lundi 21 juin 2010

Une femme de ministre peut-elle encore faire carrière ?

Madame Woerth est-elle en conflit d'intérêt quand elle travaille pour Madame B. quand son mari est ministre du budget ? Madame Chirac, diplômée de Sciences Po', et gérante d'une fortune familiale colossale, est-elle en conflit d'intérêt quand elle accepte d'être administrateur d'une société cotée ? Mesdames Borloo et Kouchner doivent-elles renoncer à exercer leurs métiers au motif que leurs époux ont des postes ministériels ?

Et plus précisément : pourquoi ces dames devraient-elles renoncer à leur métiers ? Parce que leurs amoureux sont membres du gouvernement ? Parce que leur époux pourraient faire des confidences sur l'oreiller ? Parce qu'elles sont des femmes et ne sauraient donc pas tenir leur langue s'agissant de leur propre activité professionnelle ?

M'enfin !!!!!!

Tout cela me semble bien mal connaître le monde du travail.

J'ai eu et j'ai encore un métier à responsabilités. J'ai eu et j'ai encore accès à des informations confidentielles. J'ai eu et j'ai encore des décisions difficiles à prendre qui auraient pu ou pourraient avoir des conséquences importantes, y compris sur l'activité du Doudou.

Et je peux l'écrire ici en gras :

JE N'AI JAMAIS ÉVOQUÉ LE CONTENU DE MES DOSSIERS A LA MAISON.

Dans mon ancien boulot, il y avait un truc qui s'appelait (et s'appelle encore) un serment et une obligation au secret professionnel. Un secret professionnel total et absolu. Dans mon Nouveau Super Boulot, il y a un truc inhérent à mon contrat qui s'appelle obligation de loyauté et, à titre surabondant, j'ai signé une clause de confidentialité longue comme le bras.

Et le Doudou n'évoque pas non plus le contenu des dossiers sur lesquels il bosse dans l'intimité de notre foyer. Pour les mêmes raisons (obligation de loyauté, confidentialité).

Nous avons bien assez à faire avec l'intendance, le quotidien du ménage (oui, le ménage, la poussière, le rangement, tout ça). Nous savons assez râler sur nos patrons, nos collègues, l'avancement de nos carrières, nos rémunérations... pour ne pas nous enfoncer dans les méandres de ce qui fait le quotidien de notre travail.

Et ce serait nous faire insulte que de penser qu'il puisse y avoir conflit d'intérêt entre nous, même si son employeur et le mien entraient en conflit, même si j'avais (ou avais eu) accès à des informations qui pourraient l'aider dans son travail. Et vice-versa.

Depuis que nous sommes ensemble, nous avons instauré une muraille de chine salutaire. Un Chinese Wall, beaucoup plus étanche que celui qui peut exister dans d'autres circonstances professionnelles, parce que construit de confiance et de respect pour l'autre et son activité professionnelle.

Je veux qu'on me donne crédit ici de ce que le Doudou et moi pouvons tous les deux accéder à un niveau similaire de responsabilités. Je veux qu'on admette ici qu'il n'est pas obligé de consentir à ce que l'un s'efface devant la carrière de l'autre.

Oui, on peut être femme, avoir un mec qui bosse et mener sa barque. On peut être femme et ne pas parler à torts et à travers. On peut être femme et être aussi talentueuse que son Doudou. On peut être femme et avoir de l'ambition.

Et penser que ces dames, compagnes que ministres, ne sont pas comme moi, c'est les insulter. Et m'insulter, moi. Parce qu'être femme de ministre n'est pas différent d'être femme de juriste. Parce qu'être femme de ministre, c'est être femme d'un homme qui bosse. Et ça, on est nombreuses à l'être.

Parce que.

C'est tout.

11 commentaires:

  1. Mais être épouse d'un homme politique à la fonction d'élu c'est différent. Tu parles de l'économie privée. Là il s'agit d'autres choses: de politique, de l'Etat, du public et c'est différent. Pas dans le texte mais dans les esprits. Dans le privé, vous n'avez pas l'exposition "publique ou médiatique". Dans le public-politique les règles sont différentes ne serait ce que dans l'esprit des gens. C'est injuste? oui. C'est un monde de pouvoir avant même de parler d'argent. Et le pouvoir entraîne les pires sentiments pour ceux qui l'ont...et surtout de ceux qui ne l'ont pas et jalousent celui qui l'a. Une femme d'homme politique doit prendre ça en compte. C'est ainsi. C'est injuste mais se voiler la face pousse droit dans le mur.
    @frompennylane

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  2. @frompennylane c'est sûr que tu connais le sujet ! je comprends les préjugés mais j'ai du mal à l'admettre et j'espère que tu n'as pas eu à en souffrir. Ce serait profondément injuste comme tu le dis...

