Ce weekend, mon père était à Paris.
Il vient quatre fois par an. Du coup, quand on se voit, c'est la fête ! Enfin, la fête... On ne sort pas les chapeaux pointus et les turlutus. C'est pas le genre du paternel ! Mon père n'aimant rien tant que de passer du temps assis sur le canapé à faire des mots croisés entouré de ses petits enfants qui piaillent autour de lui, on lui garde les pages "mots croisés" du Télérama et on l'observe.
Ça laisse du temps pour penser...
Et de me demander pourquoi, à 38 ans, quand je parle de mon père, quand je parle à mon père, je dis toujours "papa", voire "mon papa".
Ma mère, c'est ma mère. Pas ma maman. Depuis que je suis mère, c'est moi, la maman.
Mais mon père, c'est papa.
Vous allez me parler d'Oedipe et de son pendant féminin la belle Electre. Mais ce n'est pas que ça.
Il y a dans le langage des réminiscences d'enfance qui remontent à la surface. Devant nos parents, sommes-nous jamais des adultes ? Aurons-nous jamais des relations d'adulte à adulte avec nos parents ? Je n'ai aucune difficulté à construire ce genre de relations avec les parents du Doudou, mes beaux-parents.
Mais avec mes parents, le pourrai-je un jour ?
On est adulte en tous points, en tous moments. Sauf. C'est ce sauf qui fait le poids de nos culpabilités. Sauf avec ses parents.
A quoi cela est-ce du ?
A l'image que nos parents ont de nous ? A celle que nous croyons qu'ils ont de nous ? Cette adolescence difficile ou cette enfance anémique que nous avons eu tant de mal à dépasser et pourtant indispensable à la construction de l'adulte que nous sommes...
A l'image qu'on voudrait leur donner de nous, entre nos espoirs de jeunes adultes idéalistes et les parents responsables que nous sommes devenus ?
Comment nos enfants voient-ils nos parents ?
J'ai réfléchi que lorsque j'avais l'âge des poussins, mon pépé à moi avait l'âge de mon père, le pépé des enfants, aujourd'hui. Et mon pépé à moi, je le trouvais trèèèèèèès vieux. Gentil. Mais vieux. Mes enfants trouvent-ils leur pépé vieux ? Quand ils regardent leur grand-père, y voient-ils mon papa ?
Là, mon père est dans le train qui le reconduit chez lui, aussi loin qu'on puisse être d'ici sans quitter la frontière... Et je me demande ce à quoi il pense.
Et vous, vos parents, vous les voyez comment ?
Il est intéressant ton texte.
RépondreSupprimerPour ma part, que ce soit au sein de ma famille ou au sein de ma belle-famille, je me sens toujours un peu infantilisée (disons que plus les années passent et moins je supporte justement cette sensation. J'ai d'ailleurs l'impression de franchir un cap).
J'ai 43 ans et j'appelle toujours mon père "papa" mais comment tu voudrais qu'on l'appelle?!!
RépondreSupprimerIl s'est calmé mais il n'y a pas si longtemps il m'appelait presque tous les jours, là c'est 2 ou 3 fois par semaine et même s'il n'a rien de spécial à me dire, juste comme ça. On a une relation très forte même si j'ai du mal à lui parler de tout.
Il est toujours là quand j'ai besoin... mais me laisse me débrouiller aussi!
On a 21 ans de différence d'âge, je ne le vois pas encore vieux, ni ma fille!
Je reste toujours la petite fille de mon papa ;-) même en étant adulte!
Ma mère, c'est ma mère... Je parle souvent d'elle avec detachement et même si nos rapports sont moins conflictuels qu'avant, elle reste ma mère lorsque je parle d'elle.
RépondreSupprimerMon papa, c'est le roi... Il n'a pourtant jamais été très proche de moi... Pas très câlin, pas très present, pas très causant, il me montrait qu'il m'aimait en m'achetant des choses ou en prenant des jours de congés juste pour m'emmener au concert de mon groupe préfèré... Mon papa, c'est mon héros.
Celui qui n'utilise jamais le téléphone mais qui quand il le fait (2 fois jusqu'à présent) m'émotionne en me bercant de mots doux plein de fierté.
Ok, il a fait de moi la gamine capricieuse que je suis restée mais mon papa, je l'aime et c'est le plus beau... Et je serais toujours dans ses yeux, la petite Emma
Je reste sur ma faim là. Tes billets sont toujours tellement bien écrits que l'on devient exigeants. Elle où la description du papa, le flash-back avec les violons. Tu n'as pas osé te mettre dans la tête de ton papa pour une jolie chute émouvante ou tu as supprimé ces lignes par pudeur ?
RépondreSupprimerC'est compliqué pour moi de parler de la famille... Mais tu parles très joliment de ton père !
RépondreSupprimerQuand j'étais enfant, je m'étonnais à chaque fois que j'entendais ma mère appeler ses parents "papa" et "maman". Enfin je ne sais pas comment expliquer, je ne m'étonnais pas vraiment mais ça me faisait une drôle d'impression.
RépondreSupprimerAujourd'hui je continue d'appeler les miens papa et maman et je n'imagine pas faire autrement, surtout pas les appeler papi et mamie comme mes enfants ! On est à la fois proches sans l'être et heureusement j'ai grandi mais c'est vrai qu'on reste toujours un peu dans cette relation parents-enfant ;-)
Je suis aussi bien perplexe et pourtant c'est tellement naturel que mon père reste mon papa et ma mère ma maman. Plus bizarre encore mon grand-père maternel que je n'ai jamais connu, je l'appelle papy.
RépondreSupprimerJ'avais écrit un bout il y a quelques années. Pas tout à fait le même sujet mais je crois que l'idée de fond s'en rapproche. http://www.journalordinaire.fr/blog/2007/09/26/genealogie/
Oula ...
RépondreSupprimerMon père ça a toujours été : Le Pater !ou papa(mais c'était rare)
Et ma mère : La reum , ou M'an
imagines les relations...
mon père, c'est le géniteur et ça s'arrête la, par contre je suis trés proche de ma mère...
RépondreSupprimerMerci à tous pour vos jolis témoignages.
RépondreSupprimerIls m'inspirent un commentaire : c'est étrange comme la façon dont nous appelons nos parents (papa, maman, père, mère ou autre) est représentatif de la relation que nous avons avec eux. Il y a dans le langage un reflet de nos émotions.
Dommage que je ne connaisse rien en linguistique, ça m'aurait intéressé de voir l'analyse.
Ma mère a toujours appelé ses parents "papa, maman" devant nous, ou devant ses frères & sœurs. Et pareil pour mon père pour sa propre mère.
RépondreSupprimerC'est le seul témoignage que j'ai, puisque je ne suis pas mère, et que j'ai pratiquement aucune conversation avec ma frangine (mère, elle)