dimanche 30 mai 2010

C'est ma fête !

A toutes les mamans qui me lisent, je veux souhaiter une excellente fête... même si être maman, c'est la fête tous les jours. Mais si.... Rappellez-vous comment c'était avant.

Ma fête à moi a été à la hauteur de mes espérances:

Cadeau numéro 1 : mon papa, que je vois trop peu souvent (moins d'une fois par trimestre) nous rendait visite. Et c'était rafraîchissant de le voir jurer et dire des gros mots devant les enfants, admiratifs. On a regardé plus de sport à la télé en deux jours avec lui qu'en six mois sans lui. On a entendu les mots crétins, zigoto, escogriffe, mots peu usités par nos contrées.

Il est parti par le train de 16 heures et on se dit que c'est vraiment bête qu'il ait quitté sa ville, notre ville, pour s'enfuir à mille kilomètres, ce juste avant que le poussin naisse. Et on ne cessera de se demander pourquoi... ben oui, hein, pourquoi ?

Cadeau numéro 2 : mes enfants ont commencé la journée par un énorme câlin. Le plus gros câlin de toute la terre de tout l'univers. La Poussinette m'aime à toute la folie de la folie et le Poussin trouve que je suis la plus super des mamans.

Cadeau(x) numéro 3: une image valant mieux qu'un long discours, voici :

Portrait familial (auteur : Poussin)

Vous reconnaîtrez aisément ce que le Doudou, à droite, tient entre les mains. Euh... Aisément ? Les paris sont ouverts en commentaire.






Papa embrasse Maman (auteur : Poussin)

Le petit coeur, au milieu, c'est le bisou de papa à maman. J'ai eu droit à une explication en profondeur sur l'existence et de la consistance du baiser. Je me demande seulement pourquoi j'ai des paluches qui font largement trois fois la taille de celles du doudou.




Fleur d'amour (auteur : Poussinette)

On notera que l'auteur, quatre ans, s'est appliqué à ne pas déborder.

Je suis fière.

Et puis, la geekette en moi n'a pas manqué de noté que le coeur de la fleur est un ... smiley :)





Poème d'amour (auteur : Poussinette)

Avec la carte, nous avons eu la récitation de la première poésie de toute une série de poèmes d'anniversaire... ou pas.

Aurais-je droit à Fantaisie ? Au Dormeur du Val ? Au Printemps ? A Moi, j'irai dans la lune ? L'avenir le dira...


Cadeau numéro 4: La surprise.

J'avais interdiction de sortir pour les courses du dimanche matin, je devais rester à la maison, cloîtrée. C'était un ordre.

- Tu restes ici, maman !, intime ma fille, qui a le même ton autoritaire que moi à son égard au moment d'aller au lit.
Et si je veux prendre l'air moi ?
- Mais pourquoi ?
- C'est une surprise.
Vu le ton, j'ai pas intérêt à moufter.
- Une surprise, Poussinette ?
Je joue très bien l'ingénue.
- Mais tais- toi !!!!! T'es idiote ou quoi ?!!!!! Papaaaaaaaaaaa, y a Poussinette qui dit à maman que c'est une surprise, elle a pas le droit !!!!!!!
C'est sûr que comme ça, c'est plus discret.
- Ouinnnnnnn !!!!!
(ça, c'est la Poussinette qui se force à pleurer dès fois que son père trouverait que c'est pas bien de vendre la mêche).

Finalement, ils sont partis... et revenus !

Mon fils avec ...


et sa soeur avec ...


La rumeur veut qu'ils aient choisi tous seuls.

Ils ont bon goûts mes poussins, je trouve...

Cadeau n°5 : parce que le Doudou m'aime et qu'il sait qu'il n'y a rien qui me fasse plus plaisir...

J'ai eu droit à une petite virée shopping.

C'est ce qu'il y a de bien avec les centres outlet de la banlieue est : ils sont ouverts le dimanche. En plus, j'avais des invitations pour des soldes privées. Le premier qui dit que ce n'est pas une raison valable, je lui rappelle que c'est la fêtes des mères, que je suis une Super Working Mom et que j'ai donc tous les droits aujourd'hui.



Ah qu'elle était bien cette fête des mamans....

NB. Toutes les photos ont été prises avec l'iPhone, d'où leur qualité... aléatoire. Ce n'est pas la photo qui compte mais ce qu'elle représente, n'est-il pas ?

samedi 29 mai 2010

Le Foot, quel travail !

Ami lecteur, la World Cup arrive !

Elle est presque là.

Que vous aimiez cela ou pas, ce n'est pas le problème. Du foot, nous allons en manger au petit déjeuner, en bouffer au déjeuner et, le soir venu, nous ferons une indigestion de ballon rond.

Et là, ami fan de foot, il te faut quand même t'inquiéter.

C'est la crise !

Or, la World Cup est un frein à la productivité et pourrait l'aggraver, cette crise.

Comment je le sais ?

Un cabinet d'avocat anglais me l'a écrit il y a peu (voir ici). Il s'inquiète, ce cabinet d'avocats des conséquences que l'absentéisme pourrait avoir sur les salariés européens. Et les salariés européens ne sont rien comparés aux salariés brésiliens. L'exemple de 2006 est hautement symbolique. Et en 2006, lecteur attentif, la crise n'était qu'un concept abstrait.

Même en Afrique du Sud, pays organisateur du tournoi, on s'inquiète sur l'impact que la World Cup pourrait avoir sur la santé des entreprises locales (explications détaillées ici car ce billet n'est pas un billet économique).

Et je m'interroge.

Qu'est-ce que vous avez tous avec ce truc ?

Et pas que vous, lecteurs francophone.

J'ai passé près de trois jours entourée de mes collègues européens, soit cinq repas... et pas un repas sans qu'il ne soit question des performances de telle ou telle équipe.

Je vous préviens, après trois jours de sondage auprès d'un échantillon représentatif de l'Europe footballistique, la France n'a pas la côte. Il fallait les voir, mes collègues allemands et danois, pencher la tête, prendre une mine contrite et constater d'une petite voix : "well, your team, in France, well... it is not... well... you see... what it used to be". Quant à savoir ce qu'elle avait l'habitude d'être, notre équipe, nul ne sait mais sans doute doute mieux que ce que tous ces well signifient.

