dimanche 23 mai 2010

Profession de foi

Chacun sait ici que je ne suis pas une grande fan des rites religieux. Un héritage paternel dont il n'est pas aisé de se défaire tant les ancrages sont anciens. J'en ai parlé ici et , en fait un peu partout... parce qu'on n'a beau vouloir se tenir aussi loin que possible d'eux, les religieux sont toujours présents pour se rappeler à vous. C'est le problème du prosélytisme. Ça se veut aimant, bienveillant et, en fait, ça tente par tous les moyens de vous enrôler.

C'est dire si j'étais peu motivée quand je suis rentrée dans cette église hier. Pour une profession de foi. La faute au Doudou, parrain de l'impétrant. Parait qu'on n'avait pas le droit de ne pas y aller. J'aurais pu ergoter sur la question de l'impératif catégorique kantien que représentait cette affirmation d'un droit interdit, mais je suis une épouse respectueuse des croyances de son époux.
Oui, bon, ok ! J'avais pas envie de me lancer dans un combat perdu d'avance. Droit ou pas, j'y serais allée à ce machintruc parce que sinon, ça la fout mal... et je n'étais pas disposée à accepter qu'une image dévalorisée de ma petite personne circule dans la famille du Doudou.

Je ne savais même pas ce qu'était une profession de foi. Selon ma croyance personnelle, quand tu professes, c'est que tu enseignes. Or, j'avais du mal à imaginer qu'un môme de 11 ans et demi puisse m'enseigner quoi que ce soit en matière religieuse... et surtout pas ce qu'est la foi. Heureusement que Wikipedia existe pour m'expliquer qu'en fait profession signifie déclaration. Quand tu professes ta foi, jeune chrétien, tu la déclares au monde... lequel s'en fout.

Heureusement, nous sommes arrivés en retard. Oui, heureusement. Parce que, quand tu es en retard, tu te mets au fond, dans un coin et tu peux faire tout autre chose que de t'intéresser à la cérémonie. En plus, là, l'église était bondée. 67 gamins professaient leur foi. Figurez-vous, lecteurs matheux, que chacune de ces 67 têtes brunes avait convié une quinzaine de personnes à assister à cette entrée dans le cénacle catholique. Cela vous permettra d'imaginer la densité de population dans cette église exiguë.

J'étais donc tranquille dans mon coin.... et j'ai fait ce que toute geekette anticléricale se doit de faire en pareil moment : j'ai live-twitté la cérémonie. Le livetwitt, pour celui qui ne connaît pas twitter (, c'est mon compte), est une sorte de commentaire écrit en temps réel. Pour faire un parallèle hasardeux, cela permet à tout un chacun de se prendre pour Patrice Duhamel devant Roland Garros ou Nelson Monfort devant le trophée Lalique.

Le prêtre dans son message d'accueil a commencé en parlant de moi. Il a ainsi souhaité la bienvenue à ceux "qui venaient de loin et se demandaient ce qu'ils faisaient là"... à la fois géographiquement et spirituellement. Deux heures de route et des millions d'années lumières spirituelles, je me suis un chouilla sentie visée. M'enfin, au moins, il me comptait parmi les présents, le prêtre. C'était toujours mieux que ce curé qui, lors d'un mariage dont j'étais le témoin, avait commencé par "nous tous, chrétiens, qui sommes réunis ici"... je n'avais plus qu'à prendre la porte !

Ensuite, ça s'est levé, ça s'est assis. Moi, j'avais une planque : j'étais cachée, je suis restée assise, l'iPhone sur les genoux. C'est fou ce qu'une foule peut faire quand on lui le lui demande gentiment. Allez, dites amen ! Et ça dit amen. Allez, répétez après moi ! Et ça répète. Allez, on chante tous en coeur... et donc ça chante en coeur. Sauf que la chef de coeur était une soprano à la voix de crécelle et que dès qu'elle balançait un son, de minuscules vis s'enfonçaient dans mon crane. Le son de la fraise du dentiste. En pire. Une arme redoutable. Elle chante. La migraine vient. J'ai rapidement eu un besoin irrépressible de paracétamol.

