Or, le billet énervé est polémique.
Te voilà averti.
Je te donne les faits. Les faits bruts de décoffrage. Et tu pourras donner ton avis, lecteur avisé. Tu pourras même crier au scandale. Mais non, je ne tente pas d'influencer ton jugement. Cela dit, quand même, hein, quand tu auras lu les faits, rien que les faits, tu ne pourras qu'être énervé aussi.
Donc les faits.
Dans un quartier de Paris intra-muros - un quart bobo, un quart populo, une moitié logement social - se trouve une école primaire. Le genre d'école dans laquelle étudiait mon papa après-guerre, toute en briques et pierre de taille. Une école mixte dont le fronton arbore fièrement Ecole de Garçons en lettres capitales. A l'entrée, une plaque, rappelant que plusieurs enfants de cette école ont été raflés à une époque pas si lointaine.
Dans cette école, travaillent onze instituteurs, qu'on a technicien-de-surfacé en professeur des écoles. Pour chapeauter ce petit monde, une directrice, laquelle se présente toujours comme la collègue des onze autres et ne manque jamais de sous-entendre que les restrictions budgétaires, la suppression des enseignants spécialisés, le rationnement des psychologues, tout cela mis bout à bout n'est pas ce qu'elle préfère mais que bon, elle est fonctionnaire et donc tenue à un devoir de réserve qui ne lui permet de s'exprimer pleinement.
C'est une école normale, deux classes par niveau. Les enfants y sont bien. Le fait que le collège du quartier jouxte cette petite école laisse imaginer une proximité pédagogique qui devrait permettre à nos enfants de grandir sereinement. Bref, c'est une école où les parents sont heureux d'inscrire leurs enfants.
Enfin, sont heureux...
Etaient heureux, devrais-je écrire.
Car soudain, on t'annonce comme ça, dans un couloir, parce que tu es élue des parents d'élèves, que pour l'année 2011-2012, l'école sera en travaux.
Tu ne t'affoles pas, tu te renseignes et tu apprends:
- que les travaux commenceront cet été dans les classes mais que, après, ça se fera derrière, là où il avait la salle de musique, le réfectoire et la seconde cour;
- que normalement, les travaux dans les classes seront finis à la rentrée,
- que les travaux continueront toute l'année mais que en principe ça ne devrait pas trop faire de bruit,
- qu'on ne pourrait plus utiliser la seconde cour mais qu'on pourrait alterner les récréations comme plein d'autres écoles le font, même si les enseignants n'aiment pas, à cause du bruit (dont on t'a dit qu'il ne devrait pas y en avoir, rappelle-toi),
- que les CM1 et les CM2 iraient déjeuner dans une autre école un peu plus loin dans la rue, à 30 numéros de là, parce qu'on ne pourrait pas les accueillir vu qu'il n'y aurait plus qu'une seule cour,
- que si tout va bien, on devrait détruire le réfectoire et le désamianter pendant les vacances de Pâques 2012 pour le reconstruire pendant l'été 2012,
- qu'on pourrait en principe implanter un réfectoire de fortune pour la fin de l'année dans l'immeuble reconstruit derrière la deuxième cour,
- que, comme de bien entendu, il y aurait un chemin balisé pour traverser les travaux et atteindre le réfectoire.
Comme tu t'inquiètes du nombre de normalement et en principe prononcés à chaque phrase, tu te rends à la réunion d'information avec les élus, l'inspection, les représentants des architectes, la caisse des écoles, l'entrepreneur et les instituteurs.
Et là, tu réalises:
- Que pour 4 instituteurs présents, tu as une bonne vingtaine de représentants de différentes administrations, toutes plus ou moins liées à l'éducation nationale, à l'école, à ses murs, sa cantine, son exploitation, tous reportant à des branches plus ou moins autonomes de l'Etat français et rémunérés par ce dernier.
Non, non, non, il n'y a pas de mammouth, c'est juste une vue de l'esprit, comme dirait l'autre.
- qu'à chaque question que tu poses sur le calendrier des travaux, on te dit qu'on sait exactement ce qu'on fait mais que bon, certaines phases vont dépendre de l'avancement qui sera revu au jour le jour,
Si tu traitais tes projets professionnels comme ça, sans en rendre compte à tes principaux clients, y a longtemps qu'on t'aurais mis un carton rouge mais faut croire que le parent d'élève-contribuable-électeur n'est pas suffisamment important ou intelligent pour qu'on daigne lui fournir le moindre détail.
- Quand tu t'inquiètes pour la rentrée 2011 et que tu demandes, candide, s'il y a un plan B au cas où les travaux dans les classes ne seraient pas terminés comme prévu, on te répond qu'il n'y a pas besoin de plan B, que tout est sous contrôle,
A Fukushima aussi, ils avaient du oublier le plan B !
