lundi 13 septembre 2010

le cours de cuisine

J'ai testé pour vous le cours de cuisine avec collègues, organisé par la Corporation pour souder le management.

Ça débute comme une réunion de boulot. Parce que c'est d'abord une réunion de boulot. Non mais ho, on ne vous paye pas un tel cours, estampillé Chef Étoilé, juste pour vous faire plaisir ! Et puis quoi encore ? Vous être prié de ne pas l'oublier, y compris avec un ou deux verres dans le nez.

Donc, on commence par vous donner les chiffres du dernier trimestre, on vous explique comment motiver vos équipes. Caution RH. Ça part dans un gros brouhaha où chacun critique les décisions prises pour le bien de tous, tout en tentant de ne se fâcher avec personne, ce qui tient du numéro d'équilibriste. Moi, je n'ai (presque) rien dit. Je suis là depuis six mois, c'est trop tôt pour la ramener. Le tout dans une cuisine digne d'une pub pour Bulthaup. En plus grand. Donc, vous êtes assis comme dans une salle de réunion mais, à votre gauche, un plan de travail digne des plus grands restaurants, avec chauffe-assiettes et fours en bataille.

Ca a un côté surréaliste assez croquignou de parler marge, profitabilité, NPS au milieu des tables de cuisson et des fours qui préchauffent.

Ensuite, y a Monsieur en tenue de cuisinier qui dit :

- On passe aux choses sérieuses ?

Juste le temps de vous demander ce qu'il a bien pu retenir des chiffres ultra-confidentiels qu'on vient de partager au mépris de toute règle de prudence et vous passez du statut d'executive woman à celle de bobonne en tablier.

Heureusement tous vos collègues, y compris le DG, sont en tablier.

Et là, les vraies natures se dévoilent.

Amis de la toile, sachez, quand vous êtes une femme, vous n'êtes pas supposée être une bille en cuisine. Encore moins quand vous êtes quatre femmes pour 30 hommes. Qui a parlé de parité ici ? Vos collègues masculins supposent que vous savez ce que veux dire "tourner" un artichaut. Ils s'attendent à ce que vous soyez en haut de l'affiche, que vous donniez des conseils au Chef. On a placé certaines espérances en vous.

Or, la cuisine et moi, c'est pas totalement ça.

Je sais faire quelques trucs et j'ai des réflexes. Mais c'est empirique. Je ne sais pas passer des heures au dessus d'un plan de travail à faire de bons petits plats que Picard fait mieux que moi. Je suis une adepte de la commande de sushi et du chinois livré à domicile. Je suis une femme moderne.

Donc, forcément... je sais retourner un artichaut dans tous les sens mais le tourner, j'crois pas. Tourne tourne petit moulin, nage nage petit poisson... oups, pardon. J'ai donc fait ce que je fais de mieux quand je ne sais pas faire mais que je veux faire croire que je sais : j'ai attendu que quelqu'un d'autre s'y mette.

Et là, DG s'y est mis !

DG sait faire la cuisine ! Qui l'eut cru ? (Lustucru).

Le plus impressionnant pour moi, ce fut ça:



J'ai tout de suite vu ce que ces ustensiles mis entre mes mains pouvaient provoquer comme dégâts. La phalange arrachée, l'oeil du Chef déchiqueté, tout était possible. J'ai donc pris soin de ne surtout pas utiliser le gros couteau qui aurait, à n'en pas douter, fini sa course dans le gros orteil de mon voisin si j'avais fait mine de m'en approcher.

Le truc avec les cours de cuisine (c'est le second auquel je participe), c'est qu'on ne fait pas la cuisine. Non, on épluche des légumes. La cuisine, ce sont les gens qui dispensent le cours qui la font.

Imaginez vous dans la position d'un enfant qui donne un coup de main à sa maman quand elle prépare le repas. Ben, un cours de cuisine avec un Chef, c'est un peu pareil. On vous flatte, on vous dit c'est très bien, continue, on se moque gentiment de vous afin que vous n'oubliez pas qui est le Chef... mais globalement, on s'arrange pour que vous en fassiez le moins possible tout en valorisant votre ego.

Là, par exemple, quand on est arrivé, il y avait de petites pommes de terre grenaille qui mijotaient dans la graisse d'oie, le poisson était déjà préparé et prêt à cuire, les légumes étaient lavés, les tomates épépinées et même les haricots verts avaient été équeutés.

Nous, on a épluché des carottes et des navets.



Nous avons également, vous l'aurez deviné, tourné l'artichaut, lequel a fini tout petit riquiqui dans l'eau froide. Vous saviez, vous, que plutôt que du citron (qui donne un goût ... de citron), il faut mettre de l'acide ascorbique dans l'eau pour éviter que ça noircisse ? Et non, bande d'ignares, ce n'est pas - exactement - la même chose. On trouve, parait-il, de l'acide ascorbique en pharmacie et il suffit d'en mettre une pincée. Ah ah ! Je vous en bouche un coin, là, hein, avec mon savoir tout neuf ?!?




