lundi 29 mars 2010

Du passé, de l'avenir et autres considérations

Attention, billet psycho-socio-introspecto-antropologique.

Oui, j'aime les grands mots !

Donc, si vous avez envie de rire, c'est peut-être pas le moment de lire ma prose.

Que je vous explique.

Il y a dix ans, ma meilleure amie décidait qu'elle n'était plus ma meilleure amie pour des raisons qui restent encore assez obscures. Dans un même mouvement, elle décrétait qu'elle n'avait plus du tout envie de me fréquenter. Passé le choc de la nouvelle et de l'incompréhension, je décidais que cela ne me faisait rien du tout... oui, bon, un peu-beaucoup quand même, y a un petit coeur dans une doudette... mais par la force de la volonté, d'un peu de déni de réalité et de pas mal d'auto-suggestion, on peut se convaincre d'à peu près n'importe quoi.

J'envisageais alors de poursuivre le reste de ma vie, vie que vous commencez à bien connaître, amis lecteurs.

Et voilà que les aléas de la vie nous mettent sur le chemin l'une de l'autre (elle est désormais l'amoureuse de l'un de mes plus proches amis) et je suis toute contente parce que cela nous donne une seconde chance... et que, pour qui me connait un peu, les secondes chances, j'aime bien. C'est un nouveau départ, de nouvelles aventures. Rappelez, vous, le Doudou, dix ans qu'il m'a fallu pour le convaincre (c'était ici, un 14 février).

Le weekend dernier, pour l'anniversaire de son amoureux, celle qui fut ma meilleure amie nous a invités chez eux et nous nous sommes donc revues pour la première fois depuis bien longtemps. C'était à la fois surréaliste et un peu comme si on s'était parlées hier pour la dernière fois.

D'où mes interrogations psycho-socio-introspecto-antropologiques, sur fond de que fait le temps au temps ?, la question Proustienne (que je n'ai pas lu comme mes lecteurs attentifs le savent) :


1. Nos vies nous changent-elles ?

La dernière fois que nous avions eu une discussion avec celle qui était encore ma meilleure amie, j'étais célibataire, je n'avais pas encore commencé à travailler pour la Firme que je viens de quitter, je n'imaginais pas que j'allais passer cinq ans allongée sur un divan deux à trois fois par semaine, que je re-rencontrerais le Doudou, que viendraient deux poussins magnifiques, que ma mère cesserait de me faire peur pour me faire rire et que j'accepterais un jour d'être heureuse.

Et pourtant, tout ce que je suis aujourd'hui, je l'étais déjà alors, bien caché sous des kilos de graisse et d'auto-dérision. J'avais le même sens de l'humour décalé, j'aimais déjà écrire et me rêvais écrivain, je lisais autant, cuisinait mieux et plus souvent. J'étais ce que je suis devenue... mais différemment.

Et j'imagine que pour elle, l'amoureuse de mon ami, c'est la même chose. Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre...

C'est peut-être pour ça que, en dépit des dix années et plus où nous ne nous sommes pas croisées, que je n'ai pas eu l'impression d'avoir à franchir un fossé sur un pont de corde.

Parce que la vie ne nous change pas. Si nous nous étions revues à 80 balais, le chat sur les genoux et la lumière tamisée par un lampadaire à abat-jours perlé, je suis persuadée que j'aurais eu la même impression : les cheveux blancs n'y font rien. Nous restons ce que nous étions. Et on s'améliore. Le temps sert à cela : à devenir meilleur.


2. Peut-on faire table rase du passé ?

Tabula rasa, disait Aristote.

Je crois aux nouveaux départs.

Je crois aux secondes chances, je l'ai dit.

A l'avenir éternellement recommencé.

Je crois qu'à force de persévérance, on peut réaliser ses rêves et que, pourtant, rien n'est jamais acquis et qu'il faut chaque jour s'attacher à construire sa vie.

Je suis de celles qui voient leurs vies par strates qui se surperposent. Quand une strate se sédimente, on passe à la suivante, sans regret pour la précédente. Je n'ai pas de nostalgie du passé, pas de rancune non plus. Vivre dans le présent et préparer l'avenir, tel est mon credo. Ben oui, j'en ai des tas de crédos, il en faut des crédos pour alimenter un blog.

La strate actuelle, vous la connaissez, elle est très SuperWorkingMometEpouseParfaite, une sorte d'arche de Noë pour femelle idéale que je tente, tant bien que mal, de maintenir à flots.

Alors, sans faire totalement table rase du passé, je crois qu'on peut s'attacher à construire l'avenir sans se poser trop de questions sur le comment ni le pourquoi.

On avance, on avance, on avance... c'est une évidence, on n'a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens... alors on avance... (pour la mélodie, c'est ).


En résumé, l'amoureuse de mon ami m'a ouvert une porte le weekend dernier et peut-être derrière cette porte vais-je trouver une nouvelle amie (qui aura peut-être un petit quelque chose de celle qui il y a dix ans était ma meilleure amie).

dimanche 28 mars 2010

La fête d'anniversaire

Les excellents billets sur les fêtes d'anniversaires pullulent sur la blogosphère et c'est donc une aventure mainte fois vécue et pourtant unique dont je compte vous entretenir ici, à la suite de la fête d'anniversaire pour les 4 ans de la Poussinette.

Que je brosse le décor : unité de temps, de lieu et d'action.

Le lieu : dans un appartement de l'est parisien, un grand salon isolé des chambres par une porte côté jardin. La porte reste ouverte mais on ne voit pas ce qui se passe de l'autre côté. Côté cour, deux autres portes : la cuisine et les toilettes.

L'action : une fête d'anniversaire d'une petite fille de 4 ans.

Les personnages:
Doudou, papa,
Doudette, maman,
Poussin, grand frère.
Poussinette, jeune première.
MeilleureAmie, qui fête son anniversaire en même temps.
MamandeMeilleureAmie, comme son nom l'indique.
GrandeSoeurdeMeilleureAmie, 7 ans, bientôt 8.
CopineJ.
MamandeCopineJ.
PapadeCopineJ.
CopineK.
MamandeCopineK.
PetitFrèredeCopineK, 3 mois.

Prologue

Nous attendons MeilleureAmie et sa famille qui doivent arriver un peu en avance, car on fête deux anniversaires en même temps, celui de Poussinette et celui de MeilleureAmie, nées à trois jours d'intervalle. Deux petites clones, même coiffure, même phrasé. Elles sont inséparables. La maman est devenue une copine.

Elles doivent arriver à 14 heures et à 14 heures passées de trente secondes, elle ne sont toujours pas là.

La Poussinette scrute l'entrée de la résidence, le nez collé à la vitre.

- Tu les vois, ma Poussinette ?
- Non.

Dix minutes plus tard...

- Ma Poussinette, ne vois-tu rien venir ?
oui, je suis une maman taquine...
- Nooooon..., fait-elle dans un sanglot, sans imaginer, du haut de ses 4 ans, que certains puissent user d'un quart d'heure de politesse bien de chez nous.
- Ne vois-tu que l'herbe qui verdoie et le soleil qui rougeoie ?
Quand je vous disais que je suis taquine !
- Mais maman !!!
Elle ne saisit pas mon humour mais a bien compris que je suis en train de la taquiner, histoire d'avoir un peu de matière pour un billet (la blogueuse qui sommeille en moi n'est jamais loin).

Acte 1

Enfin, MeilleureAmie, MamandeMeilleureAmie et GrandeSoeurdeMeilleureAmie sonnent à la porte. C'est l'extase. Les gamines sautent partout, crient, hurlent, se roulent par terre. Je sais alors que l'après-midi sera longue.

CopineJ. arrive dans la foulée avec sa maman. Mais CopineJ fait la timide (euphémisme).
- C'est son premier anniversaire, dit la maman pour l'excuser.
Copine J. s'accroche à sa mère et refuse de passer le seuil. Il faut dire que MeilleureAmie, Poussinette et Poussin continuent de chahuter et de crier et que, en tout objectivité, ce n'est pas très rassurant. Moi-même, à ce moment précis, je prendrais volontiers la poudre d'escampette, histoire de ne pas supporter un tel vacarme deux heures durant.
- Vous voulez entrer prendre un café ? Ça la rassurera peut-être.
Grand sourire de la maman.
- Un café non mais un déca...
- D'accord, un déca.
Vive les dosettes Nespresso (oui, c'est une marque, oui, je fais de la pub, non je ne suis pas payée pour le faire). Et voilà MamandeCopineJ et sa fille qui entrent dans la maison par la force de la potion magique décaféinée. CopineJ est un peu circonspecte, elle reste près de sa mère. On ne sait jamais, dès fois qu'il viendrait à l'idée du Poussin de lui trancher la tête avec son épée en mousse... Il vaut mieux être prudente.

