vendredi 26 février 2010

L'art de la valise

Faire une valise idéale tient de l'acte impossible.

Ma mère faisait des listes...
... suivait les listes qu'elle avait faites pour remplir sa valise...
... et s'apercevait à l'arrivée qu'elle avait oublié de mettre "dentifrice" sur la liste...
... ce qui n'est pas un problème quand tu pars dans une hôtel-club où l'on sera enchanté de te vendre un tube de dentifrice douze euros...
... mais devient un problème quand tu pars sac au dos arpenter l'Himalaya (en sachant que JAMAIS je ne partirai sac à dos arpenter l'Himalaya, cet exemple est donc pure spéculation).

Moi, je ne suis pas ma mère.

Moi, je fais des tas.

Des tas dans mon salon.

Un tas par personne.

1. Le tas "Poussinette", tout rose, jusqu'à la petite culotte

Quand vous êtes une petite fille de 3-ans-et-demi-presque-4-ans, vous ne jurez que par le rose et ses avatars. Le plus loin du rose qu'on accepte à cet âge là, c'est le mauve. Le mauve, c'est du rose avec une pointe de bleu. Ça passe. Même la combinaison de ski est rose. Un vieux rose bien de chez nous. Messieurs mes lecteurs, sachez qu'il y des centaines de nuances de rose : rose clair, rose fushia, vieux rose, rose violine, rose violacé (non, ce n'est pas la même chose que le rose violine !), framboise, etc. Demandez à vos femmes ou à vos filles de vous expliquer la différence, ma palette de couleurs ne le permet pas.


2. Le tas "Poussin" marron et bleu foncé avec une forte dominante jean's

Le garçon de 5 ans et demi use plus rapidement ses pantalons que vous ne changez de sous-vêtements. Il est donc essentiel que le pantalon soit solide et résiste au tâches. Je ne comprends même pas qu'on autorise les pantalons blancs taille 6 ans à la vente. Le pantalon blanc ou beige clair est le cauchemar des mamans et l'aubaine des lessiviers. La tâche de boue ou d'herbe mouillée sur un tel pantalon clair est une horreur à "ravoir"... car sache, lecteur, qu'il ne s'agit pas de nettoyer la tâche mais de "ravoir" le vêtement, comme si nous l'avions jamais eu.

3. Le tas "Doudette" qui fait deux fois la hauteur des autres tas...

... parce que, même au ski, on ne sait pas quel temps il va faire et que oui, la petite robe d'été, on peut en avoir besoin.

Et non, on ne peu pas en retirer.

Mesdames, dites-le lui, vous, au Doudou !

J'ai besoin de tout... y compris des trois paires de chaussures que j'ai placées au dessus du tas. Ces chaussures sont un prolongement de moi et je ne porterai pas tout le temps des moon-boots. Il y a bien un moment (ne serait-ce que pour faire le trajet de la chambre à la salle de bain) ou j'aurai besoin de chaussures de ville, qui font la cheville fine et la jambe élancée.

4. Le tas "Doudou"

Tiens, il est où le tas "Doudou" ?

Nous sommes à quelques heures du départ et l'homme n'a pas commencé son "tas".

L'homme pense qu'il a le temps.

Entre 23 heures et une heure du matin.

Ce sera le bon moment pour jeter six boxers, trois t-shirts et un pull dans la valise.

Non, l'homme ne voyage pas léger. L'homme pense qu'il n'a besoin que de tout ça. Tout ça nous coûtera donc une garde-robe complète au prix des boutiques de station de ski ! C'est sur qu'anticiper, c'est compliqué pour l'homme. L'homme travaille du chapeau. Les considérations purement matérielles telles que le contenu d'une valise lui passent mille lieues au dessus du crâne.

Et non, non et non, je ne ferai pas son tas. Mon tas et celui des poussins me suffisent amplement.


Une fois les tas faits, je les inspecte.

L'objet de l'inspection : s'assurer que tout y est.

Comme je refuse de faire des listes (vous aurez deviné pourquoi si vous avez bien lu le début de ce message mère-fille, mode d'emploi), je puise dans ma mémoire.

Mais qu'est-ce donc qu'on avait oublié la dernière fois et qui nous a tellement manqué ???

Ah oui, les lunettes de soleil...
... l'appareil photo...
.... et le chargeur de l'appareil photo....
.... le chargeur de l'iPhone...
... non, je ne prends pas l'ordi, je vais quand même pas bloguer sur les pistes...
... quoique.... qu'est-ce qu'on fait s'il neige et qu'on ne peut pas skier ?...
... non quand même....
.... ok, je lirai (ben oui, j'ai plein de livres en retard !)...
... bon revenons à nos moutons...
... les cagoules des enfants...

Bon, je crois qu'on a tout.

Si vous pensez à quelque chose qu'on ne peut pas oublier (mais qu'on risque d'oublier), commentez ici, DMisez-moi sur twitter mais ne me laissez pas dans l'abandon.

Sur ce, je fonce admirer la technique du Doudou pour faire rentrer mes tout tout tout tout petits tas dans la toute toute petite valise.

mardi 23 février 2010

Méthodes d'apprentissage

J"ai subi ma première réclamation officielle à propos de ce blog.

Mon père, qui est en un lecteur assidu et fan critique, trouve un peu fort-de-café (qu'il ne boit pas d'ailleurs) que je le présente comme un vieux sourd, qui hurle devant le rugby à la télé, et a un humour type Almanac Vermot. Il m'a donc été demandé (ou imposé, j'sais plus) de rétablir la vérité : il n'est pas que cela.

Dont acte.

Et moi, de réfléchir à ce que mon père est d'autre...

... et tout naturellement, nous en arrivons aux méthodes d'apprentissage de mon paternel.

J'ai été élevée par un ... consultant.

Qui plus est un consultant en... organisation.

Objectif : être plus efficace et s'améliorer. Ce qu'on pourrait résumer en langage moderne par monter en compétence, comme on monte à l'échelle de la productivité.

Et comment fait-on pour y arriver sans retomber plus bas, tel Sisyphe sur son pan de montagne ?


1. La méthode des borselliers

Il y a sous la Plagne une petite station de ski joliment dénommée Champagny-en-Vanoise qui, lorsque j'étais enfant, avait encore sa ferme, ses vaches et sa tome (de Savoie) de production locale. A Champagny, on faisait de la luge, on lisait Boule et Bill, on se bâfrait de raclette et de fondue... et on montait pour la première fois sur des skis.

A Champagny, pas beaucoup de pistes et un tire-fesse de dix pilonnes : les borselliers.

L'objectif quand tu as six ans et que tu apprends à skier est de ne lâcher prise (comprendre : ne lâcher la canne du téléski) que le plus tard possible. La première fois, tu tiens deux pilonnes. La seconde trois et ainsi de suite. C'est valorisant. Tu fais toujours mieux. Et ton papa qui est juste derrière, te dit c'est très bien, tu progresses. Et tu es super fière.

Et puis tu passes six pilonnes et là, catastrophe.

A gauche, de la poudreuse et à droite... de la poudreuse. La piste damée est à cinquante mètres, autant dire à dix kilomètres à ton échelle CP/CE1. Ton père, lui, il s'en fout, il skie dans la poudreuse depuis qu'il a vingt ans et là, il est vieux, il a au moins trente ans. Du coup, ça fait super longtemps qu'il skie, ton père... mais toi, tu as six ans, la neige t'arrive à la taille. Tu es toute mouillée, tu as froid, il commence à faire nuit... ton père est tout content : tu as vu, tu as fait six pilonnes, c'est génial ! Oui, c'est génial, sauf qu'on est coincé là, et que tu ne veux plus bouger. D'ailleurs, ça y est, tu pleures, tu cries, tu hurles, tu ne peux plus avancer. Mais non, quoi qu'en dise ton père, tu ne peux pas, c'est physique. Et ton père rigole. Tu déchausses. Il prend les ski dans un bras, toi sur les épaules et vous la rejoignez comme ça, la piste. Toi, qui a réussi six pilonnes, tu domines le monde sur les épaules de ton père !

