L'heure est grave.
C'est la guerre.
Mon salon est le théâtre d'une bataille digne de Waterloo.
Je vous raconte la scène telle qu'elle se vit sous mes yeux:
- Ils faisaient la bagarre, parce que les méchants ils voulaient tuer les princesses, annonce la Poussinette, Barbie en main, prête à bondir.
- Non, parce qu'ils habitaient dans la même maison, répond le Poussin, digne successeur de Raymond Queneau dans la réplique surréaliste, protégeant les petits clones qui ne résisteraient pas à un talon de poupée presque aussi haut qu'eux.
- C'était les gentilles qui allaient gagner, rétorque la Poussinette, suivant son idée.
- Non, c'étaient les deux, tempère son frère, très au fait des choses de la guerre.
Car, oui, avoir une fille et un garçon, même quand on s'efforce de respecter l'égalité parfaite des sexes (les filles au bistro, les gars aux fourneaux), oblige à admettre que les filles et les gars, ben, c'est pas pareil.
Là, par exemple, on voulait faire plaisir aux enfants. On les a mis devant le rayon des jouets au supermarché et on leur a dit : prenez ce que vous voulez pour moins de 15 euros. Et bien, le Poussin a pris des legos Star Wars et la Poussinette une Barbie Mariée à la coiffure digne d'une héroine de Dynastie.
M'enfin, pourquoi ?
Pourquoi, même si on essaye de leur inculquer les mêmes valeurs, si on offre des petites voitures aux fillettes et des poupons aux garçonnets, des stéréotypes d'un autre âge (re)surgissent ? La fillette grandit et veut des t-shirts roses et le poussin cherche la bagarre dans la cour de récré, ce qui, s'agissant de notre Poussin plutôt pas très costaud, n'a pas que des avantages.
Pourtant, on ne peut pas dire que je sois très fille-fille (la dernière fois que j'ai mis des talons, c'était en 2007) ni que le Doudou soit du style à passer ses dimanches devant le foot-à-la-télé. Ben quand même. Le Poussin aboie laiiiiiiiiiisse dès qu'il voit une nano-seconde d'un gars qui courre après un ballon sur l'écran de la télé et la Poussinette vendrait son âme pour une robe rose fushia à paillettes dorées du meilleur goût... sur la scène de l'Alcazar.
Je pense à Olympe qui souligne chaque jour combien les stéréotypes ont la vie dure dans l'imaginaire collectif...
Les parents ne peuvent pas tout faire.
Dès la Petite Section de maternelle, on s'aperçoit que nos enfants agissent beaucoup par mimétisme avec les copains et les copines. D'ailleurs la Poussinette, 4 ans, n'a que des copines. Elles veulent toutes la même coiffure, les mêmes barrettes, les mêmes chouchous. Et la Poussinette l'a annoncé d'emblée à la rentrée : Cette année, maman, je mets des robes à l'école, même si t'es pas d'accord. Me voilà prévenue.
Le Poussin a jusqu'ici réussi à partager équitablement entre garçons et filles le nombre de ses amis... mais il faut bien admettre que c'est surtout par la force des choses, les filles étant en général plus sensibles à son côté très réservé. N'empêche que le néo-lecteur a des lectures de petits gars : One Piece (oui, y a des mangas qui traînent à la maison, du coup...), Lucky Luke, Boule et Bill, Cédric, Garfield... et qu'on ne s'avise pas de lui proposer des livres de princesses. Beark, c'est pour les filles, ça, c'est nul ! Pour le Poussin, s'il n'y a pas un tout petit peu de sang qui coule (ne serait qu'une égratignure sur le genou), ça ne vaut pas la lecture.
Attendons de voir ce que cela donnera en grandissant... on élève des enfants pour les voir prendre les décisions qu'ils estiment les meilleures pour eux. Ma fille ne sera peut-être pas une passionnaria féministe et mon fils n'aura peut-être pas une passion folle pour le ballet mais s'ils sont heureux et bien dans leur peau, ce sera déjà ça.


Quand j'étais petite j'étais une caricature de petite fille, Barbie, rose à toutes les sauces et couettes comprises. Pourtant aujourd'hui je pense être plutôt bien sortie du stéréotype fille aux fourneaux qui la boucle.
RépondreSupprimerMais ça n'est pas évident la pression sociale, mon cousin, qui a mon age, adorait se déguiser avec mes robes de princesse quand nous étions petits. Et j'en ai entendu des réflexions là dessus. Ma tante y a toujours répondu que si son fils avait envie elle ne voyait pas pourquoi elle l'en empêcherait.
Au final c'est un mec (un vrai si tant est que ça puisse signifier quelque chose ... c'est quoi un faux mec?) avec voiture tunée mais il aide toujours aux taches ménagères avec plaisir.
Oui, je ne pense pas que ce qu'on fait enfant préjuge de ce qu'on fera adulte... mais cela reste très surprenant de voir les différences entre filles et garçons :)
RépondreSupprimerJ'avoue ici ( et que ici hein!) que j'aurais bien aimé assister à ces scènes.
RépondreSupprimerMais la nature en a décidé autrement.
Alors lego, playmo, star wars et garfield.
Pas la plus petite Barbie à la maison!
C'est compliqué !! Mon fils possède une dinette et des poupées, mais plus il grandit et plus il "masculinise" ses choix de jouets ! Sans qu'on soit derrière ça !