En même temps, au petit jeu des pronostics, il n'y a pas une équipe qui se détache du lot en Europe. Les danois sont bien contents d'avoir été nominés. Les allemands prient pour que Ribéry fasse une demande de nationalité. Les sud-africains (oui, dans la Corporation, l'Afrique du Sud, c'est en Europe) cherchent à quitter le pays. Les espagnols... aiment l'équipe portugaise. Et vice-versa.

Et les anglais ?

Les anglais... affirment que la France est douée en rugby. Ils sont diplomates, ces anglais ! Les français rappellent alors aux anglais que la France a tout raflé cette année... en Rugby. Ils sont fanfarons, ces français !

Les irlandais ne parlent pas. Ils commandent une bière et trinquent... to sports, mate !

Tous mes collègues sont cependant d'accord pour admettre que les matchs où "leur" pays joue, ils vont les regarder. Je me sentais bien seule, forcée d'admettre que j'avais boycotté la finale de 1998 et celle de 2006 pour un resto entre copines. Les soirs de finale de coupe du monde, les restos sont déserts, les serveurs aux petits soins.... et le service est rapide, lesdits serveurs espérant boucler avant la fin du match, histoire qu'en voir quand même un bout. C'est donc le jour idéal pour une sortie entre copines-qui-n'aiment-pas-le-foot. Quoi qu'elles soient de plus en plus rares, ces copines là. La faute à Zizou et à tous ces petits minous d'une vingtaine d'années qui font fantasmer dans leurs shorts moulants. Je rappelle donc à mes copines Cougar que ce sont des..... mômes !

Quand au vainqueur, mes collègues le verraient bien sud-américain. Brésil, Argentine. Des valeurs sûres. L'idée de voir Diego, adipeux et flasque, courir tout nu dans Bueno Aires ne m'enchante guère. Mais s'il faut cela pour que la France disparaisse de la photographie rapidement, je suis prête à corrompre l'arbitre.

Car elle n'a pas encore commencé cette World Cup que déjà, elle me fatigue. Je vous parie ce que vous voulez que ce sera pareil que les dernières années : on aura droit à un arbitrage défavorable, à un tirage au sort défavorable, à des blessures inattendues la faute au rythme de l'année, à des conditions climatiques inhabituelles. Bref, ce s'ra pas not' faute M'sieur... mais la faute à pas d'chance.

Et ça râlera devant son poste... mais ça n'en loupera pas une miette.

Pas étonnant dès lors qu'on s'inquiète de la productivité et des moyens de contourner un absentéisme forcené. Ainsi, mes collègues devraient être peu concentrés sur leurs tâches quotidiennes quand onze gugusses en short joueront en 90 minutes l'honneur de leur nation. Qu'on puisse placer l'honneur et la victoire dans des crampons de chaussures et des maillots bariolés peut paraître ridicule... à qui ne connaît pas l'excitation d'un mouvement de foule collectif ! Une coupe du monde de football catalyse l'attention de citoyens sur un évènement particulier, ça leur évite de penser aux tracas quotidiens et... ça fait moins de morts qu'une petite guerre au bout de monde.

Laissez les foules s'extasier devant un écran de télévision HD (qui sera remboursé si l'équipe gagne - ce qui augmente encore l'extase). Pendant ce temps là, dirigeants d'Europe, passez vos réformes. Elles sont nécessaires, elles sont utiles. Elles sont indispensables.

Elles sont impopulaires ? C'est donc le moment idéal.

Seuls quelques irréductibles, hostiles à la liesse footeuse, crieront au scandale. Mais qui entend Cassandre ?

Et si je veux être totalement cynique, à toi lecteur sympathique et néanmoins employeur, je rappelle que c'est également le moment de consulter tes institutions représentatives du personnel sur les mesures qui fâchent. Quelque chose me dit que le délégué syndical aime le foot aussi et n'aura aucun mal à entériner les changements organisationnels que tu envisages d'implémenter s'il est libéré pour le coup d'envoi (si, si, implémenter, si tu me dis que tu ne connais pas ce mot barbare, je mets en doute ton honnêteté, camarade employeur).

Allez, bon foot, les gens, moi, je retourne bosser !

dimanche 23 mai 2010

Profession de foi

Chacun sait ici que je ne suis pas une grande fan des rites religieux. Un héritage paternel dont il n'est pas aisé de se défaire tant les ancrages sont anciens. J'en ai parlé ici et , en fait un peu partout... parce qu'on n'a beau vouloir se tenir aussi loin que possible d'eux, les religieux sont toujours présents pour se rappeler à vous. C'est le problème du prosélytisme. Ça se veut aimant, bienveillant et, en fait, ça tente par tous les moyens de vous enrôler.

C'est dire si j'étais peu motivée quand je suis rentrée dans cette église hier. Pour une profession de foi. La faute au Doudou, parrain de l'impétrant. Parait qu'on n'avait pas le droit de ne pas y aller. J'aurais pu ergoter sur la question de l'impératif catégorique kantien que représentait cette affirmation d'un droit interdit, mais je suis une épouse respectueuse des croyances de son époux.
Oui, bon, ok ! J'avais pas envie de me lancer dans un combat perdu d'avance. Droit ou pas, j'y serais allée à ce machintruc parce que sinon, ça la fout mal... et je n'étais pas disposée à accepter qu'une image dévalorisée de ma petite personne circule dans la famille du Doudou.

Je ne savais même pas ce qu'était une profession de foi. Selon ma croyance personnelle, quand tu professes, c'est que tu enseignes. Or, j'avais du mal à imaginer qu'un môme de 11 ans et demi puisse m'enseigner quoi que ce soit en matière religieuse... et surtout pas ce qu'est la foi. Heureusement que Wikipedia existe pour m'expliquer qu'en fait profession signifie déclaration. Quand tu professes ta foi, jeune chrétien, tu la déclares au monde... lequel s'en fout.

