dimanche 28 novembre 2010

leur première guerre de l'étoile

Il y a toujours une première fois.

Là, c'était le premier Star Wars des poussins.

Sur la télé.

En français.

Pas l'idéal.

Et puis Star Wars, avant même d'avoir vu le film, les enfants connaissaient. Il y a les BD, les légos... on a même le jeu vidéo Lego Star Wars sur PS3.

Mais le film. Les films.

On avait dit non.

Trop violent.

Trop tôt.

On avait toujours de bonnes excuses.

Moi, la dernière fois que je l'avais vu, je devais avoir 14 ans, ce qui fait donc plus de 20 ans quand même... je n'avais pas un souvenir très précis de la chose, des images fugaces, de celles qui s'en vont et qui reviennent (comme une chanson populaire), sans plus. Le retour du Jedi un peu plus parce que j'aimais bien les petits nounours guerriers qui vivaient dans la forêt mais le premier Star Wars, le seul Star Wars qui en porte le nom sans sous-titre en fait, restait très nébuleux dans ma mémoire.

On vient de céder.

(oui, c'est faible, un parent)

Hier après-midi, les enfants ont eu droit à l'Episode IV. Qui pour moi et pour le Doudou reste et restera à tout jamais le premier Star Wars. Le seul, l'unique. Celui où toi, demoiselle, tu es tombée amoureuse de Luke si tu es romantique ou de Han Solo si tu es une aventurière. Quant à toi, qui me lit, oui, toi, l'homme, ne me dis pas que tu n'as pas succombé aux charmes des anglaises roulées en boule sur les oreilles (et non roulés à la main sous les aisselles).

Du coup, je l'ai revu avec eux.

Il fallait voir le regard du poussin et surtout son grand sourire quand Obi Wan Kenobi remet le sabre laser de son père à Luke.

Il avait trouvé le graal, mon fils.

Depuis le temps qu'il jouait avec des sabres laser en plastique sans en avoir jamais vu un pour de vrai.

Lorsque Kenobi explique comment le père de Luke est mort, tué par Dark Vador, le poussin qui a vu Toy Story 2 et entendu l'histoire de Star Wars avant même de l'avoir visionné, n'a pu s'empêcher de commenter:

"m'enfin, Dark Vador, c'est son père !"

... et nous de lui expliquer que oui mais qu'il ne le sait pas.

Et je réalise que nous avons spoilé la fin de l'histoire. Pour nos enfants, Star Wars ne pourra jamais avoir la fraicheur que ce film a eu sur les mômes que nous étions. C'est une histoire ancienne pour eux, du même ressort que Charles De Gaulle vu à la télé sous les traits de Patrick Chenais. Je sais, c'est dur...

Combien d'autres fins leur avons-nous raconté en ne sachant pas ce que cela représenterait pour eux ?

Pour nous tout était simple, tous les films étaient nouveaux... sauf les vieux films en noir et blanc.

Mais, enfants, nous n'aimions pas les vieux films en noir en blanc. Enfin, pas trop. Sauf Fred Astaire, parce que Fred Astaire, c'est la classe. Et Boggart, parce que Boggart quand même. Pour les mêmes raisons susmentionnés qui nous ont fait flirté dans le noir de nos rêves avec Luke et Han Solo... Finalement, les beaux gosses sont stéréotypés depuis l'invention du cinématographe. Et même avant. Dites, les filles, z'êtes plus Fabrice del Dongo ou Julien Sorel ? Et vous les gars, c'est la Sanseverina qui vous botte ou la douce Clelia ?

Après visionnage et au risque de perdre la moitié de mes lecteurs, je constate que c'est longuet Star Wars, très longuet, il ne se passe pas grand chose en fait. Et Harisson Ford est jeune, très jeune. Tellement jeune qu'il doit être plus jeune que moi maintenant, c'est dire. Attention, je ne critique pas le fait qu'il soit jeune dans le film. Il est quand même irrésistiblement sexy. Presqu'autant que dans Indiana Jones. D'ailleurs, maintenant que j'y pense, là, ils sont trop jeunes, les poussins pour voir Indiana Jones ou pas ?

Conclusion de la Poussinette à la fin du film, quand la princesse Leia remet les médailles à Luke et Han Solo :

- Pourquoi c'est la princesse la chef ? Parce que y a qu'une seule fille ?

T'inquiète poussinette, il n'y a effectivement qu'une seule fille mais c'est la seule qui soit à la fois belle, intelligente, riche et qui ait le pouvoir. L'honneur de notre sexe est sauf !

Et parce qu'on aime tous Star Wars, une petite vidéo qui m'avait été envoyée par un collègue et qui m'a fait éclater de rire dans l'open space (le taquin).

samedi 27 novembre 2010

A l'attention de Mesdames les directrices des écoles des poussins

Mesdames les directrices,

Je me permets de vous adresser cette petite missive publique à la suite d'un incident malencontreux subi par mon amie e-zabel, blogueuse z'influente, estampillée vue à la télé.

Figurez-vous, Mesdames, que le thème du blog de mon amie e-zabel est assez similaire de celui du présent blog, même si l'angle d'approche en assez différent. Elle y raconte sa vie de maman-qui-travaille. Et qui dit maman, dit école. Il arrive donc parfois qu'elle se hasarde à raconter, sur le ton humoristique qui la caractérise, les mésaventures scolaires de ses enfants.

Pour quiconque lit son blog, sous le trait saillant, on sent le profond respect pour l'école et les enseignants.

Pour quiconque lit son blog...

Car, sachez, Mesdames, que le directeur de l'école de ses enfants, ne lit pas son blog.

Il le lui a annoncé lorsqu'il l'a convoquée pour lui remonter les bretelles. Il n'a pas le temps pour ça, il l'a dit, on doit le croire. De là à penser que lire des blogs est indigne de lui, de sa fonction et de sa stature, il n'y à qu'un pas que mon objectivité rédactionnelle se refuse à franchir.

Il n'a pas le temps. Dont acte.

En revanche, il y a dans et/ou autour de l'école, parmi les enseignants ou les parents, des gens bien-pensants comme on en rencontrait parfois rue de Lauriston dans des périodes moins glorieuses (oui, j'assume le point Godwin ici). Ces personnes ont considéré approprié de faire des copie d'écrans du blog d'e-zabel, évidemment les articles qui, sortis de leur contexte, pouvaient laisser à penser qu'on n'y respectait pas toujours le règlement scolaire.

Et donc, le directeur de l'école a lu ces copies d'écran et ça l'a agacé.

On peut le comprendre. Vous imaginez, vous, si on vous faisait une copie-écran d'un quart de billet et que j'y parle de vous ?! Vous trouveriez ça gonflé, non ?! Moi, en tous cas, c'est sûr, ça m'énerverait. Déjà, quand je lui un commentaire pas sympa sur ce blog ou ailleurs, j'ai le poil qui se hérisse.

Seulement, je vous connais, vous êtes curieuses. Vous viendriez voir par ici ce que je raconte. Vous découvririez sans doute ce blog. Celle d'entre-vous que je connais le mieux, je sais qu'elle aimerait. Car, on peut être directrice d'école maternelle et avoir une sacrée dose d'humour. Il suffit de voir les conseils d'école pour s'en rendre compte. Et je sais que, toutes les deux, vous n'accuseriez pas sans preuve. Vous iriez voir à la source. Car, vous le savez, je n'accepterais pas que qui que ce soit critique ce que j'écris sans l'avoir lu.

