lundi 14 juin 2010

Prem's !

Samedi il y a deux semaines, c'était jour d'inscription dans les CLAJE de Paris.

Les CLAJE dans le douzième arrondissement de Paris, ce sont les centres d'animation, ce lieux de vie où nos chères têtes blondes pratiquent des activités extra-scolaires. Il y en a pour tous les goûts : sport, danse, activités manuelles intellectuelles. Même les grands peuvent y pratiquer des activités.

Les poussins y sont inscrits depuis deux ans maintenant et y trouvent ce qui leur plait.

Les tarifs sont abordables. La ville de Paris abonde et, en fonction de vos ressources, c'est plus ou moins cher.

En résumé, le CLAJE c'est super !

Sauf que....

Sauf que je ne suis pas la seule à trouver que le CLAJE est d'un excellent rapport qualité-prix.

Et du coup, tous les ans, c'est la même chose.

La course à l'inscription.

En 2006, il y avait 141 519 habitants dans l'arrondissement. En 2010, 144 010 habitants. Si on estime au tiers le nombre d'enfants, ca fait un peu moins de 50 000 marmots en concurrence avec les miens pour des activités au nombre de places limitées au mieux à 10. Soit un rapport de un à 5000.

On comprend mieux pourquoi certains parents se lèvent avant le soleil, s'installent avec chaise pliante, thermos et croissants et attendent l'ouverture.

L'an dernier, je ne savais pas. C'était ma première ré-inscription (on se demande comment j'avais pu avoir une place à l'origine => vive les échecs et mon poussin intello !). J'étais arrivée à 9 heures, heure d'ouverture des portes et m'était alors rendue compte que plus de 160 personnes avaient déjà pris leur ticket à l'entrée (oui, c'est comme à la Sécu, on tire un ticket et on attend). J'avais donc attendu jusqu'à 15:30 pour m'entendre dire qu'il ne restait plus de place pour l'activité favorite du poussin et qu'il était sur liste d'attente. Il m'avait fallu toute ma force de persuasion, beaucoup d'énervement et un (tout petit) scandale pour qu'il retrouve sa place parmi les titulaires.

Cette année, j'étais prévenue. L'ouverture des portes étant de nouveau prévue pour 9 heures, je me suis levée à 7 heures et était devant les portes à 7:45.

Sauf que...

Sauf que les organisateurs avaient déjà sorti le distributeur de tickets.

Sauf qu'ils étaient déjà une bonne trentaine devant avec thermos et croissants.

Sauf que, quand j'ai pris mon ticket, c'est le numéro 70 que j'ai tiré. Certainement pas le bon numéro. Deux fois mieux que l'an dernier mais pas dans le peloton de tête. Loin de là.

Je n'avais plus qu'à prendre mon mal en patience.

Je me suis installée, les fesses sur le bitume et j'ai observé mes concurrents (oui, à ce stade, entre parents, c'est une concurrence acharnée qui fait rage):

- Les lecteurs... lisaient. James Elroy, Florence Aubenas, Lacan, il y en avait pour tous les goûts;

- Les connectés avaient qui le Blackberry, qui l'iPhone et ne levaient pas les yeux de l'engin, sauf pour observer à la sauvette les autres connectés;

- Les bavards bavardaient. Ça échangeait des trucs et astuces sur les activités, se demandait si ça serait à l'heure pour la kermesse de l'école, si la prof de danse serait la même que l'an dernier;

- Les impatients se levaient d'un coup dès qu'ils voyaient bouger derrière la vitre du CLAJE et se rasseyaient, dépités, quand la silhouette disparaissaient.

Plus 9 heures approchaient, plus les gens arrivaient et réalisaient qu'avec leur ticket de retardataire, ils avaient largement le temps de faire un tour, de faire les courses, de petit déjeuner, de déjeuner, de faire la sieste... avant de revenir.

Il n'était pas 9 heures que 250 personnes avaient déjà leur ticket.

Comme je suis du style angoissée, je décidais de m'accrocher à ma place. On ne sait jamais que les gens s'évaporent et que soudain ce soit mon tour.

Enfin, les portes s'ouvrirent et la meute pénétra dans l'alcôve.

Là du café chaud nous attendait ainsi que quelques chaises. Mon expérience des transports en commun m'ayant entraîné à être très rapide (voir ici), je fus rapidement assise. J'avais la place idéale, juste à côté de la table où le café était posé et à distance d'oreille de la dame qui hurlait les numéros. Comme à la Sécu, je vous dis !

Etant à la fois connectée et bavarde, je sympathisais avec les mamans voisines (oui, beaucoup de mamans et peu de papas dans le cénacle). Entre celles qui travaillaient et avaient du mal à concilier vie professionnelle et vie de famille et celles qui ne travaillaient plus et se demandaient si elles ne devraient reprendre une activité rémunérée, nous avions toutes les mêmes préoccupations.

Il y avait notamment celle qui travaillait dans une grosse boite et se sentait épuisée par la pression et la hiérarchie. Du coup, elle faisait du théâtre au CLAJE, ça lui permettait d'avoir une activité pour elle, de se retrouver. Parce que sa grosse boite, parfois, c'est un peu difficile. Je m'apprêtait à lui demander le nom de son employeur quand surgit le Doudou, venu me remonter le moral.

- Oh ! Ça alors ?!? Machine ! Toi z'ici ?!
(le prénom a été transformé pour préserver l'anonymat mais je souligne ici que Machine est un aussi jolie prénom que pouvait l'être Ikéa et autres Périphérique donnés à des enfants français...)
- Oh, Doudou !
Mais qu'est-ce que tu fais là ?
Elle prend racine.

Où il est révélé que Machine est une collègue du Doudou et que la grosse boite qui l'oppresse est la même pour laquelle le Doudou opère depuis près de six ans. Je ne répéterais jamais assez que notre monde est tout petit, tout tout tout petit et qu'il faut prendre garde à ce qu'on dit, où que l'on soit.

Il était 11:37 quand mon numéro a été appelé... et il reste encore de la place pour tout ce que les enfants souhaitaient.

Je suis contente et soulagée.

L'an prochain, je me lève à 6 heures. Je serais peut-être épuisée mais, au moins, je n'aurai pas perdu ma matinée.

Dire que, même pour des places de concerts, j'ai toujours refusé de me plier au jeu du je campe devant les grilles pour avoir un place et que là, je ne fais rien d'autre que ce que j'ai toujours refusé d'accomplir. Nous avons des ressources que nous n'imaginions pas quand il s'agit du bien-être de nos enfants, n'est-il pas ?

2 commentaires:

  1. Je ne peux répondre à la question, mais t'assurer que je suis épaté par tant de patience et d'abnégation. J'espère que tu en es mille fois récompensée par des poussins lucides...

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  2. Cette histoire, quoi que désolante, est bien racontée !
    Tu ne dis pas si la grosse boite opprime aussi ton Doudou ? Espérons que lui n'a pas besoin d'un 5 à 7 pour se retrouver... on ne sais où ! ;-)

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