La méthode dite des Borselliers fonctionne pour tout. Les tables de multiplication, les verbes irréguliers en anglais, les même en allemand. Tu recommences jusqu'à ce que ce soit un automatisme. On t'interroge, si tu sais, tu as un rond et on te laisse tranquille, si tu ne sais pas, c'est une croix. Et tant que tu ne sais, pas, on ajoute une croix. On remplace la croix par un rond dès que tu sais. Seulement quand il y a dix croix, ça met du temps à se transformer en rond. La méthode est usante mais moi, je sais que 6 x 8, ça fait.... ça fait combien au fait ?

Dans la méthode dite des Borselliers, nous avons aussi le culte du mieux. Quand vous ramenez une bonne note, attendez-vous à entendre "et Sophie H. elle a combien ?". Sophie H. (qu'elle en soit remerciée ici, je l'embrasse bien fort) était l'étoile à atteindre, la première de la classe. Si elle avait 18/20 et moi 16/20, il fallait que je justifie la différence. Pour mon père, il n'y avait aucun défi qu'on ne pouvait relever.

Il ne fallait pas se contenter de ce qu'on avait, il fallait viser plus haut. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquels il aime tant voir (et pratiquer aussi, mon père n'est pas un vieux croulant, il m'a bien demandé de le rappeler ici) le sport...


2. Le développement de l'imagination

Un bon consultant sait que c'est en pensant hors de la boite (think out of the box, pour les anglophones) qu'on progresse.

Il y a un petit test qu'il me faisait faire enfant (on fait plein de tests quand on a papa consultant et du coup, ça aide quand on passe des entretiens) et qui illustre ce point :

x x x
x x x
x x x

L'objectif est de passer sur toutes les croix en quatre lignes droites sans lâcher le crayon... Essayez et je vous donne le résultat dès que je sais me servir de Powerpoint.

Enfant, on m'incitait à inventer des histoires avec dix mots tirés au sort (exemple : voiture, colza, dormir, cirque, diadème, voler, lapin, poupée, tendrement, épique), le tout en moins de dix lignes. Tiens, si vous avez du temps, essayer en commentaire... ou avec vos enfants. C'est ludique, ça occupe les mômes pendant que Saint-Etienne est sur le terrain et en plus, c'est hyper formateur.

Les cadavres exquis, j'en ai fait des tonnes aussi... On commence une phrase ou une histoire et les autres continuent, comme ça, et à la fin ça ne veut plus rien dire mais on s'en fout et on rigole....

Outre l'imagination, ce qu'il y a de bien avec les cadavres exquis, c'est que ça développe...


3. Le travail en équipe

Quand on a un papa consultant, on apprend vite qu'on n'est qu'un pion dans une équipe.

Du coup, on joue aux échecs... parce que, c'est comme ça.

On fait du sport... parce que, c'est comme ça aussi (on n'a pas besoin de tout expliquer quand même). En fait de sport, j'ai été la honte de la famille. Ils ont tout essayé. On m'a mis une raquette dans une main mais une fois que j'ai eu éborgné mes petites copines, on a décidé que la danse serait plus approprié. C'était oublié que l'hippopotame n'a pas les qualités requises pour réussir dans une telle discipline. On m'a alors mise au golf jusqu'à ce que je démette l'épaule de mon cousin qui se tenait debout derrière moi au moment d'un drive impromptu. Je suis alors passé du banc de touche de l'équipe de basket de mon équipe scolaire à celui de l'équipe de soft-ball (aussi mauvaise en batteuse qu'en receveuse)... Même à la balle au prisonnier, je ne m'en sortais pas.

Et le bonheur du jeu collectif, j'ai fini par le trouver sur une scène de théâtre. Rien de tel que de donner la réplique à un partenaire pour se rendre compte que, seul, on n'est rien.


4. Prendre du recul

Mais ce que mon papa m'a surtout appris, cela a été de prendre du recul sur moi-même et sur les autres... avec un zest d'humour et d'auto-dérision.

C'est que, dans ma famille, l'atavisme veut qu'on soit toujours à deux doigts de se prendre un coup dans la tronche (au propre ou au figuré, ça dépend de l'époque et de l'âge). Du coup, sans une dose de second degré, on peut dire adieu au bonheur.

Même le poussin, 5 ans et demi (et le demi compte) a bien compris que le sens de la répartie le sauverait de bien des tracas. Du coup, quand le Doudou lui demande de lui apporter une pomme pour le dessert, le poussin n'a aucun mal à répondre "dis donc papa, faut que tu apprennes à le faire tout seul" (version sophistiquée du c'est-çui-qui-dit-qui-est de nos premières années). La Poussinette, elle, a déjà compris qu'en faisant rire la galerie, elle obtiendrait plus qu'en boudant : It takes a spoonful of sugar to make the medecine go down...




Bref, au bout du compte, l'enseignement de mon papa n'a pas eu que des effets négatifs...


5. Trouver sa propre méthode

Quant au Doudou et moi, en bons juristes, nous ajoutons à ces méthodes de consultants nos méthodes d'enquineurs. Quelques exemples :
- non, tu n'as pas le droit, tu troubles l'ordre public familial.

- N'embête pas ton frère, ta liberté s'arrête là où la sienne commence.

- Ne hurle pas comme ça ! on va se prendre un procès pour troubles du voisinage.
- Tu as tapé ton copain. Qu'as-tu à dire pour ta défense ?
- Ah, c'est pas toi qui l'a cassé ? Prouve-le.
- C'est ta parole contre la sienne.


A cela, il faut ajouter notre propension à nous geekiser de temps en temps :
- Elle dit trop de gros mots, je propose qu'on la re-formate.
- Doudou, on parle dans le vide, ça refuse de s'imprimer dans leurs cerveaux.

- Il est où, le bouton off ?!?


Si on ajoute une once de psychanalyse de comptoir, un peu de fermeté, beaucoup de féminisme et surtout rien (mais alors rien du tout !) d'Edwige Antier, on se dit que, peut-être, avec un peu de chance et beaucoup d'amour, dans une dizaine d'années, nos enfants seront devenus... des ados mal dans leur peau qui rejetteront en bloc toutes nos belles méthodes d'apprentissage. Parce que, à ma connaissance, il n'y a pas de méthode d'apprentissage qui ait résisté à une adolescence normale.

Sur ce, je dédis ce message à mon papa (et à ma maman, qui ne me lit pas, par principe, ma maman étant une femme de principes, qu'on se le dise) parce que finalement, leurs méthodes ont permis in fine à ce blog d'exister.


** les images ne sont pas libres de droit.

dimanche 21 février 2010

Les JO et moi !

Je vous ai déjà parlé de ma passion pour les jeux olympiques mais nous n'avions pas encore partagé ce grand moment ensemble.

C'est que c'est pas tous les ans, les JO (prononcez jiho) !

Depuis que ce blog est ouvert, nous avons eu droit à un championnat du monde d'athlétisme, un autre de natation et quelques autres évènements sportifs marquants (à commencer par la qualification pour la coupe du monde de foot qu'on était à un(e) doigt/main de louper) mais de JO, point.

Or les voilà...

Ils sont là.

A neuf fuseaux horaires de nous.

Et je suis comme une gamine.

Le soir, je me précipite sur la télé, j'allume sur France 2 ou 3 (selon l'heure), je dîne devant la télé, je twitte devant la télé...

Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?


1. Parce que j'ai d'excellents souvenirs des JO précédents


Mon papa, qui fit mon éducation sportico-télévisuelle, n'aime que deux types de programmes à la télé :

a. le sport. Tout le sport. Le sport comme une abstraction. Le sport, dépassement de soi. Le sport, compétition honnête. Le sport, stratégie. Le sport, signe d'un homme sain dans un corps sain. Bref, le sport, dans toutes ses formes, sous tous les angles...
et
b. les films ou reportages sur la géopolitique du XXème siècle et les guerres qu'elle a engendrées, parce que c'est son siècle, notre siècle. Depuis qu'on déborde sur le XXIème siècle, il s'y intéresse aussi bien sûr.