Je réalise alors que MamandeCopineJ est enceinte, c'est pour début juillet. CopineJ va connaître les joies de la petite soeur qui pique les jouets et crie dans la nuit. Elle s'en réjouit. Elle a hâte que le bébé naisse. C'est super d'avoir une petite soeur. Tandis qu'elle explique tout cela du haut de ses quatre ans, je note une moue dubitative sur le visage du Poussin mais il a la présence d'esprit de ne rien dire le jour de la fête d'anniversaire de sa tortionnaire préférée. Faudrait voir à voir quand même...

Arrive alors CopineK, sa maman et PetitFrèredeCopineK, qui dort tel un bienheureux dans son maxi-cosy. Comme MamandeCopineJ est là, on offre également un café à MamandeCopineK et nous voilà à deviser gaiement entre mamans (oui, le Doudou est là aussi mais c'est un terme générique "maman", ça englobe aussi les Doudous).

On lance le premier jeu : une chasse au trésor dans l'appartement. Vous imaginez bien qu'une chasse au trésor dans un lieu aussi exigu, c'est vite fait. Un jouet dans le four, un dans les toilettes, un dans un placard, un dans la douche, un dans la chambre. En dix minutes, c'est plié ! C'est sans compter sur un le drame. Le Poussin qui trouve le premier cadeau ne comprend pas l'injustice qu'on lui fait quand, trouvant également le second cadeau, on lui explique qu'il ne peut pas l'avoir pour lui, qu'il faut qu'il le rétrocède à une autre petite fille. Apprendre le principe d'Egalité, pourtant gravé sur le fronton de nos mairies, à un enfant adepte de la méritocratie est un affront. Nous parvenons à gérer la crise de larmes par force de câlins et en puisant dans le placard à cadeaux magiques, réservé en principe aux cadeaux pour les anniversaires des copains. A circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles.

On enchaîne avec le jeu des statues : quand la musique s'arrête, on fait la statue. Les mamans jouent avec les enfants, tout le monde prend plein de photos. Car ce qui est bien avec les statues, c'est qu'elle ne bougent pas et qu'on a donc tout le temps de se poser pour appuyer sur clic.

Un-deux-trois soleil manque également de dégénérer, tous les enfants souhaitant être soleil en même temps, ce qui n'est pas possible comme chacun sait.

Nous passons donc rapidement aux gâteaux, un pour la Poussinette, l'autre pour MeilleureAmie. Les bougies sont soufflées dix fois, afin que chaque enfant puisse parsemer les gâteaux de ses postillons. C'est tellement meilleur comme ça. En fait, les gâteaux ne sont qu'un prétexte pour s'empiffrer de bonbons... et les filles ouvrent leurs cadeaux. Rigoureusement identiques : deux Barbies, une maison Hello Kitty.

La maison Hello Kitty, j'ai pas trop étudié mais les Barbies, un peu (ne serait-ce que pour couper tous les fils de sécurité dans la boite). Où il apparaît que, désormais, Barbie porte la culotte, couleur chair et à fleurs, qu'elle est maquillée comme une travailleuse du sexe lorsqu'elle manifeste pour la reconnaissance de sa profession, est court-vêtue des robes dont la longueur explique sans doute qu'elles portent une culotte et, selon son prix, a les jambes qui se plient... ou pas.

Acte 2

Après le goûter et l'ouverture des cadeaux, les enfants s'envolent de l'autre côté de la porte du couloir jouer dans les chambres. On ne les voit plus que fugacement quand le besoin de sucre les poussent, seuls ou en grappe, vers les bonbons dont nous avons la garde. Le Poussin tente d'emporter la marchandise hors champ, au motif que ce serait plus simple quand même vu que les bonbons c'est pour les enfants mais nous nous interposons, nous parents parfaits et sévères gardiens du trésor.

MamandeCopineJ demande si PapadeCopineJ peut nous rejoindre. Il fait des ronds en voiture dans le quartier depuis une heure. Il commence à avoir mal à l'accélérateur. Bien sûr, nous autorisons l'homme à monter, ca fera un contrepoids au Doudou.

MamandeCopineK demande si elle peut donner le sein à PetitFrèredeCopineK qui commence à avoir faim et bien entendu, nous sommes d'accord. J'imagine que le Doudou a été un peu frustré parce qu'elle a fait cela discrètement avec un lange, qu'il n'a donc rien pu entrevoir et que personne n'a pu ordonner, péremptoire "cachez-moi ce sein que je ne saurais voir". Moi-même, ca m'a un peu embêtée parce que, pour bloguer, c'est moins vendeur.

On se découvre un peu. On parle de nos métiers, de nos vies, de la maîtresse des filles dont nous sommes tous d'accord pour convenir qu'elle n'a pas beaucoup d'expérience, qu'elle se laisse vite déborder mais que les enfants l'aiment bien et que, finalement, c'est le principal.

Et c'est alors que PapadeCopineJ sonne à la porte.

Acte 3

PapadeCopineJ accepte un café et une grosse part de gâteau, il tente d'obtenir un bisou de sa fille qui trouve bien plus intéressant de courir partout avec ses copines et se trouve donc contraint, comme le Doudou, de participer à nos conversations de filles.

Jusqu'à ce qu'on lui demande ce qu'il fait dans la vie :

- Je suis informaticien.

Ah, l'oeil du Doudou ! Comme la luciole qui s'éclaire dans la nuit, le Doudou a vu le phare dans la rade. Et à partir de ce moment là, ça parle NAS, ça compare les mérites d'un Mac et d'un PC, envisage de stocker nos photos dans les nuages, sur un serveur distant Free (FTP ? je ne suis plus certaine de l'accronyme, faut me pardonner, ce n'est pas la partie plus simple de la conversation). Les hommes discutent programmation, codage, HTLM, PHP, AJAX et la MamandeCopineJ dit je m'en vais là en rigolant, parce qu'elle espère qu'on changera de sujet. Seulement MamandeMeilleureAmie demande si quelqu'un est prêt à se dévouer pour récupérer des photos sur le disque dur d'une tour de PC totalement kaput et les deux garçons proposent leurs services (NB. MamandeMeilleureAmie est très jolie et parle avec un très joli accent brésilien qui est aussi séduisant qu'il est exotique, ceci explique peut-être cela). Le Doudou et moi sommes en terrain connu, ça nous permet de nous lâcher un peu plus. On aborde les réseaux sociaux mais ça n'a pas eu l'air de passionner les foules.

Les enfants ont sorti les déguisements... le Poussin est le prince d'une cour de princesses, toutes à sa merci. Il pavane dans son déguisement de torero, rapporté de Séville par sa grand-mère.

Les parents continuent de faire connaissance. Sur les trois copines de la Poussinette invitées, il est possible (et même probable) qu'aucune ne soit encore là à la rentrée prochaine. CopineK part vivre à Tahiti où son papa, militaire, est muté. CopineJ devrait changer d'école pour se rapprocher de son domicile... et la MamandeMeilleureAmie envisage peut-être de retourner vivre au Brésil. Ce qui nous donnerait l'occasion d'aller lui rendre visite... mais serait un déchirement pour la Poussinette...

Epilogue

La fête d'anniversaire devait se terminer vers 17 heures. Ils sont tous partis à 18:45... et on n'a pas vu le temps passer.

Une bonne après-midi nous avons passée, amis Jedis.

samedi 27 mars 2010

temps "flexible"

Dans mon Super Nouveau Travail, on ne parle pas de travail à domicile (trop ringard et connoté 70's) ni de télétravail (trop contraignant juridiquement) mais de flexibilité.

La flexibilité consiste à pouvoir travailler tout le temps de n'importe où en s'organisant comme on veut. Ça peut paraître un cadeau empoisonné, comme ça, parce que la connexion à outrance pourrait sous certains aspects s'apparenter à un lien organique avec le boulot.

Seulement voilà, si je compare à avant, c'est un gros plus.

