mardi 19 octobre 2010

De la conséquence d'une grève (fiction)

Donc demain je dois prendre l'avion pour aller voir Big Boss, venu des Etats-Unis pour me voir (ainsi qu'une dizaine d'autres) et qui a pris ses quartiers d'été ailleurs en Europe, quelque part où c'est simple pour chacun d'arriver, d'où qu'il parte.

Or, la CGT Air France appelle à la grève à Roissy justement pour demain (voir ici).

Non, je ne vole pas sur Air France. Je ne suis pas totalement naïve. Air France, c'est cher, y a rien à manger et, quand y a grève, ça reste cloué au sol.

J'ai pris mes précautions : je vole sur une compagnie étrangère, a priori fiable. Et une personne bien informée m'a assuré que l'aller-retour avec un (gros) plein de carburant était possible. Je ne suis donc pas destinée à souffrir d'une pénurie de kérosène.

Sauf que demain, il n'est pas certain que mon avion puisse atterrir à Paris ni repartir de là où il va. Quant au vol du retour vendredi, c'est la grande inconnue.

Les revendications de la CGT sont ce qu'elles sont et elles partent sans doute de sentiments louables de défense des droits des salariés qu'ils représentent.

Mais...

A petites causes, grands effets... ou le retour de la vengeance du boomerang masqué.

Car voilà ce qui pourrait se passer
(la suite est de la fiction... ou pas)

Vers 14:45, mercredi après-midi, Big Boss s'étonnera de mon absence.

- But where is she ? fera-t-il avec son accent inimitable.

J'aurai pris le soin d'envoyer un email affolé de mon Blackberry, confirmant que, malgré tous mes efforts, il m'est impossible de me rendre là où se trouve Big Boss, et ce pour plusieurs raisons très valables:

- jusqu'à la dernière minute, on m'a fait croire que peut-être mon avion volerait;


- prendre un billet par le train ou tout autre moyen de transport (au mépris de toutes les règles de la politique de voyage de la Corporation) serait une hérésie financière ;

- quoi qu'en pense Big Boss pour lequel l'Europe c'est tout riquiqui, non, traverser la Manche à la nage n'est pas une option.

Big
Boss acceptera sans broncher et en souriant ces explications, confirmées avec force conviction par mon chef.


La réunion se tiendra. Sans moi.

Big
Boss rentrera chez lui, de l'autre côté de l'Atlantique, après avoir visité quatre sites en Europe, sans même savoir dans quel pays ces sites sont. It's in EMEA dear...


Il me téléphonera dès son arrivée, me plaindra de vivre dans un pays où l'on empêche les gens de travailler... alors que bon, mon boulot (et celui de presque toutes les fonctions support) on peut le faire de n'importe où. Il ajoutera Can't you ? et je serai contrainte d'admettre que oui, je n'ai pas besoin d'être en France pour faire mon travail... et les autres non plus.
Il raccrochera, flatté que je sois d'accord avec lui.

...
Deux mois plus tard, il m'appellera et m'annoncera que la Corporation a le projet de délocaliser les fonctions support matricielles dans un pays où la continuité du service peut être assurée sans difficulté.

Et c'est ainsi qu'une quarantaine de personnes (dont moi) se verront proposer un travail dans un autre état de l'Union Européenne, même pas moins bien payé (et avec des avantages sympathiques). Car dans la Corporation, on compare les rémunérations non pas à l'échelle d'un pays mais à fonction constante sur une échelle globale.
Avec le Doudou, on hésitera... mais au final on acceptera peut-être parce qu'une expérience à l'étranger pour les enfants, ça ne se refuse pas.

Bien sûr, c'est de la fiction !

Des choses comme ça ne peuvent pas se passer.

Vraiment ?

11 commentaires:

  1. Ton analyse me semble très réaliste cependant.

    Demain mon mari part en Roumanie. Je pourrais me réjouir de le garder deux jours au chaud avec moi. Moins que sa réunion se fasse sans lui. Et puis ce week-end j'ai mon week-end cousin dans le limousin et je n'ai vraiment pas envie d'avoir payé un gîte pour rien et de rater cela... pour rien !

    RépondreSupprimer
  2. J'avoue que s'il n'y a plus d'essance on va galérer sévère !!!!

