Et pendant plus d'un an et demi, je suis restée prudente face à ces outils que j'utilisais par ailleurs beaucoup. Anonymat total, aucune rencontre IRL (rappel pour mon papa IRL = In Real Life), je voulais que mes vies restent aussi cloisonnées que possibles.
Or, pour pouvoir se dédoubler ainsi, il faut être schizophrène, ce que je ne suis pas... (mais le saurais-je en même temps si je l'étais ?) A ma connaissance, chacune de mes identités sait quelles sont les autres, elles se croisent, se parlent, ne sont qu'une seule et même grosse boule d'énergie. Et de l'énergie, il en faut pour être moi ! D'ailleurs il en faut également pour se frotter à moi, le Doudou s'il n'était aussi discret, pourrait vous en causer des heures durant.
C'est que c'est compliqué d'être moi, parce que, pour saisir toutes les subtilités de la Doudette, il faut pouvoir saisir toutes les facettes de ma personnalité:
- la @_doudette de twitter,
- celle de ce blog,
- la femme du Doudou,
- la fille de mes parents... et être la fille de mon père est tout autre chose que d'être celle de ma mère, voyez vous : essayez de parler de rugby avec ma mère serait peine perdue tandis qu'évoquer les méandres tortueux de ma famille maternelle avec mon père entraîne des soupirs d'exaspération que même toi, là, qui n'a jamais rencontré mon père, tu saurais que ça l'ennuie presqu'autant qu'une Finale du Top 14 entre Montpellier et Toulouse,
- la maman des poussins, sur laquelle je ne m'étends pas vu que tu en as une illustration ici-même jour après jour,
- la copine qui ne sait plus trouver le temps de voir ses vieux amis et s'en veux (mais s'en veux, oui, là, toi, tu ne peux pas savoir combien je m'en veux, na !),
- la lectrice qui te rappelle que, si tu ne l'as pas lu, il est encore temps pour de découvrir l'ensemble du Quatuor d'Alexandrie et ce malgré l'adaptation pitoyable qui en avait été faite au Festival d'Avignon il y a une dizaine d'années,
- la féministe, parce que putain, les gars, vous n'avez encore rien compris à rien !
- l'anti-cléricale qui trouve toujours le moyen d'avoir plein d'amis non seulement croyants mais pratiquants (et ce quelle que soit l'époque de ma vie et la religion desdits pratiquants, va comprendre Charles !),
- la bosseuse ambitieuse qui ne veut pas pas trop travailler, parce que le travail, c'est la santé mais faut pas trop en abuser,
- la bordélique (tu verrais mon bureau, tu hurlerais) capable de te retrouver un email envoyé il y a dix ans rien que par le pouvoir d'une mémoire à la pointe de la technologie mnémotechnique,
- la citadine qui n'aime rien tant qu'arpenter le macadam mais se transforme le vendredi soir venu, en fermière qui s'en va cultiver ses tomates au soleil,
-la comédienne frustrée, nul besoin d'en ajouter,
- la fille qui avait dit qu'elle n'aurait jamais d'animal parce que bon, le chien des parents, fallait toujours quelqu'un pour le garder et que les bestioles, c'est un fil à la patte et puis ça meure et on est pleure... et qui se retrouve la maîtresse gâteuse de Fili,
... et toutes ces autres dont je ne parle pas ici mais qui sont moi, moi et encore moi.
Du coup, parce que je suis tout ça et plus encore, j'ai du me rendre à l'évidence : faut assumer.
Et progressivement, j'ai commencé à rencontrer des gens du dedans de l'ordinateur en dehors.
Ca m'a plu.
J'ai continué.
Ca m'a replu.
Et voilà-t-y pas que la semaine dernière, à la suite d'une boutade lancée sur twitter un midi de pause, je me suis retrouvée à organiser un apéro des juristes de twitter. On s'est retrouvé à une vingtaine, un lundi soir, dans un bar, à picoler des mojitos et grignoter des rondelles de saucisson. Il en avait pour tous les goûts, des jeunes qui sortaient de la fac, des anciens comme nous qui avaient roulé leur bosse, des avocats, des juristes d'entreprise, un professeur d'université, des étudiants.