Forcément, avec un père comme le mien, je ne pouvais pas passer à côté des JO.

Les JO, c'est à la fois un condensé de sports qu'on ne voit jamais et qui sont donc nécessairement passionnants car encore amateurs et une arme géopolitique absolue (souvenez-vous de Moscou 80 et Los Angeles 84... plus récemment, des mormons de Salt-Lake City). Sans parler de Sarajevo 1984, avant la fin de la Yougoslavie, avant les guerres de religion. Ou des tractations politico-médiatiques pour être la ville organisatrice, rappelez vous Blair vs. Chirac pour 2012, la jeunesse face à .... l'expérience.

Mes souvenirs de jeunesse sont irrémédiablement associés à des évènements olympiques. Des noms, comme ça, au hasard de ma jeunesse, qui - si vous êtes nés quelque part dans les années 1970 - ne peuvent pas vous avoir échappé :
Nadia Comaneci : et dire que je n'ai jamais su faire une roue ! Pourtant j'ai essayé, je voulais tellement lui ressembler...
Katarina Witt : elle était tellement jolie sur ses patins, une vraie princesse. Toutes mes copines voulaient devenir patineuse (attention j'ai bien dit patineuse, contrepèterie interdite, nous avions 5 ans !). Forcément aujourd'hui, Brian J. et sa maman cassent le mythe.
Sergei Bubka : parce qu'il était grand, parce qu'il était russe, parce qu'il symbolisait à lui seul la fin de la guerre froide.
Carl lewis : dites, les pré-quadras, ne me dites pas que vous n'avez pas une fois rêvé de danser un tango avec le géant Carl ?

Je revois Marie-Jo Pérec interwievée sur Canal + au beau milieu des JO d'Atlanta en 1996... et le sourire de François Pécheux, un peu amoureux de notre star nationale. Faut dire que, pour les JO d'Atlanta, je mettais le réveil à l'aube pour voir les premiers directs. C'était l'été, il faisait beau, j'aurais du passer des heures dans le jardin. Or, je passais mes journées enfermée dans la maison. François Pécheux était mon copain de télé. Il était jeune, il était drôle et l'animation sportive prenait un nouvel essor.

Pour Athènes, en 2004, je venais d'accoucher. Du coup, je passais tout mon temps éveillé (et il y en avait du temps éveillé un mois après la naissance), le poussin dans les bras, à admirer les exploits de nos français en aviron et en kayak... Le Doudou rentrait déjeuner pour voir son fils et... se mettait à hurler devant les finales d'escrime. Les premières semaines de notre fils ont été bercées par des ready steady go...

Il n'est donc pas étonnant que ce soit en famille que nous ayons vibré devant les exploits d'Usain Bolt à Pékin. Il pleuvait en Bretagne cet été là et nous avons donc passé beaucoup de temps devant la télévision. C'est beau un homme qui court. C'est beau un homme qui gagne. Comme ça.

Et nous voici devant les JO d'hiver de Vancouver...


2. Parce que observer mon fils s'enflammer pour le biathlon est un grand bonheur

Les premiers jours des JO 2010, le week-end dernier, on a allumé la télé et zappé sur France 3, comme ça, parce que le poussin a peur du journal et qu'il zappe dès que la tête de Pujadas apparaît. Mon fils vit dans un monde de douceur et n'a pas l'intention de se confronter aux réalités du monde avant un bon bout de temps. Le sport, ça ne risque rien. Même quand on perd, on ne meurt pas (je vois les objections fuser, disons, que ce n'est pas le but du sport de mourir à la fin).

Du coup, nous sommes tombés (presque) par hasard sur les épreuves du sprint du Biathlon. Ça lui a tout de suite plu au poussin ces gens qui skiaient avec un fusil... Il a mis 30 secondes à comprendre les règles... alors que, moi, je rame encore. Mais si maman, tu vois, c'est couché, debout, couché, debout, c'est simple pourtant !. Et de jeter un regard exaspéré à cette mère (moi) qui ne comprend décidément rien à rien.

En plus, mon fils n'est pas dupe. Il l'a dit dès le début : Pourquoi le Monsieur dans la télé, il dit que les français vont gagner ? C'est vrai maman ? Parce qu'ils ne gagnent pas souvent on dirait. Moi, je suis pour les suisses. Donc, mon fils est pour les suisses. De ce fait, au tableau des médailles, il est le plus fort de la famille, les autres étant demeurés chauvins malgré l'adversité et une absence de médaille depuis plusieurs jours maintenant.


3. Parce que les commentaires sont très amusants
, du premier au dixième degré

Heureusement que je ne suis pas une blogueuse influente parce que, sinon, la rédaction de France Télévision me sauterait sur le haricot.

M'enfin, faut se rendre à l'évidence, la rédaction Sport(s?) de France Télévisions s'y connaît à peu près aussi bien en sports d'hiver que moi en tricot. Non pas qu'ils ne s'y connaissent pas du tout, faut pas exagérer, ils ont pris des cours de théorie, mais en pratique c'est poussif. Ça lit des fiches sur les concurrents, ça apprend par coeur les règles pour les recracher derrière le micro.

C'est plat. C'est mou. On s'endort.

Nous avons tout d'abord les fiches biographiques récitées sans même y mettre le ton : celle du fils de bergers suisses sans poste de télévision - crime de lèse-audimat - qui saute 140 mètres à ski était croquignolesque à souhait. Savoir qu'une jeune américaine pose en maillot de bain avant de gagner en ski alpin est également... inutile.

On constate également un nombre considérable de métaphores sportives empruntées à des sports plus connus, métaphores qui sont pour la plupart des perles de lieux communs :

- le ski de fond est, surtout pour Patrick Montel, un ersatz de cyclisme sur neige ou de course de demi-fond. A l'en croire, la stratégie est la même, les enjeux sont les mêmes. Nous avons même eu droit à une définition du tour de ski digne d'Ubu : un Tour de France d'Europe à ski (sic !).

- le golf est le sport de référence : en saut à ski, c'est comme au golf, on peut réussir un très long coup de club (sic, itou) une fois et rater le coup suivant. Ouh, là, là, il est pas en forme le concurrent français, il ne doit pas avoir le mental. C'est comme pour les golfeurs, le mental, c'est l'essentiel. Juste une question : si le mental joue tellement dans une victoire, comment se fait-il que seuls les français pêchent pas leur mental ? Les autres sont mauvais, nous, on a un mental de nazes...

- les jeux de mots sont à la mords-moi-le-noeud (si, si, vraiment). Tiens par exemple, à propos de Maria Riesch, médaille d'or : L'Allemagne est riche, Riesch de Maria. Ne me dites pas qu'il n'essayait pas de la caser depuis des heures, celle là.

Ce ne sont là que quelques exemples... les jeux ne sont pas terminés, je propose qu'on relève tous les perles et qu'on les mette en commentaire de ce message. On pourra faire une compil' à la fin des jeux.


Bref, je déteste le sport mais j'adore les JO.

Vivement Londres !!!!!
(tiens, si on y allait en famille ?)

vendredi 19 février 2010

Voilà, c'est fini...

Ce n'est pas comme si ce n'était pas un évènement programmé depuis des semaines, voire des mois, pourtant ça m'a frappé comme un ouragan qui fonçait sur moi (oups, pardon, je m'égare).

... ce soir, j'ai rendu mon badge à GrandChef et je suis désormais officiellement sans emploi...

C'était prévu, le compte à rebours avait commencé par un dîner d'adieu et un pot de départ.

Et maintenant, c'est fait.

Rien n'a vraiment changé... et pourtant...


1. Je n'ai plus de BlackBerry

Ça n'a l'air de rien, dit comme ça.

