mardi 9 novembre 2010

Des avantages de la maladie

L'homme malade est une petite chose fragile.

Ou du moins il le croit.

Prenez mon homme.

Depuis une semaine, il se ballade jour et nuit avec une écharpe autour du cou. Au début il avait mal à la gorge. Très mal à la gorge.

Mais pas assez pour passer à la pharmacie. Faut quand même pas exagérer. C'est bien connu, c'est même prouvé scientifiquement, les pharmacies sont comme les salles d'attente des médecins, bourrées de gens malades. Or, les gens malades, ça diffuse les microbes et ça propage les virus. Du coup, les pharmacies, quand on est malade, vaut mieux éviter.

On peut ne pas vouloir aller à la pharmacie mais néanmoins se croire dans un état qui se situe quelque part entre la mourritude et l'agonisation.

L'homme malade, le mien en tous cas, commençait ses journées en disant j'me sens quand même patraque et les finissait en soupirant devant son iPad. Quand j'osais lui suggérer de s'avaler un Doliprane, histoire de faire passer la douleur, j'avais droit à un ça va pas la tête ! ça va me foutre le bide à l'envers ! qui ne me donnait plus tout envie d'être une épouse aimante et affectueuse comme je n'ai jamais su l'être.

Comme je suis une personne responsable et que ma môman m'a toujours dit que le meilleur moyen de tuer le virus dans l'oeuf, c'est de se reposer et de dormir le plus possible, je me suis hasardé à proposer de se coucher tôt pour une fois.

Mais qui suis-je moi, femme raisonnable, face la force de l'iPhone et de l'iPad combinés ?



Et puis la bouillotte à poil n'avait pas le droit de dormir avec nous.

Du coup, à ma suggestion raisonnable de prendre du repos, l'homme a répondu par une longue soirée devant l'ordinateur. Bon d'accord l'iPhone et l'iPad ne sont pas techniquement des ordinateurs au sens puriste du terme mais toi, lecteur bienveillant, tu accepteras ce raccourci poétique. Oui, poétique. Il y a de la poésie dans un écran tactile. Tu le caresses, tu lui tripotes les applications. C'est sensuel, l'iTruc.

A force de faire fi de toutes mes recommandations d'épouse aimante et directive (oui, bon) est arrivé ce qui devait arriver. Comme quoi, être directive, c'est pas une mauvaise chose. Ah ! Mais !

Ce matin, le Doudou est vraiment malade.

Il a toussé toute la nuit, malgré les deux oreillers et les mains sous les couvertures. Oui, lecteur, note ce truc de mon pôpa (on a plein de soignants auto-proclamés dans la famille), quand tu a une quinte de toux la nuit, tu mets deux oreillers et les bras sous les couvertures et ça passe. Enfin, parfois, ça passe. Quelquefois. De temps en temps. Ça dépend, quoi.

Et ce matin, l'homme qui se plaint depuis une semaine d'être malaaaaaaaaade et à l'article de la mort de l'agonie qui tue, à moitié aphone et totalement fiévreux, m'annonce, entre deux râles:

- Je vais bien, ma Doudette, je peux aller au bureau, c'est hyper important.

Tu parles, Charles !

Toute femme normalement constituée aurait téléphoné à son travail, géré les affaires courantes par email et se serait reposée, histoire de se retaper rapidement.

Non, l'homme sait qu'il est indispensable au bureau. Il te parle d'une réunion trèèèèèèès importante qu'il ne peut absolument louper. Quand tu creuses un peu, la réunion est une réunion interne pour prendre une décision à plusieurs qui traîne depuis des semaines et qui peut être prise demain ou après-demain.

Heureusement, le Doudou est réceptif aux arguments logiques. Quand tu lui dis que les deux autres peuvent prendre la décision sans lui et que personne ne perdra la face, il a l'oeil coulant qui frise. Ça a fait mouche.

Je parviens ainsi tant bien que mal à le convaincre de se reposer au moins le matin.

Il se met au lit....

Et je pars accompagner les enfants à l'école. Parce qu'il faut bien que la vie continue et que les écoles ont des horaires fixes. Il faut même qu'on pique un sprint sous la pluie. Toutes ces négociations ont pris un temps fou, on est en retard. Tu m'étonnes, deux juristes dans une pièce, faut forcément que ça se balance des arguments à la tronche.

M'enfin
, vous noterez qui a gagné, qui a réussi à convaincre l'autre de la justesse de ses arguments. C'est...... moi !
(non, je ne suis pas une mauvaise gagnante, je ne vois pas ce à quoi vous faites référence).

Une fois la Poussinette entre les mains de super maîtresse, je prends mon temps pour rentrer à la maison. Je savoure deux minutes de calme dans les rues de Paris. Oui, je vous assure, Paris le matin, malgré les gens qui se pressent, les conducteurs qui klaxonnent, les agents de la circulation qui sifflent, est d'un calme apaisant comparé à l'agitation qui précède le départ à l'école. Toi, parent qui me lit, tu sais de quoi je parle. T'es pas encore habillée, toi ? Mets ton manteau ! Il est où ton cartable ? Comment ça, j'ai pas signé le cahier de correspondance ? Elles sont où tes chaussures ? Quoi, tu as sport ce matin ? Tu t'es lavé les dents ! C'est pas l'heure pour une tartine ! Non, je ne sais pas où sont tes billes ! Et une fois dans la rue, ça continue. Tu révises la récitation et te rends compte qu'il fallait donner des sous pour la sortie d'école... Bref, il y a un soulagement parental une fois le colis livré à la maîtresse, accessoires compris.

