Les Etats-Unis ne sont pas la panacée pour qui veut faire de longues études.Non, non, non !
Savez-vous combien coûte une année dans une bonne université ? Vous les avez, vous, les 30 000 dollars ?
Elle non.
Elle a donc choisi la France.
Elle connaissait un peu. Elle était venu au début des années 1980, à la suite d'un coup d'Etat militaire dans son pays. Qui se souvient encore de cette époque ? De ces familles forcées de quitter le pays, de s'exiler. Et la France qui les accueille. Cette France terre d'asile.
La France était le pays de coeur. Ses parents parlaient français. Sa mère était venue étudier à Paris. Quatre ans. De 1968 à 1972. Le temps de vivre Mai 68, la révolution sexuelle, le départ de de Gaulle et l'élection de Pompidou. Ou pas. En fait, que sait-on vraiment de la vie de nos parents ? Qui sait ce que sa mère avait fait de ses années parisiennes ?
Son père aussi avait étudié en français. Le français dans la famille, c'était normal... les familles juives dans l'Empire Ottoman étudiaient en français, communiquaient en français. Le turc aussi, oui. C'était important le turc mais, pour communiquer entre eux, en famille, c'était le français.
C'est amusant, aujourd'hui, elle travaille en anglais beaucoup plus qu'en français. Les temps changent. Les modes aussi. Les langues des élites se banalisent.
Les langues changent...
Mais être français, ça reste quelque chose... oh oui...
Et française, elle l'est !
Oh ça oui, elle l'est.
Naturalisée en 2008, après 14 ans de titres de séjour étudiant.
Est-on encore étudiant quand on est docteur en Biologie et qu'on enseigne ? Qu'on a un contrat de travail avec l'université qui nous emploie ? Sans doute, oui. Pour l'administration en tous cas. Et peu importe que le contrat de travail soit de trois ans et l'employeur une émanation de l'Etat, le titre de séjour lui continue de n'avoir qu'une durée de trois mois, parfois un an si on est chanceux... Mystère des procédures administratives. Incohérence des recoupements d'information.
Et il en faut du courage pour devenir française. Les allers-retours dans les préfectures à des horaires délirants, les conditions déplorables d'accueil... Tout est fait pour ne pas vous donner envie de persévérer.
Mais elle a persévéré.
Maintenant, la carte d'identité en poche, elle est française.
Comme moi.
Comme vous peut-être.
Quant à savoir si l'intégration est réussie, Elifsu, qui a eu la gentillesse de me confier son histoire, ne le dit pas. Elle pense, peut-être à juste titre, qu'il appartient aux français de souche de se prononcer.
Je ne suis pas une française de souche et mon avis lui importe donc peu. Cependant, il suffit de jeter un coup d'oeil à son blog (ici) pour réaliser que cette fille est trop de la balle et qu'on a de la chance de l'avoir comme concitoyenne !
Si vous souhaitez participer et me confier votre histoire d'intégration, c'est ici
Très jolie cette série d'historiettes sur l'intégration, j'adore
RépondreSupprimerEt celle ci tout particulièrement ...
@ Bouschon oui, j'aime bien ces histoires aussi... elles doivent tout à ceux qui me les ont confiées.
RépondreSupprimerMerci pour cette reprise...signalée par @unickuity ;-). Bonne continuation et encore bravo pour l'initiative !
RépondreSupprimerAh bon "il appartient aux français (sic) de souche de se prononcer"...
RépondreSupprimerCurieux vocabulaire. Je croyais que cet ensemble de récits visait précisément à démontrer l'inanité de l'expression "Français de souche"...
@ elifsu merci miss :)
RépondreSupprimer@ Jérôme : le commentaire émane de la personne qui a témoigné. Elle indiquait qu'il appartenait aux français "de souche" de se prononcer. On peut comprendre la démarche : ne pas s'auto-évaluer. J'aime bien cette mesure et cette retenue, moi.
Etant issue d'un couple franco-turque, cette histoire me touche d'autant plus. Des exemples comme ça il y en (malheureusement) à à la pelle, quelques soient les nationalités d'origine, et c'est bien qu'on en parle !
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