Avant, quand j'arrivais au bureau à 10 heures, il y avait toujours un malin pour me demander si j'avais fait la grasse mat' et quand je partais à 19 heures, il se trouvait un autre plaisantin (ou le même) pour me demander si j'avais posé mon après-midi. C'était drôle. Siiiiiiiiiiii, c'était drôle. D'ailleurs, mon contrat avec une clause rédigée de la façon suivante "ne pas rire aux plaisanteries par essence très amusantes des chefs constitue une faute grave rendant impossible le maintien du contrat même pendant le préavis". Donc, oui, c'était drôle par la force de la volonté des parties.

Du coup, mon Super Nouveau Travail a un grand avantage. Lorsque je dis : "demain, je travaille de la maison", personne n'y trouve rien à redire. Au contraire, on me répond "ok, moi, ce sera jeudi"... et lorsque vers 17 heures, pour éviter la foule du RER B, je quitte le bureau et ne me reconnecte qu'à 18 heures quand j'arrive chez moi, là encore, les gens trouvent cela une démarche totalement raisonnable dans un monde où l'équilibre vie privée / vie professionnelle est une donne de management comme les autres.

Et me voici donc expérimentant depuis une quinzaine de jours les mérites comparés de la vie au bureau (en Open Space) et du travail à la maison. Je parlerai de l'Open Space dans un prochain billet, je ne suis pas encore assez familière avec l'endroit pour en maîtriser les tenants et les aboutissants mais je peux d'ores et déjà vous donner une première impression de la flexibilité telle que l'ai vécue.

1. Se connecter

Le soir tout va bien. Juste avant d'aller au lit, je vérifie une dernière fois mes emails puis j'éteins l'ordi pour la nuit. Le lendemain, je travaille de la la maison une journée entière, du lever du jour à la tombée de la nuit.

C'est la première fois avec Nouveau Super Travail, je suis super excitée.

Le lendemain matin, ma hotline personnelle, Herr Doudou en personne, quitte le foyer de bonne heure pour éviter les embouteillages parce qu'il est sur un projet méga important que même le DG va y être impliqué et qu'il ne peut pas être en retard.

Car oui... j'ai choisi comme premier jour entier de travail en remote (vocabulaire anglo-saxon sans équivalent français hormis le ridicule télétravail susmentionné et connoté juridiquement) un jour de grève. Cela me rassure par son exceptionnalité. J'ai besoin d'une excuse psychologique pour briser le tabou. On ne dira jamais assez de mal des freins que l'on se fixe à soi-même.

Le Doudou est donc déjà au bureau quand j'allume l'ordi à 8 heures et demi.

Je vérifie que le Wifi fonctionne..... Yeah ! Je lance le VPN.... Ca mouline.... et rien.... un message d'erreur.... le VPN reboote tout seul.... en boucle... Je relance le VPN... et c'est le même cirque.... Je sens une bouffée de chaleur parcourir ma colonne vertébrale, j'enlève mon gilet... Je redémarre l'ordi, je revérifie le wifi, je relance le VPN.... Toujours pareil.

En désespoir de cause, suant à grosses gouttes, j'appelle ma hotline personnelle.
- Ca va ma doudette, tu travailles bien ? J'ai pas beaucoup de temps, tu sais, je...

Je ne le laisse pas terminer sa phrase. Trop risqué.
- Non, je ne travaille pas je peux pas travailler ça marche pas ce truc !

Le tout dans un même souffle pour éviter une interruption inopinée.
Mouvement de recul du Doudou. Comment je le sais alors qu'il est au téléphone ? Je le sais, c'est mon mari. Je le sais, c'est tout.
- T'as redémarré l'ordi ?
Il essaye, le bougre.
- Tu me prends pour une truffe ?!?

Genre, le gars, il m'a épousé il y sept ans et il pense que n'ai rien retenu du b.a.-ba de la geekerie.
- Essaye avec le cable ethernet.
Il me prend vraiment pour une quiche ! Je reste calme et posée. Hein ? quoi ? j'entends pas, désolée.
- Le wifi marche, j'ai vérifié !

- Je sais, fait l'homme au bout du fil, aussi patient que possible, essaye quand même.
J'essaye donc.

Je déroule dix mètres de fil dans le salon, le truc à se casser une jambe, et je plante le machin dans le bidule (c'est clair ! puisque que vous dis que c'est clair !). Evidemment, j'avais raison, ça ne fonctionne toujours pas. Toute fière de moi, j'annonce la nouvelle à Doudou-hotline.

- Tu dois avoir un helpdesk au bureau ?, propose le Doudou, qui souhaite visiblement passer le bébé pour retourner à son dossier que même le DG y est impliqué.
- Qu'est-ce que j'en sais ? Ca fait 15 jours que j'ai commencé !
Soupir du Doudou. Je suis sur mes gardes.
- Envoie un email à collègue qui peut te renseigner.
- M'enfin, je l'envoie comment c't'email ? J'ai pas accès à mes emails.
Le Doudou sourit. Oui, il sourit. Je sais quand le Doudou sourit, ca s'entend dans le combiné.
- Tu lui envoies de gmail...
- Humpf...

Chose dite chose faite. Le temps que le collègue me réponde et me renvoie sur le gars de l'informatique qui m'a remis le fameux PC dont le VPN refuse de se mettre en branle, j'ai rebooté dix fois l'ordi au moins 30 fois le VPN.

Et alors, que je n'y croyais plus, avant même que le gars de l'informatique ait bougé le bout d'un doigt sur un clavier, ca re-fonctionne. L'informatique a ses raisons que la raison ne connaît pas. Je vous promets que je n'ai RIEN fait de nouveau entre les cent fois où cela n'a pas marché et la fois où les mots "connected to Microsoft exchange" se sont affichés.

Enfin, je peux commencer à travailler. Il est 9 heures 30 (et j'ai passé plus de temps à mettre la machine en branle que j'en aurais passé dans les transports en commun).

2. Gérer les enfants

L'autre difficulté du travail à la maison, ce sont les enfants.

Les enfants a-do-rent que maman soit à la maison et travaille là.

Les enfants ont bien compris que, quand maman travaille, ils restent avec SuperNounou et maman... ben, elle travaille.

Les enfants sont sages. Ils s'assoient par terre et regardent maman travailler avec leur grands yeux implorants.

- Tu fais quoi, maman ?
- Je travaille mon poussin.

- Je peux t'aider ?

Comment dire ? J'écris des courriers électroniques dans une langue que tu ne connais pas, sur des sujets qui sont pour toi des religions étranges. Non, tu ne peux pas m'aider.
- prend un cahier et viens dessiner à côté de moi mon poussin, ca m'aidera.
- non mais t'aider vraiment, avec l'ordi.

Ah... ben non.
- Va voir SuperNounou, elle range dans ta chambre.
- Non, je reste avec toi. Tu as vu, je dis rien, tu peux travailler.
Et il se tait. Et me regarde.

Je recommence à travailler.

Sauf qu'un enfant, ton enfant, qui te fixe pendant que tu tentes de concentrer sur des problématiques un peu ardues, c'est déstabilisant. Ça donne envie de lever la tête pour voir s'il continue à te regarder. Du coup, le travail, là, dans l'ordi, lui aussi il te regarde avec des yeux pas contents parce que tu es en pleine procrastination.

Culpabilité. Coupable de ne pas être totalement concentrée sur le travail pendant des plages horaires consacrées à cette activité. Coupable ne pas consacrer un temps précieux à des enfants demandeurs d'amour et de temps maternel. La tête en tourne.

J'ai fini par résoudre le problème : quand je travaille à la maison, les enfants ne sont pas dans la même pièce, voire pas dans la maison (je les envoie à l'école, au square, chez ma mère) et je suis tranquille pour travailler pendant plusieurs heures d'affilée.

2. Se nourrir

J'ai donc passé une journée toute seule à la maison à travailler.

La pause déjeuner n'a pas été à la hauteur de mes espérances.

J'ai ingurgité une tranche de jambon anémique et un trois cuillères d'un reste de semoule gloubiboulga, accompagné d'un yaourt et d'un pomme. Le tout en écoutant le Jeu des Mille Euros (et le merveilleux panégyrique du Syndicat d'Initiative d'un petit village proche de Dijon, dont j'ai oublié le nom, pourtant prononcé trente fois durant l'émission). Grâce au Jeu des Mille Euros, je sais maintenant épeler b.a.-ba et c'est pourquoi j'envisage d'utiliser ce terme aussi souvent que possible dans ce billet.

La prochaine fois, il faudra que je fasse preuve d'un peu plus d'inventivité culinaire.