Dès fois qu'il y ait dans les écoles des poussins des petites fouines aussi bien intentionnées que celles qui sévissent dans l'école d'e-zabel, je tiens à préciser ici qu'il n'est pas impossible que, parfois, je ne sois pas tendre avec l'école en général, avec vos écoles en particulier, ou avec l'Education Nationale, cette institution tellement institutionnelle qu'on se sent obligée de l'affubler de majuscules. Il est même probable que je taquine, voire que je critique.

Parce que... qui aime bien châtie bien !

Et qu'il n'y a rien de parfait en ce monde, ni l'école, ni les enseignants, ni même les poussins qui la peuplent. Et me faire admettre ici que mes enfants ne sont parfaits est un exploit que seul e-zabel pouvait accomplir, qu'elle en soit remerciée.

J'accepte qu'on ne soit pas d'accord avec moi, j'accepte même qu'on me donne 25 ans d'âge mental (et dans la bouche de mon père, qui s'est fendu de cette remarque, ce n'était pas un compliment, croyez-moi) mais je ne permets pas qu'on m'interdise de dire ou d'écrire ce que je pense.

Mon seul devoir de réserve ici tient aux obligations légales qui me lie à tel ou tel, obligation de loyauté envers mon employeur, obligation de confidentialité. Pour le reste, je tente de respecter tout et chacun mais le respect n'empêche pas la critique... Il me semble en outre du rôle des enseignants et de l'Education Nationale (encore les majuscules !) de faire de nos enfants des adultes qui sauront être ouverts sur le monde, accepteront les points de vue différents et ne se braqueront pas à la moindre taquinerie gentillette.

Je sais, Mesdames, que vous serez d'accord avec moi pour dire que le monde est trop triste et les problèmes trop graves pour s'emmerder avec des futilités.

Alors, laissez-nous la futilité, à nous autres blogueuses rigolotes ! Nous saurons mettre du piquant dans vos soirées de correction de copie.

Et je finirai ce billet par un petit conseil de maman geekette, qui s'intéresse à l'éducation de ses mômes, bien que je sorte ici de mon rôle de poil à gratter caustique, en m'immisçant dans votre possible projet pédagogique. Allez voir ce que vos collègues font sur Internet, lisez les blogs (et pas seulement les copies d'écran).

Il y a du très bon sur le net... et même pour les CP, c'est dire qu'on peut commencer tôt !

mardi 23 novembre 2010

Sur la route...

Comme Fili va mieux, je peux enfin m'attaquer au sujet du jour d'hier.

Vous vous souvenez ? Je vous voulais vous parler automobile.

C'est qu'hier, deux éminents blogueurs causaient bagnole chez eux.

D'abord Manu expliquait pourquoi elle n'avait pas le permis avec la verve qui la caractérise (ici). Comme je n'ai pas le permis non plus (voir ), son billet m'a fait un bien fou. Y a rien de tel que de se sentir partie d'une secte quasi-secrète pour en être toute ragaillardie.

Et je me sens d'humeur à dénoncer ces gens que je croise tous les jours qui n'ont pas le permis ou ne l'utilisent pas.... mais font profil bas et se laissent humilier sans mot dire. Je m'en vais te les outer moi ! Il y a elle qui brandit son permis américain en disant là bas, j'ai le droit, lui, que la femme trimballe lors de leurs virées bretonnes et qui apprécie de jouer les significant others, elle qui dit qu'on n'a pas besoin de conduire dans Paris, elle encore qui se demande si, quand on habite en banlieue avec deux mômes, ça ne vaudrait pas le coup de le passer, elle qui choisit ses boulots en fonction des moyens de transport... On est très nombreux dans notre cas. On assume. On le revendique même parfois.

En cette époque où il faut économiser les hydrocarbures et opter pour les moyens de transport écolo et collectif, il est tant de l'annoncer avec fierté : moi, je ne conduis pas !

Ensuite Jegoun racontait la bêtises de certains automobilistes (par ) et je confirme : à quoi bon conduire pour se coller un stress pas possible à cause de conards qui se croient tout permis (avec le permis ?) au volant.

Je sais de quoi je parle. C'est pas moi qui conduit, certes, mais de la route, j'en écrase. Entre mars et septembre, on s'enfile 250 km chaque weekend pour aller retrouver notre havre de verdure. Alors les abrutis de la route, je les ai étudiés. Car quand on ne conduit pas, on observe.

D'abord, une donnée de base : Chez nous, le Doudou respecte le code de la route. C'est une condition sine qua non que l'angoissée que je suis a imposé pour tout déplacement en automobile.

Ce principe de précaution posé, voilà ce qui se passe sur les autoroutes françaises :

Jegoun l'a bien décrit mais j'en rajoute une couche.

Toi, tu roules en 130 sur la file de gauche... et y a toujours un con en voiture de père de famille, avec des grosses roues et des gentes alliage, parfois même un pare-buffle (très utile en Seine-Saint-Denis, le pare-buffle) pour te coller au cul et te faire des appels de phares parce que tu le laisses pas passer. Et soudain, un doute t'assaille : 130, c'est pas la vitesse maximale autorisée ?

S'il pleut, c'est encore mieux. Tu as réduit ta vitesse d'une dizaine de kilomètres/heure mais le gars derrière avec sa petite bécane sportive qui ne tient pas la route et risque l'aqua-planning à chaque coup d'accélérateur tente désespérément de passer, quitte à te doubler par la droite. Et si tu ne te rabats pas, il klaxonne le bougre !

T'as également le petit con immatriculé 93 ou 94 (oui, on passe par là), dans une vieille guimbarde pas solide qui trouve très rigolo de slalomer entre les motos, les voitures, les camionnettes et les gros camions, au risque de provoquer dix accidents à la minute... sans réaliser que non seulement il met sa vie en jeu mais également celle des autres. Et toi, tu ne peux t'empêcher de hurler Regarde-moi ce con ! même si personne ne t'entend.

Y a le mec (oui, c'est un forcément un mec) au volant de son camion, la remorque ouverte pleine de palettes accrochées par une corde de bateau un peu lâche pas très rassurante, qui fonce à toutes blindes que même toi (qui respecte les limitations de vitesse on le rappelle) n'arrive pas à rattraper.

Y a cette nana qui conduit sans vraiment regarder la route parce qu'elle croit qu'avoir une oreillette pour le téléphone lui permet également de se remaquiller en conduisant.

Et cette mère de famille qui a casé les jouets et les paquets partout sur la plage arrière du véhicule laissant un mince filet de lumière filtrer, parce que le coffre est rempli à ras-bord, que le chien occupe la page passager et qu'il y a déjà trois sièges auto avec la marmaille dedans en rang d'oignons à l'arrière.

Et que dire de ces motards qui confondent liberté de circuler et le fait de se croire seul sur la route ? Ça te frôle la porte passager (je sais, c'est moi le passager !) et parfois, ça te file un petit coup de la botte de moto si ton mari à la malheur de ne pas serrer assez à gauche. Quand au blouson de cuir noir, parfois tu l'aperçois avec l'aigle noir sur le dos et le majeur ganté qu'on te tend en te dépassant.

Y aussi le mec qui décide que tu l'as emmerdé et qui se lance dans une course effrénée juste pour pouvoir te traiter de tous les noms. En fait, il veut juste te faire peur, parce que la peur, ça lui donne du pouvoir et que, à part dans sa caisse, du pouvoir, il n'en a pas des tonnes. Or, ton Doudou déteste qu'on le provoque, il en rajoute dans le côté outré et outragé, te fais croire que c'est son honneur de mâle qui est en jeu. Lui et l'autre mec font des gestes que tu ne comprends pas mais dont tu sais qu'en italien, ils doivent signifier un va fanculo pas très catholique.

