En ce weekend pascal, mon beau-frère, le frère du Doudou, se fiançait [et non : en ce weekend, Pascal, mon beau-frère...].
De vraies fiançailles comme on en fait plus, avec remise de la bague qu'on voudrait toutes avoir la même et présentation des familles.
Au programme du weekend, des repas pantagruéliques et du vin d'Alsace. Beaucoup de vin d'Alsace.
Et, pour moi, une plongée dans un certain milieu, sans que l'on sache bien ce que certain signifie.
La façon dont on s'adressait à moi était cependant représentative d'une certaine représentation de la femme dans ce certain milieu, dont certains semblent avoir du mal à se défaire.
Une simple question de sémantique qui, quand on la décortique, en dit beaucoup sur le chemin qui reste à parcourir pour faire de nous l'égal de nos hommes.
Quelques exemples vécus.
Exemple 1 - les présentations
- Bonjour, fait un membre de la future belle famille du Doudou (pour la facilité du récit, ci-après dénommé "MBF" pour "Membre Belle Famille").
- Bonjour, répond le Doudou.
Pendant ce temps là, je fais la plante verte derrière le Doudou, un demi-pas derrière. J'ai beau faire plus d'un mêtre cinquante et n'être pas une brindille, je suis transparente.
- Et vous êtes ?…., demande MBF, tout en attentions sincères pour un Doudou affable.
- Le frère du fiancé.
Je suis là, toujours un pas derrière, je piaffe. Je veux faire mon entrée. MBF s'en contrefiche… mais le Doudou sent les éclairs de mon regard acéré le percer le cou.
- Je vous présente Doudette.
C'est à ce moment que je fais mon entrée, tout sourire, les dents de lapin en avant.
- Bonjour, je suis Doudette.
Oui, le Doudou l'a déjà dit mais sinon j'ai pas d'opening joke qui fonctionne dans ce certain milieu.
- Ah., fait MBF, vous êtes la femme de Doudou ?
Je dis "oui" mais, voilà, en fait, ce que j'aimerais répondre une question posée de cette façon, c'est "non", noooooooon !
Parce que je ne suis pas la femme de Doudou, il est mon mari… ou mieux nous sommes partenaires, personne n'ayant la propriété de personne. Et si on pouvait cesser de nous prendre pour les choses de nos hommes, on pourrait peut-être nous voir telles que nous sommes, des êtes humains.
Exemple 2 - le travail
- Alors, Doudou, vous faites quoi dans la vie ?
Ce qui signifie pour ceux qui n'auraient pas compris, quel est le métier si valorisant qu'il fait votre vie ? En bonne WorkingMom que je suis, je ne peux qu'adhérer, le travail est une partie inhérente de moi (tout comme ma famille, ce blog, mes enfants, mes névroses, mes angoisses, mes fous rires, etc.).
Sauf que voilà ce qu'on me demande, en hésitant, comme si la question était incongrue et qu'on risquait de gaffer:
- Et vous, Doudette, avec de si jeunes enfants, vous travaillez ?
Ainsi, moi, on ne me demande pas ce que je fais dans la vie, on suppose qu'avec de si jeunes enfants, ce que je fais dans la vie, c'est de les élever…. Le travail, c'est un accessoire pour maman, une occupation divertissante, j'imagine. D'ailleurs, le ton utilisé pour poser la question est celui que l'on emploie avec un malade en phase finale. On n'ose pas. On se dit que, si je ne travaille pas, ça va me vexer et, sans doute aussi, que si je travaille ça me gênera aussi de le dire.
M'enfin, comme je travaille, hein, comme vous le savez, je leur explique ce que je fais. Pour être honnête, je suis hyper fière d'expliquer ce que fais dans le vie, moi !
Et là, je vois les mâchoires se détacher... je suis une bestiole.
Exemple 3 - l'organisation
Une fois que j'ai expliqué ce que je fais, forcément, ca perturbe mes interlocuteurs.
- mais comment faites-vous pour les enfants, avec tous ces voyages ?
MBF est sincèrement inquiet, comment mes enfants font-ils pour survivre dans ce monde hostile ?
- J'ai un mari qui assure !