Là, c'était plus que limite.

Du coup, j'ai profité d'une pause entre deux conf. call. pour m'enfiler plein de carrés de chocolat au lait parce que, en travaillant chez moi, je sais où sont planquées les plaquettes que je m'interdit d'emporter au bureau pour des raisons évidentes.

J'ai également fini le saucisson.

Et avalé une demi-bouteille de coca-light.

Morale de l'histoire : vu que j'envisage de travailler régulièrement de la maison, il va falloir que je trouve un moyen de prévoir des déjeuners suffisamment consistants pour que je ne sois pas affamée dès quinze heures sonnées.

Pour le reste, mon expérience d'une journée entière de travail à la maison a été des plus bénéfiques : un grand calme, pas de distraction, du temps pour vraiment m'investir dans des projets qui demandent plusieurs heures de travail consécutives. Bref, une fois les contingences matérielles réglées, j'ai vraiment senti un "plus" professionnel à être tranquille pour bosser.

En conclusion : c'est chouette de bosser de temps à temps chez soi... mais pas tous les jours.

Et c'est ce qu'il y a de bien avec Super Nouveau Boulot : je fais comme je veux !

mercredi 24 mars 2010

L'hôtel d'affaires

Dans le cadre de mon nouveau super travail, je suis amenée à voyager et, par un effet de causalité presque automatique, à fréquenter ces lieux hyper normalisés que sont les hôtels d'affaires internationaux.

Quelques remarques sur les hôtels d'affaires que ma vie professionnelle m'amène a fréquenter. Non, parce que c'est super hyper important l'hôtel ! C'est la seconde maison pendant une nuit !





1. La chambre


Quand on pénètre dans la chambre, généralement au fond d'un très très très long couloir (vous avez vu Shinning ?), à l'aide d'une carte magnétique re-magnétisée après chaque départ de voyageur éphémère, on entend le bruit assourdissant d'une télévision. Pas de n'importe quelle télévision. La chaîne sur laquelle la télévision est allumée est la chaîne de l'hôtel. La chaîne de télévision de la chaîne internationale d'hôtels à laquelle l'hôtel où se trouve la chambre appartient (Relisez trois fois, vous verrez cette accumulation de mots identiques a une réelle signification). Cette chaîne diffuse une musique de synthétiseur et montre des images de ce que l'hôtel est supposé offrir en termes de services (salle de sport, restaurant, réveil programmé, massages, programmes télévisés payants et, quand on a un peu de chances, piscine). Les images sont chaque fois différentes et pourtant tellement standardisées qu'on sait qu'on les a déjà vues dix fois.

Seconde impression : le froid. Il y a dans l'hôtel d'affaires comme chez Madame SNCF une norme qui veut qu'on perde dix degrés et gagnent douze virus en fréquentant l'endroit. Ma première aventure est donc, irrémédiablement, de trouver le thermostat (en général bien caché derrière une porte) et de le monter au maximum. J'ouvre ensuite toutes les portes de tous les placards à la rechercher de la couverture supplémentaire. Quand ces étapes préalables et indispensables sont enfin accomplies, je peux passer à ma phase préférée.

La découverte de la salle de bains. Dans la salle de bains de l'hôtel d'affaires international, il y a pleins de petites mignardises pour le bain. Chaque fois, j'hésite entre (i) le plaisir égoïste de conserver le gel douche bleu turquoise et le joli set de manucure pour ma consommation personnelle et (ii) la joie prospective d'imaginer le regard émerveillé de mes enfants quand je leur rapporterai le Saint-Graal du voyage d'affaires : le ca-deau ! Je m'extasie sur le débit de l'eau dans la baignoire de l'hôtel d'affaires. Alors que, chez moi, la baignoire peine à se remplir via un filet d'eau anémique, là, dans cet hôtel conçu pour l'efficacité, à peine le temps d'un petit pissouillou et la baignoire déborde. C'est magique !

La chambre, c'est bien, mais le mieux dans l'hôtel d'affaires, c'est le bar.





2. Le bar / lobby

Dans l'hôtel d'affaires international, le voyageur esseulé cherche la compagnie de ses semblables. Il se dirige donc, tel un mouton à l'appel de Panurge, vers l'endroit où il pense trouver à la fois des êtres humains et de quoi se sustenter : le bar. Les restaurants d'hôtel sont glauques quand on y mange seul. Les bars, en revanche, sont un lieu de convivialité cosmopolite qui ne sont chaque fois ni tout à fait les mêmes, ni tout à faits autres.

Le Monsieur qui sert au bar est toujours élégant, toujours discret.

Il vous propose à boire dans un anglais de cuisine que tout le monde comprend, vous tend une carte de plats classiques que chaque citoyen du monde a déjà vu quelque part (club sandwich, salade Caesar, omelette, saucisses, frites). Le voyageur est en terrain connu. Il ne peut pas être déçu. Le Monsieur qui sert à boire vous propose également à boire, c'est son métier premier. Le vin au verre a un nom français mais vient de Californie, d'Australie ou du Chili. La bière est irlandaise, allemande ou belge. Le coca-cola est... coca, boisson universelle à la composition secrète qui, où que l'on soit, a le même goût de chimie et de souvenirs.

Dans le bar, vos voisins parlent allemand, anglais, espagnols. Je reconnais quelques mots, je sais, sans même parler la langue, que souvent, ces langues ne sont que des langues de travail, plus petit dénominateur commun d'un groupe de gens dont on devine, à leur silhouette, leurs vêtements ou leurs coiffures qu'ils ne vivent pas dans les mêmes pays. On ne sait dire pourquoi mais on le sent. Même en Europe, où nous sommes tous des européens, nos différences culturelles nous distinguent.

Sur le mur du bar, un écran passe un match de foot, de rugby ou de cricket. Ailleurs, ce sera hockey ou tennis. Le foot, en Europe, rapproche et divise. Très vite, les hommes des nations concernées par le match font plus que jeter un coup d'oeil distrait à l'écran. Ils s'intéressent. Ils sont captivés. Et de là, ces hommes, qui ne se seraient jamais adressé la parole dans des conditions différentes, commentent et échangent. Ils s'invectivent en souriant. Ils rient ensemble. A la fin du match, le perdant offrent un verre au gagnant (ou le contraire) et là, dans un hôtel d'affaires, entre gens policés, loin des hooligans du PSG et de Manchester United, des échanges se font, des liens éphémères se créent.

Les femmes ne regardent pas le foot. Mais les femmes ne sont pas nombreuses dans les hôtels d'affaires internationaux. Ceux que je fréquente ne semblent pas fréquentés par la gent féminine, pas même cette engeance qui gagne substance en satisfaisant des plaisirs purement masculins. Ou bien ne les vois-je pas.

Les quelques femmes qui sont là ont l'ordinateur sur la table. Ou un livre. Elles murmurent des mots doux à des enfants lointains dans un téléphone portable. Elles sont fières d'être là, au milieu de cet aréopage masculin et, en même temps, écartelés par la culpabilité d'être loin de leur famille. Parfois, elles n'ont pas de proches auxquels téléphoner ou ne semblent pas en avoir. Elles sont un groupe de femmes, plutôt jeunes, dans un coin du bar. Elles commandent régulièrement un nouveau verre et, à mesure où les verres se succèdent, le volume de leurs voix augmentent et les rires se font plus gras. Elles n'admettrons jamais qu'elles sont saoules. Non, elles sociabilisent.




3. La nuit d'hôtel

Dans les chambres des hôtels d'affaires internationaux, les lits sont larges, mensurations américaines. Seule dans mon large bed, j'ai posé sur la couette, outre la couverture supplémentaire, mon manteau d'hiver. Trois couches. A peine réchauffée.

J'appelle le Doudou, seul dans notre lit, là bas en France.
- Ca va ?
- Ca va, tu me manques.
- Les enfants ont été sages ?

- Adorables. C'était bien ta réunion ?
- Très.

Et épuisée de m'être levée si tôt (en général, les avions du matin décollent alors que la famille dort encore), je m'endors... dans ma chambre tellement bien isolée qu'un train qui passerait au dehors ne me réveillerait pas.





4. Le petit déjeuner

Ce n'est pas un petit déjeuner, c'est pantagruélique.

Thé ou café ne sont que des données de base.

Le buffet du petit déjeuner de l'hôtel d'affaires international est résumé de tout ce que nous, êtres humains, pouvant être amenés à avaler au petit matin.

