Je dois partager avec vous un moment intime de ma vie, afin que vous compreniez mieux comment fonctionne notre cercle familial.
Hier soir, après un long câlin dans le lit de papa et maman, Poussin et Poussinette regagnent leur couche. Chacun dans sa chambre.
Au début, tout va bien...
J'ai un mal de crâne qui me vrille le cerveau mais j'ai trouvé un moyen pour réduire la douleur. En soulevant légèrement la peau entre les deux yeux, je n'ai plus qu'une seule vis coudée qui tourne lentement au fond de mon oeil gauche. L'oeil droit est épargné. Bien sûr le moindre bruit fait l'effet d'un troupeau de tyrannosaures faisant la navette, au galop, toutes dents dehors, entre la nuque et l'orbite mais, toutes choses égales par ailleurs, c'est presque supportable.
Et soudain, un cri déchire la nuit.
- Y A PAS ASSEZ DE LUMIERE, J'AI PEUR !
Cri d'un Poussin en mal de compagnie, après deux semaines de vacances avec des parents ayant repris le travail le jour même.
- Y A LA VEILLEUSE ! C'EST COMME D'HABITUDE !
Réponse du père, lequel souffre d'un rhume qui le rend inapte au moindre mouvement, le rhume étant à l'homme ce que les douleurs de l'accouchement sont à la femme.
- NON, MAIS J'AI VRAIMENT PEUR !
Vous noterez qu'avoir vraiment peur est différent d'avoir simplement peur, ce qui plonge dans l'incertitude quand il s'agit de définir ce qu'est la peur simple (comparée à la vraie peur).
- J'AI PEUR.... J'AI PEUR... J'AI PEUR ..... (ad libitum).
Si l'on se souvient que le moindre bruit a un effet dévastateur sur l'état de ma boite crânienne, on imaginera aisément que j'ai alors besoin d'une dose conséquente de paracétamol. Je tente donc une extraction hors de mon lit, puis hors de ma chambre et me dirige vers l'armoire à pharmacie de la salle de bains, à la recherche de la panacée. Je passe devant la chambre du Poussin, d'où s'échappent des j'ai peur... larmoyants. Ce petit a la régularité du métronome. Impressionnant.
Je n'entends rien. Non, je n'entends rien, même quand, alerté par mon pas léger de pachyderme, les j'ai peur à peine audibles se métamorphosent en J'AIIIIIII PEEEEEEEEUR accompagnés de gros sanglots insistants (et culpabilisants).
- Allonges-toi, prends le doudou et respire tranquillement comme je t'ai appris, je glisse, comme ça, en passant devant sa porte.
- JE PEUX PAS !!!!!!! J'AI PEUR !
- Comment ça, tu "peux" pas ?!? Tu t'allonges ! tu respires ! en gonflant le ventre, tout doucement, comme je t'ai appris !!!! Ça calme, bordel !
Mais si, je suis très calme. qu'est-ce qui vous fait penser le contraire ?
- JE PEUX PAS !
- SI TU PEUX !
- NON, JE PEUX PAS, J'AI PEUR !
- T'AS PEUR DE QUOI ?!? AVEC LA VEILLEUSE, IL FAIT PLUS JOUR QU'EN JUIN EN PLEIN MIDI !
- J'AI PEEEEEURRRRR !
C'est là que la mouche du coche décide d'intervenir, tout de miel enrobé, de sa voix sucrée de peste de quatre ans :
- Maman que j'aime à la folie de toute la terre, z'ai zoif... J'veux de l'eau. S'il te plaît, maman chérie...
- ATTENDS ! JE CALME TON FRÈRE !
- Mais, euh, z'ai vraiment zoif...
Là encore, le lecteur attentif notera qu'on peut ne pas avoir vraiment soif quand on a soif.
- On ne dit pas zoif, on dit soif ! Quand tu le prononceras correctement on en reparlera.
- Mais z'ai zoiiiiiiffffff !
- Tu attends.
- J'AI PEUR !
- Z'AI ZOIF !
- J'AIIIIII PEEEEEEEEEURRRRRRR !
- Z'AI ZOIIIIIIIIFFFFFFFF !
Je suis d'une zénitude totale, vous l'aurez constaté. Avec dans la main les deux comprimés de paracétamol, je ne peux que constater que le dédoublement de personnalité, d'un côté, la migraine, de l'autre, la maman parfaite (si, parfaite !), est dans mes cordes. Je suis même capable de me dire que cette situation pourrait, le cas échéant, donner matière à un billet amusant. C'est dire si je délire...
Je décide de les laisser hurler et m'en retourne à notre petit nid d'amour. Je ferme la porte doucement pour ne pas réveiller le Doudou qui, bien sûr, s'est endormi comme une masse... Je me glisse sous la couette :
- Meuhhhh tu m'découvres là, j'suis malade, tu sais.
Oui, je sais.