J'ai adoré cette rencontre. Parce que les juristes entre eux, une fois qu'ils ont épuisé les deux blagues encore originales sur la rescision pour lésion, ont a peu près autant de choses juridiques à se raconter qu'un boucher et une boulangère ont de points communs. Ça travaille dans la même grand rue mais la clientèle, c'est pas forcément la même et les soucis, ma bonne dame, ce sont les soucis de tout le monde, tu vois.
Oh, je sais que je te déçois, toi qui crois pouvoir obtenir un conseil gratuit de tout juriste que tu croises en soirée ou à l'hôpital. Oui, lecteur septique, même à l'hôpital, alors que tu pousses ton dernier râle, il y a un gars pour te demander, sucre et miel Ah, z'êtes avocat, alors, vous savez ma belle-soeur, son mari... et tu sais que t'es foutu ! D'ailleurs, toi qui quémande un conseil gratuit, choisis bien ta cible : sache qu'un juriste en droit social connaît à peu près aussi bien la procédure pénale française que la formule de quadrature du cercle. Et si tu tentes d'évoquer ton prochain divorce entre la poire et le fromage avec un spécialiste du droit bancaire, je crains qu'il ne puisse rien faire d'autre que de t'expliquer comment planquer ton argent en suisse avant qu'il ne soit trop tard.
Bref, on a parlé de tout sauf de droit. Et c'était bien. Les enfants. La famille. Religion, car c'est une constante, la religion, partout où je passe, ce qui tend à confirmer comme l'a dit je ne sais plus qui, que le XXIème sera religieux ou ne sera pas. Twitter. Le net. Et donc les-enfants-twitter-et-le-net (en bloc). Le féminisme. La nationalité. La préfecture. Toi, moi, eux... argh ! non, pas Grégroire !
Une bien belle soirée.
Et le lendemain, rebelotte, encore une soirée.
Soirée de geekettes cette fois-ci. Car en plus d'être tout ce que j'ai dit que j'étais là haut, je suis aussi une geekette. Je me passionne pour des tas d'outils que je ne sais pas faire fonctionner, ce qui m'oblige à hurler de désespoir les mots magiques Doudou, ca maaaaaaaarche paaaaaaas ! environ une fois toutes les six semaines.
Et pour les geekettes, il y a la Girl Geek Party organisée par Game On Girls et la délicieuse Sandrine Camus. Pour tout savoir sur la GGP (oui papa, c'est un acronyme, je te laisse deviner de quoi), toi, lecteur curieux, tu iras voir les blogs des copines, ceux de Nipette, The Parisienne, ou Mamzelle CarnetO par exemple. Parce que tu l'auras noté, ce n'est pas le sujet de ce billet, la GGP.
Encore que.
A la GGP, il y avait les copines blogueuses, celles que je côtoie sur le net tous les jours, avec lesquelles je partage les bobos des enfants, les ras le bol passagers, les fous-rire, les énervements. Elles en savent finalement beaucoup sur moi, sur mon quotidien, les copines du monde virtuel. On se soutient entre filles du net, entre mamans du net. On se refile les bons tuyaux. On s'aperçoit que nos enfants sont normaux et non trop petits, trop grands, trop maigres, asociaux, trop sociables, insolents, isolés, isolants. Quand on compare, on a tous les mêmes à la maison. On s'attache à ces copines là. On est contente de les retrouver le soir, quand les enfants sont couchés. Et c'est souvent plus faciles d'échanger avec elles, sur twitter ou ailleurs, qu'avec nos amies de la vraie vie, qui ne sont pas sur la toile et qu'on a peur de déranger si on appelle un peu tard .
Les voilà mes copines (enfin quelques unes). Elle sont mimi, hein ?