Un corner entier de plats chauds (saucisses, bacon, jambon, tomates cuites), des oeufs sous toutes leurs forme (brouillés, plats, durs, coques), des yaourts natures, des yaourts aux fruits, zéro pour cent, lait entier. Des fruits frais, des fruits en compotes, des fruits au sirop. Du pain. Non, des pains. Noir à l'allemande, baguette à la française, bretzel, brioché. Des confitures de tous les fruits, plusieurs beurres et margarines, plusieurs miels. Des céréales adulte, des céréales enfants. Des plats froids (fromages au lait cuit, jambons cru, jambon cuit).

Le journal est à votre disposition. En langue locale ou anglaise.

Le monde s'offre à vous.

C'est le matin, vous n'allez pas toucher au dixième de ce petit déjeuner. Comme d'habitude, parce que vous avez besoin de repères, vous prendrez la même chose que ce que vous prenez chez vous le matin. Et vous serez rassuré. L'habitude rassure.



NB. Les logos ne sont pas libres de droits

samedi 20 mars 2010

Badinter, Antier et moi

Je viens de tourner la dernière page de l'ouvrage d'Elisabeth Badinter, Le conflit, la femme et la mère. J'ai lu ce livre d'une traite comme si on m'avait assoiffée de pensées féministes pendant des années.

Ce n'est pas un roman, c'est une étude documentée et - oui ! - partisane (mais que serait l'analyse sans un véritable point de vue ?), sur l'image de la femme dans la société, le retour à un naturalisme rousseauiste et les aspirations légitimes d'une génération de femmes.

On y parle de ces mouvements néo-féministes, qui sous prétexte de glorifier la femme, mère nourricière, en font une mère à plein temps pendant de nombreuses années. On y raconte comment les femmes qui ne peuvent ou ne veulent être mères sont stigmatisées par la société. On y explique que, pour certains, l'épanouissement de la femme (ne) passerait (que) par l'enfantement et qu'une mère doit nécessairement avoir un instinct maternel. Madame Badinter craint les dérives d'une telle normalisation de la pensée... et je crains d'expérience que ses craintes soient fondées.

Revenons à moi, parce que finalement, y a que ça qui m'intéresse (narcissique et mégalo, je vous ai dit...).


1. L'allaitement

A l'été 2004, mon fils nait. Un petit bonhomme en pleine santé de plus de 3 kilos.

La dame à la maternité me demande si je veux l'allaiter.

- Ca va pas, non !

Oui, je parle comme le Simon le lapin qui ne veut pas aller à l'école. C'est que, effectivement, en matière de maternité, j'ai quatre ans, à peine plus. Le poussin est mon premier enfant. Et je ne sais pas y faire. D'ailleurs, la première maman qui affirmerait qu'elle sait y faire à son premier enfant, je la défie en duel de maternitude (j'aime bien les mots en "ude"). Ben oui, la maman, là, elle ment. C'est certain.

Cependant, l'allaitement, j'y ai longtemps réfléchi. J'ai eu neuf mois pour prendre ma décision. Et à la naissance, c'est une évidence : c'est hors de question ! On pourra m'en vanter tous les mérites, rien n'y fera. Mes seins sont à moi (et un peu au Doudou parfois) et ce n'est pas un petit gluon criard de quelques heures qui me transformera en esclave nourricière.

Et non, Madame de la maternité, je ne veux pas essayer. Ce choix est le mien. Il n'est que le mien. De quel droit reviens-tu m'expliquer que c'est mieux pour mon enfant ? Mon enfant est en parfaite santé, les laits infantiles sont excellents et le poussin accepte parfaitement bien les nourettes. Non, Madame de la maternité, je n'allaiterai pas, c'est décidé. Et pas la peine d'en parler à mon mari. Mon mari me soutient. Et même s'il n'était pas d'accord, mon corps est à moi et, jusqu'à preuve du contraire, je suis libre de l'utiliser à ma guise.

La dame de la maternité finit par me laisser tranquille... Je suis à deux doigts de me sentir agressée... Ce qu'on peut être susceptible quand on vient d'accoucher quand même !

Nous rentrons à la maison...

... et là, Madame Antier (Edwige de son prénom), dans le poste, m'explique que c'est quand même beaucoup mieux d'allaiter son enfant au sein, qu'il n'y a rien de tel que le lait maternel, qu'on prive l'enfant de bienfaits essentiels. Elle raconte que les mères qui n'allaitent pas par convenance personnelle ne sont que des égoïstes, qu'elles n'ont pas le bien-être de l'enfant comme priorité.

Et pour la première et la dernière fois, je prends la plume (virtuelle, la plume, je n'ai pas d'encrier à la maison) et j'envoie un email à la radio pour dire tout le dégoût que m'inspire cette femme qui parle et qui tente de me culpabiliser. Au moment où j'écris, je suis heureuse de me connaître suffisamment pour ne pas être troublée par ce discours que je pense alors être d'un autre âge. Je m'imagine, croisée du XXIème siècle, porte-parole de mamans moins éduquées que moi, de mamans qui font des choix à l'instinct et pas forcément en conscience, et je me dis que Madame Antier, si cela se trouve, est en train de foutre leur maternité en l'air. Imaginez. Vous êtes crevée par des nuits sans sommeil consacrées à la préparation de biberons et là, un dame arrive avec son titre ronflant de pédiatre et sa pseudo-science, et vous traite de mauvaise mère. Tout cela, je l'ai dit dans mon email.

Personne ne m'a répondu.

2. La Nuit

Avant d'avoir des enfants, le Doudou et moi avions posé certaines règles dont nous savions qu'elles pouvaient amenées à être enfreintes mais dont nous avions convenu qu'elles seraient des balises pour les années à venir. La première concernait la religion (j'y reviendrais sûrement dans un autre billet), la deuxième l'école et l'éducation (avec un poussin de quelques jours, on en était encore loin) et la dernière règle était un axiome : nous sommes le noyau et nos enfants les électrons. C'est le noyau qui prime.

De cette axiome du noyau découlait un certain nombre de sous-règles essentielles, parmi lesquelles:
- la télécommande de la télé appartient aux parents;
et
- l'enfant dort dans sa chambre, les parents dans la leur.

Et c'est ainsi que, dès la première nuit, l'enfant dormit dans son lit, dans sa chambre (séparée de la chambre des parents par une fine cloison et portes ouvertes, nous ne sommes pas des monstres !).

Et voilà que Madame Antier (encore elle), qui sévit tout l'été 2004 sur ma radio préférée, nous raconte que l'enfant doit dormir collé à ses parents, peau contre peau (comme l'oisillon dans le nid ou le kangourou dans la poche de sa mère). Que c'est essentiel pour son développement.

Le nesting, elle appelle cela !

Et là, je ris franchement. Manquerait plus que mon petit gars de 3 kilos meure étouffé sous ma graisse ! C'est que ma taille de jeune fille (si tant est que j'ai jamais eu une taille de jeune fille), n'est pas réapparue miraculeusement trois semaines après l'accouchement. Faut pas croire, ça prend du temps à disparaitre, le bourrelet disgracieux. Imaginez le nourrisson retrouvé asphixié dans les plis du ventre distendu de sa génitrice.

C'est du plus grand ridicule !

3. Le Travail

C'est bien joli l'idée de rester à la maison pour élever poussin, l'allaiter jusqu'à trois ans et lui être totalement consacré.

Sauf que j'ai des ambitions moi. En 2004, naissance de mon premier enfant, je vise une promotion, en 2006, naissance de mon second enfant, un autre. Ce que je sais, ce que je ressens au plus profond de moi, c'est que mes enfants ne resteront pas éternellement dans nos pattes, qu'on les élève pour qu'ils partent un jour et qu'une maman épanouie par son travail est une meilleure mère que celle qui reste à la maison par obligation mais est frustrée de n'être que cela une maman.

Alors, je sélectionne une nounou et je reprends le travail.

J'aménage mes horaires pour être plus présente à la maison mais, à aucun moment, je n'envisage d'arrêter ou de suspendre ma carrière. Je sais trop ce que "suspension" signifie et j'ai besoin de travailler. Pas seulement financièrement. Mais bien sûr financièrement aussi. Deux rémunérations valent mieux qu'une et, même si le bien être matériel ne fait le bonheur, il aide à passer l'hiver...