RépondreSupprimerJe ne sais pas si je dois m'inquiéter mais mes 2 p'tits loups sont encore assez unisexes et jouent ensemble à la dinette, aux voitures, au ballon, aux poupées, aux Playmobil, invitent tous les 2 des filles et des garçons, se déguisent en pirates tous les 2 ou en prince et princesse...Ca va peut-être changer bientôt ?
RépondreSupprimerChez moi, on est 2 filles. Mon père aurait voulu avoir des garçons, mais pas d'bol, il a raté son coup par 2 fois.
RépondreSupprimerOn l'a accompagné à la chasse, à la pêche, on a énormément jardiné/bricolé avec lui, bref, presque comme des fils. Sauf qu'à côté de ça, on avait poupées, robes à smocks et carré bien droit. (Ma mère y tenait beaucoup :))
Ma soeur a fait 6 ans de judo, et fait partie des JSP depuis 7 ans (et elle est bientôt pompier \o/), et elle veut bosser dans les services de néo-nat'. Elle aime le rose, les robes, se maquiller et se coiffer. Elle a très très très longtemps joué à la poupée, contrairement à moi, qui étais toujours plongée dans des bouquins.
Moi, je fais de la flûte, instrument féminin au possible, je me coiffe rarement, je porte des jeans troués, des tshirts qui font marrer mes potes, et mes oncles/cousins ne me considèrent pas comme une vraie fille. Véridique, je l'ai entendu de leur propre bouche y'a 3 semaines... Ah, et j'ai besoin de personne pour monter une étagère, un bureau, ou autre.
Est-ce qu'on aurait été différentes si on avait été élevées suivant les clichés de filles ? Je ne sais pas. Sûrement.
En tout cas, je m'aime assez comme ça. (suffit de mettre de côté l'indépendance extrême qui me caractérise, et qui est généralement l'apanage de nos amis mâles... ;))
Nous on est une fille et un garçon, mais dans l'ordre inversé par rapport à Poussin et Poussinette.
RépondreSupprimerJ'ai le sentiment qu'on a été élevés pareils.
Précision : maman était une scientifique, papa un littéraire, ça partait mal dans les clichés. Maman bricole, Papa est incapable de planter un clou droit.
Enfant, je jouais à la poupée ET aux voitures; Il jouait aux billes ET à "la marchande" (oui, on dit jamais "jouer au marchand :-) ).
On faisait les mêmes activités sportives, les mêmes activités culturelles.
Je m'habillais en jogging et regardait le rugby avec papa, lui mettait parfois des robes pour se déguiser. Mais jamais je n'ai entendu, à la maison, une réflexion pour dire "non ça c'est pour les filles/les garçons".
Alors certes, quand on était enfants, on restait quand même très influencés par l'extérieur, donc je jouais à la poupée avec mes copines, et lui au ballon avec ses copains.
Mais à la maison, on pouvait redevenir "nous", et jouer ensemble, soit à des jeux "de fille", soit à des jeux "de garçon".
Maintenant qu'on est adultes, je crois que cette éducation "identique" se ressent : j'exerce mon métier dans un milieu masculin, j'ai parfois du mal avec le féminisme parce que je ne me sens pas toujours "femme" dans mon job ou dans ma vie de tous les jours; je me sens juste "moi".
Je m'entends aussi bien avec les hommes qu'avec les femmes, lui pareil.
On me dit autoritaire, indépendante, grande gueule; on le dit doux, fin, discret.
Mais au final, comme Pau, je crois qu'on s'aime pas trop mal comme ça.; et qu'on est plutôt bien dans notre peau, parce que l'important c'est de se sentir en confiance parce qu'on a été aimés et encouragés par nos parents, sans jugement, tout au long de notre enfance/adolescence.
merci pour le lien
RépondreSupprimernous ne sommes pas seuls à faire l'éducation de nos enfants. la cour de récréation contribue à bien les formater
Faites des gosses hein ?
RépondreSupprimerEt après quel bordel à gérer !!!
m'en parles pas !
J'en ai 3 ...
@ Shaya, Pau et Delphine : merci pour ces témoignages qui prouvent qu'il n'y a pas une bonne méthode d'éducation ce qui rassurant pour l'avenir de nos chères têtes blondes.
RépondreSupprimer@ Anne-Jo, Océane, Lucky Sophie et Fr@mboize : on fait comme on peut avec les moyens du bord et je trouve qu'on ne sort pas si mal au final !
c'est un combat au quotidien pour les parents, pour combattre les clichés "imposés" par la société (pub, télé, radio, entourage) et par l'école...
RépondreSupprimerj'ai raconté mon effarement sur twitter (repris par dom et manou des ménagères) devant le poème donné à ma fille (CM1) "pour la fête des mères" qui rabaissait la femme à une caricature digne des années 50 : elle fait la lessive, la cuisine et soigne les bobos...
Et j'étais plus outré que la mère de mes enfants, c'est dire comme on peut laisser faire...
j'étais à deux doigts de lui interdire de l'apprendre et de mettre un mot bien senti à la maitresse...
mais bon j'ai préférer longuement expliquer qu'une maman ça travaille aussi, autant qu'un papa (et la réponse que j'ai eu c'est : et papa c'est celui qui fait la cuisine)
comme quoi tout n'est pas perdu mais il faut persévérer...