Regards compatissants au Doudou… l'homme qui assure reste un animal exotique.
- Et vous n'avez jamais pensé à lever le pied ?
- C'est pour ça que j'ai changé de boulot.
Regards interrogatifs. La femme qui accepte un boulot de cadre dirigeant avec voyages professionnels n'est pas vraiment leur conception du levage de pied.
Et je dois dire que, dans ces quelques petits moments de solitude au milieu d'un weekend vraiment réussi par ailleurs, j'ai pu compter sur un soutien de choix. Ma belle-mère. La maman du Doudou. Ma belle-mère qui entre autres activités dans la vie a élevé trois garçons, dont le dernier se fiançait donc ce weekend. Car ma belle-mère est mieux qu'une féministe, c'est une femme moderne. Elle a élevé ses enfants en leur expliquant que leurs épouses travailleraient, qu'elles auraient des carrières qui seraient importantes pour elles et que l'équilibre de leur couple en dépendrait. Ma belle-mère pense et affirme qu'une femme équilibrée et épanouie est ce qu'il y a de mieux comme maman pour ses petits enfants… Elle est la première à se réjouir de nos réussites professionnelles et à nous encourager à progresser.
Ca et d'autres choses encore, elle en parlé ce weekend.
Et d'ailleurs, ma future belle-soeur, la fiancée, est une brillante interne en médecine. Je doute qu'elle ait fait toutes ces études pour cesser de travailler à son premier bébé, comme l'ont fait certaines des MBF féminines rencontrées ce weekend. Autres temps, autres moeurs... Et j'imagine que ces questions qu'on m'a posées, on les lui posera à elle aussi.
Je lui souhaite bon courage et bienvenue dans la famille !
Charmant portrait de cet animal étrange que nous sommes.
RépondreSupprimerEt réhabilitation de la Belle Maman: mon plus riche conseil en terme de vie de femme est la mamie de mes 2 premiers fils: en parlé vrai, mon ex-belle mère!
Je développerais plus tard!
Je viens de lire tout ton article à haute voix à l'Homme (oui, oui, il lit peut-être la keynote, mais j'ai choisi de l'en détourner avec un texte de choix... le tien ! :-)) et cela l'a fait bien rire, et moi, j'ai adoré !!!
RépondreSupprimerJe tire mon chapeau à ta BM. La mienne a un peu le même discours (en même temps, elle a élevé deux fils: un ingénieur et un médecin spécialiste, je comprends qu'elle préfère qu'ils n'épousent pas des jolies idiotes) mais sauf qu'elle avait pas prévu que l'ingénieur épouserait... une artiste. C'était pas vraiment dans ses plans, on ne peut l'en blâmer :-/
Du coup, ton article, je peux le réécrire : même famille, même monde mais tu rajoutes à la première question, la réponse "je suis comédienne" et, là, tu obtiens... un blanc (et puis, ZE question "oui mais... comme METIER, vous faites quoi ?" "heu, ben, comédienne, je l'ai dit" yahouyahou). Donc ben voilà, quoi, je compatis, hein ;-)
En tous cas, merci pour ce moment de fraîcheur et de franc parler, me sens moins seule, d'un coup !!! ;-)
C'est le maire de mon village qui m'avait posée la même question le jour d'accueil des nouveaux arrivants. Ca m'avait énervée, surtout sachant qu'à l'époque, il refusait catégoriquement d'ouvrir une garderie dans l'école du village. Bah oui, pour quoi faire ? Mais les temps changent et même le maire a dû le reconnaître puisqu'il l'a ouverte ma garderie !
RépondreSupprimerTu as dû distribuer quelques paires de claques virtuelles, non?
RépondreSupprimerQuand je dis que notre société régresse, on ne me croit pas. Parce que tu ne m'ôteras pas de l'idée qu'à poser ces questions idiotes, on a forcément régressé ou du moins pas beaucoup évolué.
Je suis ra-vi d'avoir choisi de ne plus aller à aucun mariage, jamais!!!! Je te laisse imaginer les regards en coin, les sous-entendus ou les pas-entendus du tout!
Et je ne pourrais pas m'empêcher de sortir quelques répliques de mon cru.