Et je ne repense plus à Madame Antier, jusqu'à ce qu'elle réapparaisse dans mon paysage en expliquant combien la fessée est néfaste (voir ici). Et même après, comme elle disparait à nouveau, je l'oublie presque.


Et voilà que Madame Badinter sort un livre où il est question de Madame Antier... mais pas seulement de Madame Antier. Je découvre, effarée, que ce que je prenais pour un groupuscule minoritaire et risible est en réalité un mouvement de fond, lequel va de pair avec le retour de l'ordre moral dont j'ai parlé ...

Et encore une fois, je me demande si ce petit monde post-soixante-huitard, où j'ai pu être libre de choisir ce que serait ma vie, où mes copines et moi avons pu librement décider d'allaiter et/ou de travailler (les deux ne sont nullement incompatibles me semble-t-il), où les hommes sont respectueux du choix des femmes, où l'on peut encore ne pas avoir d'enfant sans être une Messaline, un monde de contraception où l'avortement peut être une solution, sera le monde que connaîtra la Poussinette.

Pour l'instant, je suis dans la phase du "tout se joue avant six ans" et, parce qu'il y a des ancrages qui doivent être indélébiles, j'explique à ma fille que, si elle travaille bien à l'école et si elle s'amuse, rien ne lui sera interdit. Qu'elle pourra être ce qu'elle a envie de devenir.

Et quand on lui demande qu'elle métier elle veut faire plus tard, la Poussinette répond, très fière:

- maman et médecin, c'est ça que je veux faire.

Qui vivra verra...

vendredi 19 mars 2010

Dans mon bain...

Ce billet est à classer dans la catégorie "très très très futile".

Dimanche dernier, à l'heure où le soleil commence à se coucher et moi à me détendre, j'étais dans le bain, je mijotais tranquillement et je me suis interrogée sur la façon dont vous, chers lecteurs, prenez votre bain.

Pour vous mettre à l'aise, moi, ça dépend des moments.

Il y a le bain rapide, celui qu'on prend parce qu'on n'a vraiment pas envie de prendre une douche ou qu'il n'y a pas de rideau de douche. Car, sache-le, lecteur, si tu décidais de m'inviter à utiliser ta salle de bain rutilante (mais si, ça peut arriver !), je refuse de me doucher avec la douchette le cul nu sur la baignoire gelée. J'aime pas avoir froid aux fesses. De même, s'il n'y a pas de crampon mural pour accrocher le pommeau de douche, je ne me douche pas. Fi de l'écologie et des économies d'eau, il me faut un petit fond d'eau bien chaude pour me réchauffer le postérieur. C'est ce que j'appelle le bain-douche, pas tout à fait un bain mais pas non plus une douche.

Il y a ensuite le bain relaxant. Relaxant, ça veut dire que je suis seule avec France Inter, la lumière au minimum, une petite bougie qui sent bon et beaucoup de mousse. J'aime particulièrement les produits l'Occitane (lesquels ne m'ont pas encouragés à parler d'eux) qui, quoique chers (enfin plus chers que ce qu'on peut trouver en grande surface) sont super agréables et font la peau toute douce... et le Doudou aime les peaux douces. J'aime ne rien faire d'autre que de voir ma peau se friper tout doucement et mes doigts se recouvrir de petites ridules. Les bains trop chauds, dans lesquels on a du mal à mettre le pied et qui vous enveloppe complètement quand, après moult contorsions, vous êtes enfin complètement recouverts d'un eau proche des 90 degrés, je kiffe à donf'.

Le problème des bains relaxants, c'est qu'ils ne sont possible qu'entre 21 h 30 et minuit. Avant (c'est à dire de 9 heures du matin à 21 h 30), j'ai toujours un poussin pour sauter dans la baignoire avant que j'ai eu le temps de dire ouf. Ça implore je peux prendre le bain avec toi maman ? et avant même que j'ai le temps de répondre, ça a les petites fesses à l'air et une jambe dans l'eau. Il serait d'ailleurs intéressant de chronométrer la vitesse de déshabillage de l'enfant de quatre ans quand il y a maman dans le bain et celle quand maman n'est pas dans le bain mais que c'est l'heure du bain et qu'il faut prendre le bain, parce que c'est comme ça, c'est tout, les mamans n'ayant pas besoin d'expliquer pourquoi l'enfant doit se laver chaque jour et que, non, maman ne parlementera pas, ne négociera pas, on va au bain et on obéit sans broncher... Je vous remercie, ami lecteur, d'avoir réussi à tenir tout le long de cette interminable phrase. Moi même, à un moment, je me suis demandée si je n'allais pas la couper. Et puis non. Ça nous entraîne à contrôler notre respiration, ça fait du bien.

Pour revenir à nos moutons aquatiques, le bain avec enfants n'est pas relaxant. C'est l'antithèse du bain relaxant. Le bain avec enfant(s) suppose de savoir transvaser le contenu d'un récipient dans un autre cent fois de suite, d'accepter que la salle de bain soit une vraie patinoire au bout de la séance et surtout d'aimer n'avoir que deux millimètres carrés pour se poser parce que l'enfant trouve que le parent prend vraiment toute la place (quand il ne dit pas t'as les jambes qui piquent maman, tu peux pas faire quelque chose ? Deux claques oui !).

... Du coup, ben, le parent sort du bain, désertant le champ de bataille... et l'enfant est tout content parce que, pour une fois, y a de la mousse dans son bain.

Voilà pour mes bains à moi. Et les vôtres, ils sont comment ?

samedi 13 mars 2010

influences radiophoniques

A lire les blogs des uns et des autres, j'ai réalisé deux choses :

1. Nous avons tous des références littéraires et certains blogs sont dédiés aux livres et en parlent merveilleusement bien (voir notamment les peuples du soleil);

2. Nous avons tous des références télévisuelles et j'avoue que savoir que je ne suis pas la seule à avoir pleuré devant Candy et rêver d'avoir Papa Poule comme papa me rassure un peu.


Mais peu nombreux sont ceux qui parlent de leur passé radiophonique sur leur blogs.

J'ai beau être née à une époque où les enfants passaient beaucoup de temps devant le petit écran (vive Récré A2 et l'île aux enfants), je dois beaucoup à la radio dans la formation de ma personnalité... et je ne dois pas être la seule.

D'ailleurs, c'est sur une radio que j'ai fini par suivre la soirée électorale dimanche dernier (rassurez-vous, j'avais déjà vu le joli pull violet de Rachida D.).

Mon premier souvenir de radio est une émission qui passait sur RTL en fin de journée, quand nous étions en voiture avec mes parents. Les auditeurs devaient choisir entre deux chansons, dont une seule revenait en semaine suivante (ou le lendemain ?). Je ne me souviens plus du titre de cette émission mais je me rappelle y avoir entendu pour la première fois, bien avant Madonna, Don't Cry for Me Argentina par Elaine Page, puis Memory par Barbra Streisand. J'avais une dizaine d'année à l'époque et de là date mon amour des comédies musicales. Je les aimées avant même d'en voir des images. Je chantais à tue-tête, la tête penchée entre les deux fauteuils avant (je vous parle d'un temps où les ceintures de sécurité à l'arrière étaient un accessoire superflu)... Si quelqu'un se souvient de cette émission, je veux bien un lien. J'ai googlisé mais sans le titre, c'est pas facile. D'ailleurs, maintenant que j'y pense, c'était peut-être pas RTL.... oui, je sais, comme dirait mon ancienne GrandeChef : useless !

Mon adolescence a coïncidé avec l'émergence des radios libres, j'écoutais RFM, Chérie FM. Je me trouvais jeune, moderne. NRJ me faisait un peu peur, on y parlait un langage de grand. J'étais une froussarde, moi, jeunette. Je me disais que, si mes parents pénétraient par surprise dans ma chambre, ils seraient horrifiés par ce qu'ils entendraient. Autant vous dire que je n'ai jamais foutu une oreille sur Skyrock.

Et puis, je suis allée au lycée...

... et j'ai découvert France Inter au petit déjeuner.

Louis Bozon, Patricia Martin, Stéphane Paoli, je suis tombée amoureuse de cette station. J'ai tenté de lui faire des infidélités, surtout au début, mais j'y reviens toujours.

Hélas, pendant les JO de Pékin, j'étais à la campagne où nous n'avons pas la télé. Alors, du coup, j'ai du mettre RMC... pour savoir ce qui se passait. Il s'agissait quand même des JO... et j'ai des priorités, moi !