Bref, prendre l'autoroute en voiture, c'est se coltiner une flopée de gens inconscients qui ne réalisent pas que la route, ça se partage, ça ne s'approprie pas.

Tu comprends pourquoi, je n'ai pas le permis, ami lecteur qui conduit ?

Moi, quand je suis sur la route, je n'arrive pas à oublier qu'on est des milliers dessus... et ça, c'est très angoissant.

lundi 22 novembre 2010

Fili est malade

J'avais prévu de vous parler bagnole (si si).

Et ben, j'ai plus le courage.

Pourquoi, vous demandez-vous ?

Qu'est-ce qui peut bien expliquer que notre Doudette que l'on sait amatrice de faits de société renonce à nous parler d'automobile ?

Que s'est-il donc passé ?

Rien...

Enfin, si.

Fili est malade.

Or, c'est un tout petit chien, le Fili, encore un chiot.

A peine trois mois.

Ce qui en années "homme" nous fait du 21 mois (même pas 2 ans, le gamin).

Regardez, sa petit tête tient dans la main du Doudou.




Je vous entends déjà :

- c'est (qu') un chien !

- Et alors ? Y a des gens qui meurent de faim au Sahel.


- Ça passera, arrête de psychoter !

- Les vétos, ça coûte la peau du cou... Tu t'emmerdes vraiment pour rien.


Oui, ces phrases, je les ai prononcées.

Des maîtres de chien qui s'inquiètent, j'en ai côtoyés.

Et j'étais la première à me moquer.

Et puis là...

C'est mon chien qui fait kaï ! et qui pleure.

C'est mon chien qui vomit.

Et oui, je suis bien forcée de l'admettre : je m'inquiète.

Du coup, au premier vomi, direction véto.

Qui accepte de nous prendre en urgence.

Je lâche mon ordi et mes dossiers essentiels à la survie de l'entreprise (ou pas), laisse les enfants à Super Nounou, ordonne au Doudou de rappliquer dare-dare pour libérer Super Nounou qui doit partir à 18:30, et file chez le vétérinaire qui accepte de nous recevoir à la fin de sa journée de travail.

Diagnostic : Gastro !

Avec en prime, une piqûre d'antispasmodique et une prescription d'anti-vomitiques. Je souligne ici que c'est exactement ce qu'on me prescrivait pour crise d'angoisse avant examen universitaires, concours, etc. Espérons que Fili n'ait pas hérité de mes angoisses spasmodiques !

En attendant, petit Fili a besoin de repos... on le laisse tranquille.



vendredi 19 novembre 2010

Mon bistrot

A côté de l'école des poussins, il y a un petit bistrot.

C'est un bistrot à l'ancienne, avec des fauteuils en simili-cuir et des tables en bois mal verni. Un grand écran plat sur le mur du fond, un comptoir en zinc et un patron sympa qui tutoie ses clients réguliers.

Ce bistrot résume à lui seul la vie de notre quartier parisien. Un quartier populaire en voie de boboïsation, où les logements sociaux côtoient les appartements pour jeunes couples dynamiques avec enfants.

Le matin, les mamans s'y retrouvent avant de partir travailler ou de vaquer à leurs occupations de mère au foyer. On se raconte les maîtresses sévères, celles qui donnent trop de devoirs et celles qui refusent d'en donner en ligne avec les dernières instructions ministérielles, le projet pédagogique de l'école, l'épidémie de gastro qui sévit, la pneumonie de la maîtresse de CP, le maître de CM2 qui ne veut plus aller jusqu'au gymnase beaucoup trop loin. On critique la cantine, dont les enfants se plaignent. On discute le film diffusé un jour de pluie qui a tant affolé les CP (conseil aux directeurs d'école primaire : Jumanji sans explication préalable, c'est cauchemar assuré pour les gamins et nuit d'horreur pour les parents). On évoque l'association des parents d'élèves dont certaines font partie. On signe la pétition pour cette famille qui risque l'expulsion, dont les enfants, parfaitement intégrés, sont les copains de nos mômes. On ne connaît pas nos professions, on ne sait rien de nos vies mais on a en commun d'avoir nos enfants scolarisés dans la même école et ça suffit pour qu'on partage l'orange symbolique du café matinal.

Un peu plus tard, l'avocate sympa - qui vient de déménager mais revient souvent parce que son ex-mari vit dans le quartier - reçoit ses clients en terrasse, la clope au bec. Il fait froid, elle s'en fiche. Il n'y a qu'en terrasse qu'elle peut à la fois travailler et fumer. Elle a beau être juriste, cette loi Evin, elle la maudit. M'enfin pourquoi on ne peut plus fumer dans les cafés ? Ça sert à ça les troquets, à fumer en joyeuse compagnie.

Et à picoler un peu aussi. Mais pas le matin. Sauf pour l'homme en gabardine grise. Lui, il boit dès le matin. Et ensuite, il se met devant l'ordi. Qu'écrit-il ?

Entre midi et 14 heures, les travailleurs du quartier, ceux qui ont un bureau dans le coin, les médecins de l'hôpital voisin et les pompiers de la caserne d'à côté se retrouvent pour une grosse salade ou un déjeuner de travail. Parfois, je donne rendez-vous à d'anciens collègues à la sortie du métro tout proche et je les emmène dans mon café. Mes anciens collègues ont tous la même réaction. Ouah mais c'est pas cher ! C'est sûr que quand on est habitué aux tarifs Champs Elysées, on ne peut qu'être heureusement surpris de ceux pratiqués hors du triangle d'or.

Vers 16 heures, ce sont les mamans-à-la-maison qui se rejoignent pour profiter de leurs derniers moments tranquille. Les quelques fois où je peux prendre une demi-heure pour aller chercher les enfants à l'école, je les observe derrière la vitre et je me dis qu'un jour, peut-être, j'aurais le temps de les retrouver et de papoter avec elles.

Le soir, la moyenne d'âge diminue de façon significative. Par nuit de match, c'est plein de jeunes étudiants en médecine qui braillent la choppe à la main. Ça hurle, ça chante, c'est un peu comme au stade. Encore que je ne suis jamais allée au stade. Du coup, je suppute.

Hier, quand je suis passée devant mon bistrot vers 22 heures, ils étaient nombreux, nos petits étudiants ou lycées. J'ai atteint un âge où entre 16 et 25 ans tout le monde se ressemble ! Etudiants, lycéens, même combat. Ils étaient là, à papoter dans et hors de mon café, malgré le froid automnal. Les filles souriaient, la gorge découverte, cigarette dans une main et verre de rouge dans l'autre. C'était le beaujolais nouveau faut dire ! Tout le monde riait de bon coeur. M'est avis que ce n'était pas le premier verre de la soirée.

Dans mon café, il y a aussi des piliers de comptoir, des gens qui s'ennuient, des gens qui n'ont rien à faire, d'autres qui lisent, certains qui se reposent...

Je l'aime mon bistrot.

Sans lui le carrefour ne serait pas le même.

mercredi 17 novembre 2010

Et si ma mère n'avait pas été là...


Ceci est un billet introspectif à vocation universelle.

Si vous avez envie de rigoler, ne le lisez pas.

C'est la faute de Carole si j'ai des envies d'introspection. Elle a publié aujourd'hui un très joli billet sur ce que cela représente pour elle de grandir sans mère (c'est ici). Un billet où il est question de transmission, d'héritage, de passage à l'âge d'adulte, d'enfant.

Je ne sais pas ce que c'est de grandir sans mère.