Heureusement, nous sommes arrivés en retard. Oui, heureusement. Parce que, quand tu es en retard, tu te mets au fond, dans un coin et tu peux faire tout autre chose que de t'intéresser à la cérémonie. En plus, là, l'église était bondée. 67 gamins professaient leur foi. Figurez-vous, lecteurs matheux, que chacune de ces 67 têtes brunes avait convié une quinzaine de personnes à assister à cette entrée dans le cénacle catholique. Cela vous permettra d'imaginer la densité de population dans cette église exiguë.

J'étais donc tranquille dans mon coin.... et j'ai fait ce que toute geekette anticléricale se doit de faire en pareil moment : j'ai live-twitté la cérémonie. Le livetwitt, pour celui qui ne connaît pas twitter (, c'est mon compte), est une sorte de commentaire écrit en temps réel. Pour faire un parallèle hasardeux, cela permet à tout un chacun de se prendre pour Patrice Duhamel devant Roland Garros ou Nelson Monfort devant le trophée Lalique.

Le prêtre dans son message d'accueil a commencé en parlant de moi. Il a ainsi souhaité la bienvenue à ceux "qui venaient de loin et se demandaient ce qu'ils faisaient là"... à la fois géographiquement et spirituellement. Deux heures de route et des millions d'années lumières spirituelles, je me suis un chouilla sentie visée. M'enfin, au moins, il me comptait parmi les présents, le prêtre. C'était toujours mieux que ce curé qui, lors d'un mariage dont j'étais le témoin, avait commencé par "nous tous, chrétiens, qui sommes réunis ici"... je n'avais plus qu'à prendre la porte !

Ensuite, ça s'est levé, ça s'est assis. Moi, j'avais une planque : j'étais cachée, je suis restée assise, l'iPhone sur les genoux. C'est fou ce qu'une foule peut faire quand on lui le lui demande gentiment. Allez, dites amen ! Et ça dit amen. Allez, répétez après moi ! Et ça répète. Allez, on chante tous en coeur... et donc ça chante en coeur. Sauf que la chef de coeur était une soprano à la voix de crécelle et que dès qu'elle balançait un son, de minuscules vis s'enfonçaient dans mon crane. Le son de la fraise du dentiste. En pire. Une arme redoutable. Elle chante. La migraine vient. J'ai rapidement eu un besoin irrépressible de paracétamol.

Pendant ce genre de cérémonie, des textes sont lus. Et, à ma grande surprise, je re-réalisais que ce sont toujours les mêmes textes (oui re-, ça me le fait à chaque fois). Pourtant, je peux compter sur les doigts de deux mains les fois où j'ai assisté à un rite religieux. Et tous n'étaient pas catholiques. Ça manque d'imagination dans les lieux de culte... Je te mettrais bien un ou deux consultants RP pour te mettre du peps et du glamour dans tout cela. Au moins, ça bougerait. Là, c'était.... long.

Après les lectures, le prêtre cause. Dans notre cas, il cause souffrance. Souffrance de l'enfantement. Cris de souffrance. Esprit Saint qui pousse des cris. Il dit "il y a des vivants qui sont plus morts que des morts qui vivent auprès du Seigneur". C'est d'une gaieté.... lugubre. Ça existe encore le mal-être adolescent ? Parce qu'avec ce qu'ils ont entendu, les gamins, ils ont matière à méditer sur le sujet jusqu'à leur majorité !

Je me demande ce que les professeurs de foi ont pu retenir de ce sermon...

Ah si... ça...
Une grande explication, pas totalement limpide, sur l'Eglise qui ne serait pas un grand apéro géant organisé a l'échelle planétaire par Jésus... sauf que le prêtre a affirmé qu'il voulait bien participer si on l'invitait... sauf s'il y avait des morts bien sûr... encore que les morts, c'est aussi l'affaire du prêtre. Comprenne qui pourra. Facebook qui s'invite dans une cérémonie religieuse par ailleurs livetweetée par une geekette, ça méritait qu'on s'y attarde. Quand on sait que le discours s'adressait à des gamins de sixième, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur la part de marketing que cette partie du sermon comportait. Faut-il désormais évoquer les réseaux sociaux pour séduire de jeunes recrues ? L'Eglise doit-elle créer un compte Facebook dont les jeunesses catholiques pourraient devenir fan ? Monseigneur Vingt-Trois a-t-il intérêt à ouvrir un profil twitter ? Tant de questions, si peu de réponse...

La Poussinette a peu goûté la cérémonie. Au bout de dix minutes, elle se précipitait dans mes bras, affolée:
- Maman, j'ai peur. J'veux pas faire ça comme métier.
euh....
- Mais, c'est pas un métier, ma chérie.
- C'est quoi alors ?
Un grand barnum tralala.
- C'est une religion.
- Aaaah...
Il faudra un jour que j'explique à mes enfants que mon métier n'est pas une religion. Et ma fille d'ajouter :
- Alors, j'veux pas faire cette religion.
Ça tombe bien. Personne ne te le propose, ma fille. Tu as bien le temps de choisir.

Deux heures qu'elle a duré cette cérémonie. Enfin, deux heures pour les autres. Parce que nous, au bout d'une heure et vingt minutes, les poussins, impossible de les tenir ! Ils voulaient courir, crier. Quand la Poussinette, joignant le geste à la parole, s'est élancée dans les travées en piaillant, le Doudou et moi avons compris qu'il était temps de nous éclipser.

Nous sommes alors sorti sur le parvis, où nos enfants se sont entraînés à gravir les marches en courant.

Quand les cloches se sont mises à tinter, le Poussin a exprimé un certain étonnement :
- M'enfin pourquoi elles sonnent les cloches ? C'est la guerre ?
Nous avons bien entendu rétabli la vérité. La guerre, non, mais la fin du supplice oui.

Je vous préviens je ne suis pas certaine de remettre les pieds dans une église (ou tout autre lieu de culte) avant une bonne dizaine d'années.