Si vous ne ressentez pas au plus profond de votre chair la marque indélébile du BlackBerry, vous ne pourrez pas saisir l'angoisse qui peut m'envahir depuis que j'ai tendu la bête au Monsieur du Helpdesk qui me l'a réclamée.

Le BlackBerry, c'est un prolongement de l'avocat d'affaires. L'outil par excellence.

Cela sert à tout : communiquer, téléphoner, se renseigner, lire l'heure, prendre des photos inutiles, organiser les dîners avec les copains et accessoirement les rendez-vous clients.

C'est le premier truc qu'on regarde quand on entre dans le métro (certains le consultent même au petit dej' mais moi j'ai un iPhone aussi, alors bon, je dois faire un choix cornélien chaque matin), le dernier quand on se couche. Ne me dites pas qu'il ne vous ai pas arrivé également de jeter un oeil à la couleur de la petite lumière avant d'aller au lit ? Généralement, après avoir hésité douze secondes, vous vous précipitez sur l'objet, pourtant rangé pour la nuit, parce que ça clignote rouge et que, on ne sait jamais, c'est peut-être urgent. Et c'est comme ça que vous (comme moi) vous retrouvez en conf. call. à 22 heures parce que, oui, c'était urgent et que vous auriez mieux fait de ne pas le consulter, ce message !

Le BlackBerry est l'unique lien avec le bureau, avec les clients quand plus rien ne fonctionne, quand les vacances battent leur plein, quand le film à la télé est nul ou que les copains qui vous ont invité à dîner nous rasent.

Le BlackBerry est l'ennemi du conjoint. Le conjoint voit dans cet objet maudit un(e) rivale imbattable. Comment vaincre un machin qui tout à la fois rassure et donne un sentiment de puissance ? Le Black, c'est le sabre laser du Padawan qui travaille du chapeau. Mieux que la coke, mieux que le RedBull. Un p'tit coup (d'oeil) et ça repart.

Du coup, ne plus avoir de BlackBerry, c'est ne plus être rassuré. Ne plus être puissant.

On n'est plus que soi, un être de chair et de sang.

...

Il faut apprendre à vivre sans lui, seul avec soi-même. Et ça, c'est une épreuve d'apprendi-Jedi. Je teste depuis ce matin, 10:33, heure de la restitution du matériel... Pour l'instant, aucun signe de manque mais ça fait moins de 12 heures....


2. Je n'ai plus de bureau

Depuis 9 ans et 19 jours, chaque matin, je me lève, je prends le métro, j'arrive au bureau, j'allume mon ordi qui met 15 minutes à se mettre en route. Pendant ce temps, je sirote un mauvais café avec ceux qui comme moi n'arrivent pas trop tard puis, une fois l'ordi allumé, je consulte les emails avec pièces jointes (les autres, je les avaient compulsés dans le métro - cf. ci-dessus). Je mets mets au boulot et la journée défile.

Ce matin aussi, j'ai fait tout cela.

Je n'ai pas vraiment réalisé que c'était la dernière fois.

Je n'ai pas réalisé que tout ce que je faisais, je le faisais pour la dernière fois. Quand on a fait les choses neuf ans de suite (vacances et congés mat' exceptés), on ne réalise pas que cela peut cesser. Même si on le sait. Ben non, lecteur, savoir et réaliser, ce n'est pas la même chose.

Toujours est-il que ce soir, à 18:32, j'ai éteint la lumière de mon bureau pour la dernière fois, fermé la porte pour la dernière fois et je suis allée dire au revoir à quelques personnes pour la dernière fois.

Ce n'est qu'une fois dehors, dans la rue, en direction du métro, que j'ai pris conscience de la chose. J'ai eu un brusque coup de blues. Du coup, je suis allée chauffer la carte bleue au DisneyStore et les poussins ont désormais d'adorables chaussons grenouille, rapport à la Princesse et la Grenouille pour ceux de mes lecteurs qui sont passés à côté du nouveau phénomène disneyant.

Puis, j'ai pris le métro comme d'habitude avec mon sac Disney qui filait les bas de toutes le filles un peu pressées qui se collaient à moi. Je savais que je ne prendrais plus cette ligne pour aller au bureau, que j'allais switcher pour le RER mais cela ne m'a plus pu émue que cela.

En sortant du métro, j'ai téléphoné à mon père sur le chemin du métro à la maison, comme je le fais (presque) tous les soirs...

Et c'est quand mon paternel m'a demandé comment ça allait et que je lui ai répondu c'était mon dernier jour aujourd'hui que tout est remonté.... à commencer par les gros sanglots que j'avais refoulé toute la journée.

Ça m'a prise par surprise ce gros chagrin de bébé.

J'étais ridicule avec mes lourdes larmes qui coulaient... et mon rire idiot, pas dupe de la situation.

Mon père était hilare (MDR diraient nos amis geeks).

- M'enfin, t'es contente quand même ?, a-t-il tenté entre deux éclats de rire
- Oui mais quand même, ai-je répondu entre deux sanglots.

Ben oui, quand même.

Je laisse tout un pan de ma vie derrière moi et, même si je pars vers de nouvelles aventures très excitantes, je ne peux m'empêcher de regarder avec tendresse ce (et surtout ceux) que je quitte.

Je ne sais pas si mes copains du bureau me lisent mais je veux leur dire ici ce que je n'ai pas su leur dire : vous allez me manquer... me manquer à un point...

Et ben voilà, je pleure.

C'est grotesque de pleurer sur un blog ! En plus ça fait des gouttes sur le Mac, le Doudou va encore râler. Vous imaginez que les larmes et le sel qu'elles contiennent bousillent sa machine ?!? Vous croyez que je serais pardonnée parce que je suis une fontaine ?

Bon, je sèche mes larmes et je vais embrasser mes grenouilles qui ne comprennent pas que leur maman soit triste de quitter son boulot alors qu'elle est contente de changer de travail. Faut dire que, à leur décharge, ce n'est pas évident à comprendre.


Dans deux semaines, j'aurai un nouvel emploi, un nouveau bureau et sans doute un nouveau BlackBerry...

... ouh là... j'espère que ce sera un BlackBerry... Imaginez qu'ils me donnent... un HTC ?

samedi 13 février 2010

Les petits noms

Beaucoup ont chanté les petits noms ridicules que les amoureux se donnent... mais peu nombreux sont ceux qui se sont attaqués à ceux dont nous, parents gâteux, affublons notre marmaille. Pourtant, ces petits noms sont révélateurs de la façon dont voyons nos enfants et nous représentons ce qu'ils sont où que nous voudrions qu'ils soient.

A suivre plusieurs d'entre-vous sur twitter qui, comme moi, souhaitez cacher le prénom que vous avez passé des heures à choisir par envie (et surtout besoin) d'anonymat, je me rend compte que le champ des possibles est large.

J'ai donc noté, dans le cadre d'un recensement totalement subjectif, les suivants:

- le petit de l'homme est mon préféré parce qu'il rappelle Kipling et montre que le fruit tombe d'un arbre. Les lignées familiales me touchent beaucoup.

- dans le même esprit, nous avons Junior#1 et Junior#2, adorables petits gars qui doivent être l'instar de leur papa, espiègles et chenapans.

- mini-moi est-elle la copie conforme de sa maman ?

- Prem's, deuz' et tit' der (collectivement les Moopys) sont comme leurs parents, pleins de joie et de fun. Ca saute, ca chante, ca fait le clown. Et si on ajoute à cette fratrie, le chat-patate et le chien-renard, on s'aperçoit que la petite famille est bien plus grande qu'il n'y parait.

- ailleurs, nous avons Choupie, qui m'a tout l'air d'une chipie croquignolesque.

- chez l'adolescent ou le pré-ado, nous avons quelques gnomes de mamans attendries de voir leur enfant devenir homme.