Mais mon père, qui a à peine connu sa mère, n'a cessé de me dire combien il est difficile de grandir dans un monde d'où la maman est absente. J'ai retrouvé dans le billet de Carole des échos de ce que mon père a vécu, les liens forts avec la grand-mère paternelle, la construction de soi. Bien sûr, les circonstances sont différentes, les générations aussi. Je ne sais rien des raisons qui font que Carole a grandi sans sa maman, alors qu'on m'a bien expliqué celles qui ont causé la mort de ma grand-mère en 1942, lâchée par sa famille dans un monde de douleurs et de peurs.

En lisant le billet de Carole, je me suis posée des questions que je ne m'étais jamais posées avant.

La première est relative à mon père.

Comment devient-on père quand on n'a pas eu de mère et que son propre père a fait office de père et aussi, par la force des évènements, d'ersatz de mère ? Comment construit-on un foyer quand on n'a jamais vu ses parents en couple et que le seul exemple de relation amoureuse qu'on nous ai transmis est celui contrarié d'un père auquel son fils aîné a refusé de "refaire sa vie" comme on dit vulgairement ? Comme si la vie se faisait et se dé-faisait au rythme des morts qui la ponctuent.

Ok, ok, lecteur, tu sais compter. Ça fait plus d'une question, ça.

En y réfléchissant un peu, je comprends mieux certaines brisures. Ces réactions dans les périodes de sa vie où, célibataire, mon père s'inquiétait pour moi, pour la femme qui germait en moi, je les trouvais déplacées et exagérées.

Mais quand on a grandi sans maman, que sait-on des femmes et de leur évolution ?


La seconde question est relative à mon rapport avec ma propre mère.

Que serais-je si je n'avais pas eu de mère ? Si je n'avais pas eu cette mère là ?

Ok, ok, je sais, tu que tu sais compter jusqu'à deux, lecteur matheux.

Un petit exemple en passant (l'explication par l'exemple est encore ce qu'on fait de mieux). Il y a une dizaine d'années, j'ai annoncé a ma mère que j'entamais une analyse, que j'ai besoin d'y voir plus clair. Réaction de ma mère:
- Ah mais, tu fais ce que tu veux mais je ne vais pas me laisser faire !
Cela vous donne idée de ce que ma mère pensait de nos rapports et de l'issue probable d'une psychanalyse.

Finalement, cette psychanalyse m'a réconcilié avec l'image que j'avais de ma mère. Avec ce que je pensais qu'elle pensait de moi. Avec ses défauts, avec les miens et aussi avec ses qualités qui m'exaspéraient. Depuis lors, je m'entends mieux avec ma mère que je n'avais réussi à la faire pendant les presque 30 ans précédents.

Mais si elle n'avait pas été là, s'il n'y avait eu que mon père, quelle femme aurais-je été ?

Quand on est une femme, on se construit par rapport aux autres et une fille toise sa mère, elle la jauge, elle la teste. D'ailleurs, ma mère le dit souvent, tout ce que je voulais, c'était lui manger la soupe sur la tête. Être plus grande qu'elle en taille. Elle mesure moins d'un mètre soixante. Ce point là a été plié en moins de deux !

Et je ne voulais pas lui ressembler. Je ne voulais pas être une féministe par l'exemple, avoir un super boulot quand les autres mamans attendaient à la sortie de l'école, enchaîner les amoureux à chaque décennie quand les parents de mes copines fêtaient leur noces de platine...

J'ai tout fait pour la fuir, pour ne pas être sous son contrôle, jusqu'à m'exiler en pension, où j'avais d'autres filles, d'autres images de femme en devenir auxquelles me confronter.

Je n'avais qu'une peur : devenir comme ma mère.

Malgré toute cette frénésie, cette indépendance obtenue au forceps par ma mère qui en bavé comme en bavaient les femmes qui s'affirmaient dans ces années où la notion de père de famille n'était pas qu'une expression, je ne pouvais que constater qu'elle payait une liberté totale par une grande solitude.

Et je ne voulais pas être seule.

Moi, ce que je voulais, c'était être aimée !

Et c'est très différent.

Aurait-ce été différent si j'avais grandi sans mère ?

mardi 16 novembre 2010

les enfants, ça grandit

Depuis une semaine, je suis entourée de parents d'ados... qui ont enfanté des ados qui font des trucs d'ado, des trucs qui foutent la trouille. A côté, le môme qui tombe du lit, c'est de la gnognotte.

Entre Manu dont le fils fait le mur (ici) et ce collègue qui m'explique que son adolescente part en vacances à Ibiza et papa, t'as rien à dire, je paye avec les sous de mon boulot de caissière du dimanche (on sait désormais qui sont les travailleurs du dimanche... en Suède !), je me sens cernée.

Mes enfants à moi sont des enfants. Ils ont des préoccupations d'enfant. Il est question de savoir si la copine du fond du couloir peut venir jouer ce dimanche ou si la maîtresse sévère de mon fils va ou non le gronder parce qu'il a perdu un document que la maîtresse remplaçante avait dit qu'il pouvait jeter. Ils ont de ces préoccupations existentielles mes enfants, ça fait peur ! Et surtout, ils m'aiment... et n'ont aucune pudeur. Ma fille m'avoue encore au creux de l'oreille (c'est un secret maman, tu le dis pas) que suis la plus gentille. Vous notez comme elle est objective, ma fille. Car comme chacun le sait, la vérité sort de la bouche des enfants.

Seulement, ces histoires d'enfants qui grandissent et qui se muent en ados, ça m'a foutu un coup de blues par anticipation.

Du Isaac Assimov à échelle Doudette.

Et depuis ce matin, j'ai une chanson de circonstance qui squatte mon lobe frontal.

Vous savez combien c'est pénible d'avoir un air dans la tête dont on ne peut pas se défaire. Y en a qui ont été internés pour moins que ça ! Imaginez vous avec le Papa Pingouin en boucle dans votre cortex ou la Complainte du Phoque en Alaska (je fais dans la banquise ce soir, c'est l'hiver, il commence à faire froid). La Complainte du Phoque en Alaska, c'est terrible, j'ai vécu cette souffrance cette été par la faute d'une de mes lectrices qui se reconnaîtra. J'ai failli mettre Céline Dion en boucle pour me désintoxiquer. Céline Dion, c'est horrible mais c'est moins addictif que la Complainte du Phoque en Alaska. , si vous voulez tenter votre résistance, je vous mets la version Forestier/Paradis mais je vous préviens, c'est à vos risques et périls.

Bon, pour revenir à nos ours polaires (je substitue les ours aux moutons afin de donner une certaine consistance nordique à ce billet), voilà la chanson qui trottine de ma nuque à mon orbite depuis ce matin.

Les copains parents d'ados, je ne vous remercie pas !

lundi 15 novembre 2010

Mon remaniement

Tandis que le Président de la République rappelait Juppé de son exil bordelais, je procédais à mon petit remaniement à moi.

Non, je ne vais pas vous parler politique. A chaque fois que j'ai fait un billet un tant soi peu politique, j'ai eu du commentaire intelligent. Or, le commentaire intelligent sur un blog de bêtises et d'idioties est déstabilisant. Un peu comme quand je sors une grosse connerie en famille et que tout le monde m'observe, la lèvre inférieure pendante et les yeux ronds comme des calots. En famille, on ajoute souvent : "ah bon ? vraiiiiiiiiment ?", tout cela parce que j'ai oublié de ponctuer ma vanne par un c'est une blague, hein ! de circonstance. Très important le hein. Si je ne dis que c'est une blague, on croit que je prends les gens pour des cons. Le hein permet de créer une certaine connivence avec mon auditoire. Et créer de la connivence en famille est essentielle. Vous qui avez également une famille, vous le savez, hein.

Après cet aparté de politique familiale qui peut être utile hors du cercle restreint de ma famille étendue, j'ai donc procéder à mon remaniement personnel.

