L'autre jour nous parlions chanson française avec Jegoun et Leozarbe...
Jegoun avait écrit un billet sur l'Aigle Noir, chanson que j'aime peu, et Leozarbe et Jegoun étaient d'accord pour considérer que leur chanson préférée de Barbara était Nantes, qu'ils intitulaient "il a plu sur Nantes" alors qu'en réalité, c'est "il pleut sur Nantes", ce dont vous vous moquez comme de votre premier abonnement au journal de Mickey mais il faut bien remettre les idées dans leur contexte.
Cette conversation faisait suite à une émission de M6 sur les ventes aux enchères (Un Trésor dans Votre Maison), pas mal faite en ce sens qu'on n'y voit pas uniquement des objets fabriqués en Chine et distribués par GiFi... mais qui m'a aussitôt rappelé la chanson Drouot et sa star déchue des folles années trente. Si vous ne connaissez pas cette chanson, allez là et écoutez les paroles. Ensuite écoutez une chanson d'un chanteur à texte moderne, genre Nouvelle Chanson Française, dont on se demande bien pourquoi on y met des majuscules... et pleurez.
Et tandis que cette conversation sur Barbara se poursuivait, je suis soudain remontée dans le temps.
A la fac. Barbara sur mon baladeur CD. Avant les MP3. Avant le streaming. Avant même le téléchargement illégal. Ma copine au même prénom qui avait presque la même coiffure que la chanteuse qu'elle n'aimait pas particulièrement d'ailleurs. Mes copains et moi qui écoutions Barbara et trouvions en Juliette son digne successeur (quel est donc le féminin de successeur ?).
Au Théâtre du Châtelet. Barbara, toute de noir vêtue sur scène. Un public d'adeptes fervents, lui trouvant toutes les excuses de ne plus savoir chanter, tant le manque de voix était compensé par un supplément d'âme. Pour une fois que cette expression (supplément d'âme) fait sens quelque part, je me dépêche de l'utiliser. Barbara habitait ses chansons disait-on, jouait avec son public. Tant de rappels, ce n'est plus du rappel. Moi, dans la salle, à la droite de l'orchestre, places catégories B. Bien placée mais pas trop. Connaissant tout par coeur. Dis quand reviendras-tu, dis au moins le sais-tu ...
Pour moi, elle était revenue dans un petit théâtre de Seine-Saint-Denis, lequel ne connaît pas que le hip-hop, lecteur parisien qui n'ose t'aventurer au delà du périphérique. Le public était venu de partout, il y avait les vrais fans, ceux qui hurlaient à chaque chanson, et les autres, ceux qui avaient un abonnement et étaient là parce que ça faisait partie du package, entre un spectacle de Muriel Robin et la tournée du Carnard à l'Orange. Elle les a tous séduits, la grande Barbara, même ceux qui au début murmuraient c'est pas comme sur les disques... elle chante mal... elle a vieilli... elle minaude... Ils étaient debout à la fin, à applaudir à s'en brûler les mains, siffler comme dans un stade. Elle avait cet effet là sur les gens quand elle était sur scène.
Et puis elle est morte. Elle était très malade, les rumeurs couraient. On savait que ça allait arriver. Je n'ai pas pleuré. Mais j'étais triste. Certains ont perdu leur maître à penser quand Gainsbourg est mort, d'autres n'ont pas supporté la mort de Coluche. Moi, j'ai perdu mon maître à chanter quand elle est partie. Mais de larmes, point. Je ne suis pas si sentimentale.
C'est maintenant que je sanglote (de désespoir) quand j'entends la bande des Enfoirés, qui n'auront jamais si bien porté leur nom, reprendre une petite cantate, tant ça manque de ce dont cette chanson est faite : et la tendresse, bordel ! (ici mais il faut être préparé à entendre Raphael chanter). Sans parler de la version de l'Aigle Noir de Florent Pagny (ici si vous avez le courage d'entendre un mec brailler).
Je me suis demandée ce matin quelle était ma chanson préférée de Barbara et même si ce n'est pas la mieux construite, même si ce n'est pas le plus beau texte, c'est celle-là... parce qu'on n'a jamais aussi parler d'attente de l'être aimé. Et si mon beau-père n'avait pas eu le même prénom, j'aurais bien mis celui-là dans ma short list pour le Poussin.
J'ai pas eu le courage d'ouvrir certains liens... Pour les autres, et la suite dans les idées, merci Doudette.
RépondreSupprimerAh oui, moi aussi je n'aime pas l'aigle noir. Mais beaucoup "il pleut sur Nantes", et "A chaque fois qu'on parle d'amour" parce que je la trouve très vraie. :)
RépondreSupprimerSi vous aimez Barbara, lisez cette biographie très pointue et très juste de Valérie Lehoux, qui a bien connu la dame et en parle fort bien, sans mièvrerie mais replaçant dans leur contexte et donnant un nouveau jour à de nombreuses chansons. Dont Nantes, bien sûr (précision: je n'ai pas d'actions sur le bouquin-pavé !!!)
RépondreSupprimerJ'avoue je connais mal les chansons de Barbara, je connais mieux la femme et son histoire mais quand je l'entends je suis émue...
RépondreSupprimertu as 2 énormes points communs avec mon collègue et ami parrain de ma fille : Barbara et Madonna!
pareil je connais mal le répertoire mais j'ai encore savouré ton billet :-)
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