Depuis quelques jours, j'échange des bêtises avec un
Sénateur de la République, qui a même eu la gentillesse de publier un commentaire sur ce blog... alors que je ne suis pas électrice dans son fief (fief où je n'ai pas - encore - posé un talon de chaussure). Je lis également des articles de blogueurs politiques (voir le blog de
Jegoun) ou de blogueurs sur la politique (voir l'interview de Benoit Hamon par
Manu). Ca donne à réfléchir...
Et depuis quelques jours, je me pose des questions existentielles sur ce qui motive mes choix lors des élections, essentiellement présidentielles.
J'ai hésité à vous en parler. Et puis j'ai réalisé que, dans mon entourage, même très éloigné, tout le monde sait ce que je vote. J'affiche mes votes comme des étendards. Avant chaque élection, j'emm... le monde avec le fait qu'il faut voter. Même
vous, lecteurs attentifs, je vous ai pourri un weekend avec ça ! Je fais de la retape pour mes chouchous, je critique mes bêtes noires. Je fais des statistiques, je regarde les débats à la télé, j'écoute les interviews à la radio. Je suis une passionnata de la chose politique.
Et pourtant, mes choix politiques sont motivés par des raisons... des raisons quoi...
1. Les raisons avouablesOn a tous nos critères de choix pour décider de voter pour telle ou telle personne, tel ou tel parti, même moi.
Donc pour que je vote pour toi, homme ou dame politique, il faut...
- Pour que je vote pour toi, il faut que tu refuses de pactiser directement ou indirectement avec les extrémismes, quels qu'ils soient. La famille Le Pen, père, fille, gendre, fils putatif, fils spirituel, fils prodigue, ex-femme, femme refaite, petit fille étudiante mais néanmoins militante, bref toute la mishparah lepénisante me fait pousser les poils à l'envers. Les suppôts de la LCR, de LO (même remaquillés en NPA) font vriller lesdits poils sous la peau. Bref, j'ai le poil qui pousse sous la peau quand j'entends des discours extrémistes, simplificateurs et populistes... et le poil qui pousse sous la peau, c'est signe que ça tiraille, que ça craquelle, que ça risque de péter. Pas bon, ça. Pas bon du tout.
- Pour que je vote pour toi, il faut que tu sois européen, ouvertement pour la construction à terme d'une Europe politique et fédérale, tu ne dois pas cracher sur l'Europe économique, sous prétexte que ce n'est pas assez. J'ai des poussées d'urticaire quand on m'explique que plutôt que d'avancer un peu, il vaut mieux reculer... beaucoup. Tu ne dois pas penser que l'Europe freine la France dans le monde. Il suffit de lire un journal étranger, n'importe lequel, pour réaliser que la France est un délicieux pays de couturiers et de restaurateurs, où l'on mange du fromage au lait cru. Expliquer à des chinois ou à des texans que l'Europe n'est pas un grand pays uniforme est déjà compliqué mais si en plus, il faut leur dire que la France est un pays souverain, on s'expose à de longues et fastidieuses discussions.
Du coup, avec mes raisons avouables, mes votes ont erré entre le centre gauche et le centre droit au gré de mes raisons non avouables.
2. Les raisons non avouablesJe suis une midinette. Du coup, je vote comme une midinette, à l'instinct.
1995Au premier tour, nous avions au choix Chirac et ses pommes, Balladur et ses chaussettes rouge et Jospin dit Yo-Yo.
Ma colloc' de l'époque (pourtant une vraie gauchiste) m'a entrainé à un meeting de Chichi à Bercy. Grand tralala et musique à fond. C'était mon premier rassemblement populaire... Pas sur qu'il fut pour la République, cela dit. En fait de rassemblement politique, j'avais alors pour unique expérience une réunion à la Mutualité où une copine de lycée m'avait invité à découvrir Arlette et ses travailleurs-travailleuses, tous très bobos et pas tellement
populaires. Pour revenir à Bercy, Chichi sur l'estrade, ca en jetait. Il avait du barouf et un un discours très bien écrit. C'était creux mais convaincant. Comme quoi, on peut convaincre avec du vent.
Je n'était pas réellement convaincue mais entre lui et un autre, j'ai voté pour lui.... parce qu'il ressemblait à mon papa. Choisir un président, c'est comme choisir un homme, c'est très freudien comme action. Chichi avait la stature de mon père, il se tenait comme lui. Ca a suffit à me convaincre.
2002Au premier tour, nous avions Jospin et Chirac, toujours là, increvables et Bayrou, qui semblait être une alternative crédible au centre droit.