Pendant ce genre de cérémonie, des textes sont lus. Et, à ma grande surprise, je re-réalisais que ce sont toujours les mêmes textes (oui re-, ça me le fait à chaque fois). Pourtant, je peux compter sur les doigts de deux mains les fois où j'ai assisté à un rite religieux. Et tous n'étaient pas catholiques. Ça manque d'imagination dans les lieux de culte... Je te mettrais bien un ou deux consultants RP pour te mettre du peps et du glamour dans tout cela. Au moins, ça bougerait. Là, c'était.... long.

Après les lectures, le prêtre cause. Dans notre cas, il cause souffrance. Souffrance de l'enfantement. Cris de souffrance. Esprit Saint qui pousse des cris. Il dit "il y a des vivants qui sont plus morts que des morts qui vivent auprès du Seigneur". C'est d'une gaieté.... lugubre. Ça existe encore le mal-être adolescent ? Parce qu'avec ce qu'ils ont entendu, les gamins, ils ont matière à méditer sur le sujet jusqu'à leur majorité !

Je me demande ce que les professeurs de foi ont pu retenir de ce sermon...

Ah si... ça...
Une grande explication, pas totalement limpide, sur l'Eglise qui ne serait pas un grand apéro géant organisé a l'échelle planétaire par Jésus... sauf que le prêtre a affirmé qu'il voulait bien participer si on l'invitait... sauf s'il y avait des morts bien sûr... encore que les morts, c'est aussi l'affaire du prêtre. Comprenne qui pourra. Facebook qui s'invite dans une cérémonie religieuse par ailleurs livetweetée par une geekette, ça méritait qu'on s'y attarde. Quand on sait que le discours s'adressait à des gamins de sixième, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur la part de marketing que cette partie du sermon comportait. Faut-il désormais évoquer les réseaux sociaux pour séduire de jeunes recrues ? L'Eglise doit-elle créer un compte Facebook dont les jeunesses catholiques pourraient devenir fan ? Monseigneur Vingt-Trois a-t-il intérêt à ouvrir un profil twitter ? Tant de questions, si peu de réponse...

La Poussinette a peu goûté la cérémonie. Au bout de dix minutes, elle se précipitait dans mes bras, affolée:
- Maman, j'ai peur. J'veux pas faire ça comme métier.
euh....
- Mais, c'est pas un métier, ma chérie.
- C'est quoi alors ?
Un grand barnum tralala.
- C'est une religion.
- Aaaah...
Il faudra un jour que j'explique à mes enfants que mon métier n'est pas une religion. Et ma fille d'ajouter :
- Alors, j'veux pas faire cette religion.
Ça tombe bien. Personne ne te le propose, ma fille. Tu as bien le temps de choisir.

Deux heures qu'elle a duré cette cérémonie. Enfin, deux heures pour les autres. Parce que nous, au bout d'une heure et vingt minutes, les poussins, impossible de les tenir ! Ils voulaient courir, crier. Quand la Poussinette, joignant le geste à la parole, s'est élancée dans les travées en piaillant, le Doudou et moi avons compris qu'il était temps de nous éclipser.

Nous sommes alors sorti sur le parvis, où nos enfants se sont entraînés à gravir les marches en courant.

Quand les cloches se sont mises à tinter, le Poussin a exprimé un certain étonnement :
- M'enfin pourquoi elles sonnent les cloches ? C'est la guerre ?
Nous avons bien entendu rétabli la vérité. La guerre, non, mais la fin du supplice oui.

Je vous préviens je ne suis pas certaine de remettre les pieds dans une église (ou tout autre lieu de culte) avant une bonne dizaine d'années.



NB. Remerciement appuyés à Manu, Louis-Marie, Sandrine, jy, Littledaewoo, Balancelle et tous ceux qui ont rendu ce moment supportable ! Dieu vous en rendra grâce.

4 commentaires:

  1. Article très sympa, et live-twitt hier divertissant ^^

    Courage, il y aura surement des mariages, baptêmes et autres joyeusetés qui se mettront en travers de ton chemin (avant 10 ans, bien entendu).

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  2. j'adore chanter à l'église ça nous glorifie un max.
    bise et à bientôt!

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  3. J'ai raté le livetwitt mais je goûte au compte-rendu... J'adore l'Eglise catholique car, comme tu le remarques, elle fait beaucoup, en permanence, pour qu'on s'en passe avec bonheur...

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  4. J'avoue que j'ai bien ri devant ton livetwitt. Ils lisent ton blog ta belle-famille dis ?

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