Ce matin, j'ai troqué une nounou-étudiante et une femme de ménage contre SuperNounou de retour de congé maternité.

Et là, en l'espace de quelques heures, mon appartement ressemble à un appartement rangé et mes enfants ne se sont pas entre-tués après l'école. Elle sait se faire respecter, SuperNounou.

Petite remarque sur l'actualité en passant : Juppé est le seul dont on puisse espérer qu'il saura remettre de l'ordre dans la politique de la France (encore que, en le cantonnant à la Défense, on ne voit pas trop ce qu'il pourra faire) et surtout rabattre le caquet d'un Sarkozy en perte de vitesse.

Comment ça, y a pas de rapport ?

Calme, luxe et sérénité pour ma petite personne, tel est le rapport.

Mon nouveau gouvernement (dans un milieu huppé, on qualifierait cela de gouvernante comme dans Emily Brontë) est nettement meilleur que le gouvernement d'intérim que nous avons essayé au cours des six derniers mois. Chez nous, pendant cette période, nous avons vécu au rythme des gouvernements belges, avec des dames et des demoiselles qui se sont succédé pour expédier les affaires courantes. Mais personne n'a vraiment pris la mesure de notre bordel.

Le retour de SuperNounou, qui telle une Mary Poppins des temps modernes a rétabli l'ordre dans notre foyer, démontre en l'espace d'un après-midi de travail acharné que n'est pas Juppé qui veut.

Et en plus Fili semble apprécier SuperNounou, laquelle reste encore un peu circonspecte. Les chiens, elle ne connaît pas bien. Fili lui a fait son regard implorant des câlins, quelque chose me dit qu'elle ne va pas résister longtemps avant de craquer.

Et c'est là qu'on se rend compte que la comparaison entre SuperNounou et Alain Juppé a ses limites.

dimanche 14 novembre 2010

Dames de lettres

L'autre jour, Olympe soulignait à juste titre qu'il n'y avait pas beaucoup de dames dans la liste d'auteurs que j'avais cités spontanément comme m'ayant influencée (ici).

Et force est de constater qu'il n'y avait qu'une seule dame dans la liste.

La grande Alison Lurie :


Dire que les livres d'Alison Lurie m'ont influencée est peu dire.

Je les ai tous lu, j'ai aimé son portrait d'une Amérique citadine et libre. Je me suis identifiée aux femmes de ses livres. Libres. Toujours. Et ces personnages que l'on croise d'un livre à l'autre. Qu'on voit murir, puis vieillir.

J'ai dévoré Alison Lurie entre 20 et 30 ans et comme certaines entrent en religion, je suis rentrée en littérature contemporaine. Si je crois qu'on peut être une Super Working Mom, épouse et tout et tout, c'est beaucoup grâce à elle et son monde de liberté, de possibilités, de tolérance et de respect.

Ou comment puiser l'inspiration de nos vies dans les livres...

Mais à part Alison Lurie, quelles pouvaient bien être mes autres influences d'écrivain femme ?

J'ai pris quelques minutes pour y réfléchir et oui, quand même, il y en a.

L'honneur est sauf.


D'abord, il y a la Comtesse de Ségur.

Les petites filles modèles et la gaffeuse Sophie.

Comment ai-je pu ne pas penser à la comtesse de Ségur ?

Ce qu'on a pu me bassiner avec cette Sophie et ses bêtises ! Sophie par ci, Sophie par là, même la Sophie de Jean-Claude Brialy a la télé, je me la suis coltinée. De longues soirées de Noël... Et les cousines Madeleine et Camille, toujours tirées à quatre épingles et avec le sens de l'humour d'une huître. Ce qu'elles m'agaçaient, celles-là ! Moi, je préférais Sophie qui rigolait tout le temps et se moquait des conventions, même après, quand son horrible belle-mère la martyrisait.

Sophie la coquine contre le reste du monde !

Après la Comtesse de Ségur, il y eut George Sand et Colette.

La première, je l'ai découverte non par ses écrits mais par un disque sur Chopin. Et comme Internet est absolument génial, j'ai retrouvé la pochette en farfouillant. Ça m'a fait tout drôle.


Surtout que j'ai réalisé qu'il y avait la grande Delphine Seyrig sur ce disque. Pourquoi diable mes parents ont-il bazardé tous les 33 tours à l'avènement du CD ? On fait des trucs idiots quand on est parent ! Je le sais, je suis une maman maintenant.

M'enfin
, j'aimerais tant réentendre ce disque... Nostalgie quand tu nous tiens...

Colette, c'est à l'adolescence que je l'ai découverte.

Via les Claudine.

Entre 12 et 14 ans, j'ai lu tout Claudine, dans une édition brochée un peu luxe qui traînait dans la bibliothèque familiale. Oui, c'était un peu osé mais je ne m'en rendais pas compte. Et c'est ma mère qui m'avait conseillé ces lectures, je n'avais dès lors aucune culpabilité. Ni peur. Ni gène.

Les amours de Claudine me semblaient naturelles.

Je dois à Colette une partie de ma conception de l'amour : tu peux aimer qui tu veux, homme ou femme, jeune ou vieux, pour peu que tout le monde soit consentant et heureux.

Le découvrir dans un livre m'a évité de me poser des questions métaphysiques et existentielles sur le pourquoi de l'amour charnel, l'homosexualité, l'hétérosexualité, les bisous dans le cou et autres questions que l'on se pose à cet âge. Et ça m'a également épargné les films pornos. Lire Colette est beaucoup plus évocateur qu'un amas de chair lasse dans l'écran d'une télévision.

Après Colette, j'ai continué de lire.

De tout. Des hommes, des femmes.

Parmi les femmes que j'ai aimées au point de lire plusieurs de leurs livres, il y a Marie Darrieussecq, Fred Vargas, Elizabeth Badinter, Anne Gavalda, Simone de Beauvoir, Annie Ernaux... et bien sûr, Madame de Lafayette (le Président sera fier de moi... ou pas). J'ai lu mais n'ai pas aimé Marguerite Duras et n'ai jamais réussi à lire plus de dix pages de Marguerite Yourcenar (honte à moi, je sais).

J'en oublie sans doute.

Tiens, par exemple, ces étrangères que j'ai lues traduites, en remerciant les traducteurs. Ces étrangères que j'ai lu en anglais, comme cette dame qui a créé un sorcier à lunettes. Non, je ne lui ferai pas de publicité, même si pour pratiquer son anglais, elle est top, la Lady. Il parait en effet qu'elle a été anoblie, l'écrivaine.

D'ailleurs, faut-il être puriste et dire écrivain ou peut-on admettre qu'une écrivaine existe ?

Et vous, y a-t-il des dames de lettre qui vont ont aidé à grandir ? A devenir des femmes ? ou des hommes ? Car, lectrice fidèle, j'ai quelques lecteurs aussi, que je salue ici avec respect mais sans déférence.

samedi 13 novembre 2010

Un tout petit monde...

Ben non, je ne vais pas vous parler de David Lodge.

Quoique j'aime bien David Lodge.

David Lodge est un auteur sympa qui parle d'un tout petit monde universitaire qu'il connaît bien, un microcosme de coups bas et d'intrigues... Le monde de l'Inspecteur Morse et des escaliers à colimaçon d'Oxford et de Cambridge.

Je vais vous parler de mon tout petit monde à moi, celui que je côtoie chaque jour dans le monde virtuel.

Encore que...

Le monde virtuel (celui de Twitter et de Facebook) est-il si différent de celui que David Lodge décrit dans ses livres ?

Pas si sûr.

Ce n'est pas un monde de béni-oui-oui ni de bisounours.