J'ai voté pour une fois avec ma tête. Mon calcul était le suivant : plus Bayrou aurait de voix au premier tour, plus on aurait de chances d'avoir un gouvernement tourné vers le centre, que ce fut Chichi ou Jospin qui gagne. Mon vote aurait un poids stratégique sur la politique qui serait menée par la suite et c'était bien de montrer qu'il pouvait y avoir une troisième voie et/ou voix en France. Je ne croyais pas une minute que Bayrou serait élu. Je savais qui j'allais voter au second tour...
Et....
Et c'est la tête de l'Autre qui est apparue sur l'écran au soir du 21 avril.
Et tout le monde de la pièce où je me trouvais s'est tourné vers moi, vers moi et quelques autres, qui, ostensiblement, avions revendiqué nos votes tactiques.
C'est votre faute qu'ils disaient, ces regards. Ma faute ? Non mais et puis quoi encore ? Je rappelle que si les gens qui ne votent pas votaient et votaient ailleurs que pour les extrêmes, le pourcentage de voix desdits extrêmes seraient réduits à une peau de chagrin. Mais je les voyais ces regards qui critiquaient ma troisième voie et j'entendais les critiques sur la voix du centre. M'enfin, j'avais rien fait moi... j'avais juste voté pour la personne qui me semblait représenter le mieux mes idées. C'est ce qu'on doit faire, non ?
On ne m'y reprendrait plus. J'allais voté avec mon âme de midinette. Au moins, ca évitait que l'Autre montre sa face de bouledogue.
2007En piste, la Madone du Poitou et de la Charente, le Petit Excité et Bayrou encore.
Parce que j'ai de la suite dans les idées, j'ai voté Bayrou au premier tour. L'Autre était dans les choux dans les sondages. On ne risquait rien de ce coté là. Y avait bien l'autre petit fonctionnaire des P&T qui pouvait grappiller quelques voix mais je ne m'en faisais pas plus que cela.
Je me suis même lancée dans une campagne de publicité pas possible autour de moi pour le programme de l'UDF, pourtant pas vraiment glamour. Mais quand Bayrou a expliqué en prime time à la télévision que la priorité, c'était de réduire la dette publique, j'ai su que c'était foutu.
Entre les deux tours, quand il a été question de saborder l'UDF au profit du PS et qu'il s'est pris pour le sauveur du Centre, je me suis demandée s'il ne nous faisait pas une petite dépression post-coïtum. Ca doit quand même être une jouissance particulière de s'imaginer une heure, rien qu'une heure durant, président de la République. Et puis j'ai lu les mémoires de Simon Veil, et j'ai compris.
Je ne savais vraiment pas qui voter ensuite.
Du coup, j'ai regardé le débat entre la dame et le monsieur du second tour avec une attention particulière et la candeur de celle qui sait que son vote va se décider là, en deux heures de débat.
En fait de deux heures, il m'a fallu un quart d'heure. Le temps que la dame propose que les femmes flics soient raccompagnées par une escorte à leur domicile. Le reste du débat m'a convaincu que la dame était une dame de communication mais pas forcément d'idées. Bien des fois, je n'étais pas (mais pas du tout !) d'accord avec ce que le monsieur disait mais au moins il avait l'air d'y croire... et son programme économique était respectable. Son programme social un peu moins mais je n'avais pas oublié que les marges de manoeuvre étaient faibles (Bayrou l'avait martelé pendant toute la campagne) alors la dame, avec le peu d'argent qu'il y avait dans les caisses, elle ne pourrait sans doute pas faire grand chose de toutes façons.
Mais ce qui a motivé mon vote, ca a été l'attitude de mes poils quand la dame parlait. Ils se hérissaient. C'est un signe, ça, le poil qui se hérisse.
Mon vote a été un vote contre... contre la dame. Parce que la dame, elle m'avait trop énervée à faire semble d'être outrée pour un truc de rien du tout, à prendre de grands airs. Ma grand-mère le disait
les filles quand elles minaudent, c'est qu'elles n'ont rien à dire. La dame minaudait. Je lui aurais bien donné deux ou trois coups sous la table pour l'empêcher de parler. Dès qu'elle l'ouvrait, je me demandais quelle idiotie elle allait sortir.
Du coup, j'ai été bien surprise des analyses à la fin du débat qui disaient qu'ils étaient ex-aequo. Parce que pour moi, il y avait clairement un vainqueur...
Et c'est ainsi que mon vote, mon petit vote à moi, à fait gagner le mari de Cécilia. Si, souvenez-vous, Cécilia... La brune avec les filles blondes et le petit garçon. Non, vous ne voyez vraiment pas ?
Et maintenant, je me demande ce que je vais voter en 2012 moi... il fait quoi le gars de Washington, finalement ?