NB. Remerciement appuyés à Manu, Louis-Marie, Sandrine, jy, Littledaewoo, Balancelle et tous ceux qui ont rendu ce moment supportable ! Dieu vous en rendra grâce.

vendredi 21 mai 2010

Choisir un Président

Depuis quelques jours, j'échange des bêtises avec un Sénateur de la République, qui a même eu la gentillesse de publier un commentaire sur ce blog... alors que je ne suis pas électrice dans son fief (fief où je n'ai pas - encore - posé un talon de chaussure). Je lis également des articles de blogueurs politiques (voir le blog de Jegoun) ou de blogueurs sur la politique (voir l'interview de Benoit Hamon par Manu). Ca donne à réfléchir...

Et depuis quelques jours, je me pose des questions existentielles sur ce qui motive mes choix lors des élections, essentiellement présidentielles.

J'ai hésité à vous en parler. Et puis j'ai réalisé que, dans mon entourage, même très éloigné, tout le monde sait ce que je vote. J'affiche mes votes comme des étendards. Avant chaque élection, j'emm... le monde avec le fait qu'il faut voter. Même vous, lecteurs attentifs, je vous ai pourri un weekend avec ça ! Je fais de la retape pour mes chouchous, je critique mes bêtes noires. Je fais des statistiques, je regarde les débats à la télé, j'écoute les interviews à la radio. Je suis une passionnata de la chose politique.

Et pourtant, mes choix politiques sont motivés par des raisons... des raisons quoi...


1. Les raisons avouables

On a tous nos critères de choix pour décider de voter pour telle ou telle personne, tel ou tel parti, même moi.

Donc pour que je vote pour toi, homme ou dame politique, il faut...

- Pour que je vote pour toi, il faut que tu refuses de pactiser directement ou indirectement avec les extrémismes, quels qu'ils soient. La famille Le Pen, père, fille, gendre, fils putatif, fils spirituel, fils prodigue, ex-femme, femme refaite, petit fille étudiante mais néanmoins militante, bref toute la mishparah lepénisante me fait pousser les poils à l'envers. Les suppôts de la LCR, de LO (même remaquillés en NPA) font vriller lesdits poils sous la peau. Bref, j'ai le poil qui pousse sous la peau quand j'entends des discours extrémistes, simplificateurs et populistes... et le poil qui pousse sous la peau, c'est signe que ça tiraille, que ça craquelle, que ça risque de péter. Pas bon, ça. Pas bon du tout.

- Pour que je vote pour toi, il faut que tu sois européen, ouvertement pour la construction à terme d'une Europe politique et fédérale, tu ne dois pas cracher sur l'Europe économique, sous prétexte que ce n'est pas assez. J'ai des poussées d'urticaire quand on m'explique que plutôt que d'avancer un peu, il vaut mieux reculer... beaucoup. Tu ne dois pas penser que l'Europe freine la France dans le monde. Il suffit de lire un journal étranger, n'importe lequel, pour réaliser que la France est un délicieux pays de couturiers et de restaurateurs, où l'on mange du fromage au lait cru. Expliquer à des chinois ou à des texans que l'Europe n'est pas un grand pays uniforme est déjà compliqué mais si en plus, il faut leur dire que la France est un pays souverain, on s'expose à de longues et fastidieuses discussions.

Du coup, avec mes raisons avouables, mes votes ont erré entre le centre gauche et le centre droit au gré de mes raisons non avouables.


2. Les raisons non avouables

Je suis une midinette. Du coup, je vote comme une midinette, à l'instinct.


1995

Au premier tour, nous avions au choix Chirac et ses pommes, Balladur et ses chaussettes rouge et Jospin dit Yo-Yo.

Ma colloc' de l'époque (pourtant une vraie gauchiste) m'a entrainé à un meeting de Chichi à Bercy. Grand tralala et musique à fond. C'était mon premier rassemblement populaire... Pas sur qu'il fut pour la République, cela dit. En fait de rassemblement politique, j'avais alors pour unique expérience une réunion à la Mutualité où une copine de lycée m'avait invité à découvrir Arlette et ses travailleurs-travailleuses, tous très bobos et pas tellement populaires. Pour revenir à Bercy, Chichi sur l'estrade, ca en jetait. Il avait du barouf et un un discours très bien écrit. C'était creux mais convaincant. Comme quoi, on peut convaincre avec du vent.

Je n'était pas réellement convaincue mais entre lui et un autre, j'ai voté pour lui.... parce qu'il ressemblait à mon papa. Choisir un président, c'est comme choisir un homme, c'est très freudien comme action. Chichi avait la stature de mon père, il se tenait comme lui. Ca a suffit à me convaincre.


2002

Au premier tour, nous avions Jospin et Chirac, toujours là, increvables et Bayrou, qui semblait être une alternative crédible au centre droit.

J'ai voté pour une fois avec ma tête. Mon calcul était le suivant : plus Bayrou aurait de voix au premier tour, plus on aurait de chances d'avoir un gouvernement tourné vers le centre, que ce fut Chichi ou Jospin qui gagne. Mon vote aurait un poids stratégique sur la politique qui serait menée par la suite et c'était bien de montrer qu'il pouvait y avoir une troisième voie et/ou voix en France. Je ne croyais pas une minute que Bayrou serait élu. Je savais qui j'allais voter au second tour...

Et....

Et c'est la tête de l'Autre qui est apparue sur l'écran au soir du 21 avril.

Et tout le monde de la pièce où je me trouvais s'est tourné vers moi, vers moi et quelques autres, qui, ostensiblement, avions revendiqué nos votes tactiques. C'est votre faute qu'ils disaient, ces regards. Ma faute ? Non mais et puis quoi encore ? Je rappelle que si les gens qui ne votent pas votaient et votaient ailleurs que pour les extrêmes, le pourcentage de voix desdits extrêmes seraient réduits à une peau de chagrin. Mais je les voyais ces regards qui critiquaient ma troisième voie et j'entendais les critiques sur la voix du centre. M'enfin, j'avais rien fait moi... j'avais juste voté pour la personne qui me semblait représenter le mieux mes idées. C'est ce qu'on doit faire, non ?