Hormis cette (toute petite) infidélité, je suis France Inter à fond. Bien sûr, je n'écoute pas tout le temps, je ne peux pas travailler avec un fond sonore, donc en journée en semaine, c'est généralement niet.

Ma sélection radiophonique est donc parcellaire, essentiellement le matin et le weekend.

Que je vous présente mes chouchous.

Nicolas Demorand. Le seul, l'unique, celui qui ne lâche rien. Et pourtant, quand il a pris les rennes du 7/10 (qui est passé à 6:30 récemment pour ceux qui ont suivi), j'étais une auditrice hostile. C'est que j'étais amoureuse de Stéphanie Paoli, moi ! Et qu'on déloge mon Stéphane pour mettre quelqu'un d'autre, ça ne m'avait pas plu. En plus, le Nico, il venait de France Culture, c'était un intello, j'en étais certaine. Bref, je l'ai écouté avec circonspection la première fois... et, en une semaine, il m'avait conquise.

Thomas Legrand. Lui, c'est le commentateur politique. Il a un humour pince-sans-rire que j'aime beaucoup et ses analyses me semblent frappées au coin du bon sens. Le Doudou le trouve nul. J'en déduis donc que M'sieur Legrand a le coeur à gauche. Le Doudou a un sixième sens pour ça... L'UMP devrait l'embaucher, un nez qui repère la remarque anti-sarko en trente dixièmes de secondes, ca ne se trouve pas dans toutes les permanences.

Voilà, pour le matin...

Après, pour moi, c'est le weekend.

Et j'ai deux énormes chouchous du weekend.

Honneur aux dames !

Paula Jacques et sa Cosmopolitaine enchante mes dimanche après-midi. Ses chroniqueurs sont une bouffée d'ouverture dans un monde tellement franco-français. Elle donne envie de voir des films israéliens, des films palestiniens, de lire des livres iraniens, des livres russes.

Je lui doit notamment l'une de mes plus fortes lectures de ces dernières années, un tout petit livre que je recommande, publié chez Actes Sud, le jour où Nina Simone a cessé de chanter. C'est un texte autobiographique d'une grande dame, qui écrit bien. Un jour avec un peu de chance, je la verrai sur scène.... car elle est comédienne aussi, Darina.

Et je recommande également la lecture du livre de Paula Jacques, Rachel-Rose et l'Officier Arabe, un très joli moment qui donne à réfléchir.

Mon second coup de coeur du weekend va à Guillaume Gallienne et je vous l'assure, ca peut pas faire de mal d'écouter son émission. Il lit de très jolis textes et donne envie d'en lire. Parfois, il invite des comédiens qui lisent aussi bien que lui... et ca fait du bien, dans notre monde trépident où la vie se définit en 140 caractères, de se poser une heure pour l'écouter nous raconter la beauté du monde.

Dans sa première émission, en Septembre, il lisait Proust... et moi qui n'ai jamais dépassé la lecture de Du Coté de chez Swann, j'ai pour la première fois eu envie de reprendre ma lecture là où je l'ai arrêtée il y a presque vingt ans maintenant.

Et puis Gallienne, sur scène, c'est un bonheur !

Précipitez vous pour voir son spectacle, je me suis régalée.

Gallienne, c'est un Monsieur du Français qui ne se la pète pas, qui sait jouer juste et qui a une faculté de brosser en un trait de plume, en un souffle, en un geste, des situations ordinaires et extraordinaires.


Voilà, pour mon parcours radiophonique et j'aimerais bien connaître le vôtre. Alors, je passe le relais à qui voudra le saisir...

Votez !

Ce petit message pour vous recommander...

non, vous enjoindre...

non, vous intimer...

d'aller voter dimanche.

VOTEZ !


Mais pourquoi nous enquiquine-t-elle avec ça, la Doudette ?, vous demandez vous. On est samedi, c'est le week-end, y a des croissants chauds sur la table et les course à faire à Carrefour. Et la voilà qui sort son billet comminatoire, genre elle sait tout mieux que tout le monde... Franchement, qu'elle livetweete les enfoirés et qu'elle nous foute la paix avec son message café du commerce. J'fais ce que je veux moi...

Oui, ami lecteur, tu fais ce que tu veux... et si tu peux faire ce que tu veux, c'est sans doute parce que d'autres sont allés voter pour que tu le puisses. Alors, lis ce message. Il n'a pas la prétention de t'apprendre la vie. Juste de te donner un petit témoignage, parce que, mon truc à moi, c'est le témoignage.

Donc, à celui et ceux qui voudrons bien continuer la lecture de ce billet (un peu) sérieux, je ne peux pas dire pourquoi il(s) doi(ven)t aller voter mais je peux dire pourquoi, moi, je vais voter.

La démonstration par l'exemple qu'ils diraient.

1. Parce que je suis citoyenne, actrice de la cité et que, toute mégalomane que je suis, je pense - et c'est mathématiquement prouvé - que mon vote a autant de poids que celui de ceux qui disent tout savoir mieux que tout le monde. Quand vous réalisez que le Président de la République et son principal adversaire politique ne mettent eux aussi qu'un seul bulletin dans l'urne, ça vous donne des raisons de croire que votre voix compte.

2. Parce que ne pas voter, c'est laisser la voix libre à ceux qui votent. Le décompte des votes est comme ça, si vous ne votez pas ou votez blanc, votre vote ne compte pas. Quand les statistiques apparaissent, c'est au nombre de votants ayant exprimé un vote valide qu'on comptabilise les votes. Or, toutes proportions gardées, les extrémistes n'ont aucun état d'âme à mettre un bulletin dans l'urne. Et je refuse de revivre le printemps de 2002 quand mes clients étrangers, chaffoins, me proposaient, ironiques, l'asile politique chez eux.

Précision utile : j'avais voté en 2002, moi.


3. Parce que je suis issue d'une lignée pour laquelle le droit de vote (ni même la citoyenneté) ne va pas de soi. Mes ancêtres ne cultivaient pas la terre, comment auraient-ils pu voter ? De pogroms en lois iniques, ils ont toujours cherché un endroit où, à défaut de les laisser voter, on les laissait au moins tranquilles. C'est donc génétiquement que je réalise aujourd'hui la chance que j'ai de pouvoir choisir ceux qui me gouvernent.

4. Parce que tout droit s'accompagne d'un devoir et que je ne comprends pas ceux qui revendiquent dans la rue leurs droits acquis, vantent la démocratie participative et le droit de manifester bruyamment mais... jouent les bégueules dès qu'ils s'agit de mettre un bulletin dans l'urne. On ne peut pas demander la lune et se déresponsabiliser ainsi. C'est parce qu'on a admis une certaine forme de démocratie en France que les Etats Généraux ont adopté la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (ne pas oublier qu'il y a le mot citoyen, là) et c'est cette déclaration (et tout ce qu'elle a engendré), qui permet aujourd'hui aux mécontents de défiler entre République et Nation pour revendiquer.


5.
Parce que je crois en la démocratie telle que nous la pratiquons. Je suis pour une/des assemblées représentatives auxquelles sont délégués les pouvoirs. Je ne suis pas certaine que l'échelonite aiguë (parlement, régions, conseil généraux, département, cantons, communautés de communes, communes, j'en oublie sans doute) soit ce qu'il y a de plus efficace mais le filtre du parlement permet d'éviter les dérives du tout-référendum, avec ses questions mal posées et ses réponses déplacées. L'anarchie me fait peur, le totalitarisme aussi.

6. Parce que je suis pour la séparation des pouvoirs et que, pour que le Judiciaire et l'Exécutif soient efficaces, il faut que le Législatif (et ses déclinaisons locales et régionales) ait une légitimité. Or, cette légitimité sort des urnes. Ne votez pas et vous aurez des élus décrédibilisés et finalement peut efficace dans le rôle de contre-pouvoirs.

7. Parce que c'est une chance que de pouvoir voter dont on oublie parfois que cette chance peut disparaître très rapidement. S'il faut vous convaincre de vous rendre en famille dans votre bureau de vote dimanche, je suis capable de jouer à fond la carte de la culpabilisation. Donc, petit rappel de données réelles. En Afrique, j'entendais ce matin à la radio quelqu'un rappeler que le droit de vote, dans de nombreux pays, c'est one man, one vote, once. Et ce once est déterminant en ce sens qu'on voit tant de dirigeants, une fois au pouvoir, se l'approprier et ne plus le rendre. C'est éphémère, un droit de vote si on ne l'utilise pas. En Iran, mes twamis sont bien placés pour savoir ce qu'il en a été des pseudo dernières élections. En Amérique du Sud, on a vu récemment, au Honduras, qu'un gouvernement peut rapidement être destitué.