Je découvre à mesure que j'y pénètre les intrigues qui se ourdissent dans la blogosphère. Les blogueurs influents qui s'égratignent à coup de billets acérées. On pourrait croire qu'il y est question de gros sous. Ben non. Même les blogueurs les plus influents ne peuvent vivre de leur art. Il leur faut un boulot alimentaire. Ou un époux/une épouse qui accepte d'entretenir leur passion... à moins que ce ne soit leur ego qu'on flatte. Avec ma gueule de blogueuse du dimanche, qui fait mine de se ficher de la célébrité comme d'une guigne et qui est très satisfaite de son nouveau Super Boulot, je regarde ça d'un oeil extérieur. Je compte les points. Et je me mare. Donnez un os à ronger à des cabots, ils préféreront se battre que de le partager. Le monde virtuel n'échappe à ce genre de combats de coq... ou de poules. Cot cot.

Il apparaît ainsi d'évidence que notre monde virtuel subit les mêmes écueils que le monde réel. Et c'est normal. Les gens du virtuel ne sont rien que des gens du réel affublé d'un pseudo et d'un avatar rigolo.

Autre point commun avec le petit monde de David Lodge, les rebondissements.

Tenez, prenez moi. J'ai environ 600 personnes qui me suivent sur twitter. Beaucoup de français, quelques belges, quelques canadiens. Ça fait quel pourcentage que je retrouve par hasard quelqu'un que je connais dans la vraie vie ?

Lecteur statisticien, je te laisse faire le calcul.

Moi, je me contente de constater la réalité de notre tout petit monde.

L'autre jour je reçois un message privé d'une copine de twitter, une inconnue de la vie réelle, un pseudo et une image, même pas une photo. Je ne sais d'elle que ce qu'elle veut bien en dire en 140 caractères. Autant dire, rien. Et pourtant tellement. Elle m'annonce qu'elle a un truc important à me dire et elle me demande mon adresse email.

Vous me connaissez, je suis curieuse. Très curieuse.

Je file mon email illico presto.

Et je reçois un email qui dit en substance :

Je suis ta voisine de pallier, ah ah ah ah.

Je condense, hein ! C'est beaucoup plus circonstancié et mieux écrit que ces quelques mots. Mais ça résume l'information. Ma voisine de pallier est sur twitter, elle lit mon blog (je ne lisais pas encore le sien à l'époque) et elle m'a démasquée ! Ma voisine de pallier fait partie des quelques 600 personnes - et machines - qui me suivent sur twitter.

Quelles étaient les probabilités qu'une personne qui vit dans ma rue, dans mon immeuble (lequel comporte 6 cages d'escalier), dans ma cage d'escalier et donc à mon étage soit parmi les 600 personnes qui me suivent ? Quelle probabilité que cette personne lise mon blog ? Oui, n'en déplaise à mon ego, mes 600 et quelques abonnés ne lisent pas tous mon blog... et ils ne savent pas ce qu'ils ratent d'ailleurs.

Alors, statisticien, c'est quoi, la probabilité ?

(je sens que mes chances de gagner à l'Euromillion sont bien meilleures que tu veux bien le dire, Statisticien).

En réalité, elle est très sympa ma voisine blogueuse.

Alors qu'on se disait à peine bonjour dans le couloir le peu de fois qu'on se croisait (persuadées qu'on était l'une et l'autre que nos familles ne s'aimaient pas), on était tout sucre tout miel en ligne. On avait les mêmes goûts de lecture, les mêmes origines, les mêmes envies. Le même humour et le même palais éduqué pour la cuisine d'Europe Centrale.

Après ça, celui qui ose soutenir que les réseaux sociaux ont pour effet d'isoler les gens du monde réel, je peux lui balancer mon histoire à la figure !

Car maintenant, on est également copines dans le monde du dehors.

Et là, tu vois, je lui fais plein de gros bisous à ma copine-voisine-blogueuse !

Ce petit exemple montre combien les réseaux sociaux et Internet en général ont changé nos vies.

Il n'est plus possible désormais de considérer qu'on a deux vies totalement distinctes, celle qu'on a au dehors et celle qu'on se crée en ligne... même si notre vie en ligne se limite à Facebook ou à des raisons exclusivement professionnelles. Il y a toujours quelqu'un pour regarder ton profil LinkedIn ou Viadeo. Quelqu'un pour parler de toi sans que tu le saches.

Les échanges entre le réel et le virtuel sont réels. Des gens du réel deviennent virtuels (j'ai récemment retrouvé des amis du dehors sur Twitter et pas par hasard cette fois) et des gens virtuels deviennent des amis réels.

Et là, je réalise que si quelqu'un avait déposé les mots réels et virtuels à l'INPI, il serait devenu très riche grâce à ce billet !

Vous qui lisez ce blog, vous êtes déjà un peu dans le monde virtuel (même si vous vous en défendez). Votre adresse IP est enregistrée quelque part par Blogger, votre email aussi. En commentant, vous en dites déjà un peu sur vous.

Il va nous falloir réinventer notre vie en tenant compte des impératifs de ce tout petit monde.

Etes-vous prêts ?

vendredi 12 novembre 2010

La question du pouce

Parents d'enfants qui ne sucent ni totote ni poupouce, passez votre chemin.

Oui, vous m'agacez.

Vous êtes des parents parfaits.

Vous n'avez pas cédé à l'appel du silence du nourrisson qui hurle !

Tant d'abnégation me rend à la fois admirative... et jalouse...

Nous, hélas, n'avons pas eu ce courage.

Nous avons nous même enseigné à nos enfants comment sucer le pouce.

C'est simple : tu leur plantes le pouce dans la bouche et t'attends le réflexe de succion. En général, ça prend trente secondes. Et une semaine pour que l'enfant trouve le pouce tout seul.

C'est super utile quand l'enfant est bébé. Quand il a peur, quand il est stressé, quand il est fatigué, il se calme en suçant son pouce. C'est une super baby-sitter, le pouce.

Mais...

Car il y a un mais, vous l'aurez aisément deviné en lisant le titre de ce billet, titre à forte valeur symbolique car aux réflexions sur la question juive ou sur la question homosexuelle ou sur toute autre question qu'on se pose au comptoir ou dans les amphithéâtres fait écho l'essentielle question du pouce, cette question qui m'occupe actuellement. Ouh que cette phrase est longue !

Mais (donc) vient un temps où il convient de cesser de sucer le pouce, pour des tas de bonnes raisons:
- la prononciation,
- l'orthodontie,
- l'esthétisme,
et pour une autre raison, moins objective : les grands ne sucent pas leur pouce et il n'y a rien de plus ridicule qu'une gamine de 14 ans qui prend son pouce au collège. J'en ai vu, je sais de quoi je parle.

Pour le poussin, l'arrêt fut facile.

A force de se bouffer le doigt avec une force de petit surhomme, il se l'est entaillé. Il a eu mal. A cessé de sucer son doigt. Et on n'en a plus entendu parler. Il avait à peine plus de deux ans.

Sa soeur venait de naître et lui devenait grand.

Nous n'avons malheureusement pas eu la chance que sa soeur se blesse à en saigner. Elle connaît ses limites. Le doigt est élimé, bouffé, rikiki mais il fonctionne encore parfaitement, le bougre.

Du coup, pour la Poussinette, quatre ans et demi, on en est là :


Le truc bleu, c'est le doudou, l'un des doudous, je devrais dire car trois de mes t-shirts sont devenus doudous à temps plein. Et pas des moindres. L'un d'entre eux étant même siglé Gérard Darel.

Ce qui m'inquiète, ce n'est pas le doudou, dont elle sait se passer, n'importe quel tissu faisant l'affaire.