Chez nous, bien sûr, nous avons le petit poussin et la poussinette (collectivement les poussins) dont je suis la mère poule, à la fois étouffante et picoreuse. Dans l'intimité de notre maison, désormais partagée avec toi, ami lecteur, la poussinette est ma princesse et le poussin mon petit prince. C'est une lignée royale, notre famille, sur laquelle règnent le Doudou et sa Doudette, monarque d'un royaume d'amour et de rires. Ce qui me fait penser que, vu comme ça, ma mère est la reine mère et que je ne suis pas certaine qu'elle apprécie la comparaison.

Quand j'étais enfant, ma mère m'appelait nounours (parce que j'adorais les câlins) et mon père chnoupy ou le chnoup's (ben... parce que quoi... D'ailleurs, tiens, peut-être peut-il expliquer en commentaire le pourquoi de ce surnom... euh... original).

Le Doudou, enfant, était Koudou, du nom de l'animal africain du même nom. Pourquoi ? Parce que son père lui avait envoyé une carte d'Afrique représentant un Koudou que le Doudou avait adoré.

Pour ceux qui n'aurait jamais vu le Koudou, la photo de gauche vous donnera une idée du regard amoureux du Koudou-doudou et de la taille de ses oreilles !

Il semblerait que Raymonde, la maman de Brian Joubert (celle qui lasse les lacets des patins d'un grand enfant de 25 ans) affuble son grand dadet de l'adorable surnom de Baboo. Moi, si on m'appelait Baboo, je finirais également dix-huitième du programme court !

Et vous, quels petits noms donnez-vous à vos enfants ?

et quels noms vos parents vous donnaient-ils ?

Mon Valentin

En cette période de Saint-Valentin commerciale et après plus d'un an de blogage intempestif, il est temps que je vous raconte nos débuts, au Doudou et à moi.

Il était une fois...

1992

J'entre en licence, je suis grosse, je suis mal dans ma peau. Je prends des cours de théâtre, je fais genre je m'y connais en opéra. J'achète Télérama chaque semaine.

J'ai la même bande de copains depuis le lycée et d'autres amis que je viens de rencontrer sur les bancs de l'université. Je sors beaucoup. Je réussis mes examens sans (trop) travailler.

Je milite pour le traité de Maastricht, parce que je suis fédéraliste.

Bref, je suis une post-ado normale.

A la fac, il y a un garçon tout comme je les aime. Il est aussi réservé que je suis extravertie, il porte des lunettes. Il joue de la clarinette (du moins il le dit). Il aime l'opéra. Il joue au Tetris et au Démineur sur un ordinateur super moderne. Il a des copains avec lequel il fait des jeux de rôles. Quand on se croise, il me sourit.

En plus, c'est un vieux, il est en maîtrise, lui (pour mes jeunes lecteurs, je rappelle que la maîtrise s'est transformée en Master 1 par le prisme d'une directive européenne transposée en France il y a quelques années).

Je fonds...

Mais je suis grosse, je suis moche, je ne m'aime pas et n'imagine pas qu'on puisse m'aimer.
(ne pleurez pas, ça s'arrange à la fin).

La fac organise un voyage aux sports d'hiver. J'en suis. Il en est.

Comme la neige, ça glisse, dès le premier jour, je m'accroche à son bras pour descendre vers le restaurant dans le village (je suis grosse, je suis moche mais... je reste une fille, je sais manipuler). Je fais amie-ami. Je lui parle de moi, il me parle de sa famille. On sympathise.
- Tu fais quoi demain ? On skie ensemble ?, je demande, naïvement (ou presque).
- Y en a qui vont à la messe. On se retrouve après ?
A la messe ? Vade retro !!!!
Tout à coup, son bras m'intéresse nettement moins...

... Sauf qu'il est craquant avec ses lunettes, quand même...

Mon grand copain R., auquel je ne peux rien cacher me pousse à l'attaquer de front.
- Qu'est-ce que tu risques ?
- qu'il ne veuille pas...
- Et alors ?!?
Alors, en plus d'être grosse et moche, je serais humiliée. Il ne comprend rien aux filles, R. !

Bref, jusqu'à ce que je termine mes études, je salive à chaque fois que je croise ce jeune homme à lunettes. Mes yeux lancent des éclairs concupiscents. Je minaude, oeillades et moues boudeuses. Je lui parle, très sûre de moi, du dernier film d'Angelopoulos et des débuts de Céline Samie au Français. Il se doute de quelque chose, j'en suis sûre. Je le drague ouvertement, il ne peut pas ne pas s'en rendre compte. La preuve, je lui propose de prendre un abonnement jeunes à l'opéra. On y va ensemble une fois par mois. Mais rien. Je ne l'intéresse pas, je le sais.

Et R. qui continue de me dire que les garçons sont cons et aveugles et qu'il faut que je sois plus claire.
- Comment tu veux que je sois plus claire ?
- Saute lui dessus !
- Jamais de la vie.
- Alors arrête de te plaindre.
Fin de la discussion.

On finit la fac. Le garçon aux lunettes part vivre à l'étranger (on parle d'un temps où les jeunes gens éduqués cherchaient une planque pour éviter l'armée et devenait volontaire pour le service national à l'étranger afin de ne pas crapahuter dans la boue). Je n'ai plus de nouvelles.

Je commence ma vie de femme. Je travaille. Je travaille ! Je travaille... Le travail, c'est mon truc à moi. Je suis "efficace" (c'est pas moi qui le dit mais ça m'aide bien), du coup, comme je suis efficace, je fais ce que font les filles efficaces : je travaille et, comme j'ai du temps, je m'amuse.

Et puis à un moment, je travaille tellement que je n'en peux plus et il ne me reste plus qu'une chose à faire : travailler... sur moi.

2002

En 2002, j'ai tellement travaillé sur moi que j'ai perdu 20 kilos et gagné en confiance en moi.

Je travaille toujours au sens professionnel du terme, rouage "efficace", parce que travailler, c'est essentiel et que j'ai à peine commencer à cotiser à la retraite. J'aime toujours le théâtre (pour y assister), je peux m'offrir un place d'opéra et suis désormais abonnée à Télérama. J'ai toujours des copains, les mêmes qu'en 1992. Et d'autres qui sont venus se greffer. Je sors toujours autant.

Je suis célibataire et n'ai pas connu d'aventures vraiment sérieuses.

Je ne sais pas pour qui voter parce que le fédéralisme n'est plus à la mode. Du coup, je m'apprête à regretter mon vote "mou" mais je ne le sais pas encore.

Un jour, au printemps, je déjeune avec un collègue de bureau qui s'intéresse à mes études. Je lui raconte mon parcours. Il me dit :
- Ah, ben tu devais y être en même temps que A., non ?
A., c'est lui le garçon à lunettes, celui qui me plaisait tant ! Si c'est pas un signe, ça ! Je jubile, mon coeur bat la chamade, je suis toute excitée.
- Euh... peut-être... comment tu dis déjà ?
Le collègue me redonne le nom.
- Ah oui, je crois que je vois... Il fait quoi maintenant ? Je croyais qu'il vivait à l'étranger ?
- Non, il est rentré depuis longtemps.
Encore un qui est parti en VSNE et qui rentre mariée à une étrangère... je vois le genre.
- ah ouais...
Je la fais bien, la fille pas du tout intéressée ?
- oui, il sort d'une histoire pas terrible, il a rompu avec une fille et ça s'est mal passé...
Rompu ? Comment ça rompu ? Il est libre le gars ?
(je rappelle que cela fait près de dix ans que je n'ai pas vu l'énergumène et qu'aussi bien, il peut avoir perdu tous ses cheveux et pris les vingt kilos que j'ai évacués).
- Du coup, ça doit pas être facile en ce moment...
La compassion, y a que ça ce vrai.
- Non, non, t'as pas compris, il a rompu y a deux ans... maintenant il va bien. Juste qu'il est célibataire et qu'il ne voit pas beaucoup de monde. Comme toi, tu sors beaucoup, je me disais que, vu que vous vous connaissiez avant, tu pourrais peut-être lui présenter du monde.
Le collègue me demande de lui présenter mes copines ou j'ai mal entendu ? Non, alors, je sais qui je vais lui présenter moi...

