dimanche 6 juin 2010

Roland Garros et moi

On a tous des souvenirs de sport à la télé. Même quand on n'aime pas le sport.

Moi, c'est Roland Garros.

Le foot, c'était pour les garçons. Le rugby m'endormait.

Mais le tennis, c'était voir mes idoles "pour de vrai".

Faut dire que le tennis, dans la famille, c'était une religion. Au tennis le samedi après-midi après l'école. Au tennis le dimanche. On habitait dans la rue du tennis. Le grand-père de mon amie d'enfance était le gardien du tennis. La voisine d'en face était championne de France cadette. Nos vacances d'été, c'était chez Pierre Barthes dans la pinède avant qu'il ne vende du thé.

Du coup, le tennis, ça me disait vaguement quelque chose.

J'adorais les colères de McEnroe. Enfin un adulte qui se comportait comme l'enfant que j'étais ! Ça rassurait de savoir qu'il y avait un gars, qui plus est un champion, quelque part dans ma télé, qui piquait des coup de sang mémorables, jurait, insultait l'arbitre et était encore plus mauvais joueur que moi. Il y avait aussi Jimmy Connors dont ma mère disait qu'il avait la classe et auquel je trouvais un gros bidon. Et Mats Wilander. Le beau Mats Wilander. Je l'aimais, Mats. Même quand Yannick gagnait, moi j'aimais Mats. J'ai un faible pour les grands blonds nordiques.

Dans ma famille, on aimait Ilie Nastase. Parce qu'il était roumain et qu'être roumain, chez nous, c'est être quelqu'un.

Quand il y avait Roland Garros, on passait des journées ensoleillées devant la télé. On fermait les rideaux pour éviter les reflets et on regardait sans parler. Même ma mère regardait, elle qui détestait la télé. Mon père hurlait Mais elle est faute, Ducon ! Et ma mère disait chuuuut, elle entend tout. Mon père disait de Chris Evert qu'elle avait la classe et un très beau jeu et de Martina qu'elle était un vrai mec non mais regarde-la !. Ma mère toisait mon père et affirmait qu'il était bourré de préjugés et que la Navratilova était une grande joueuse. Je savais qu'on ne parlait pas de tennis mais je ne savais pas où menaient ces sous-entendus. Mon père prenait alors sa respiration pour dire à ma mère quelque chose de super méchant contre Martina mais ma mère jetait un regard en coin vers moi qui signifiait pas devant la p'tite et mon père, renfrogné, se taisait. En maugréant.

A l'époque, à la télé, on voyait les doubles et les doubles-mixtes. Les français étaient souvent en finale en double à l'époque. Et la télévision française diffusait ces matchs. C'était amusant. Ça s'enguelait sur le cours un peu comme quand mon père jouait avec ma mère et qu'elle ne se plaçait jamais où il fallait. On riait beaucoup.

Ensuite, plus tard. Il y a eu le lycée. Les exams. La fac. Les exams. La télé en bruit de fond quand on révisait. Le repos du guerrier où l'on s'autorisait une heure de Roland-Garros si on avait bien avancé. Jim Courrier. Pete Sampras. Deux grands escogriffes. Pas trop sexy. Agassi, pas mal mais son idylle avec Brooke Shield, ca sentait le coup de pub. Il y avait Bruel dans une loges et les filles hurlaient Patriiiiiick au lieu du nom des joueurs. Sur le cours, les filles cognaient comme des hommes. Steffi avait de longues jambes. Agassi avait une coiffure de sagouin et ma mère disait Ne m'en ramène pas un comme lui, hein !. Mon père disait les français sont nuls, sont pas préparés mentalement ! Les scandales financiers éclataient. Les scandales sexuels aussi.

Mes parents abandonnaient le tennis pour le golf et se passionnaient pour Niklaus.

Fin d'une époque.

Une autre Martina, suissesse, prenait tout le monde de court.

Et la Suisse devenait une grande nation du tennis.

Et la Belgique aussi.

Et nous ?

Nous on se souvenait qu'un jour un français avait gagné le tournoi et on se forçait à oublier qu'une française, plus tard, le remportait aussi. Comme si une fille qui gagnait, qui plus est une française à l'accent d'outre-atlantique, c'était une sous-victoire, un non-évènement. Mais moi, je l'ai aimée cette victoire. Cette joie.

Aujourd'hui, le tennis a changé mais il y a encore de jolis moments à la télé.

Hier, par exemple, le sourire d'une italienne, première à remporter le tournoi, m'a fait oublié que le tennis était désomais un sport à l'argent roi. Elle était tellement belle, Francesca, quand elle a embrassé la terre rouge. Tellement soulagée. On peut avoir près de 30 ans, être limite une vétérante et avoir encore un regard de petite fille en soulevant un trophée qu'on pensait ne jamais pouvoir conquérir. Il est des victoires qui ont la saveur d'un bonbon piqué dans le placard et dégusté ostensiblement à la barbe des fâcheux qui pensaient cela impossible.

Elle a raison, Francesca.

Bique-bisque
rage et le tennis vaincra !

5 commentaires:

  1. Beaucoup de souvenirs pour moi aussi :) le tennis j'ai toujours aimé jouer et regarder. comme tweeté, la 1/2 finale 1989 Chang vs Lendl (imbattable à l'époque) restera dans mon coeur : 5 sets intenses, les deux joueurs au bout de leurs forces. coup de bluff génial et le "petit" qui abat Goliath et s'écroule victime de crampes. Et en plus il ira au bout et Chang sera couronné cette année là. Y' a moments magiques dans le sport, ca contrebalance un peu les à cotés moins sympa du sport pro.

    merci de m'avoir remémoré de bons moments :)

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  2. Mes premiers souvenirs de Roland-Garros, c'est le look d'André Agassi (ah, ce short en jean...).
    Et qui dit Roland-Garros, dit fin d'année scolaire... (d'ailleurs, j'ai fait du tennis pendant mon collège/lycée et on nous mettait toujours les compèt le jour des finales de Roland-Garros ! Grrrr !)(c'est pour ça que j'ai arrêté le tennis)(en vrai, c'est le tennis qui n'a pas voulu de moi mais chuuuut !)
    C'est aussi les victoire de Guga :-)
    Puis la victoire de Mary (l'année de mon bac, pour moi, c'était un signe !).
    Après, c'était l'espoir d'une victoire d'Amélie.
    Roland-Garros, c'est aussi les matchs qui n'en finissent pas et au final, les Français qui perdent...
    Et la suprématie de Nadal :-(

    Vive le tennis, vive Roland-Garros !

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  3. Chang servant à la cuillère, Agassi et sa coiffure en pétard, j'adore ces souvenirs collectifs. Merci pour ces très jolis témoignages.

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  4. Je suis grand fan moi aussi !..Roland c'est aussi les larmes du barbu Agassi en 99,un grand moment,que je rapproche de Federer 09

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