mercredi 5 mai 2010

Une photo

Aujourd'hui, GrandChef m'a envoyé une photo.

Lecteurs attentifs vous vous souvenez bien entendu de GrandChef de la Firme qui m'a encouragé à aller voir hors de la Firme si l'herbe était plus verte. Si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, c'est ici.

Donc, ce matin, j'ai reçu un email de lui avec une photo en attachement.

Non, lecteur lubrique, ce n'est pas une photo de lui tout nu.

Ni une photo de moi bourrée. Vous apprendrez ici que je n'ai été bourrée qu'une fois, à quinze ans, et que je me suis ensuite arrangée pour que cela ne se reproduise plus.

C'est une photo de l'équipe que j'ai quittée prise il y a presque neuf ans. Une photo de l'équipe telle qu'elle était il y a neuf ans. Une photo de mes tous débuts dans la Firme.

Sur cette photo, il y a deux des trois GrandChefs (alors qu'ils n'étaient encore que SousChefs) et les collaborateurs que nous étions, tous débutants ou presque... les plus expérimentés avaient quatre ou cinq ans d'expérience.

En revoyant cette photo, j'ai une bouffée de nostalgie.

Celle d'un temps où l'on venait au travail heureux, où l'on apprenait chaque jour, où l'on n'avait pas l'impression de répéter chaque fois les mêmes tâches, où les questions de carrière, de promotion, n'entraient même pas dans l'équation. On ne nous demandait pas un chiffre d'affaires, simplement de bien faire notre job. Nous, les jeunes, on voulait apprendre, apprendre encore. Se frotter aux clients, satisfaire nos chefs qui n'étaient encore que des sous-chefs. Nous avions envie de reconnaissance. On allait à la pêche aux bons points. Au satisfecit. On ne parlait pas argent mais on savait qu'il y en aurait à la fin de l'année.

Et on riait, on riait. Les couloirs du bureau, même le dimanche, résonnaient de nos rires. Même entre nous, les plus séniors, c'était encore l'entente cordiale. S'il y avait compétition, on ne la montrait pas. Ou pas trop. Nous étions solidaires.

On allait au restaurant ensemble, en soirée ensemble. Ca dragouillait, ça se chambrait, ça plaisantait, ça écoutait les L5 en chantant en coeur. On prenait de grands airs de jeunes cadres dynamiques, genre décideurs de l'an 2000.... mais nous étions encore des étudiants dans nos têtes. Les filles étaient (presque) toutes célibataires. Celles qui ne l'étaient pas jouaient les sages et nous prodiguaient des conseils avisés sur comment séduire l'homme de notre vie.

Et à regarder cette photo, au petit jeu des que sont-ils devenus?, j'ai un eu un pincement au coeur:

- les deux SousChefs sont depuis devenus GrandChefs. Je me demande si, avec du recul, ils ne regrettent pas également cette période de relative insouciance, où tout était à faire. Ils se lançaient dans la grande aventure de la construction d'une équipe. Ils étaient trentenaires, avaient de jeunes enfants, des épouses compréhensives qui ne se vexaient pas quand, lorsqu'elles venaient aux nouvelles à 22 heures, on leur répondait "je suis en réunion, je peux pas parler" et clac. Ils consacraient leurs soirées et leurs weekends à l'édification d'une structure professionnelle qu'ils espéraient pérenne. Ils avalaient des couleuvres. Ils supportaient toutes les humiliations de vieux associés... parce que, il y a neuf ans, ils avaient un projet commun. Ils voulaient que notre équipe deviennent une référence sur le marché. Ils avaient mis leur personnalités divergentes entre parenthèses pour construire sur l'avenir. Neuf ans plus tard, ce projet, qu'est-il devenu ? Est-ce que le mot commun a encore un sens pour eux ? Eux seuls peuvent y répondre...

- les autres (dont moi) sont partis... ou ont changé de vie. A des stades plus ou moins avancés de leur carrière, pour des raisons différentes, nous avons pensé que la Firme ne nous convenait plus. Enfin non. Pas tous les autres. Il y en a une qui résiste. Qui s'accroche. Qui croit encore qu'on va lui faire une place au soleil. Mais la flamme n'y est plus.

Et je m'interroge:

Que s'est-il passé entre le moment où cette photo a été prise et le moment où nous avons jeté l'éponge ? Comment passe-t-on d'un groupe soudé et enthousiaste à ... ça ?

Comment suis-je, moi, parvenue à un point où tout ce que j'avais tant aimé dans ce job ne me suffisait plus ?

On peut tenter d'en appeler à l'expérience professionnelle, se dire qu'on a fait son temps, qu'il faut passer à autre chose... mais ça ne suffirait pas. On peut en appeler à Maître Freud et admettre qu'il fallait tuer le père (ou la mère) professionnel(le) et s'envoler du nid... mais cela ne dirait pas tout.

Cela ne dirait pas ce qu'il faut pour venir au venir au bureau le lundi matin.

Cette joie de travailler avec des gens qu'on aime, avec lesquels on découvre de nouveaux chemins, avec lesquels on invente, on partage, on découvre... cette joie qui, un jour, sans crier gare est remplacée par une petite boule au ventre qui réveille en sursaut à quatre heures du matin le dimanche en réalisant que lundi matin, on va travailler.

Et à partir de ce (petit) jour, de ce réveil en sursaut fatidique, qui se reproduit ensuite à intervalles réguliers, on n'avance plus.

On stagne. Voire on a l'impression de régresser. L'envie n'y est plus. On marche avec des souliers de plomb. On vient au bureau à reculon.

Il est alors temps de changer !

Depuis deux mois que j'ai commencé mon SuperNouveauBoulot, j'ai enfin l'impression d'apprendre, de découvrir et d'avancer. Je m'amuse, je reprends goût au travail. C'est excitant, c'est challenging (comme on dit en bon franglais). Je suis heureuse d'ouvrir mon PC le matin. Heureuse de découvrir de nouveaux défis.

J'aime ma nouvelle vie !

Et pourtant, si je regarde cette photo d'un temps révolu, d'un temps sans Doudou, sans poussin, d'un temps où je commençais ma vie professionnelle, je suis émue. Je sais que je ne retrouverai jamais ce paradis perdu, celui où l'on a pas encore 30 ans et où l'on sait que tout reste à faire.

3 commentaires:

  1. tu peux m'envoyer un mail à unoveaucompte@hotmail.fr si tu veux des infos pour ton week-end je pars demain en bretagne mais je peux te répondre aisément par mail
    olivier

    tu peux effacer le message merci

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  2. attention syntax error c'est :
    unouveaucompte@hotmail.fr

    à effacer aussi merci

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