Au final, le collègue donne mon email au garçon à lunettes, on échange quelques messages et on se donne rendez-vous devant le café Marly, à côté de la pyramide du Louvre.

Il n'a pas beaucoup changé, le garçon à lunettes. Quelques années de plus, un - tout tout tout tout - petit peu moins de cheveux mais toujours un joli sourire et toujours des lunettes. En détaillant un peu plus, les chaussettes blanches dans les chaussures bateau, c'est pas top. Mais je suis dans ma phase surtout ne pas s'arrêter aux détails, sinon, tu ne vas pas t'en sortir... du coup, je passe outre. Comme quoi, ça sert de travailler sur soi.

On se voit souvent, le garçon à lunettes et moi.

Je décide qu'il me plaît et que je ne vais pas lâcher prise facilement.

Il me raconte que son truc à lui, en ce moment, ce sont les jeux en ligne. Ca fait longtemps que la clarinette, il a laissé tombé. En plus des jeux en ligne, il programme. Programmer, ça signifie passer des heures devant un ordi à aligner des lignes de codes. C'est la première fois que je rencontre un garçon qui programme. C'est exotique. Et chronophage. M'enfin, qui je suis pour juger, moi, je passe mes dimanches au bureau...

On va voir des expos ensemble.

Parfois, je laisse plein de messages sur son répondeur et j'envoie des emails. Et il ne répond pas. Puis quand je le rappelle, la cinquième fois, il dit qu'il n'avait plus de batterie et n'avais pas ouvert ses emails. Je fais semblant de le croire. Il prend l'air étonné. Il s'excuse, dit qu'il est super content d'avoir des mes nouvelles. Je m'emballe. Mais pas trop. Et ca recommence. Parfois, il ne me rappelle pas pendant une ou deux semaines.

Je suis patiente.

On se voit de plus en plus souvent.

Le soir du premier tour des élections présidentielles, il est chez ses parents. Moi, chez un pote. Il est la seule personne que j'ai envie d'appeler. Et je l'appelle. Et je pleure. Et il me console. Lui enfermé dans un couloir, chez ses parents, moi sur le lit, chez mon pote, au milieu des blousons entassées. Ce jour là, je sais que c'est Lui.

Quelques jours plus tard, je l'emmène rue des rosiers et on fait une razzia chez Florence Filkenstein. Dernier test. Mon homme, celui avec lequel je vais passer le reste de ma vie, doit aimer le pastrami, le foi haché, le pain au cumin. Sinon... Sinon quoi ? En fait, je n'ai pas à me poser la question parce qu'il aime tout de suite et en reprend deux fois.

Du coup, notre premier baiser a une goût de cuisine d'Europe centrale.

C'est R. qui aura le mieux résumé cette histoire, quand je lui ai dit que j'avais un nouvel amoureux et de qui il s'agissait :
- T'as de la suite dans les idées, toi !

Un jour, si vous êtes sages, je vous raconterai la rencontre aux parents...


NB. Ce message est mon cadeau de Saint-Valentin à mon Doudou d'amour. Parce que, près de huit ans plus tard, je suis toujours aussi heureuse d'avoir ainsi eu... de la suite dans les idées.

L'épreuve du passeport

Lundi 8 février 2010.

Je prends mon courage à deux mains (oui, mon courage tient dans deux mains) et je me présente à l'antenne de la préfecture du XIIème arrondissement parisien pour faire (re)faire un passeport périmé.

Il est environ 8:40 quand je pousse la porte.

Le lieu est petit, tout en longueur.

A l'entrée, un comptoir arrondi derrière lequel se tient une dame dont on voit à peine le haut du crane, le café chaud à la main, et au dessus du bout de crâne un panneau lumineux qui annonce 12. Dans l'enfilade, six guichets cachés par un genre de plaque métallique, dont deux seulement sont occupés. Au dessus de ces guichets, un panneau lumineux indiquant les chiffres 03. Enfin, au bout de l'enfilade, un autre comptoir au dessus duquel sont écrites les lettres C.A.I.S.S.E. Derrière ce dernier comptoir... personne. En face de la rangée de guichets, quelques chaises, toutes occupées par des gens emmitouflés dans de grosses doudounes.

La dame sous le panneau lumineux 12 m'aperçoit, avale une gorgée de café et marmonne:
- prenez un ticket.
Je prends un ticket. Mon numéro (gagnant ?) est le 23.
Je m'approche de la dame et lui demande:
- Vous pourriez me donner un formulaire pour les passeports, j'ai toutes les pièces sauf ça, s'il vous plait ?
oui, j'ai bien dit s'il vous plait. Parce que je me méfie, voyez-vous. Une impolitesse et votre numéro se transforme de 23 en 32 par un coup de la préfecture. Sont magiciens, à la préfecture.
- Vous voulez un passeport, voilà la liste des documents demandés.
- Euh.... je veux juste un formulaire.
- C'est quoi votre numéro ?
- 23.
- Là, j'en suis à 12, dit-elle en pointant sa tasse vers le panneau lumineux au dessus de sa tête.
- Oui, je comprends mais je souhaite juste le formulaire pour l'instant.
- ...
- Pour le remplir.
- ...
- En attendant.

Je vois une lueur d'intelligence derrière la fumée de son café. Elle me tend le formulaire.
- Je mets aussi la liste des pièces dès fois que vous n'auriez pas tout.
- Je l'avais téléchargée sur le site internet.
- Ah.... internet....
Je n'ai toujours pas compris si le Ah... internet... signifiait heureusement qu'internet est là pour nous simplifier la tâche... ou bien voilà qu'internet nous pique nos boulots maintenant !
Je cherche encore.

Je me trouve une petite place assise et je sors mon iPhone. Faut bien s'occuper....

Une dame d'une cinquantaine d'années, vulgaire, maquillée comme une grue et portant un manteau en faux léopard tout à fait assortie à ses cuissardes en faux crocodile, et sa fille, adolescente volubile, s'installent à côté de moi. Ca piaille. Ca grommelle. Je twitte.

Les numéro s'égrainent. Lentement.

Au dessus de la dame au café, on arrive péniblement à 17, tandis qu'on est encore à 05 au dessus des guichets, toujours occupés au tiers.

- Maryyyyyyyse, tu peux t'occuper des retraits ?, hurle la dame au café à l'une des deux dames aux guichets.
- Okay, envoie !

On envoie donc un monsieur à la mine triste... qui attend là depuis presque aussi longtemps que moi. J'entends le monsieur murmurer à la dame au guichet qui le reçoit.
- Dites, juste pour récupérer une carte d'identité, c'est super long, là...
Et la dame de répondre:
- M'enfin, monsieur, vous avez vu le monde qu'il y a !
- Ouais, mais quand même, c'était juste pour un retrait...
- Devriez être content, c'est pour ca que j'vous prends.
Je pense "par derrière ?" mais je ne devrais pas. C'est l'attente, ça me rend grivoise. Je réalise alors que ce sera le même cirque pour récupérer mon passeport.

Les numéros continent de défiler, un à un, à la vitesse d'un escargot....

Enfin le 23 s'affiche au dessus du crâne de la dame au café.

Dès fois qu'on n'aurait pas les yeux rivés sur l'afficheur, la dame au café (qui n'a plus de café) hurle:
- le vingt-euh-trois !!!!
Je me lève.
- C'est moi.
Elle me regarde.
- Votre ticket, s'il vous plait.
La confiance règne ! Je le lui tends.
- C'est pour quoi ?
- Une demande de passeport.
- Montrez-moi le dossier.
Je lui tends une pochette dont elle examine chacune des pièces.
- C'est bon. Attendez qu'on vous appelle. Les guichets, là.
Et elle me montre la rangée de six guichets comme si je venais juste d'arriver.

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage...

Au dessus des guichets, numéro affiché : 13.

Je me dis que celui qui a tiré ce numéro a de la chance... Il arrive au bout de son calvaire.