Ensuite, on a fait cuire les légumes. Et cuits par le Chef qui vous fait croire que c'est vous qui faites, c'est quand même assez impressionnant. On met le tout dans une casserole en fonte, à feu juste à bonne température (pas encore compris ce que c'était que la bonne température, moi...) et on laisse cuire dans son eau de végétation.



Qui ne sait pas ce qu'est l'eau de végétation ?

j'en vois un au fond.

L'eau de végétation pour le cancre de fond, c'est l'eau du légume. En fait, tu mets un peu d'huile d'olive dans ta casserole et tu laisses cuire à feu doux. Et là, miracle, tu as le légume qui rend de l'eau dans lequel il cuit et qui mijote dedans. Le mieux c'est de saler au début parce que ça aide l'eau à s'échapper du légume qu'il a dit, le Chef.

Oui, je me la pète alors que je ne savais rien de tout cela avant le cours ! Je fais comme que je veux, ici, c'est chez moi.

Bon ensuite on t'apprends à cuire le poisson mais là, j'ai un peu décroché parce que j'avais la dalle. A voire toute cette cuisine, mon petit ventre criait famine et je n'arrivais plus à me concentrer. En plus, plein de collègues avaient disparu, partis s'en griller une petite dehors. La cuisine, non seulement ça donne faim mais en plus, on dirait que ça titille le fumeur.

Au final, notre plat, ça donne ça.



Et c'est plutôt pas mauvais.

10 commentaires:

  1. Si un jour l'envie délirante me prenait de faire tourner un artichaut, je n'oublierais pas le coup de l'acide ascorbique! Merci ;-)

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  2. Malheureuse, on ne "fait" pas tourner un artichaut, on le "tourne" ! Et l'acide trucmuche, il parait que ça fonctionne aussi pour les pommes. Si si.

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  3. Ben dis donc...tu en as appris des choses drôlement utiles ;-)
    en tout cas, c'est sympa de partager tes nouveaux savoirs avec nous...(même s'il n'y a pas bcp d'artichaut là où j'habite!).
    et sinon, les collèèèèèèèèèègues, ils étaient comment eux pendant le cours ?

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  4. Votre blog me fait kiffer, Doudette.

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  5. Alors moi je suis cancre de fond car je ne savais pas ce qu'était l'eau de végétation ! Merci de m'avoir appris quelque chose, et merci aussi pour ce cours de cuisine fort sympathique ! C'est vrai que cuisiner ça donne faim, qui n'a pas déjà trempé ses doigts pour goûter la sauce comme moi ? En tout cas la recette a l'air délicieuse, en ce moment on trouve encore de l'artichaut chez le primeur alors il faut en profiter ! Un petit message d'une working maman Lyonnaise qui aime bien votre blog et votre humour !

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  6. ah ben je veux pas dire mais t'es pas tombée chez les marrants toi parce que le cours de cuisine-soudage d'équipe je l'ai fait un certain nombre de fois mais c'était bien rigolo (en même temps il n'y avait pas le DG, ceci explique sans doute cela).
    Je suis d'ailleurs fan de la formule déjeuner (Atelier des Chefs ou autre) : tu cuisines 30 minutes et tu déjeunes ton plat les 30 minutes suivantes, on t'offre en prime dessert et café, le tout pour 15€. Franchement ça fait une pause déjeuner sympa !
    Et d'accord avec toi, après tu peux te la péter avec ce que t'as appris ! Mais il faut le faire de suite sinon j'ai une fâcheuse tendance à oublier...pour pouvoir y retourner en cours de rattrapage !

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  7. @ Gaelle : mes collègues sont des amours et de bien meilleurs cuisiniers que moi ! Dis, poulette, le lien vers ton blog merdouille, non ?

    @ Alan : merciiii :)

    @ Oceane : ni Quick ni McDo pour moi, Picard est mon Dieu culinaire !

    @ Primeur Lyon : ouiiiii, des primeurs, j'adore !

    @ Lucky Sophie : j'ai testé l'Atelier des Chefs aussi une fois mais le plat ne m'a pas plus (y avait des câpres, j'aime pas les câpres).

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  8. Merci! pour ses merveilleuses explications, pleines d'humour.Moi qui rêvait de m'inscrire depuis longtemps à un cours de cuisine avec un GRAND CHEF!!! Me voilà bien guérie.Heureusement les prix avaient refroidi mon désir.Bises.Gazelle.

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  9. @ Gazelle il y a de très bon cours de cuisine mais pas nécessairement ceux avec les collègues ;)

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