On ne m'y reprendrait plus. J'allais voté avec mon âme de midinette. Au moins, ca évitait que l'Autre montre sa face de bouledogue.


2007

En piste, la Madone du Poitou et de la Charente, le Petit Excité et Bayrou encore.

Parce que j'ai de la suite dans les idées, j'ai voté Bayrou au premier tour. L'Autre était dans les choux dans les sondages. On ne risquait rien de ce coté là. Y avait bien l'autre petit fonctionnaire des P&T qui pouvait grappiller quelques voix mais je ne m'en faisais pas plus que cela.

Je me suis même lancée dans une campagne de publicité pas possible autour de moi pour le programme de l'UDF, pourtant pas vraiment glamour. Mais quand Bayrou a expliqué en prime time à la télévision que la priorité, c'était de réduire la dette publique, j'ai su que c'était foutu.

Entre les deux tours, quand il a été question de saborder l'UDF au profit du PS et qu'il s'est pris pour le sauveur du Centre, je me suis demandée s'il ne nous faisait pas une petite dépression post-coïtum. Ca doit quand même être une jouissance particulière de s'imaginer une heure, rien qu'une heure durant, président de la République. Et puis j'ai lu les mémoires de Simon Veil, et j'ai compris.

Je ne savais vraiment pas qui voter ensuite.

Du coup, j'ai regardé le débat entre la dame et le monsieur du second tour avec une attention particulière et la candeur de celle qui sait que son vote va se décider là, en deux heures de débat.

En fait de deux heures, il m'a fallu un quart d'heure. Le temps que la dame propose que les femmes flics soient raccompagnées par une escorte à leur domicile. Le reste du débat m'a convaincu que la dame était une dame de communication mais pas forcément d'idées. Bien des fois, je n'étais pas (mais pas du tout !) d'accord avec ce que le monsieur disait mais au moins il avait l'air d'y croire... et son programme économique était respectable. Son programme social un peu moins mais je n'avais pas oublié que les marges de manoeuvre étaient faibles (Bayrou l'avait martelé pendant toute la campagne) alors la dame, avec le peu d'argent qu'il y avait dans les caisses, elle ne pourrait sans doute pas faire grand chose de toutes façons.

Mais ce qui a motivé mon vote, ca a été l'attitude de mes poils quand la dame parlait. Ils se hérissaient. C'est un signe, ça, le poil qui se hérisse.

Mon vote a été un vote contre... contre la dame. Parce que la dame, elle m'avait trop énervée à faire semble d'être outrée pour un truc de rien du tout, à prendre de grands airs. Ma grand-mère le disait les filles quand elles minaudent, c'est qu'elles n'ont rien à dire. La dame minaudait. Je lui aurais bien donné deux ou trois coups sous la table pour l'empêcher de parler. Dès qu'elle l'ouvrait, je me demandais quelle idiotie elle allait sortir.

Du coup, j'ai été bien surprise des analyses à la fin du débat qui disaient qu'ils étaient ex-aequo. Parce que pour moi, il y avait clairement un vainqueur...

Et c'est ainsi que mon vote, mon petit vote à moi, à fait gagner le mari de Cécilia. Si, souvenez-vous, Cécilia... La brune avec les filles blondes et le petit garçon. Non, vous ne voyez vraiment pas ?


Et maintenant, je me demande ce que je vais voter en 2012 moi... il fait quoi le gars de Washington, finalement ?

lundi 10 mai 2010

Putain, sept ans !

Et voilà, ça fait sept ans.

Sept que nous nous sommes dit oui devant un adjoint au maire ambitieux qui a trouvé le moyen de caser que j'étais sans doute la plus bavarde du couple entre deux lectures d'articles du code civil. Non mais franchement, qu'est-ce qui a bien pu lui faire dire à l'adjoint, que je suis bavarde ?!? Est-ce que j'ai une tête de bavarde ? Pfff... n'importe quoi !

Sept ans que mon père a prédit au Doudou, dans un discours mémorable (enfin, dont moi, je me souviens), qu'il allait devoir se coltiner des films que seuls sa fille (c'est moi !) et Télérama apprécient. Je suggère donc que mes lecteurs, également lecteurs de Télérama, avouent en commentaire que, eux aussi, apprécient les films recommandés par l'Ulysse au grand sourire pour qu'en en finisse avec cette idée reçue que moi seule peut apprécier Le Pas Suspendu de la Cigogne et tous les films de Théo Angelopoulos. Et parce que la Grèce mérite qu'on redore son blason, vous avez également le droit d'admettre que vous avez adoré Mangeclous d'Albert Cohen et que vous avez l'ensemble de la discographie de Nana Mouskouri.

Sept ans que nos copains ont revisité en coeur le tube de la StarAc 1. Si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, allez . Ceux qui connaissent le Doudou sauront en quoi les paroles auront été transformés. Les autres n'auront qu'à imaginer quelles paroles on peut mettre sur une telle chanson.

Sept ans que le chien de mes parents, un gros berger allemand - tout câlin pour sa famille et si peu impressionnant pour les autres - a été libéré de la cave et a fait irruption sur la piste de danse. Tandis que les convives hésitaient entre panique et berlue, le toutou m'a présenté ses salutations en faisant la révérence et, accessoirement, en bavant sur ma robe de mariée en soie sauvage.

Sept ans que j'avais mis le veto sur Claude François avant la soirée, fatiguée d'entendre les mêmes airs à chaque soirée, ce que le DJ avait consciencieusement noté sur un petit bloc... et qu'on a quand même eu droit à Alexandrie Alexandra j'ai plus d'appétit qu'un baracuda, ba-ra-cu-da !

Sept ans que le photographe "officiel" a foiré une partie de ses photos par manque de préparation (les jardins du château où il voulait faire les prises était interdit au public) et une autre partie par absence de connaissance horticole : au moins cinquante photos prises sur les bords d'une jolie rivière... envahis par les orties.

Sept ans que j'ai perdu de vue certains amis alors à-la-vie-à-la-mort. Comme je le sais ? Quand tu sais quoi répondre à la question c'est quand qu'on les a vus la dernière fois, eux ?, tu sais que ça fait sept ans aujourd'hui.

