lundi 16 août 2010

Lettre ouverte au Sénateur Alain Lambert


Monsieur le Sénateur,

Je ne vous connais pas - enfin, pas personnellement, je n'ai jamais eu cet honneur. Pourtant, je l'ai écrit ici, vous faites partie de la famille. De cette famille un peu spéciale qu'on se crée virtuellement... quand les soirées sont longues et que la télévision en bruit de fond ne suffit pas à nous offrir ce lien social que nous appelons tous de nos voeux.

On peut être comme Jegoun à l'apéro en banlieue parisienne, comme Shaya là haut sur la montagne, dans l'Orne comme vous ou lui, à la Rochelle, Metz, Marseille ou Toulouse... et faire partie de la même petite communauté qui se retrouve à heure régulière. On se rejoint là pour échanger sur l'état de la France, du monde, de l'univers et surtout... pour dire des bêtises plus grosses que nous. Les bêtises, pour les grands gamins que nous sommes, est un exhutoire-défouloir essentiel pour nous permettre, une heure, rien qu'une heure durant, d'être beaux... beaux et cons à la fois !

On me dira (et on m'a dit) qu'on ne peut pas avoir de liens solides avec des êtres qui ne sont que des mots sur un écran, qui plus est en 140 caractères. On me dira également qu'on ne sait pas qui se cache derrière un avatar, une simple photo, qu'on peut travestir son identité. Tout cela est vrai... et faux. Car la vérité est multiple comme dirait l'autre, celui qui enfonce des portes ouvertes.

J'ai rencontré virtuellement des personnes qui sont devenues des amis bien réels et j'ai parfois plus ri avec mes copains du net (dont vous, Sénateur) qu'avec mes amis de longue date.

Vous quittez ce lieu d'échanges et de rencontre qu'est Twitter parce qu'un journaleux a écrit que vous live-tweetiez la messe et alors même que cette information est erronée. Ayant pour ma part vraiment live-tweeté une messe (voir ici), je ne peux que me réjouir d'être inconnue. Ma célébrité se limitant aux quelques lecteurs réguliers de ce blog, je n'ai pas eu l'heur d'un article du plus grand quotidien de France... Seul le papa du Doudou n'a pas apprécié l'exercice et l'a fait savoir. Comme quoi, il suffit parfois d'un seul lecteur.

J'imagine que les paroissiens de l'Orne, peu friands de nouvelles technologies et hostiles à la communication 2.0., auront mal interprété votre démarche.

Pourtant, en toute objectivité, ce que vous avez écrit, que ce soit avant, pendant ou après la messe, ne cassait pas trois pattes à un canard. D'ailleurs, le caquetage du scribouillard de service en ce dimanche après midi était à la hauteur de l'évènement qu'il entendait souligner : ras les pâquerettes. Vous ne vous vexerez pas, Sénateur, si j'affirme ici que vos trois ou quatre twitts de dimanche matin aux abords ou dans l'enceinte de l'église étaient aussi plats que la plaine du Texas... Vous vous êtes contentés de constater quelques faits. Dont acte. Pas de quoi fouetter un chat. Mais le journaleux pensant flatter l'égo de la bigote ornaise a sans doute trouver que c'était déjà trop.

Je crains que les français (à défaut de la France) n'aient pas encore trouvé le moyen de considérer les rites religieux comme des évènements comme les autres. On live-twitte dans les couloirs de nos parlements, à l'hôpital, au Tribunal. Certains racontent leurs vacances, d'autres détaillent leurs relations conflictuelles au travail, d'autres encore narrent leurs déboires amoureux. J'en ai vu raconter leurs soirées arrosées, leurs nuits de veille et d'insomnie. Une demoiselle a détaillé les étapes de la naissance de son enfant, une autre sa transformation d'homme en femme. Mais si vous pénétrez dans un lieu de culte, c'est tabou !

M'enfin, pourquoi ?

Pourquoi ne puis-je pas raconter ce que le prêtre, le rabbin ou l'imam ont à nous dire ? Est-ce vraiment si sacré ? Si comme le souhaite le Président de la République, la laïcité doit être "positive" et les religions "un atout" (voir ici), alors nous devons tous pouvoir considérer les manifestations religieuses comme des évènements normaux de la vie civile. Nous devons pouvoir les relater, voire les commenter, en direct... comme nous le ferions pour tout autre fait digne d'intérêt.

Monsieur le Sénateur, j'ai été la première à vous taquiner lorsque vous avez indiqué être dans une église... Pourtant, je respecte votre choix, je respecte le fait que vous ayiez souhaiter l'évoquer, comme vous évoquez (évoquiez ?) sur Twitter ce que fait le quotidien de votre fonction d'élu.

Je vais regretter nos échanges, Monsieur le Sénateur.

Je les ai savourés, ces échanges !

Ce sont ces rencontres improbables qui font le sel de nos réseaux sociaux. Je dialogue avec vous, élu de la République venu de l'ouest, avec ma copine Muriel, contractuelle au pôle emploi là-bas dans l'est, avec celui-là qui ne sait pas où il va et celle-là qui sait trop d'où elle revient... ils ont entre 15 et 70 ans mes copains virtuels. Ils sont d'ici et de là-bas. Parfois de très loin.

C'est là l'essence même de cette petite communauté.

Vous l'avez dit à la presse : vous ne changerez pas d'avis.

Heureusement, seuls les imbéciles ne changent pas d'avis et vous êtes loin d'en être.

Ma demande compte sans doute moins que les opinions de ceux ou de celles qui vous ont soutenu dans votre choix de quitter Twitter mais j'ose espérer que cette petite complainte qui monte vers vous pèsera d'un (petit) poids dans la balance de vos résolutions.