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  3. Je suis en total accord avec vous. Le secret professionnel est sacré et il ne vient pas à l'idée de le violer, sauf perdre toute conscience.

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  4. Etre femme de ministre et journaliste, là, je pense que c'est plus incompatible, notamment lorsque l'on présente le 20 heures. La sacro-sainte objectivité du journaliste en prend un sacré coup tout de même. Comment ferait Estelle Denis en ce moment si elle devait présenter le journal ?
    Nul doute que le cas de figure inverse (monsieur à la TV, madame au ministère) ait pour corollaire la démission du monsieur. Enfin, j'attends de voir !

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  5. Hello,
    Je pense que le prendre par l'angle du sexe du conjoint/conjointe est prendre la chose par la mauvais bout de la lorgnette.

    Le problème est l'utilisation d'une réputation pour obtenir une place. Ou l'embauche d'une personne d'en l'entourage proche d'une personnalité haut placé avec pour arrière-pensée d'avoir des faveurs par la suite (et je pense qu'il y a eu suffisamment de précédent, dont un tout récemment avec une ministre canadienne madame Guergis qui est fortement soupçonné d'avoir utiliser son poste pour aider les affaires de son mari de ce type qui ont défrayé la chronique pour que l'on puisse dire que oui , ça arrive et pas que dans les rêves paranoïaques des quelques uluberlu et que donc il faut bien admettre que non pas tout le monde est comme toi ou ton doudou)

    Le problème est le même pour madame la compagne de la ministre que pour le fils du président, le fils de la ministre de la santé, etc etc ...

    Il se trouve que le système étant ce qu'il est, avec une parité pas vraiment respectée, on se retrouve avec plus de "problèmes" mettant en scène des conjointes que des conjoints.

    Mais si, toute chose égale par ailleurs, on aurait une ministre du budget avec un conjoint, la situation serait pour moi exactement la même et tout aussi ... voilà quoi. (et je ne parlerais même pas des transcriptions de discussions volés qui ont pu circuler et qui aurait tendance, si on en tient compte, ce que je ne fais pas dans ce commentaire, que pas tout le monde est comme toi et ton doudou (juste un exemple, l'affaire Hans W. Kopp où la c'était un problème avec le conjoint de la conseillère fédérale) )

    En fait si on était dans un monde de bisounours, je serais presque pour prôner la mise en pause des carrières des conjoints/conjointes des ministres / président / secrétaire d'état, tiens.

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  6. Sans vouloir faire injure à l'auteure du blog elle se trompe du tout au tout et dès le début ... Ca serait un peu long mais il faudrait tout reprendre, y compris les exemples (Mme Chirac, les époux Kouchner, etc.) Il y a manifestement confusion des plans, et l'affaire Woerth n'a aucune ressemblance avec les relations entre l'auteure du blog et son époux ...

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  7. Ca s'appelle le "conflit d'intérêt. Toute personne qui travail pour le domaine public est censée éviter de se retrouver en situation de RISQUE de conflit d'intérêt, par engagement contractuel et/ou par simple éthique.
    C'est valable pour le plus "petit" fonctionnaire. Et a fortiori pour le ministre du budget, puis des finances, en charge, notamment, de la politique de lutte contre la fraude fiscale, quand sa propre épouse organise celle-ci pour le compte d'un des plus gros contribuables français.
    Il y a quand même des limites ! D'ailleurs, c'est pour cela que F. W. finalement démissionne de son poste, et non sous une soi-disant misogynie latente à l'encontre des "épouse de".
    Il y a une foultitude d'exemples qui montrent que la valeur "cleanattitude" n'est pas au hit-parade des préoccupations du parti au pouvoir, du moins tant que les médias ne s'en émeuvent pas.

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  8. @ zalapabelle Je ne vois pas en quoi être journaliste et femme d'homme politique poserait problème. Je me souviens d'Estelle Denis très pro' devant son chéri (jusqu'à ce qu'il la demande en mariage !) et je ne pense pas qu'Anne Saint-Clair ou Béatrice Schönberg aient à rougir de leur carrière. Donnons crédit aux conjoints de nos gouvernants de ce que ce sont des êtres pensants qui peuvent se démarquer de leurs chers et tendres.

    @ MrjMad Donnons également crédit aux individus en question de ce qu'ils ont (pour la plupart, j'admets qu'il existe des exceptions) les qualités requises pour leur fonction. Je ne pense pas que Madame Woerth ait été embauchée parce qu'elle est Madame W. mais parce qu'elle a les compétences pour le poste et une jolie carrière derrière elle. Et je suis d'accord que la situation inversée doit en principe être traitée de la même façson, sauf que.... oui, il y a un sauf... sauf qu'un fond de misogynie fait qu'on n'imagine moins facilement une femme à un poste de responsabilités y parvenant "toute seule" qu'un homme. C'est dommage, c'est injuste mais c'est comme ça.