Sept ans que je me suis niquée les pieds dans des chaussures à talon que je n'avais pas assez faites, car mesdames, il faut faire (comprendre : déformer) les chaussures en les portant dans votre salon, sans chaussette, en pyjama ou en nuisette, c'est du plus grand style... et que j'ai fini la soirée dans des ballerines rouge vif. Le rouge, c'est ma couleur !

Sept ans que, à mesure que la soirée avançait, le Doudou perdait sa voie et bousillait ses cordes vocales, pour finir complètement aphone, ce qui explique peut-être rétrospectivement pourquoi l'adjoint au maire ne l'a pas trouvé bavard, lui.

Sept ans que, après la soirée, le Doudou m'a offert le plus bel hôtel de Paris pour notre nuit de noces, avec vue sur l'obélisque, champagne et fraises et qu'il a mis près d'un quart d'heure à ouvrir un à un les boutons de ma robe.

Sept ans que je conserve dans le grenier de ma mère une robe que je ne remettrai jamais, d'autant qu'il n'est pas évident qu'elle m'aille encore, même si je suis très heureuse d'annoncer ici que je n'ai pas pris un gramme depuis ce jour... Enfin, si j'ai pris. Mais j'ai perdu. Et j'ai repris. Et reperdu... oui, bon, ça va, j'ai eu deux poussins aussi. C'est comme la bourse, en comparaison de date à date, c'est à valeur constante. Ah mais.

Sept ans que je me demande comment j'ai fait pour avoir une chance pareille. Epouser le gars dont j'étais amoureuse. C'est pas donner à tout le monde ça, si ?

Sept ans que je me réveille chaque matin en réalisant que :
- le mec, il vote Sarko... et (car il y a un et) trouve encore que Sarko fait du bon boulot,
- il prend la voiture pour aller au bureau alors que c'est quasi-direct en RER,
- il s'emporte dès qu'il voit une tête de Gauchiste à la télé,
- il préfère passer sa soirée à la maison tranquille que d'aller boire un verre avec des copains dans un bar enfumé (note de l'auteur : je ne peux pas savoir que les bars enfumés n'existent plus vu que ça fait sept que je n'ai pas fréquenté de bar),
- il pense que tout arrive à chacun pour le mieux,
- il ne lit que la Sciences Fiction et des ouvrages de programmation informatique,
- il épluche la presse sur un fil RSS,
- il croit qu'un jour on (i.e., les humains) ira sur Mars de son vivant,
- il est persuadé que la science va sauver le monde,
- il flippe dès qu'il y a plus de quinze personnes dans une pièce,
- il dit que la famille est son socle et que je suis le noyau (moi, un noyau ?),
- il pense qu'on peut utiliser une tronçonneuse avec presque pas de protection et que couper des branches d'arbre, c'est pas dangereux,
- il ne connaît pas la différence entre un hors-jeu et un en-avant et si tu lui demandes, il croit que les deux font référence au même sport,
- le maillot à poids sur un vélo, il croit que c'est de la pub pour Groupama,
- il ne voit pas de problème à ce qu'on passe dix jours de vacances chez ses parents... ou pire, chez les miens,
- il rigole quand il se fait mal ou quand on lui dit un truc désagréable,
- il a eu un iPhone edge, un 3G, il a un 3GS et il attend la sortie du 4G, après n'avoir juré que par Microsoft pendant 20 ans (souvent, geek varie), et
- comble du comble, le gars, mon gars, il a pré-commandé l'iPad ce matin !

Et ben, ce gars, là, celui qui a dit oui d'une voix distincte, il y a sept ans, je l'aime.

Je l'aime encore... plus qu'il y a sept ans.

dimanche 9 mai 2010

Surprise !

Ce blog est une excellente excuse.

A 11:30 aujourd'hui, les amis du Doudou et ses frères ont débarqué pour un brunch impromptu, histoire de fêter comme il se doit ses 40 printemps.

Oui, le Doudou n'aime pas les surprises.

Oui, le Doudou a dit qu'il ne voulait pas de surprise.

Mais le Doudou avait dit qu'il ne voulait pas beaucoup d'invités à son mariage et, le jour venu, a constaté que, vraiment, ça faisait pas beaucoup notre liste d'invités (pourtant largement complété entre temps).

Et il était hors de question de ne pas fêter cet évènement.

40 balais quand même !!!!!

A onze heures, alors que je faisais tout pour le retenir en nos murs, le Doudou a soudain décidé que c'était le moment de sortir. J'ai tout tenté pour trouver un prétexte. J'ai dit que j'étais crevé, qu'on pourrait sortir après le déjeuner, qu'il fallait faire du rangement et du repassage, qu'il faisait froid dehors, qu'on avait des livres à lire, des vidéos à voir. Rien n'y a fait.

Le Poussin s'y est mis. Il voulait sortir aussi, il avait envie de "Monsieur Petit" et il lui fallait ce livre, là, maintenant, tout de suite. La Poussinette a surenchéri. Elle a insisté pour aller prendre l'air également. Et de préférence avec la trottinette.

Le Doudou a donc cédé. Il est parti acheter des livres avec les poussins à la librairie.

Je n'ai pas pu l'empêcher de sortir, en espérant qu'il rentre à temps.

Mais il fallait que, moi, je reste à la maison !

Comment faire ?

J'ai prétexté que je voulais bloguer. Excuse ultime. Raison imparable. Et le Doudou n'a pas insisté pour que je les accompagne.

J'ai aussitôt téléphoné à mon complice dans le crime (c'est amusant comme certaines expressions sonnent mieux en anglais my complice in crime qu'en français), O., l'un des deux meilleurs amis du Doudou. O. était en voiture, sur le chemin. Il fallait juste qu'il évite de croiser le Doudou et les poussins. D'autant que Petit Poussin est un oeil de lynx en observation citadine et, comme je n'ai pas mis les poussins dans la confidence (pour éviter une gaffe), il était envisageable qu'une gaffe advienne quand même. Ben oui, on ne peut pas tout anticiper.