C'est le pouce !

L'autre soir, on a tenté un mini-sevrage, les deux pouces dans des pansements.

Ce fut un supplice.

Il faut se rendre à l'évidence.


MA FILLE EST UNE DROGUÉE (du pouce)

Il est temps d'agir.

Nous allons tenter un sevrage en deux temps.

Premier temps:

- plus de pouce la nuit (on mettra des gants ou des pansements, c'est encore à décider);
- une tétine (c'est le nom qu'on donne à la totote chez nous) en période transitoire mais uniquement la nuit;
- du vernis pas bon pour la journée.

J'entends déjà les objections : la tétine aussi c'est addictif, c'est cradingue, c'est moche, c'est remplacer la clope par le pète (ainsi parla Madame Parle), ça ne résoudra pas le problème de fond.

Vous avez raison.

Je ne vois aucune alternative.

Compte tenu de la force de l'addiction, je suis contrainte de passer par une cure de méthadone avant de passer au sevrage complet.

Le Doudou a d'ailleurs fixé des règles claires avec sa fille :
- la tétine, ce n'est que la nuit quand on dort, et
- on ne suce pas le pouce dans la journée.

La Poussinette est pour l'instant toute excitée à l'idée d'avoir une tétine qu'on lui a jusqu'ici toujours interdit.

Espérons qu'elle s'en lasse vite tout en oubliant qu'elle a un pouce.

mercredi 10 novembre 2010

Quinze auteurs [tag]

J'ai été taguée par Syl à propos d'auteurs qui m'ont influencée.

Quand on parle de livres, ça me plaît.

J'ai l'air d'une saltimbanque mais les livres, j'aime. J'aime le papier et les mots écrits. J'aime le souvenir que me laissent les livres.

On m'a demandé de citer, comme ça, sans trop réfléchir quinze auteurs qui m'ont marquée. A l'instinct. Un peu comme les listes automatiques des surréalistes.

Alors voilà, sans réfléchir (en moins de cinq minutes).

1. Laurence Durrell
2. Paul Claudel
3. Molière
4. Shakespeare
5. Michael Connelly
6. Exbrayat
7. Stendhal
8. Gilbert Cesbron
9. Colum McCann
10. Alfred de Musset
11. Jacques Prévert
12. Jose Saramago
13. Alison Lurie
14. PG Wodehouse
15. Robert Merle

Voilà, j'ai fait cette liste sans réfléchir. En prenant les noms tels qu'ils me venaient. J'ai laissé mon esprit vagabonder.

J'ai rajouté les liens ensuite et ça m'a permis de découvrir plein de sites dédiés à des auteurs que j'aime bien et que j'aimerais vous faire découvrir si vous ne les connaissez pas... ou peu.

Je me rends compte que j'ai des goûts très diversifiés et je n'en renie aucun.

En lisant cette liste, j'y découvre outre les influences des auteurs sur mes autres choix de lecture ou de cinéma, les influences des personnes qui m'ont fait connaître ces auteurs... et je me rends compte de l'importance du rôle des parents dans la lecture.

En tous cas, dans mes lectures.

Et, une pensée en entraînant une autre, je me demande si je saurai donner à mes enfants le goût des lectures que j'ai aimé et aime encore.

En attendant, je vous laisse sur ces réflexions et si les 15 personnes suivantes ont envie de se prêter au jeu, j'en serai très honorée (aucune obligation bien sûr) :

Océane
Manu
Spads
Patrice
Carole
Sandra
Emma
Anne-Jo
Sophie
Framboize
Drine
Dame Moop
Shaya
François
Laurent

Si vous voulez vous prêter au jeu et n'êtes pas dans la liste, allez-y aussi. Plus on est de rigolos, plus on s'amuse.

Et puis, le côté automatique de la liste d'auteurs fait découvrir beaucoup sur celui qui la rédige, je trouve...

mardi 9 novembre 2010

Des avantages de la maladie

L'homme malade est une petite chose fragile.

Ou du moins il le croit.

Prenez mon homme.

Depuis une semaine, il se ballade jour et nuit avec une écharpe autour du cou. Au début il avait mal à la gorge. Très mal à la gorge.

Mais pas assez pour passer à la pharmacie. Faut quand même pas exagérer. C'est bien connu, c'est même prouvé scientifiquement, les pharmacies sont comme les salles d'attente des médecins, bourrées de gens malades. Or, les gens malades, ça diffuse les microbes et ça propage les virus. Du coup, les pharmacies, quand on est malade, vaut mieux éviter.

On peut ne pas vouloir aller à la pharmacie mais néanmoins se croire dans un état qui se situe quelque part entre la mourritude et l'agonisation.

L'homme malade, le mien en tous cas, commençait ses journées en disant j'me sens quand même patraque et les finissait en soupirant devant son iPad. Quand j'osais lui suggérer de s'avaler un Doliprane, histoire de faire passer la douleur, j'avais droit à un ça va pas la tête ! ça va me foutre le bide à l'envers ! qui ne me donnait plus tout envie d'être une épouse aimante et affectueuse comme je n'ai jamais su l'être.

Comme je suis une personne responsable et que ma môman m'a toujours dit que le meilleur moyen de tuer le virus dans l'oeuf, c'est de se reposer et de dormir le plus possible, je me suis hasardé à proposer de se coucher tôt pour une fois.

Mais qui suis-je moi, femme raisonnable, face la force de l'iPhone et de l'iPad combinés ?



Et puis la bouillotte à poil n'avait pas le droit de dormir avec nous.

Du coup, à ma suggestion raisonnable de prendre du repos, l'homme a répondu par une longue soirée devant l'ordinateur. Bon d'accord l'iPhone et l'iPad ne sont pas techniquement des ordinateurs au sens puriste du terme mais toi, lecteur bienveillant, tu accepteras ce raccourci poétique. Oui, poétique. Il y a de la poésie dans un écran tactile. Tu le caresses, tu lui tripotes les applications. C'est sensuel, l'iTruc.

A force de faire fi de toutes mes recommandations d'épouse aimante et directive (oui, bon) est arrivé ce qui devait arriver. Comme quoi, être directive, c'est pas une mauvaise chose. Ah ! Mais !

Ce matin, le Doudou est vraiment malade.

Il a toussé toute la nuit, malgré les deux oreillers et les mains sous les couvertures. Oui, lecteur, note ce truc de mon pôpa (on a plein de soignants auto-proclamés dans la famille), quand tu a une quinte de toux la nuit, tu mets deux oreillers et les bras sous les couvertures et ça passe. Enfin, parfois, ça passe. Quelquefois. De temps en temps. Ça dépend, quoi.

Et ce matin, l'homme qui se plaint depuis une semaine d'être malaaaaaaaaade et à l'article de la mort de l'agonie qui tue, à moitié aphone et totalement fiévreux, m'annonce, entre deux râles:

- Je vais bien, ma Doudette, je peux aller au bureau, c'est hyper important.

Tu parles, Charles !

Toute femme normalement constituée aurait téléphoné à son travail, géré les affaires courantes par email et se serait reposée, histoire de se retaper rapidement.

Non, l'homme sait qu'il est indispensable au bureau. Il te parle d'une réunion trèèèèèèès importante qu'il ne peut absolument louper. Quand tu creuses un peu, la réunion est une réunion interne pour prendre une décision à plusieurs qui traîne depuis des semaines et qui peut être prise demain ou après-demain.

Heureusement, le Doudou est réceptif aux arguments logiques. Quand tu lui dis que les deux autres peuvent prendre la décision sans lui et que personne ne perdra la face, il a l'oeil coulant qui frise. Ça a fait mouche.