Je me trouve une nouvelle place assise, à côté d'un couple de personnes (très) âgées.

- Madame Duchemin !, appelle une dame derrière l'un des six guichets, qui se remplissent peu peu (la pause du matin doit être parvenue à son terme).
Personne ne vient.
La dame derrière le guichet interroge sa collègue :
- Le rendez-vous de dix heures n'est pas là. J'fais quoi ?
- C'était quoi ?, demande la collègue.
- Un passeport.
Je sursaute. Pour deux raisons :
(1) il est déjà 10 heures, ca fait prêt d'une heure et demi que je poireaute...
(2) c'est quoi cette histoire de rendez-vous ?!? On peut avoir des passe-droits. Comme à l'hôpital ? Consultations privées ?
La collègue soulève les épaules, soupire... et ne répond pas à la question de la dame au rendez-vous en retard, qui s'en trouve fort dépourvue.
- Maryyyyyyse, crie la dame au rendez-vous manqué, qu'est-ce qu'on fait quand le rendez-vous ne vient pas ?
et Maryse de répondre, tout aussi distinctement, du fond de la salle :
- T'en prends un autre !!!
Et hop, le 14 s'affiche. Plus que neuf !

Comme tout le monde en a assez d'attendre, les langues se délient. Les gens papotent. A côté de moi, le couple de personnes (très) âgées vient récupérer des cartes d'identité. La première fois, on leur a demandé des papiers vieux de quarante ans, de la mairie de leur mariage. C'est donc la troisième fois qu'ils viennent et font la queue. Ils n'ont pas beaucoup d'argent. Ils ont quand même dû faire un aller-retour en province pour récupérer les papiers parce que, là-bas, c'est un petit village, rien n'est informatisé. La dame (très) âgée sourit. Elle dit que, eux, ca ne les embête pas d'être là, ce n'est pas comme s'ils étaient attendus quelque part... Le monsieur (très) âgé dit "ils ont dit trois semaines, là, c'est bon, ils nous donnent nos papiers et on s'en va". La dame (très) âgée lui caresse le bras, me regarde et sourit. Elle dit "il est impatient, je lui ai expliqué qu'on serait plus sûrs lundi mais il a a voulu venir quand même aujourd'hui, si cela se trouve, ce n'est pas prêt". Je lui rends son sourire. Un amour de quarante ans, ca se respecte.

Numéro 19.

Un monsieur en costume, noeud de cravate impeccable, le Blackberry dans la main, le dossier dans l'autre, s'approche d'un pas assuré vers le guichet juste devant moi. Il s'installe, l'air exaspéré de l'homme qui a perdu sa matinée. Il souffle.
- C'est pour quoi ?
- un renouvellement de carte d'identité.
- Votre dossier s'il vous plait.
Le Monsieur le lui tend.
- Vous n'avez pas rempli le formulaire ?, demande la dame, incrédule.
- Ah bon ? Fallait ?
Je suggère aux salariés qui reportent au monsieur au Blackberry de lui rétorquer, à la prochaine relance pour un truc en retard, ah bon ? fallait ?, histoire de voir sa réaction.

Une jeune femme entre, pressée.

Elle se précipite, essoufflée, sur le comptoir de la dame au café :
-J'suis m'dame Duchemin, j'avais rendez-vous, j'suis en retard, j'suis désolée.
Elle parle encore plus vite que moi, c'est dire.
- Z'êtes en retard. On vous attendait à dix heures. Il est dix heures dix-huit.
- J'sais, j'suis désolée, la neige, le bus..
- Attendez-là.
La dame au café fait un pas en arrière:
- Claiiiiiiiiiiiiiiiire, le rendeeeeeez-vous est lààààààààààà !
Ca réveille tout le monde.
- J'm'en occupe quand j'ai fini, répond la dame du guichet, qui s'occupe encore du numéro 14.

Zut, zut, zut, on vient de me griller d'une place.

Je prends mon mal en patience...

.... C'est loooooong.

J'ai ôté mon manteau depuis longtemps mais les autres non. Ils doivent étouffer sous leurs triples épaisseurs. Dehors, il fait un froid de gueux mais, ici, ca va. On se tient chaud. D'après les explications recueillies auprès de tiers autorisés, l'administré garde son manteau parce que l'ôter reviendrait à abdiquer face à l'administration et admettre qu'on va y passer la matinée (non, pas la journée, je refuse d'y passer la journée).

Numéro 21.

On s'approche. Je me sens fébrile. Un peu comme le coureur au moment où le starter entonne un tonitruant A vos Marques ! Ou comme l'acteur qui monte sur scène. Ou comme l'élève qui passe à l'oral. J'ai des tas de comparaison éculées comme ça, suffit de demander. Question essentielle : serais-je à la hauteur ?

- Le 23 !
Je m'approche du guichet.
- Bonjouuur...
Je lui sors mon plus beau sourire. Les enfants l'ont entendu au moins mille fois : on obtient plus de choses avec un sourire :)
- C'est pour quoi ?
Je me demande combien de fois cette question est posée dans une journée.
- Un passeport.
- Le dossier, ordonne-t-elle, main tendue vers moi.
Elle l'examine.
- Vos timbres fiscaux, là, c'est pour que moi, je fasse la photo.
- Oui mais j'ai déjà fait les photos.
- D'accord, mais on va recommencer.
On recommence donc et je comprends l'utilité des plaques métalliques derrières les chaises. Dire que j'ai payé 8 euros les photos chez un photographe professionnel !

La dame pianote sur son ordinateur.

Elle tape frénétiquement sur une touche.

Je suis assez geekette pour savoir que, quand on tape frénétiquement sur quoi que ce soit d'électronique, ca sent le roussi.

- Un problème ?

- Je suis obligée de redémarrer, M'dame.
Et de joindre le geste à la parole. Elle éteint à l'ordi à la sauvage. Le helpdesk du bureau s'étoufferait mais, dans l'administration, ca semble être la procédure d'usage. Tandis que l'ordi redémarre, la dame prend un calendrier et l'examine consciencieusement. Peut-être tente-telle de l'apprendre par coeur. Premier janvier, deux janvier, trois janvier...
L'ordinateur semble être une forte tête. Il refuse de s'initialiser.
Re-redémarrage.
- Je travaille pour l'informatique en fait, dit la dame au guichet, vous savez, c'est vraiment pas facile en ce moment...
Je refuse de me mêler au débat qui oppose, depuis les débuts de la révolution industrielle, l'Homme à la machine.
- On ne peut pas faire quelque chose d'autre pendant ce temps ? Signer des documents par exemple...
La dame me dévisage, tétanisée.
- M'enfin, M'dame, bien sûr que non ! Y a un ordre. C'est la procédure.

On attend donc que l'ordinateur daigne fonctionner.

Au bout deux trois minutes, rien ne se passe.
- Ca ne marche toujours pas ?
Je sens que je vexe la dame, qui tourne l'écran vers moi.
- Regardez par vous-même. Ca bloque à 75 %.
Et effectivement, je vois distinctement un une barre remplie au trois-quart avec 75 % écrit dessous (arghhhhh, la loi de Murphy...).
La dame n'entend pas me laisser contempler le spectacle affligeant du désastre informatique de son antenne préfectorale. Elle retourne l'écran vers elle, en ne laissant plus dans mon champ de vision que le dos d'un écran plat... et son visage abattu.

Nous attendons.

Enfin, le visage s'éclaire.
- C'est bon, M'dame, on peut terminer.
Finalement, l'informatique, moins on en fait pour que ça fonctionne correctement, mieux c'est !

Nous terminons par l'empreinte de mes doigts.
J'appuie chacune de mes mains sur une plaque de verre, ca clignote et hop, je suis fichée.
- Pour la carte d'identité ce sera pareil ?, je me renseigne.
- Non, M'dame, les cartes d'identité, c'est encore à l'encre.
- Mais c'est pas ici pour les cartes d'identité ?
Là, c'est moi qui ne comprend plus.
- Si, mais c'est à l'encre !, fait-elle, exaspérée.
Je n'insiste pas. C'est quand même la préfecture, je tiens à en sortir... libre.

