mercredi 17 novembre 2010

Et si ma mère n'avait pas été là...


Ceci est un billet introspectif à vocation universelle.

Si vous avez envie de rigoler, ne le lisez pas.

C'est la faute de Carole si j'ai des envies d'introspection. Elle a publié aujourd'hui un très joli billet sur ce que cela représente pour elle de grandir sans mère (c'est ici). Un billet où il est question de transmission, d'héritage, de passage à l'âge d'adulte, d'enfant.

Je ne sais pas ce que c'est de grandir sans mère.

Mais mon père, qui a à peine connu sa mère, n'a cessé de me dire combien il est difficile de grandir dans un monde d'où la maman est absente. J'ai retrouvé dans le billet de Carole des échos de ce que mon père a vécu, les liens forts avec la grand-mère paternelle, la construction de soi. Bien sûr, les circonstances sont différentes, les générations aussi. Je ne sais rien des raisons qui font que Carole a grandi sans sa maman, alors qu'on m'a bien expliqué celles qui ont causé la mort de ma grand-mère en 1942, lâchée par sa famille dans un monde de douleurs et de peurs.

En lisant le billet de Carole, je me suis posée des questions que je ne m'étais jamais posées avant.

La première est relative à mon père.

Comment devient-on père quand on n'a pas eu de mère et que son propre père a fait office de père et aussi, par la force des évènements, d'ersatz de mère ? Comment construit-on un foyer quand on n'a jamais vu ses parents en couple et que le seul exemple de relation amoureuse qu'on nous ai transmis est celui contrarié d'un père auquel son fils aîné a refusé de "refaire sa vie" comme on dit vulgairement ? Comme si la vie se faisait et se dé-faisait au rythme des morts qui la ponctuent.

Ok, ok, lecteur, tu sais compter. Ça fait plus d'une question, ça.

En y réfléchissant un peu, je comprends mieux certaines brisures. Ces réactions dans les périodes de sa vie où, célibataire, mon père s'inquiétait pour moi, pour la femme qui germait en moi, je les trouvais déplacées et exagérées.

Mais quand on a grandi sans maman, que sait-on des femmes et de leur évolution ?


La seconde question est relative à mon rapport avec ma propre mère.

Que serais-je si je n'avais pas eu de mère ? Si je n'avais pas eu cette mère là ?

Ok, ok, je sais, tu que tu sais compter jusqu'à deux, lecteur matheux.

Un petit exemple en passant (l'explication par l'exemple est encore ce qu'on fait de mieux). Il y a une dizaine d'années, j'ai annoncé a ma mère que j'entamais une analyse, que j'ai besoin d'y voir plus clair. Réaction de ma mère:
- Ah mais, tu fais ce que tu veux mais je ne vais pas me laisser faire !
Cela vous donne idée de ce que ma mère pensait de nos rapports et de l'issue probable d'une psychanalyse.

Finalement, cette psychanalyse m'a réconcilié avec l'image que j'avais de ma mère. Avec ce que je pensais qu'elle pensait de moi. Avec ses défauts, avec les miens et aussi avec ses qualités qui m'exaspéraient. Depuis lors, je m'entends mieux avec ma mère que je n'avais réussi à la faire pendant les presque 30 ans précédents.

Mais si elle n'avait pas été là, s'il n'y avait eu que mon père, quelle femme aurais-je été ?

Quand on est une femme, on se construit par rapport aux autres et une fille toise sa mère, elle la jauge, elle la teste. D'ailleurs, ma mère le dit souvent, tout ce que je voulais, c'était lui manger la soupe sur la tête. Être plus grande qu'elle en taille. Elle mesure moins d'un mètre soixante. Ce point là a été plié en moins de deux !

Et je ne voulais pas lui ressembler. Je ne voulais pas être une féministe par l'exemple, avoir un super boulot quand les autres mamans attendaient à la sortie de l'école, enchaîner les amoureux à chaque décennie quand les parents de mes copines fêtaient leur noces de platine...

J'ai tout fait pour la fuir, pour ne pas être sous son contrôle, jusqu'à m'exiler en pension, où j'avais d'autres filles, d'autres images de femme en devenir auxquelles me confronter.

Je n'avais qu'une peur : devenir comme ma mère.

Malgré toute cette frénésie, cette indépendance obtenue au forceps par ma mère qui en bavé comme en bavaient les femmes qui s'affirmaient dans ces années où la notion de père de famille n'était pas qu'une expression, je ne pouvais que constater qu'elle payait une liberté totale par une grande solitude.

Et je ne voulais pas être seule.

Moi, ce que je voulais, c'était être aimée !

Et c'est très différent.

Aurait-ce été différent si j'avais grandi sans mère ?

5 commentaires:

  1. Je trouve toujours intéressant de voir la vie de ses parents avec un autre oeil, d'essayer de comprendre pourquoi ils sont comme ci ou comme ça...
    Je sais par contre que si j'avais grandi avec mes parents et continué une vie "normale", je n'aurais pas la vie que j'ai aujourd'hui et je ne serais pas la maman de ma fille et pour rien au monde, je ne voudrais revenir en arrière! Tout ce qui est arrivé avant fait que je suis mère de cet enfant en particulier... je m'embrouille un peu mais j'espère que tu vois où je veux en venir...

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  2. Grandir en opposition, cela rappelle le billet d'hier avec les ado, c'est une façon comme une autre de se construire. J'étais également dans le "tout sauf comme Maman", et je crois que c'est très partagé. Il reste à voir ce que va donner cette tendance avec... mes 3 filles!

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  3. Petite Doudette, ton billet est émouvant, très beau et j'espère que ta maman le lira.

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  4. C'est drôle, le billet de Carole m'a fait m'interroger aussi. Sachant que je suis toujours très vexé quand mon mari me dit "Fais pas comme ta mère". Compliqués ces liens mères-filles !

    Et pour le coup, oui, on serait différentes si nos mères avaient été différentes.

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  5. @ Carole : oui, s'imaginer dans la peau de ses parents et toujours un exercice étrange

    @ Annie :je me demande aussi comment ça se passera avec la poussinette

    @ Syl : alors moi j'aimerais autant qu'elle ne le lise pas ;)

    @ Isa : heureusement, on ne me dit pas souvent que je ressemble à ma mère.

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