- Quand tu demandes si des petites vacances pour un désamiantage, même s'il n'y a pas beaucoup d'amiante, c'est pas un peu optimiste, on te répond que les enfants ne risquent rien, ce sont les ouvriers qui trinquent,
Et le nuage de Tchernobyl s'est donc arrêté aux frontières...
- Quand tu t'interroges sur la hauteur des palissades pour permettre aux enfants de traverser le chantier et d'aller au réfectoire, on t'explique que c'est un détail et on te demande si tu ne veux pas la couleur aussi ?!
Et mon poing dans la tronche, petit architecte, tu veux en voir la couleur ?
- Quand tu émets l'hypothèse que les CM1 et CM2, au lieu de traverser deux rues pour aller dans une autre école primaire, aillent déjeuner au collège voisin, on t'explique que cela ne dépend pas des mêmes administrations et qu'il faudrait remonter jusqu'au ministère pour en discuter et que, de toutes façons, l'administrateur du collège est contre.
Là tu réalises que Kafka n'est pas tout à fait mort et tu commences à sentir les poils se hérisser sur tes bras sans que tu puisses rien contrôler.
- Quand tu demandes pourquoi on ne peut pas étaler un peu plus dans le temps les travaux pour moins déranger les enfants et les enseignants, on t'explique doctement qu'à l'origine, ces travaux étaient prévus pour s'étendre sur 24 mois mais que ça les aurait fait se terminer après la fin de la campagne pour les élections municipales.
Et c'est alors que tu comprends ce que vendre son bilan signifie et tu te demandes si finalement tu vas vraiment voter pour l'équipe en place, même si les Vélibs c'est sympa.
- Si tu oses demander confirmation que tout est bien bouclé, que les intervenants sont prêts et qu'il n'y a donc pas matière à mauvaise surprise, on murmure, à peine audible, que l'école de repli pour le déjeuner des grands doit encore approuver deux classes sur les quatre et que, l'entrepreneur venant d'être choisi, il lui reste encore à sélectionner ses sous-traitants pour être opérationnel avant l'été.
Et toi tu sais que sous-traitant + marché public = temps + argent... ouh là là on n'est pas rendu... mais tu ne dis rien parce que Madame le Maire de l'arrondissement juste derrière toi se tient la tête entre les mains, les yeux fermés en dodelinant, au bord de l'implosion.
La réunion se termine, on n'est pas plus avancé mais au moins, on a râlé, ça nous a soulagé. On sait que l'équipe pédagogique est excellente et, comme ce n'est qu'une année de galère à passer, on leur fait confiance.
On se demande cependant s'il ne faut pas mettre par écrit toutes nos interrogations, on temporise, on hésite... et c'est alors que l'administration lance la seconde salve.
Et si on en profitait pour supprimer une classe dans l'école ?, se demande l'inspection d'académie.
Avec les travaux, il y a eu moins de demandes de dérogations et du coup, on est sous les seuils. Je ne suis par certaine d'avoir tout compris au calcul des seuils, lecteur matheux, parce que c'est pas simple mais, en résumé, si tu enlève une classe dans l'école et que tu obtiens un moyenne de moins de 28 élèves par classe à effectif constant, t'es foutu.
C'est l'occasion idéale pour supprimer un poste dans cette école.
Et là, je vois rouge.
Cette école de mixité sociale, prise en étau entre OPAC et foyers sociaux est un difficile équilibre entre enfants de bobos à vélo et maison de campagne et enfants dont les parents ne parlent pas français et sont parfois en situation irrégulière. C'est une école qui apprend la démocratie et la différence à nos enfants.
A-t-on vraiment envie de voir tous les bobos filer dans l'une des deux écoles privées à 500 mètres de là ? On pourrait le faire, voyez vous, en mettant un voile pudique sur le fait que ce sont des écoles confessionnelles et en compensant leur prosélytisme par une contre-propagande renforcée au moment du déjeuner dominical. Et certains se posent sans doute la question à l'heure ou j'écris ces lignes. Parce que trop, c'est trop... Quand Maurice pousse le bouchon un peu trop loin, y a la moutarde qui monte au nez de la mère de famille.
Des travaux lourds dans l'école, avec 25 ou 26 élèves par classe, c'est sans doute gérable. Mais avec 30 morveux qui courent au milieu des gravats d'amiante, c'est nettement moins évident.
Sur cette vision d'apocalypse, je pense qu'il est temps de constater que le problème de l'éducation nationale n'est pas le front-office (dans cette histoire, les enseignants sont impeccables) mais un back-office qu'il faudrait penser à réformer sérieusement pour cesser l'amateurisme, le corporatisme et le double, voire le triple niveau de décision. Supprimer un fonctionnaire sur deux, c'est sans doute nécessaire mais...
Touche Pas à mon Prof !