Je parviens ainsi tant bien que mal à le convaincre de se reposer au moins le matin.

Il se met au lit....

Et je pars accompagner les enfants à l'école. Parce qu'il faut bien que la vie continue et que les écoles ont des horaires fixes. Il faut même qu'on pique un sprint sous la pluie. Toutes ces négociations ont pris un temps fou, on est en retard. Tu m'étonnes, deux juristes dans une pièce, faut forcément que ça se balance des arguments à la tronche.

M'enfin
, vous noterez qui a gagné, qui a réussi à convaincre l'autre de la justesse de ses arguments. C'est...... moi !
(non, je ne suis pas une mauvaise gagnante, je ne vois pas ce à quoi vous faites référence).

Une fois la Poussinette entre les mains de super maîtresse, je prends mon temps pour rentrer à la maison. Je savoure deux minutes de calme dans les rues de Paris. Oui, je vous assure, Paris le matin, malgré les gens qui se pressent, les conducteurs qui klaxonnent, les agents de la circulation qui sifflent, est d'un calme apaisant comparé à l'agitation qui précède le départ à l'école. Toi, parent qui me lit, tu sais de quoi je parle. T'es pas encore habillée, toi ? Mets ton manteau ! Il est où ton cartable ? Comment ça, j'ai pas signé le cahier de correspondance ? Elles sont où tes chaussures ? Quoi, tu as sport ce matin ? Tu t'es lavé les dents ! C'est pas l'heure pour une tartine ! Non, je ne sais pas où sont tes billes ! Et une fois dans la rue, ça continue. Tu révises la récitation et te rends compte qu'il fallait donner des sous pour la sortie d'école... Bref, il y a un soulagement parental une fois le colis livré à la maîtresse, accessoires compris.

Pendant que je prends mon temps pour rentrer, on ourdit un complot chez moi.

Un Yalta maître-chien.

Et quand j'arrive, je trouve ça.


Le Doudou et Fili endormis dans notre lit.

Je pourrais hurler, crier, devenir hystérique !

Seulement, il est malade, le Doudou...

Je fais tout de même part de mes réticences, histoire que ce soit noté au plumitif, et me trouve nez à nez avec deux regards larmoyants et implorants.

- Allez...... juste pour cette fois........ il tient chaud, le Fili.

Quelque chose me dit que la maladie a bon dos.

Ils en ont de la chance que j'ai une journée chargée moi, beaucoup de travail et une conférence téléphonique qui commence dans dix minutes. Je n'ai pas le temps de parlementer.

Dans cette négo là, qui n'en est pas une, c'est le toutou qui gagne. Pour l'instant. Il disait quoi, De Gaulle (oui, c'est le jour où citer le Général) : ils ont gagné une bataille mais ils n'ont pas gagné la guerre? Mes objections ont été actées. Je n'ai pas dit mon dernier mot.

En attendant, le Doudou se repose avec petit Fili...



Espérons que le Doudou aille mieux demain, histoire que je puisse pousser une vraie gueulante !

lundi 8 novembre 2010

Fili travaille

J'ai testé pour vous la journée de télétravail avec un toutou de deux mois et demi.

Que ceux qui ne savent pas de quel toutou je parle tournent les talons immédiatement et s'en aillent lire les messages libellés Fili sur le présent blog. Il y a en effet du nouveau dans notre vie, lecteur occasionnel. Un petit être de trois kilos à la dernière pesée. Un petit gars qui n'en est plus tout à fait un. Un cavalier king charles prénommé Fili.


Or, depuis une semaine que Petit Fili fait partie de notre famille, j'ai eu l'insigne honneur de lui tenir compagnie dans la journée. Je suis la nounou du chien. Une nounou non rémunérée. J'ai un day-job aussi. Je suis une cumularde.

Et la bonne nouvelle, lecteur attentif, est que notre Fili est un amour de chiot.

Il dort quand je suis au téléphone ou que je suis concentrée.

Soit cette petite bête est hyper intelligente et sait quand j'ai besoin d'être tranquille. Soit il est crevé par les sollicitations des poussins qui n'aiment rien tant que de le regarder courir après une baballe et profite de la journée pour coincer la bulle. Je vais opter pour la première hypothèse, ça me rassure d'imaginer que mon chien est surdoué.



Vous noterez que Fili a adopté le gros coussin qu'on avait offert au Poussin bébé, supposé être ergonomique et idéal pour les nourrissons car il épouse la forme du corps. Ni le Poussin ni sa soeur n'ont passé plus de deux minutes dans ce truc sans pousser des hurlements d'enfant martyr. Pas à l'aise, engoncés, ils avaient besoin d'espace et détestaient se sentir enfermés dans ce machin. Fili, en revanche, adore s'y lover en boule et y ronfler.

Parce Fili ronfle. J'ai pu le constater lors de nos longues heures de cohabitation. Il ronfle... fort. Raison de plus pour lui interdire l'accès de notre chambre la nuit. Je tiens à mon calme.

Quand je suis au téléphone, Fili semble bercé par la douce musique de ma mélodieuse voix. Toi, lecteur chanceux qui m'a rencontrée dans le monde du dehors et sait combien ma voix et tendre et agréable, je te défends de commenter. C'est un interdit absolu. Je suis mystérieuse et féerique (comme ma voix), je tiens à le rester.

Je veux pour preuve de l'effet que ma voix fait sur ceux qui m'entourent, cette démonstration irréfutable.


Un chien ne ment pas.

Hélas, Fili ne fait pas que dormir dans la journée. Il s'agite aussi. Parfois, entre deux siestes, il se précipite le long du couloir et court comme un dératé après une balle réelle .... ou imaginaire. C'est assez déstabilisant. Vous êtes en train de vous concentrer sur un deck powerpoint pour la présentation du lendemain et soudain une boule de poil surgit hors du néant à la vitesse d'un éclair.

C'est le moment que Fili choisit pour tenter de mordiller tout ce que l'appartement comporte de bouton de porte ou de tiroir, d'attache en tissu, de pieds de chaise ou de table, de meuble, de vêtement ou autre serviette éponge qui passerait à hauteur de mini-gueule de mini-chien.

Il n'est pas rare que ce sursaut de vie soit accompagné d'un gros pissouillou à faible distance du tapis d'aisance destiné à enseigner la propreté. Fili n'a pas encore compris qu'avoir les pattes avant sur le tapis d'aisance est une condition nécessaire... mais pas suffisante. Nous sommes en phase de passage à l'étape 2 : l'apprentissage des pattes avant ET arrière sur le tapis d'aisance. A ce rythme là, on y sera encore à l'été prochain. Heureusement, nous sommes une famille de gens patients et motivés. Nous aurons raison du petit pisseur. Il se lassera avant nous.

Quand Fili a fini son footing et qu'il s'est soulagé, il veut ce que veulent tous les enfants quand on travaille. Toi, lectrice maman qui travaille de la maison, tu sais de quoi je parle. Ce que le gamin qui rentre de l'école réclame avec force cris et pleurnicheries. Ce que la gamine exige avec un petit sourire forcé, le doudou sous le bras. Mais siiiiiiiiii, vous savez ! L'enfant qui veut que sa maman s'occupe de lui n'attend qu'une chose : le câlin.

Fili est un enfant comme un autre.

Un enfant chien, certes. Mais un enfant quand même.

Alors, parfois, je cède.

Et je réalise alors que le câlin n'est qu'un prétexte. Fili ne chouine pour un câlin que parce qu'il veut aussi ce que veulent les enfants qui ne supportent pas de voir leur maman faire un truc que ne peuvent pas faire.

Ben oui, il veut travailler lui aussi.



Comme maman.