Pendant que je prends mon temps pour rentrer, on ourdit un complot chez moi.

Un Yalta maître-chien.

Et quand j'arrive, je trouve ça.


Le Doudou et Fili endormis dans notre lit.

Je pourrais hurler, crier, devenir hystérique !

Seulement, il est malade, le Doudou...

Je fais tout de même part de mes réticences, histoire que ce soit noté au plumitif, et me trouve nez à nez avec deux regards larmoyants et implorants.

- Allez...... juste pour cette fois........ il tient chaud, le Fili.

Quelque chose me dit que la maladie a bon dos.

Ils en ont de la chance que j'ai une journée chargée moi, beaucoup de travail et une conférence téléphonique qui commence dans dix minutes. Je n'ai pas le temps de parlementer.

Dans cette négo là, qui n'en est pas une, c'est le toutou qui gagne. Pour l'instant. Il disait quoi, De Gaulle (oui, c'est le jour où citer le Général) : ils ont gagné une bataille mais ils n'ont pas gagné la guerre? Mes objections ont été actées. Je n'ai pas dit mon dernier mot.

En attendant, le Doudou se repose avec petit Fili...



Espérons que le Doudou aille mieux demain, histoire que je puisse pousser une vraie gueulante !

16 commentaires:

  1. Haaaan, Doudou, on avait dit, pas de Fili dans le lit!!!
    J'espére que çà va mieux aprés une journée de repos!

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  2. Je suis morte de rire ( pardon au Doudou c'est pas drôle d'être malaaaade !!! ) mais j'ai cru vivre la scène en directe (sans doute des souvenirs de mon enfance avec mon père !) ce que je retiens c'est que ces animaux savent toujours exploiter la moindre faille ! chien comme chat !!! ce sont eux les plus rusés!!! bravo tu m'as bien fait rire (heu pardon le Doudou! j'espère que tu vas mieux!!)

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  3. Ah bon il s'appelle Charles le doudou? je croyais autre chose... ;-)

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  4. @ Mirabou33 oui, les animaux exploitent les failles... et les Doudous aussi !

    @ Phileas : aujourd'hui, tout le monde s'appelle Charles, hommage au Général.

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  5. Oui, je confirme, Paris c'est calme quand on quitte l'école à 8h35 :)

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  6. Bon rétablissement médical au mari, moral au Fili (après ce dodo au lit avec le Doudou au grand dam de la Doudette, car il n'y aura plus droit), psychologique à la "maitresse" de maison pour toutes ces casquettes portées le même jour (Doudou, j'en ai la migraine là...). Les poussins, eux, sont sains et saufs, ouf !

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  7. à croire que c'est un complot entre Fili et monsieur ^^

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  8. @ Ingrid : et oui... c'est ça d'être de super mamans !

    @ Pierda : t'as raison, j'ai la migraine, là...

    @ Océane : oui, c'est ce que je dis. Ca complote dans mon dos.

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  9. C'est vrai que ça tient chaud les petites boules de poils.

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  10. Il y a deux écoles avec les animaux : dans la chambre ou pas. Avec ma chatte, au début c'était interdiction absolue : poils dans le lit et les fringues, non merci. Et puis... elle a gagné et fini sous ma couette, tous les soirs, au creux de mon bras, tous ronrons ronflants, et c'était génial. Quand je n'allais pas me coucher suffisamment tôt à son goût, elle râlait, m'enguirlandait. Un rituel, sans lequel lorsqu'elle est partie, j'ai eu beaucoup de mal à m'endormir...

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  11. T'es foutue ! Le Fili a son visa et le passager clandestin, en un clin d'oeil, se retrouve matelot de votre plumard. Les matinées des WE vont être belles... Doudou, Doudette, Poussin, Poussinette et le Fili, tous dans le même bateau.
    Ce matin, Mister B (mon doudou à moi) est au plus mal. Il a le nez qui coule.

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  12. Ils sont tous pareils, les Doudou, forts debout et faibles au premier rhume. Et encore plus faibles pour résister au regard de cocker du mignon Fili. Nous, c'est câlin obligatoire tous les soirs sur le lit. Mais je vire la bête et ferme la porte avant d'éteindre la lumière, c'est le compromis obtenu. Difficilement!

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  13. Le Yalta maître-chien! C'est trop bon! Morte de rire aussi...
    J'ai suivi que le doudou allait mieux mais maintenant c'est Fili qui va pas comprendre pourquoi il a plus le droit d'aller sur le lit... ;-)

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  14. On s'y croirait, c'est plus vrai que nature.
    Quelle imagination, on te croirait presque....
    Bon, il en faut bien un pour défendre le Doudou....
    Malheureusement, je dois bien l'avouer :
    Oui nous sommes a l'agonie au moindre nez qui coule, rien de plus insupportable et infantile qu'un homme malade.... Parole de pharmacien ;-)

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  15. @ pealzieubiagini trèèèèèès chaud !

    @ Deef : pour l'instant, on a réussi à ne pas l'avoir dans le lit... la nuit.

    @ Syl : plus on est de fous dans le lit... plus on rit !

    @ annie : tu es forte toi, tu réussit à vaincre le mari... et le toutou !

    @ Carole : ton filleul va bien, ne t'inquiète pas, il est même comme un coq en pâte.

    @ Patrice : je sais qu'un pharmacien me comprendrait.

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