- Pour le passeport, ca se passe comment ? Je l'aurai quand ?
- Ce sera prêt dans trois semaines. Vous avez mis votre téléphone portable ?
En fait, elle veut savoir si j'ai inscrit le numéro de téléphone dans le formulaire.
- Oui.
- Alors, vous allez recevoir un SMS quand ce sera prêt.
- Ah merci.
Elle se reprend.
- Venez même si vous n'en avez pas, de SMS.
- ...
- Souvent, y a pas de SMS et les passeports sont là. Dans trois semaines, venez.
Donc, si je résume, SMS ou pas, le passeport est prêt dans trois semaines.

Je quitte l'antenne de la préfecture du XIIème sur la pointe des pieds. Le couple de personnes (très) âgées attend encore. Personne n'a pensé à les faire passer avant les autres.

... Et je vous donne rendez-vous dans trois semaines pour l'épreuve de la récupération de passeport.

samedi 6 février 2010

Sept petits mots

Et voilà voilà...

J'ai été taguée et il me faut réagir. L'adorable Audrey (et ses bonbonbisous) a pensé à moi pour participer à une jolie chaîne... Il s'agit de se présenter à l'aide de sept tous petits mots.

Mon ego étant ce qu'il est, c'est avec délectation que je me plonge (vautre ?) dans l'expérience.


Un signe particulier - le débit verbal


Je parle à la vitesse d'une mitraillette en action.

Mon père, qui est un peu sourd et entend un mot sur deux, de préférence dans les graves (ma voix étant... disons... stridente) a souvent du mal à comprendre le sens de mes phrases.

Parce que non seulement je parle (trèèèèèès) vite mais, comme les idées se bousculent au portillon, j'ouvre des parenthèses à l'oral comme à l'écrit. Je suis la reine de la conjonction de subordination et je maîtrise plutôt pas mal l'aparté. Bref, je suis un moulin à paroles (mon moulin va trop vite, mon moulin va trop fort).

Même en anglais, je mouline. Ce qui étonne souvent mes interlocuteurs outre-Manche ou outre-Atlantique. Surtout les anglais, les anglais parlent leeeeentement, ils articulent. Est-ce que j'ai le temps de ralentir, moi ?!?


Un trait de caractère - l'impatience
ponctuelle

Je déteste attendre, je maudis ceux qui ne comprennent pas au quart de tour, il faut que ça avance, que ça bouge, que ça claque. L'enfant qui n'est pas prêt à 8:10, alors qu'il faut être à l'école à 8:20, est passible de la cour martiale. Le père qui ose prétendre que ce n'est pas grave, voyons, si on arrive à 8:22, les grilles fermant à 8:30, est coupable (oui, coupable, sans procès, sans rien, ma justice est expéditive) d'un crime de lèse-Doudette qui ne peut rester impuni.

Je ne suis pas en retard. Le retard, c'est pour les gens désorganisés, ceux qui n'ont pas de mémoire, ceux qui ne savent pas ce que ce c'est que de prendre un petit café au troquet du coin (qu'on met une plombe à trouver) en attendant l'heure d'un rendez-vous.

Moi, je suis à l'heure.

Du coup, je traîne des heures dans des aéroports déserts, au petit matin, dans l'attente d'un embarquement hypothétique. Mais siiiiiii, à 5:30 du matin, il peut y avoir des embouteillages sur l'A1, c'est sci-en-ti-fi-que-ment prouvé. C'est justement le jour où vous ne prenez pas de marge que deux poids lourds se couchent sur la chaussée...


Un souvenir d'enfance - Les fourberies de Scapin

Les instits, quand elles sont compétentes (désolée, Messieurs les professeurs des écoles, je n'ai eu que des maitresses) inspirent une vie...

En CM2, nous avons joué devant nos parents quelques scènes des fourberies de Scapin. Notre instit' aimait le théâtre. De Funes avait joué Géronte quelque part et il y avait du bonheur à aller au théâtre avec l'école...

J'ai aimé être sur scène, déclamer avec un voix de stentor des mots venus d'un autre siècle.

Après...

Après, j'ai eu un abonnement aux Matinées de la Comédie Française.

Après, je suis tombée amoureuse de Gérard Desarthe dans le Hamlet de Chéreau.

Après, j'ai pris des cours de théâtre.

Après, j'ai continué à aimer le spectacle vivant et prendre des places dès que possible.

Tout cela... parce qu'une institutrice de CM2 dans une école publique de Seine-Saint-Denis avait fait joué Les Fourberies de Scapin à ses élèves.


Un mauvais souvenir - le 11 septembre 2001


On avait évacué nos bureaux, paranoïa aiguë ou simple mesure de précaution pour nous autres dont l'employeur avait l'étiquette US marqué sur le postérieur (et au front).

J'étais donc chez moi. Devant ma télévision. Laquelle repassait en boucle les mêmes images.

Les chiffres les plus fous étaient mis en avant. On ne savait rien mais on disait tout. Cette nuit là, j'ai fait des cauchemars.

Le lendemain, je devenais adulte et je perdais mes illusions sur la bonté de l'homme (il était temps me direz vous !).


Un de mes défaut - je suis bordélique

Mon bureau est un chantier, ma maison un foutoir.

Je n'ai pas envie de ranger, ça me semble inutile. Chaque chose a sa place et peu importe où cette place est. Mon grand-père disait que, si tout le monde sait que le beurre est dans la salle de bain, les gens vont passer des heures à le chercher lorsqu'il sera rangé dans le frigogidaire (marque bientôt déposée par mon ami Amine et son fils).

Comment je fais pour être une SuperWorkingMom avec un rangement aussi aléatoire ?

La mémoire, ami lecteur, la mémoire. La mémoire est la clé. Avec une bonne mémoire, on peut se passer de classeurs bien rangés. Et la mémoire, je la dois au théâtre... donc à mon institutrice de CM2...

Comme quoi, tout est dans tout (et réciproquement).


Un film bonne mine - les Demoiselles de Rochefort

Parce que c'est un film qui donne la pèche du début jusqu'à la fin et pour dix autres raisons moins avouables:

1 - Jacques Perrin est le matelot le plus craquant du grand écran (avec Sinatra dans Un Jour à New-York) ;
2 - Françoise Dorléac était une grande actrice et on aurait aimé la voir plus âgée dans des rôles de grand-mère, comme sa soeur ;
3 - Gene Kelly est là. Et ca suffit ;
4 - George Chakiris donne envie de revoir West Side Story ;
5 - On sait enfin ce que devient Lola ;
6 - Catherine Deneuve danse tellement mal que c'en est amusant ;
7 - Michel Legrand est un grand compositeur ;
8 - On y dîne en alexandrins ;
9 - Monsieur Dame, c'est Piccoli ;
et...
10 - On va en perm' à Nantes.


Un(e) meilleur(e) ami(e) - ouhoufff....

Mais j'veux pas choisir, moi !

J'ai quelques amis très proches depuis des années, d'autres plus récents et que j'aime tout autant.

Je ne citerai pas de noms, d'abord parce que je ne cite jamais de noms sur ce blog, ensuite parce que si j'en oublie un(e), c'est pas un troll qui va assaillir ce blog mais une furie diabolique.

Je leur fais plein de gros bisous à tous (même si peu d'entre eux me lisent ici).


Sur ce, puisque c'est mon tour de lancer la balle, je la lance donc à quelques bloggeurs adorables qui sauront j'en suis sûre relever le défi de sept petits mots (y a pas d'obligation, cependant) : toujoursalouest, oderrez, annesomm, lafiguepourrite, see me, Raydacteur (si, si) et JoanMylie. N'hésitez pas à aller faire un tour sur leurs blogs même s'ils ne participent pas à ce jeu, ils valent le détour.