Avec O., nous avions prévu d'échanger désormais par SMS, dès fois que la petite famille reviendrait inopinément.

Nous n'en avons pas eu besoin.

Les premiers sont arrivés...

Et j'ai appelé le Doudou.
- T'es où ?, j'ai fait.
- On paye, on arrive.
Ouille, ouille, ouille, il fallait trouver un moyen pour le retenir à l'extérieur jusqu'à ce que les autres soient là.
- Tu veux pas passer chez le boucher prendre un poulet tout cuit et des patates ?
Ce qu'on allait faire du poulet tout cuit et des patates, je n'en savais rien. J'avais réagi à l'instant. Il y a des chances pour qu'on en bouffe pendant trois jours !

Enfin, les retardataires ont frappé à la porte. Nous étions au complet.

Sauf l'un des frères de Doudou qui avait été détourné sur les Acores, pour cause de volcan islandais et dont l'avion, prévu pour atterrir à 9:30 à Roissy, avait trois heures de retard...

On a dressé la table.

On a regardé par la fenêtre.

Et soudain, le Doudou et les poussins ont passé le grille qui mène à l'immeuble.

On s'est installé à table... pour faire genre (oui, faire genre, je parle comme que j'veux) on est là depuis des heures et on a commencé parce ce que, là, ça commence à faire long. On joue très bien la comédie dans notre petite bande. C'était du plus parfait naturel. La preuve, on était deux avec l'appareil photos à la main et les enfants gloussaient en tentant de rester silencieux.

Le temps nous paru très très très long.

On a conjoncturé. L'ascenseur en panne. Le courrier à chercher. La voisine bavarde. M'enfin, trois minutes pour passer de la grille de la porte de l'appartement, ca parait horriblement long quand on attend.

...

Et le Doudou a ouvert la porte, nous apercevant tout.

- Ah, ben, t'en as mis du temps ! On t'attendait !, avons-nous hurlé tous en coeur, au grand dam des voisins et de leur dimanche de tranquillité.

Le Doudou a eu un grand sourire en voyant tout ce petit monde réuni, son frère, ses meilleurs amis, leurs enfants.

L'anniversaire dont il rêvait et qu'il n'osait pas organiser.

Qui disait que le Doudou n'aimait pas les surprises ?

mercredi 5 mai 2010

Une photo

Aujourd'hui, GrandChef m'a envoyé une photo.

Lecteurs attentifs vous vous souvenez bien entendu de GrandChef de la Firme qui m'a encouragé à aller voir hors de la Firme si l'herbe était plus verte. Si vous voulez vous rafraîchir la mémoire, c'est ici.

Donc, ce matin, j'ai reçu un email de lui avec une photo en attachement.

Non, lecteur lubrique, ce n'est pas une photo de lui tout nu.

Ni une photo de moi bourrée. Vous apprendrez ici que je n'ai été bourrée qu'une fois, à quinze ans, et que je me suis ensuite arrangée pour que cela ne se reproduise plus.

C'est une photo de l'équipe que j'ai quittée prise il y a presque neuf ans. Une photo de l'équipe telle qu'elle était il y a neuf ans. Une photo de mes tous débuts dans la Firme.

Sur cette photo, il y a deux des trois GrandChefs (alors qu'ils n'étaient encore que SousChefs) et les collaborateurs que nous étions, tous débutants ou presque... les plus expérimentés avaient quatre ou cinq ans d'expérience.

En revoyant cette photo, j'ai une bouffée de nostalgie.

Celle d'un temps où l'on venait au travail heureux, où l'on apprenait chaque jour, où l'on n'avait pas l'impression de répéter chaque fois les mêmes tâches, où les questions de carrière, de promotion, n'entraient même pas dans l'équation. On ne nous demandait pas un chiffre d'affaires, simplement de bien faire notre job. Nous, les jeunes, on voulait apprendre, apprendre encore. Se frotter aux clients, satisfaire nos chefs qui n'étaient encore que des sous-chefs. Nous avions envie de reconnaissance. On allait à la pêche aux bons points. Au satisfecit. On ne parlait pas argent mais on savait qu'il y en aurait à la fin de l'année.

Et on riait, on riait. Les couloirs du bureau, même le dimanche, résonnaient de nos rires. Même entre nous, les plus séniors, c'était encore l'entente cordiale. S'il y avait compétition, on ne la montrait pas. Ou pas trop. Nous étions solidaires.

On allait au restaurant ensemble, en soirée ensemble. Ca dragouillait, ça se chambrait, ça plaisantait, ça écoutait les L5 en chantant en coeur. On prenait de grands airs de jeunes cadres dynamiques, genre décideurs de l'an 2000.... mais nous étions encore des étudiants dans nos têtes. Les filles étaient (presque) toutes célibataires. Celles qui ne l'étaient pas jouaient les sages et nous prodiguaient des conseils avisés sur comment séduire l'homme de notre vie.

Et à regarder cette photo, au petit jeu des que sont-ils devenus?, j'ai un eu un pincement au coeur:

- les deux SousChefs sont depuis devenus GrandChefs. Je me demande si, avec du recul, ils ne regrettent pas également cette période de relative insouciance, où tout était à faire. Ils se lançaient dans la grande aventure de la construction d'une équipe. Ils étaient trentenaires, avaient de jeunes enfants, des épouses compréhensives qui ne se vexaient pas quand, lorsqu'elles venaient aux nouvelles à 22 heures, on leur répondait "je suis en réunion, je peux pas parler" et clac. Ils consacraient leurs soirées et leurs weekends à l'édification d'une structure professionnelle qu'ils espéraient pérenne. Ils avalaient des couleuvres. Ils supportaient toutes les humiliations de vieux associés... parce que, il y a neuf ans, ils avaient un projet commun. Ils voulaient que notre équipe deviennent une référence sur le marché. Ils avaient mis leur personnalités divergentes entre parenthèses pour construire sur l'avenir. Neuf ans plus tard, ce projet, qu'est-il devenu ? Est-ce que le mot commun a encore un sens pour eux ? Eux seuls peuvent y répondre...

