecteur RSS qui se remplit..
2 Arriver à décrocher. A ne pas se retrouver à faire 18h de boulot par jour... Mais là, les bambins doivent aider sur ce point.
Drôle et rafraichissant! J'aurai un mot à dire sur l'open space. mctarek
RépondreSupprimerMerci pour vos adorables com' et pour le lien, Marie.
RépondreSupprimerJe sais assez bien faire la part des choses entre privé et pro quand je suis à la maison !
Et c'est d'autant plus facile que je n'ai pas accès à certains sites de l'ordi du bureau ;)