samedi 21 août 2010

Une histoire d'intégration : qui n'a pas volé l'orange ?



A voir la Movida, Juan Carlos et la princesse Laetizia, on en oublierait presque que pendant des années, l'Espagne fut sous la coupe d'un dictateur d'extrême-droite, Franco.

Parce qu'on ne peut pas tout accepter, un jeune couple espagnol, sans doute avec des sympathies républicaines, décide de fuir l'horreur franquiste.

Nous sommes au coeur des années 1940.

La Guerre se termine en Europe. Mais l'Espagne, elle, continue d'appartenir à cet homme qui ne tolère pas qu'on le contredise. Il faut partir. Le temps que les choses s'arrangent. Les dictatures ne perdurent pas... L'Europe se démocratise. Ce départ forcé ne durera pas.

Traverser les Pyrénées n'est pas le plus difficile. Arriver en France non plus. C'est simple de partir. On part pour quelques jours. Quelques semaines. On ne sait pas quand on traverse la frontière qu'on ne la franchira pas dans l'autre sens...

Le temporaire dure. La France offre un asile à nos exilés espagnols. Ils vivent difficilement en "camps de concentration", puisque c'est ainsi qu'on nomme alors ces camps de fortune où l'on met ceux dont on ne sait que faire. La France aussi croit au temporaire.

La France se trompe.

Notre couple espagnol réalise que leur séjour va se prolonger. Ils s'organisent. Ils montent un petit commerce et vendent des oranges (espagnoles, les oranges !) sur les marchés.

Leur réussite : leurs quatre enfants vont au Lycée. Certains font même des études supérieures. Trois de leurs enfants sont fonctionnaires. Administration française. Le quatrième, fraîchement diplômé d'une école de commerce, devient consultant.

La génération suivante poursuit la lignée : leurs domaines d'intervention professionnelle sont aussi divers que l'éventail des propositions offerts à ceux qui veulent étudier : informatique, expertise comptable, école de commerce, professeur...

Ici encore, je laisse la conclusion à celui qui a accepté de témoigner.

"L'intégration [de mes grands parents] était réussie. Ils ont travaillé toute leur vie pour cela et à leur mort ils ont eu les hommages des commerçants. Mes grands parents aimaient la France sans oublier les raisons qui leur ont fait quitter l'Espagne. Mon grand père était même militant politique, à gauche. Ils ne parlaient que Français, ma grand mère n'utilisait le catalan que pour éviter d'être comprise par mon grand père quand elle parlait avec sa soeur ;-). Je suis fier d'être français mais n'oublie pas ce petit bout d'Espagne qui est en moi."

Et maintenant, vamos à la playa ! (oui, mon espagnol est très limité).


Image :maison des drapeaux
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