Si vous avez envie de faire leur connaissance virtuelle, allez voir leurs blogs. Toi qui sait compter, tu auras constaté de toi même : il y a effectivement plus de noms que de personnes sur la photo mais c'est que j'avais plus de copines que ça à la GGP, voyons, et ça t'évitera de demander qui est qui:
Bonbons Bisous
La fille de 73
Les pensées de Manu
Mamzelle CarnetO
Ma Poussette à Paris
Marjolie Maman
Mon blog de Maman
Nipette, le blog
Sandra (dans tous ses états)
The Parisienne
Un blog, une maman
Et la GGP, c'est aussi un moyen d'accueillir de nouveaux membres dans la famille. Voici notre petit lapin, commandé par le Doudou juste après que je lui en ai vanté les mérites en rentrant de la GGP, où Lapinou faisait le show. Il faut désormais lui trouver un nom... et le faire fonctionner car il ne reconnaît pas notre réseau et là, le Doudou s'arrache les cheveux.
Moi, je craque totalement pour ses oreilles rouges...
Il est contrariant ce lapin non mais!
RépondreSupprimerla comédienne frustrée, j'avais pas cette info ;-)
Alors ça fait quoi d'assumer?
Excellent billet... et bonne question. Moi je cloisonne beaucoup entre mes amis "de la vraie vie", mes collègues et mes amis virtuels. Je ne suis pas encore passée au stade où j'assume...
RépondreSupprimerInfo majeure: je ne suis pas sur la photo :) J'aime bien ton récit, ultra personnalisé... J'en connais désormais beaucoup plus sur toi ! A bientôt, IRL :)
RépondreSupprimerQuelle vie ! Bah moi j'en connais 2 sur la photo. Joli billet ;)
RépondreSupprimerah oui, bravo ! moi aussi je trouve que réconcilier toutes ces facettes c'est pas simple !
RépondreSupprimeret je ne t'ai pas dit, mais tu auras reconnu au magnifique déguisement que tu as essayées à la #GGP mais tu es sur le dessin de "que mange-t-on à une soirée de filles" !
très sympa ton billet.... je t embrasse fort ma Doudette
RépondreSupprimerTrès touchant ce billet!!! Je suis ravie de t'avoir rencontrée , j'ai hâte de rencontrer Ton adorable cavalier KC maintenant...oui, oui je craque mais ça, ce sont les photos sur Instagram ;-)
RépondreSupprimerTu crois qu'on peut mettre en relation mon Rabitoc et ton lapin. Et qu'ils pourront causer comme nous on le fait depuis déjà tout ça ! Je ne fais que m'extasier devant la force de ses relations IRL. Merci les copines pour cette chouette soirée !
RépondreSupprimerc'est vrai que c'est chouette mais parfois déconcertant toutes ces vies parallèles :)
RépondreSupprimerSympa !! je vais faire un lien vers ce billet, il est très bien !
RépondreSupprimerC'était une chouette soirée. toujours ravie de voir ton sourire !
RépondreSupprimertwitter et blogosphère : inconnus il y a 2 ans ?! Et bien pour moi aussi figures toi ;) Et maintenant, je ne peux plus m'en passer :)) A bientôt !
RépondreSupprimerC'est joliment raconté ces rencontres :)
RépondreSupprimerIl em semble à te lire que tu n'es pas si "puzzle" que cela, mais bel et bien un joli ensemble !!!
RépondreSupprimerEt pour les copains du dedans passés au dehors... je dis oui aussi et depuis de nombreuses années déjà ! Après tout, on nous offre des moyens de comm. autant s'en servir (et pas que pour des nouilleries - et encore, rire fait tant de bien - surtout tenter d'en rajouter aux trucs moches).
Il me semble reconnaître ce petit lapin ;)
Merci pour tous vos commentaires et gentils mots. Comme je le disais, il y a vraiment une famille d'amis virtuels devenus bien réels et c'est toujours un plaisir que de voir tout le monde dans le monde du dehors.
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