Le monde est tout petit et le temps est compressible.
A l'heure où l'on tente de stopper la fusion inexorable d'un réacteur à Fukushima, je n'ai aucune information, aucun scoop, je n'en sais rien, je n'y connais rien.... pourtant les évènements qui se sont produits récemment au Japon ont pour moi une signification particulière tant sur la durée du temps que sur l'étendue de l'espace. E=MC2 mon amour ?
L'espace est une donnée relative
Il y une quinzaine d'année, le Doudou (qui n'était pas encore le Doudou) était en VSNE à Tokyo. Et là, tremblement de terre à Kobé, à quelques centaines de kilomètres de là. Le Doudou va bien mais personne ici, de l'autre côté du globe, ne le sait. Les parents sont paniqués, les frères désespérés, la petite amie en larmes. On imagine le pire. Que sait-on du Japon ? Que sait-on des distances entre Tokyo et Kobé ? Rien ou quasiment rien. L'email balbutie. On fonctionne par fax. Par téléphone. Les lignes téléphoniques sont coupées. On spécule. On regarde les images catastrophiques et catastrophistes à la télévision. Rien de bon, rien de positif à l'horizon. Plusieurs heures plus tard, on saura. On saura que le fils, le frère, l'amoureux va bien, que Tokyo a été secoué mais peu touché. Alors, on s'en voudra d'avoir été aussi inquiets, on regrettera les frayeurs par anticipation... et rétrospectivement on se dira que tout cela n'était rien.
Il y a deux jours, ma copine N. expatriée à Tokyo répondait aux nombreux messages qu'elle recevait sur FB, juste après la première secousse, tandis que, coincée dans les bouchons, à l'arrière d'un un taxi, elle tentait de filer en direction de l'école de ses enfants. Elle affirmait qu'elle allait bien, que tout le monde allait bien, le mari (coincé lui aussi), les enfants. Via son smartphone. Lequel n'avait jamais cessé de fonctionner. Elle nous tenait informée. Nous étions inquiets, bien sûr... comment ne pas l'être ? Mais relativement inquiets. Sans imaginer le pire... sans que notre inconscient rejoue une scène d'apocalypse comme on en voit dans certains films et qui s'inscrivent durablement au fond de nos rétines virtuelles.
Le temps est une donnée relative
N., ca fait des années que je ne l'ai pas (re)vue. Elle vit loin, une fois elle est en Chine, une autre fois au Japon, au gré des affectations de son époux. Je vis ici. On correspond par email. On se suit sur FB. On a été très amies. Et on l'est encore. On ne se le dit pas tous les jours. On ne le pense même pas tous les jours.
Mais avant-hier, quand je l'ai su à Tokyo, si loin, j'ai réalisé qu'elle comptait. Que je ne voulais pas qu'il lui arrive un pépin. Ni à elle, ni à son homme, ni à ses enfants que je n'ai jamais rencontrés.
Et le temps s'est contracté en un rien de temps.
Ce matin, j'ai pensé à celui qui il y a une dizaine d'années m'expliquait qu'il travaillait à une thèse sur la rupture des métaux... pour savoir quand une centrale nucléaire atteignait un point de rupture. Cette conversation a plus de dix ans et elle raisonne étrangement aujourd'hui, tandis que les informations circulent au compte-gouttes sur ce qui se passe là-bas...
Certaines conversations anciennes sont terriblement actuelles.
Le monde virtuel a réinventé l'espace et le temps
Et ce qui est d'autant plus surprenant, c'est que ma copine N., sans qu'elle le sache, est devenue le centre de mon monde depuis quelques jours.
Bien sûr, il y a son expérience Tokyoïte... mais il y a aussi notre vie parisienne, cette vie futile et si présente. La veille du jour où, par sa seule localisation géographique, N. est devenue le phare de mon monde virtuel, je parlais d'elle sur twitter à des gens qui ne la connaissent pas. Je crois n'avoir jamais évoqué son existence avec quiconque auparavant. Or, l'un de ses proches amis est à l'origine du film dont on parle ici (film dont le synopsis semble en soi un condensé de relativité de l'existence)... Plusieurs de mes twamis ont vu ce film, l'ont aimé. Et du coup, j'ai parlé de lui que j'avais croisé il y a 15 ans... et d'elle.
Et le lendemain, N. faisait la Une !
La vie est relative
A l'heure où j'écris ces lignes, N. et ses enfants sont dans un avion pour Singapour, parce que le principe de précaution est de mise. Je pense à elle qui n'imaginait sans toute pas il y a 48 heures qu'elle devrait plier bagage et s'éloigner de tout ce qui faisait sa vie quotidienne, son mari, sa maison, son travail....
Ce matin, je veux lui dédier ce billet...
A toi, N., et à tes proches. Parce que ces quelques pensées lancées sur la toile te parviendront où que tu sois et pour toi, elles seront à la fois locales et immédiates.
(et non, malgré la pression publique, je ne prierai pas pour le Japon. Je ne prie pas. Jamais. Je préfère écrire).
Tiens j'ai eu la même pensée pour mes copains parti vers l'Asie. J'en étais à regarder la mappemonde pour repérer Singapore et Tokyo. ouf c'est si loin pour eux et eux de nous.
RépondreSupprimerOui, c'est loin... et pas si loin finalement.
RépondreSupprimerUn beau billet... Et que dire de plus sur ces événements bouleversants.
RépondreSupprimerPar ailleurs, un merci à Instagram qui, finalement, me permet de découvrir ton blog, en lien avec le mien si tu le veux bien aussi.
Une copine-blogueuse-lectrice est là-bas. Je corresponds parfois avec elle. Je l'imaginais tout près de chez moi. Pas dans ma campagne, non, mais un peu plus loin... et puis, comme tous les jours, je vais sur son site voir le dernier billet qu'elle avait écrit... et là, stupeur ! j'apprends qu'elle est au Japon depuis 6 mois.
RépondreSupprimerSi près et si loin !
Encore un très beau billet, tout en réflexion et en émotions.
RépondreSupprimervraiment très chouette ton billet, on a tendance à dire que le web éloigne les gens, les éloigne des rélations humaines vraies. Je crois qu'il n'en est rien. Il cré des relation humaines éloignées. Avec des gens qu'on a deja vu, ou pas. Depuis le seisme je suis sur twitter des expats au Japon. eux ne me suivent surement pas, peu importe. certains ont pu prendre des avions pour la france, et ça me rassure. c'est con, mais c'est comme ça.
RépondreSupprimer@ otli : merci :)
RépondreSupprimer@ Syl : j'espère que ta copine va bien.
@ Isa : merciiii !
@ Juju : oui, je crois aussi que le net rapproche les gens...
J'ai su tout à l'heure qu'elle était rentrée en France. Ouf ! Mais les autres ?
RépondreSupprimerTous les être qui me sont le plus chers après mon homme et ma fille, sont là bas. Quand j'ai appris la catastrophe, je n'avais ni télé, ni pc, ni téléphone.
RépondreSupprimerMa meilleure amie, mon papa du Japon, mes amis, mon premier amour...
J'ai du galérer pour trouver un cybercafé dans une cité improbable de Rennes...pour juste envoyer un message dans le vide, en espérant qu'au retour je pourrais lire les réponses...