Dernier argument pour vous convaincre... J'aurais tenté le tout pour le tout ! Si vous partez définitivement, le Doudou va se sentir bien seul quand il sera question de parler politique, c'est que les vrais mecs de droite ne sont pas foison là-bas.

Allez, Sénateur, s'il vous plaît, revenez....


Image : Peopletwitt, je l'aime bien - vous vous amusez.

8 commentaires:

  1. Je veux qu'Alain Lambert revienne sur Twitter aussi! :)
    Et je suis d'accord avec toi avec cette notion de communauté qui ne ressemble à rien qu'on puisse trouver dans le "réel" mais qui ne compte pas pour rien pour autant :)

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  2. Merci infiniment de cet adorable billet si bien rédigé et qui me touche.
    Que vous dire ?
    Je ressens les mêmes choses que vous sur la magie qu’offrent nos échanges entre personnes ne se connaissant pas mais qui se découvrent au fil de leurs tweets. Vous les avez si bien décrites que je ne saurais mieux faire.
    Changer d’avis n’est pas un problème, en effet, et je partage entièrement votre point de vue à ce sujet.
    Cependant ma décision a été prise tranquillement, sans aucune influence, puisque je vis reclus seul dans ma grande maison, alors que toute la famille s’est envolée.
    Le désagrément que j’ai eu à connaître hier se reproduira fatalement puisqu’en cas de famine le mec qui pianote d’ennui dans sa rédaction cherchera toujours à monter une mayonnaise pour se faire mousser.
    Vous avez encore raison sur le caractère totalement inintéressant des mes tweets qui ne visaient qu’à dire où j’étais sans autre ambition.
    Comme vous le savez, les élus reçoivent plusieurs invitations pour le même jour à la même heure et sont toujours accusés de se désintéresser de la vie de leurs concitoyens, sauf en période électorale. Comme il s’agissait d’un 15 août et que j’avais consacré ma journée à la vie publique autant dire ce que je faisais et ce que je voyais. Mal m’en a pris.
    Sur le caractère blasphématoire de mes tweets, je vous confirme que cela ne m’a même pas effleuré l’esprit alors que certains offices sont télévisés et que tout cela était d’une banalité à laisser pantois.
    Simplement, j’ai compris, dès hier, que je me retrouverais aujourd’hui avec une version papier du journal totalement déconnectée de la réalité sociologique de mon territoire. Cela n’a pas manqué. Les affichettes sur les trottoirs de ce matin ne titraient que sur mon « interpellation » !
    J’imagine que le stagiaire de permanence à Rennes un 15 août n’a aucune idée de la lecture qui sera faite dans le bocage ornais de sa geekette idée ! C’est pourquoi j’avais essayé de le mettre en garde hier, sans succès.
    Mais, bref, peu importe au fond. C’est un avertissement sans frais.
    La morale de l’histoire, quand on est élu, est qu’il ne faut twitter que ce qui est utile. Ce qui, avouons-le, réduira considérablement le flux !
    Grâce aux amicales suggestions que j’ai reçues de vous tous, j’ai pensé que la solution de passer en mode privé était le moins mauvais arbitrage.
    Ainsi nous pourrons, en privé, continuer à tenter, sans illusions, de nous convaincre mutuellement de nos meilleures idées politiques. Et je sais pouvoir compter sur le Doudou pour vous imprégner de la pertinence de nos recommandations.
    Pour le reste, tout va bien, la vie est belle, le soleil est de retour, et je dois faire mes lessives, mon ménage et mes courses tout seul, ce qui me confirme une fois de plus combien ma tendre épouse n’a pas le meilleur rôle, et qu’elle me manque décidément infiniment.
    Allez, pour la peine, je vous embrasse.
    Bien à vous,

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  3. Quel billet.. et quelle réponse :)
    T'es la meilleure Tati !

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  4. Un grand merci, en premier lieu, à vous, Monsieur le Sénateur, pour votre jolie réponse. Au plaisir de vous relire donc...

    Et à Shaya et Arnaud, ben merci aussi :)

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  5. Cet échange montre l'effroyable progression du "politiquement correct", non ? Chaque fois que l'on veut dire spontanément ce que l'on ressent, ce que l'on a envie de dire, intervient pour tous ceux qui ont une voix un tant soit peu publique une sorte d'épée de Damoclès pour juger si, oui ou non, cela était à dire. Lourd pour cette spontanéité! Lourd tout court, d'ailleurs, non ?

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  6. @ Annie Je ne suis pas certaine que l'on soit dans une progression du politiquement correct mais plus dans une mauvaise compréhension des nouveaux outils de communication et réseaux sociaux. La pratique de l'information immédiate et descriptive reste encore mal comprise. Hélas.

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  7. J'étais très sceptique quand j'ai appris le départ d'A. Lambert suite à ce papier dans OF. J'ai pensé à un faux prétexte. Je suis content, grace à toi, de lire l'explication que le sénateur de l'Orne donne de son geste et trouve très bien qu'il soit revenu sur on idée en protégeant, comme nous, ses tweets. Bravo à toi d'avoir participé à son retour sur Twitter !

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  8. IL est savoureux ce billet ! Comme je te rejoins et comme je trouve dommage tous ces échanges pour rien qui ne font que dévaloriser le beau métier de journaliste. J'aurais tant aimé que l'article mentionne aussi la ferveur et l'humour avec laquelle Alain Lambert faisait la promotion de son département. Si tu es sur twitter, tu connais l'Orne maintenant ! En tant qu'ancienne journaliste qui a usé mes fonds de culotte en PQR pendant mes études, je déplore vraiment que le stagiaire n'ait pas pris le temps d'analyser un peu plus la timeline d'A. Lambert (mais savait il au moins ce qu'est une TL ?)

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