Alors, même si, comme moi, vous ne savez pas encore pour qui voter, entrez dans l'isoloir.

Je suis coutumière des décisions de dernières minutes. Et une fois dans l'isoloir, mon coeur (et parfois ma raison) sait (savent) toujours quel bulletin mettre dans l'enveloppe.


dimanche 7 mars 2010

Petits tracas de sports d'hiver

Nous étions donc sept adultes (dont trois couples) et six enfants (de presque-trois-ans à déjà-onze-ans) en vacances à la montagne en hôtel-club parce que, faut pas charrier, on est en vacances et faire la cuisine et le ménage pour treize personnes en vacances, c'est pas mon truc... ni celui des mes copines.

On est des femmes libres, nous !

Hélas... malgré les précautions prises, il n'est pas de vacances sans son lot de petits et gros emmerdements.

Petit résumé des évènements marquants de la semaine.


1. La chute idiote

A ski, on fait gaffe. On va lentement. On regarde et on évite soigneusement les malaaaaaaades qui nous déboulent dessus en venant de l'amont et qui risquent de faire des nous des handicapés à vie. Du coup, on ne se fait pas mal à ski....

En revanche, sans les skis...

...on se relâche.

Prenez un Papa. Un Papa qui veut faire plaisir à sa grande fille de déjà-onze-ans parce qu'elle a sollicité de son paternel qui l'accompagne pour faire de la luge. Le Papa est gaga. Il se dit que c'est peut-être la dernière année où sa fille le lui demandera. En mars 2011, déjà-onze-ans aura douze-ans-et-des-poussières. Et à cet âge-là (douze ans et des poussières), on peut très bien être passée d'un statut de pré-ado à un statut d'ado. De vraie ado. Celle qui ne veut plus rien avoir à faire avec ses parents. Et surtout pas de la luge.

Le Papa content et déjà-onze-ans s'en vont trouver un spot pour la luge.

Ils en trouvent un.

Pas totalement autorisé mais tellement plus fun que celui où les trois-ans-et-demi glissottent dans leur bateau de plastique.

Déjà-onze-ans s'élance.

Elle va vite.

Elle va très vite.

Oh mon Dieu ! Mais elle va beaucoup trop vite ! Elle va se ramasser si on ne la freine pas.

Alors, le Papa content et responsable fait ce qu'il doit faire, il met sa jambe en travers du chemin pour ralentir la course.

Yeeeeeeees ! La course est ralentie. Déjà-onze-ans est saine et sauve.

Papa content hurle.

Ce n'est pas un cri de joie.

La jambe est partie avec la luge et a fait un triple Lutz piqué.

...

Au dires des médecins, c'est un tendon de la cuisse (celui qui relit la cuisse à la hanche) qui est déchiré. Huit semaines d'immobilisation. Un rapatriement en ambulance. Et la maman de déjà-onze-ans pas du tout contente - elle - parce que, tout ça, finalement, c'est la faute au Papa content qui a accepté de descendre en luge dans un endroit non prévu à cet effet et a pris des risques non maîtrisé.


2. La maladie de la gamine

On a parlé ailleurs des méfaits de la clim' dans le TGV.

Mais quand on est parent et que Mademoiselle bientôt-quatre-ans a 39°C de fièvre, on est coincé.

Au mini-club, on vous dit gentiment non merci madame, vous la gardez et nous la ramenez quand elle ira mieux.

Au centre médical de la station, on vous dit c'est une otite et on vous la met sous Orelox, sauf que la gamine n'a pas qu'une otite (ça se voit à l'oeil nu, à sa toux et à son nez qui coule) et qu'en conséquence, faute d'un traitement approprié, la fièvre ne tombe pas. Il faut s'y reprendre à deux fois pour que le médecin sache vous prescrire le bon médicament et que la petite guérisse... Ah, zut, c'est le dernier jour !

De toutes façons bientôt-quatre-ans n'a pas tellement envie d'aller mieux. C'est tellement plus rigolo de rester tout le temps avec maman ou papa. Elle en rajoute des tonnes, bientôt-quatre-ans, prend une petite mine éplorée dès qu'un copain des parents fait mine de proposer de la garder une heure. Elle réclame son doudou, les bras, un câlin. Elle veut dormir avec maman.

Parce qu'elle a vraiment de la fièvre et que ça fait mal au coeur de la laisser dans cet état à des gens qu'elle ne connaît pas vraiment, les parents alternent garde d'enfant et descente de piste et ne skient donc pas une seule fois ensemble du séjour, ce qui laisse un léger goût amer dans la gorge (à moins que ce ne soit l'angine que la gamine leur a refilé).

3. La fausse alerte

Une pré-ado qui se fait mal, ça fait du bruit.

Ca en envoie des décibels, une pré-ado contusionnée !

Du coup, une collision avec une petite brute en luge (qui a visiblement fait exprès de jouer aux auto-tamponneuses) et voilà mère et fille aux urgences de l'hôpital pour passer une radio de contrôle.

La mère est dans un état proche de l'Ohio (vu que les urgences elle commence à connaître - cf. le 1. ci-dessus). La fille est particulièrement désagréable comme sait l'être l'enfant inquiet qui a mal et croit que c'est la fin.

En plus, ce n'est pas la plus urgente des urgences.

On laisse passer les blessés sur des brancards.

On attend qu'il soit presque minuit pour enfin passer la radio qui rassure.

Et ensuite, il faut remonter à la station.

Mère et fille rassurées, mais épuisées, ne s'endorment pas avant le milieu de la nuit.

La journée du lendemain, elles la passent au radar...


4. Le cours de ski

L'ESF n'est plus ce qu'elle était lorsque nous étions enfants.

Là, ils sont 20 enfants par cours (ou du moins on le dirait).

On les laisse par terre s'ils tombent. Pas le temps de faire de l'accompagnement personnalisé. C'est tu suis ou tu prends froid, le cul dans la neige. Les gamines pleurnichent, les garçons gesticulent. La pédagogie est proche du zéro absolu.

Résultat, quand le Doudou veut emmener le Poussin skier sur la grande montagne au matin du troisième jour, il réalise que le Poussin... est nul. Nul mais NUL. Le plus nul des nuls. Il n'a même pas les bases. C'en est même dangereux.

Le père et le fils descendent une piste.

Pas deux.

Le père arrive en bas super énervé. Il faut faire quelque chose !

Le lendemain, direction l'ESF pour inscrire le Poussin à des cours personnalisés. Ça coûtera ce que ça coûtera (70 euros les deux heures quand même) mais le Poussin aura les bases à la fin de la semaine.

Seulement, nous ne sommes pas les seuls à avoir cette idée.

Aucun cours de disponible avant le jeudi.

Qu'à cela ne tienne, jeudi ce sera.

A la fin du séjour, le Poussin aura donc pris deux fois deux heures de cours particuliers jeudi et vendredi... et au moins il a les bases maintenant.

Espérons que l'année prochaine, il obtienne autre chose que le piou-piou.

Je n'ose émettre l'hypothèse que, peut-être, la raison d'être des cours collectifs est de motiver les parents ambitieux à offrir à leurs têtes blondes des cours personnalisés qui coûtent... les yeux de la tête (blonde).


5. Le trop-plein de raclette

Le soir tout va bien.

On s'empiffre de raclette, de pommes de terre mal cuites et de charcuterie sous-vide tout juste déballée (elle a encore un goût de plastique).

On picole un mauvais vin blanc, qu'on sent acide, mais on s'en fiche, on a soif.

On se couche, repus.

Le sommeil arrive...

... et avec lui un mal de crâne sourd, une nausée lancinante.

On a des frissons.... ou des soudaines bouffées de chaleur.

Moins on dort, plus on se sent mal.

Et au petit matin, ça vient tout seul : la raclette part au fond de la cuvette (oui, ça rime).

Alors on se dit qu'on ne ne nous y reprendra plus...

... jusqu'au prochain vin chaud, qui accompagne si bien la crêpe au Nutella.

Miam :)


On ne dirait pas comme ça, mais nous avons passé de super vacances et nous sommes tous d'accord pour dire :

VIVEMENT L'ANNEE PROCHAINE !