Non, il ne dort pas.
- Ben moi, j'ai mal au crâne.
- M'enfin, tu vois bien que je suis malade. Je transpire.
Ça oui, je vois. Les chaussettes et la laine polaire en plein été, c'est évident que ça aide pas à s'aérer.
- Enlève le pull, t'auras moins chaud.
- Non, je suis malade. Je tue les miasmes.
- M'enfin, il fait 30 degrés dans cette piaule !
- Je suis malade, je te dis.
Et toujours derrière la porte les z'ai zoif et j'ai peuuuuur à peine assourdis par le contre-plaqué de la porte...
- LES ENFANTS, ON SE TAIT MAINTENANT !
Je ne hurle pas, je fais passer un message sans avoir besoin de me relever et d'ouvrir la porte, nuance. Le Doudou ne l'entend pas de cette oreille.
- M'enfin, tais-toi, j'suis malade.
Il commence à me les...
- Si t'es malade, soigne-toi. Prends des médicaments. On a plein de trucs contre le rhume dans la pharmacie.
- Non, ça fait mal au bide.
- Hein ?
- Les medocs, ça me bousille l'estomac. Je préfère être malade.
Mais bien sûr...
- MAMAAAAAAN, J'AI PEEEEEEEUR !
Voix douce et aimante du Poussin qui arrive jusqu'à moi.
- MAAAAAAAAAAAAAAMAAAAAAAAAAN, DE L'EAAAAUUUUUUUUUUUUU !
Voix douce et aimante de la Poussinette qui arrive vers moi.
- FAITES DODO !
Oui, j'ordonne parfois ce genre d'action extraordinaire comme de s'endormir à 23 heures passées en espérant qu'une fois, mes ordres soient suivis d'effet.
- JE PEUX PAS ! J'AI PEUR !
- ZE PEUX PAS ! ZE VEUX DE l'EAU !
- ON SE TAIT MAINTENANT !
Oui, ça aussi, c'est une injonction dont j'espère qu'un jour elle sera exécutée sans l'intervention de la force publique.
En parlant de force publique....
- BON, ÇA SUFFIT MAINTENANT, VOUS VOUS TAISEZ, SINON JE VAIS EXPLOSER. JE SUIS MALADE MOI !
L'homme a parlé.
Et là, le miracle pour une mère...
- PAAAAAPAAAA, J'AI PEEEEEURRRRR !
- PAAAAPAAAAAA, Z'AI ZOIIIIIIIF !
L'homme est malade. Il délègue.
- Vas-y, toi, je suis malade.
Parce que moi j'ai juste une petite migraine de midinette peut-être...
Mon crane, ses dinosaures et moi accomplissons finalement la tâche que nous devons accomplir. Notre destin de maman migraineuse. Nous nous relevons, ressortons de la chambre, allons dans la cuisine, remplissons trois vers d'eau. Le premier verre sert à avaler les comprimés de paracétamol, le second à étancher la zoif de mademoiselle, le troisième à calmer le Poussin qui finit par exprimer la raison de sa peur (une truc à voir avec la nouvelle nounou et la journée du lendemain) et à s'endormir aussitôt.
Quand je reviens dans la chambre, le Doudou ronfle... parce que, quand il est malaaaaade, le Doudou.... rrrrrrrr.....rrrrrrr..... rrrrrrr.....
Donc je recommence ici:-)
RépondreSupprimerJ'ai le même genre de scénario chez moi...
Pour Phileasfog hip hip hip ..... :)
RépondreSupprimerUn peu pareil ici, si ce n'est que je n'ai qu'un enfant, qui détecte l'éteignage intempestif de lumière comme personne !!
RépondreSupprimerwhaouhhh ! quelle nuit :-)
RépondreSupprimeret si tu essayais les boules quiès, histoire de pouvoir dire que tu n'as rien entendu pendant la nuit comme cela l'Homme sera un peu obligé de se lever, non ? :-))
une lectrice qui se décide à commenter ! (et qui sait ce qu'est une migraine qui rend chaque bruit à la limite du supportable...)
PS : j'ai admiré le dédoublement de personnalité mère parfaite / femme migraineuse...
@ Océane : l'enfant endormi a des antennes. Moi, j'dis, nos enfants sont des extraterrestres.
RépondreSupprimer@ Gaelle : merci pour ce joli commentaire. J'adore qu'on commente mes petites bluettes. Je tenterai les boules Quies la prochaine fois, c'est une excellent idée.
Tu m'inquiétes....
RépondreSupprimerje viens de découvrir ce qu'était un homme... un vrai... un homme qui met un pansement pour une bête coupure de rien du tout...
ah oui, j'en ai eu un autre qui mourrait pour un rhum aussi
l'actuel tue les rhums avec de la mirabelle...
pour la migraine, t'as pas essayé le diantalvic ? c'est miraculeux chez moi ! en une heure je suis requinquée normalement !