@ Doudette je ne saurais dire si je partage ta colère ( je suis célibataire et j'ai donc plutôt échappé à l affrontement avec l Administration de l éducation Nationale y
RépondreSupprimerOn va juste dire que, à ma place confortable, je comprends.
Il y a un souci sur la place à accorder à la parole des usagers des services Publics
qu'il faudrait bien aborder a un moment
Pour autant, avec la manie d'ergoter j'ai un souci avec la "" comparaison "" avec Tchernobyl ou fukushima.
Je trouve que ceci donne un cote excessif a ton propos, qui n'en a nul besoin.
Sinon je ne partage pas la phrase de conclusion sur non remplacement d'un fonctionnaire sur deux ( mais bon tu devais sans doute deviner )
Et sinon quand tu es en colère tu envoie du bois toi!
Amitiés
@JP.Guedas => comme je le disais ailleurs, j'aime les raccourcis faciles et qui font causer :-) Cela dit, je ne suis pas certaine qu'exposer nos momes à de l'amiante soit une bonne chose, quelle que soit la quantité...
RépondreSupprimerQuant au non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux, on pourra discuter longtemps des causes et des moyens mais c'est un fait : il n'y a plus de sous dans les caisses ce qui oblige 1. à faire des économies et 2. à trouver des sous (quadrature, cercle, toussa)...
J'ai bien dit que je comprend l indignation donc sur l amiante ouais c'est nawak d'y exposer des enfants.
RépondreSupprimerCeci dit j'ai du mal avec la comparaison. Mais bon en général j'ai du mal avec bon nombre de comparaisons.
Donc c'est peut être juste moi.
Ceci dit sur le gros clivage.
Entendons nous au moins sur le désaccord. Je ne suis pas contre que l on examine administration par administration s'il y a manque ou trop plein de fonctionnaires.
Mais plaquer ce dogme du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux sans saisir les réalités aboutit a des non sens
Je m excuse de sortir du cadre de l Education Nationale pour t emmener sur 1 autre.
J'assistais a 1 Conseil municipal à Locminé. Le colonel de Gendarmerie expliquait aux conseillers municipaux présents que les faits de délinquance avaient baisse dans le département mais que par contre
les effectifs allaient monter ( pendant qu'en Seine Saint Denis ). J'étais seulement spectateur, me suis contenté de pouffer intérieurement. Ceci n'est qu'un exemple, presque une anecdote. Mais je constate que la répartition se fait en ignorant à ce point les besoins...
Et sur les économies ... On connaît tous deux les chiffres du déficit. On peut saluer
Les efforts pour le maitriser à coup de réduction des effectifs
La bonne nouvelle c'est qu'ils vont avoir une école toute neuve. La mauvaise, c'est qu'elle sera toute neuve quand ils entreront en 6° si ça se trouve !
RépondreSupprimerLes fermetures de classe sont vraiment la gangrène des petites écoles car ensuite, il faut atteindre un seuil énorme pour les réouvrir. Dans nos villages, on commence à se demander si on ne va pas devoir fusionner plusieurs villages. Donc, faire perdre son âme à un village sur deux. Dur !
Bon courage, j'ai vécu tout ce que tu racontes avec en plus la création d'une classe de collégiens en hyper difficulté (en gros tous les super cas d'un demi département) au milieu d'une école maternelle + primaire. Ca ne gênait personne que les ados (difficiles donc) mangent avec des petits de 3 ans ni qu'ils partagent la même cour de récré, les mêmes toilettes toussa toussa. Le public j'ai donné 8 ans, je suis passée au privé. (qui n'est pas non plus la panacée mais trop c'était trop)
RépondreSupprimerC'est à peine croyable qu'on applique les mêmes règles pour la suppression de classes alors que l'école est en travaux, donc déjà très perturbée.. bon courage.
RépondreSupprimerJe verrai bientôt si c'est mieux en Angleterre...
Compassion Doudette !
RépondreSupprimerQue dire... j'ai la réunion demain matin et bien entendu je vais poser des questions... l'entrée en CP me fait encore plus flipper qu'elle ne devrait... ils sont graves de chez grave et ça ne va pas s'arranger malheureusement.
RépondreSupprimer@Carole Nipette : Fais confiance à 2 personnes, la maîtresse du CP et ta fille! Tout ira bien :)
RépondreSupprimer@Doudette :
- Une directrice n'est pas la supérieure hiérarchique mais une simple collègue.
- Elle est en effet tenue à un devoir de réserve.
- J'étais institutrice, élève de l'Ecole Normale, et j'ai dû à 40 ans passer un concours interne pour obtenir le titre et le salaire de Professeur des Ecoles...
- Les travaux dans une école, c'est toujours la galère et l'incertitude...
Et les travaux ne seront pas finis à la rentrée, c'est certain
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