    RépondreSupprimer
  3. Yeeeeeeeeeeeeeeeahhhhhhhhhh mon com est passé!!!!!!! T'as vu ça!!!!! Bon, pourvu qu'ça dure.....

    RépondreSupprimer
  4. Mais finalement elle te plairait cette fiction, donc...
    ici c'est l'hallu, le collège à côté du bureau, les gosses mettent le zarma, il y a des voitures de police, des CRS à foison, tout ça pour rien, en tout cas rien à voir avec les retraites...

    RépondreSupprimer
  5. je ne prends que l'eurostar pour londres, jamais en grève ou presque et meme temps de transport (si ton rv est dans londres même s'entend...)

    mais oui la logique de ta fiction est (malheureusement) vraie, et encore tu serais heureuse qu'il ne délocalise pas la fonction et pas l'équipe, pour prendre du local deux fois moins cher...

    RépondreSupprimer
  6. Oui, je peux comprendre. Mais le principe d'une grève c'est l'emmerdement maximum, pour faire plier le pouvoir. Et ça je suis pour. Mieux vaut entendre ça comme ça maintenant. Déjà des gens galèrent avec une retraite a minima, qui ne ferait vivre pas un de nous décemment avec nos habitudes de confort, des gens ne peuvent plus se soigner parce qu'ils ne peuvent se payer une bonne mutuelle et en sont pas "assez pauvre" pour la CMU, et pourtant la CMU ne devrait pas être l'objectif.. Des gens peinent à vivre avec 1200€ par mois quand tout cet argent part en loyer, et autres frais incompressible, des tas de gens ne travaillent que pour survivre et reverser leur salaire aussitôt, des tas de gens ne comprennent pas pourquoi avec bac+5 ils restent à la traine avec des smic, dans des boulots certes utiles (il faut des caissières, des agents administratifs pour distribuer le courrier et faire les photocopies...) mais sans rapport avec 5 ans de travail acharné pour se qualifier...
    Des tas de gens souffrent et ne savent plus pourquoi ils souffrent, et je crois que tout se mélange dans un ras le bol, un desespoir total et un avenir aussi sombre que triste.
    De tout temps il a fallu des maitres et des valets, parfois les valets ont un peu plus de mal à manger, et ça énerve...

    RépondreSupprimer
  7. Why not? Je serai assez tentée perso d'emmener mes 3 mectons voir les mentalités ailleurs.
    Concernant les csq ici et mnt de cette grève, je me vois ramer des heures, bloquées sur les routes, pour ne pas avoir mes rdv "blocs annules pour grève des anesthésistes".
    Le boss ne rale pas, mon banquier plus.
    Et puis les soignants qui râlent, je comprends. Infirmiers et anesthésistes sont très mal lotis en France.
    En attendant, mon ado lui est ra-vi d'être passé dans le public!

    RépondreSupprimer
  8. J'adore ta fiction qui permet de passer bien des messages !

    RépondreSupprimer
  9. bon, moi j'ai donné mon avis sur la grève AUSSI ce matin sur le blog, je te laisse le découvrir directement, j'ai d'autres préoccupations tu verras :)

    RépondreSupprimer
  10. @ sandra : j'ai des déjà des voisins qui sont à sec (et ouiii, ton com' est passé ! Alleluia !

    @ Isa : je sens qu'il y a pas mal de "trucs" sympas qui vont devoir être annulés.

    @ Carole, Phileas et Anne-Jo : pour l'heure on reste dans la fiction mais bon, comme on dit ici, Warum nicht ?

    @ Oceane et Lucky Sophie : on peut comprendre l'énervement de certains et la légitimité de la grève que je ne remets pas en cause. Cependant, le monde a changé depuis la dernière grosse grève en 1995. Les sociétés se sont globalisées et il n'est plus aussi nécessaire de faire travailler les gens (surtout les fonctions support) dans le pays où les biens / services sont vendus. Internet est passé par là. C'est une donnée qu'il faut prendre en compte... Et si on est vraiment internationaliste (comme le veulent certains syndicats), on ne devrait que s'en réjouir. Bon, c'était la minute provocation du matin.

    @ e-zabel : et maintenant l'école aussi est cramée (au sens propre et bientôt au sens figuré ?).

    RépondreSupprimer
  11. bou, j'en au trop marre surtout des casseurs (je ne te dis meme pas le nom de mon etablissemnt...)
    xo

    RépondreSupprimer