    @ Anonyme je me trompe peut-être mais encore faudrait-il m'expliquer pourquoi.

    @ JP conflit d'intérêt... ou intérêt au conflit ? ;) Par ailleurs, je ne vois pas en quoi le domaine public serait plus sujet au conflit d'intérêt que le domaine privé. J'ai longtemps une profession ou l'absence de conflit d'intérêt était une règle déontologique et je continue d'avoir une obligation de loyauté envers mon employeur qui m'interdit tout conflit d'intérêt. Et pourtant, j'ai toujours été "dans le privé" comme on dit. Sacraliser le "public" n'est bon ni pour le service public ni pour la gestion privée me semble-t-il.

    @ Alain Lambert ben... merci quoi...

    Et merci à tous pour ce débat. La confrontation des points de vue est toujours enrichissante. Continuez, je m'amuse bien.

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  9. Moi je pense que ce gouvernement est complètement hystérique face a la presse. Il suffit qu'un journaliste fasse une remarque et ils reculent dare dare. C'est étonnant et risible

    Alors que tout ceci aurait du être anticipe en amont (C Blanc pouvait régler ses impôts, Mme Woerth sait depuis plusieurs semaines qu'elle sera administratrice, Bachelot savait que sa retraite de députe cela fait tache ...). Ça donne une impression de j'en-foutisme et d'amateurisme

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  10. Encore une fois, je pense que l'argument du misogynisme est une façon facile de botter en touche. Sur ce point là. Je ne dis pas que potentiellement il ne va pas y avoir des gens pour dire que c'est une femme et qu'elle avait bien besoin d'être une femme de pour etre embaucher.

    Mais bon, les gens non misogyne ça existe aussi. Et que, bon quand même, on a le droit de pouvoir que nos ministres soit comme la femme de césar, au dessus de tout soupçon (citation historique en référence à Pompéïa, deuxième femme de César). Et en l'occurrence notre ministre du budget, même si c'est un homme, il n'aurait pas fait une excellente femme de césar de ce point de vue là.

    parce que je suis désolé, au bout d'un moment, après une répétition "d'affaire problématique" du même style, à travers la sphère politique, il me semble que l'on a le droit de dire que l'on préfère pécher par excès de prudence que ne faire confiance aveuglément à des gens.

    Et que ce soit des notions de notes de frais (cigare, jet privés en france, tout et n'importe quoi en angleterre (ca va même jusqu'au film porno loué par un mari d'une politique anglaise pendant qu'elle était en déplacement), de cumul de salaires multiples, ou de conflit d'intérêt entre des postes (ministres du budget et trésorier UMP) ou conflit d'intérêt potentiellement possible du fait du poste occupés par conjoint(e)s.

    et donc non, je ne pense pas que l'on doive encore donner crédit en partant du principe que tout le monde est beau, gentil. A un moment y en a marre de voir des conneries, même si elles sont pas si courantes que ça. Y en marre d'être gentil et de partir du principe que sans régle drastique et limitante, ca se passera bien.

    Je dois dire qu'à ce niveau là, j'admire beaucoup le système scandinave avec une droiture assez exemplaire sur ce point là.

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  11. Doudette ne comprend pas ... Elle ne voit pas en quoi elle se trompe ... Donc je lui communique la définition du conflit d'intérêts élaborée par Wikipédia :
    "Un conflit d'intérêts est une situation injuste dans laquelle une personne ayant à accomplir une fonction d'intérêt général, tel qu'un agent public (fonctionnaire, juré, tuteur, expert judiciaire, témoins), un avocat, un médecin, un homme politique, un cadre ou un dirigeant d'entreprise se trouve avec des intérêts personnels qui sont en concurrence avec la mission qui lui est confiée, l'intérêt de son administration ou de sa société. De tels intérêts en concurrence peuvent la mettre en difficulté pour accomplir sa tâche avec neutralité ou impartialité.

    Même s'il n'y a aucune preuve d'actes préjudiciables, un conflit d'intérêts peut créer une apparence d'indélicatesse susceptible de miner la confiance en la capacité de cette personne à assumer sa responsabilité."

    Donc à partir de là elle regarde si les exemples qu'elle donne sont adéquats, si le fait de ne pas parler d'affaires professionnelles entre époux a une quelconque pertinence, si la question des carrières parallèles des époux et de leurs légitimes ambitions a un quelconque rapport avec le sujet. Bref, elle voit, elle lit avant de se précipiter pour nous faire part de ses commentaires ... Cela étant pov' Monsieur Woerth qui paie un peu cher une certaine négligence, une quasi-légèreté, une certaine somnolence fiscale, tout en contribuant à une détestable image de ceux qui nous gouvernent.

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