- les autres (dont moi) sont partis... ou ont changé de vie. A des stades plus ou moins avancés de leur carrière, pour des raisons différentes, nous avons pensé que la Firme ne nous convenait plus. Enfin non. Pas tous les autres. Il y en a une qui résiste. Qui s'accroche. Qui croit encore qu'on va lui faire une place au soleil. Mais la flamme n'y est plus.

Et je m'interroge:

Que s'est-il passé entre le moment où cette photo a été prise et le moment où nous avons jeté l'éponge ? Comment passe-t-on d'un groupe soudé et enthousiaste à ... ça ?

Comment suis-je, moi, parvenue à un point où tout ce que j'avais tant aimé dans ce job ne me suffisait plus ?

On peut tenter d'en appeler à l'expérience professionnelle, se dire qu'on a fait son temps, qu'il faut passer à autre chose... mais ça ne suffirait pas. On peut en appeler à Maître Freud et admettre qu'il fallait tuer le père (ou la mère) professionnel(le) et s'envoler du nid... mais cela ne dirait pas tout.

Cela ne dirait pas ce qu'il faut pour venir au venir au bureau le lundi matin.

Cette joie de travailler avec des gens qu'on aime, avec lesquels on découvre de nouveaux chemins, avec lesquels on invente, on partage, on découvre... cette joie qui, un jour, sans crier gare est remplacée par une petite boule au ventre qui réveille en sursaut à quatre heures du matin le dimanche en réalisant que lundi matin, on va travailler.

Et à partir de ce (petit) jour, de ce réveil en sursaut fatidique, qui se reproduit ensuite à intervalles réguliers, on n'avance plus.

On stagne. Voire on a l'impression de régresser. L'envie n'y est plus. On marche avec des souliers de plomb. On vient au bureau à reculon.

Il est alors temps de changer !

Depuis deux mois que j'ai commencé mon SuperNouveauBoulot, j'ai enfin l'impression d'apprendre, de découvrir et d'avancer. Je m'amuse, je reprends goût au travail. C'est excitant, c'est challenging (comme on dit en bon franglais). Je suis heureuse d'ouvrir mon PC le matin. Heureuse de découvrir de nouveaux défis.

J'aime ma nouvelle vie !

Et pourtant, si je regarde cette photo d'un temps révolu, d'un temps sans Doudou, sans poussin, d'un temps où je commençais ma vie professionnelle, je suis émue. Je sais que je ne retrouverai jamais ce paradis perdu, celui où l'on a pas encore 30 ans et où l'on sait que tout reste à faire.

lundi 3 mai 2010

alors ? ca te fait quoi ?

Je sens que ce gimmick "alors ? ça te fait quoi ?", le Doudou va l'entendre beaucoup dans les prochains jours.

Car aujourd'hui le Doudou a 40 ans.

Et moi, je me rappelle les 40 ans de mon père. C'est l'un de mes premiers souvenirs, ces 40 ans de mon père. Il avait pris la guitare et chanté ses chansons devant ses copains et les enfants de ses copains, qui étaient alors mes copains. J'étais fière.

Alors, réaliser que mon homme a l'âge qu'avait mon père à un âge où je me souviens parfaitement de lui, ben... ça ne rajeunit pas.

Et pourtant, quand je regarde le Doudou, je le trouve jeune moi ! Très jeune !

Il fait des blagues débiles juste au moment où je suis en train de m'endormir, juste pour me faire rigoler... et accessoirement me réveiller. Il n'aime rien tant que de faire des guillis aux enfants au moment où ils sont le plus excités, parce qu'il adore entendre leurs rires cristallins (et très stridents).

Le Doudou a une âme d'enfant et... ben c'est un enfant de 40 ans, je le constate chaque jour.

Le Doudou et moi, on a vieilli ensemble. Et comme je me trouve beaucoup plus belle qu'à 20 ans, il bénéficie de cette autosatisfaction narcissique. Si je suis plus belle, c'est qu'il me voit plus belle... et ses beaux yeux bleus sont les plus beaux yeux bleus de la terre et de l'univers (surtout avec les petites pattes d'oie toutes craquantes qui ornent désormais son regard).

Le Doudou, à la différence de ses contemporains, a perdu 8 kilos (et sa petite bouée) entre 30 et 40 ans. Il est plus sportif et plus svelte qu'il l'était quand il passait son temps libre sur un ordi. Aujourd'hui, tout en continuant l'ordi, il retape notre jardin à la campagne, scie des branches, refait l'électricité. C'est pas du "vrai" sport mais ça le rend drôlement sexy, mon homme.

A 40 ans, il a enfin réalisé qu'il pouvait prendre des responsabilités et que, si on le regardait quand il parle en public, c'est parce qu'il est intéressant, voire captivant et pas parce qu'il a une tâche sur la cravate juste au niveau du noeud. Il a appris à communiquer, à se rendre visible... Il est heureux dans son travail comme il ne l'a jamais été auparavant. Et c'est vraiment chouette de la voir partir heureux au bureau le matin.

Alors, ça me fait quoi, à moi, que mon amoureux ait 40 ans ?

Pour être honnête je suis partagée:

- La réponse naturelle serait "rien du tout". Le Doudou est le Doudou. Il l'était hier, il le sera demain. Il est le même, en constante évolution(s). De ces nanoévolutions qu'on ne détecte pas l'oeil nu;

- La réponse du tac au tac serait "c'est toooop !". Ben oui, c'est top ! Un homme de 40 ans dans mon lit, c'est un homme dans la fleur de l'âge, sur de lui et de sa séduction. Bref, un homme, un vrai.

Bon, je vous laisse, j'ai un anniversaire à fêter.

Je vous suggère de chanter avec moi, tous en coeur :

Un p'tit beurre, des touyous,
un p'tit beurre, des touyous,
douuuuudouuuu,
un p'tit beurre, des touyous, mon amour,
un p'tit beurre, des touyouuuuuuuuuus.


Dis, mon doudou, tu sais quoi ? Je t'aime.