jeudi 11 août 2011

Chronique d'un krach annoncé

Tandis que la France et une partie non laborieuse du reste du monde vit une torpeur alanguie, à la recherche d'un soleil paresseux qui a bien trop chanté au printemps, il est possible que le monde soit en train d'imploser.

Les rumeurs de krach boursier bruissent les réseaux sociaux et attaquent les unes des quotidiens.

A l'extrême gauche, à l'extrême droite, dans toutes les grandes démocraties, on se réjouit de la catastrophe à venir, à la fois espérée et (un peu quand même) redoutée, qui pourrait permettre l'avènement du Grand Soir. Les plus fervents capitalistes s'interrogent : le bateau tangue, comment le maintenir à flots, qui a le remède miracle ? Ce que les leaders du monde capitaliste aimeraient voir surgir à cet instant serait la preuve qu'il existe un complot international destiné à diriger l'humanité. Isn't it ironic, Alanis ? Ça leur simplifierait la vie s'il y avait quelque part un petit groupe d'hommes et de femmes capables, en un instant, d'infléchir le cour du monde... et du Dow Jones. Hélas, le navire semble sans capitaine, voguant au fil de l'eau et des rumeurs... A moins qu'il n'ait trop de skippers et pas assez d'équipiers, qui sait ?

Mon employeur et celui du Doudou ont le cours de bourse qui yoyotte et, à trop les regarder se balancer, on en a le mal de mer. On imagine les dirigeants des gros groupes cotés, revenus dans l'urgence de leurs vacances aoûtiennes, à New-York, Rio ou Bombay... Ils sont si seuls dans leur immense bureau d'angle ou dans leur minuscule cubicule d'open space (question de politique RH, la taille du bureau ne faisant rien à l'affaire). On les sent proches à la fois géographiquement et humainement de ceux qu'ils font vivre et cependant très loin de leurs préoccupations. On les observe, s'arrachant les cheveux discrètement. Il ne faudrait pas pour eux que leur impuissance, leur désoeuvrement, leur incapacité à prévoir l'avenir soit trop vite repérés par des juillétistes suspicieux, de retour de congés, reposés et alertes, qui savent dans un regard déceler la panique.

Je ne connais rien (ou presque) à l'économie boursière.

Je suis d'un naturel optimiste. Je ne crains pas la gabegie... mais... je suis également la plus grande control freak de l'univers. Si, si, c'est moi ! Je veux TOUT contrôler, tout anticiper. Et donc - dans la quasi impossible et à tout le moins improbable hypothèse où nous sombrerions dans un chaos digne d'un roman d'anticipation comme on en écrivait en pleine Guerre Froide - je ne pouvais rester les bras ballants à regarder ma fille sur sa balançoire monter, descendre, monter, descendre, monter, descendre, tel le cours de bourse des sociétés du CAC40.

J'ai donc tout prévu.

Si jamais le monde que nous connaissons s'écroulait, si le Krach annoncé devenait plus qu'une Arlésienne, je dois vous l'avouer, j'ai un plan B.

Un plan de campagne.

D'abord je profiterai de la fin du monde connu pour récolter les fruits d'un travail mérité et toucherai un petit pactole dans le cadre d'un plan de licenciement économique négocié au crépuscule des temps anciens. Ensuite, je vendrai mon appartement parisien à ceux qui, dans les temps secoués, sauront profiter de la misère humaine pour faire fortune. Je rembourserai alors le peu d'emprunt qui me restera sur la maison de campagne. J'achèterai enfin à un marchant ambulant de livres devenus anciens quelques manuels de bricolage...

Et s'ouvrira alors le premier jour de ma nouvelle vie : je filerai m'installer à demeure dans ma campagne.



Je suis une fille des villes. Une fille de la cité. Je vis derrière un ordinateur. Je ne conduis pas. Je ne suis pas manuelle pour deux sous. Je suis bordélique, j'ai tout dans la tête et rien par écrit. J'ai besoin de débats, de livres, de films. Il faut nourrir mon intellect, plus que mon ventre, qui a est déjà suffisamment rebondi comme ça.

Et pourtant, je crois que je pourrais m'acclimater à la vie des champs.

J'aime jardiner, j'aime cuisiner. Mais uniquement à la campagne, parce que la cuisine est grande et que la cuisinière est au gaz. J'ai moi-même repeint de mes petits mains, sur mon grand escabeau très très haut qui me donnait le vertige, la cuisine, une partie du salon et j'ai seule réhabilité une pièce extérieure pour en faire une salle de jeu pour les enfants. Je me sens chez moi loin de la ville. Un PC ou un Mac me suffisent désormais pour papoter avec des gens du dedans de l'ordinateur qui me sont devenus proches.

Il y a dix ans, si on m'avait dit que j'allais changer de vie, recommencer à zéro, repartir de rien, j'aurais paniqué. J'aurai hurlé de désespoir. J'aurais sans doute pleuré d'impuissance et vécu des heures d'insomnie terribles entre 3 et 6 heures du matin, à l'heure où la nuit se transforme en jour et les peurs en angoisses. J'aurais vomi mes tripes, physiquement comme à la veille des examens à l'université. J'aurais passé des heures allongée sur un divan à décortiquer les raisons de ce malaise auprès d'une dame payée pour cela qui aurait ponctué mes tentatives d'explications de hum hum rassurants.

Aujourd'hui, même si j'espère ne pas avoir à le faire, je crois que je serais capable de tout recommencer et ce, pour plusieurs raisons:

1. je ne serai pas seule. Quand on a une famille et qu'on avance ensemble, on peut tout accomplir. Réussir, jour après jour, à construire et maintenir une famille unie, élever des enfants, les aider à grandir, à devenir des petits hommes, c'est une tâche nettement plus ardue que de se réinventer une vie sociale et professionnelle. Si tu n'as pas décrypté à force de tendresse et de fermeté les angoisses nocturnes d'un enfant de 7 ans introverti et affolé, tu ne peux pas savoir ce dont tu es capable.

2. Je suis moins attachée au paraître qu'à vingt ans. A travailler chez moi, loin du triangle d'or parisien, il m'apparaît de plus en plus qu'il est plus important d'être quelqu'un en conformité avec soi-même, quitte à être vu comme un original asocial, que quelqu'un qui a réussi. Peut-être puis-je me permettre d'affirmer ainsi que la réussite sociale m'importe peu parce que j'ai n'ai plus rien à (me) prouver. J'ai eu et ai encore une belle carrière professionnelle. Je sais ce dont je suis capable dans ce domaine. J'ai eu les moyens de m'offrir de jolies chaussures à semelle rouge, chaussures que je n'ai jamais mises parce que les talons hauts, même à semelle rouge, ça te nique le dos en moins de temps qu'il n'en faut pour faire dix mètres ! Cela serait sans doute différent si j'avais 15 ans de moins et que je n'avais pas eu le même parcours. Aujourd'hui, même si tout s'arrêtait, je pourrais toujours avoir un regard ému sur le passé et me dire ben oui, ça je l'ai fait, c'était un sacré truc, nan ?! avec un sourire de satisfaction.

3. Je suis capable de m'occuper de moi. J'ai longtemps cru que ce n'était pas le cas, qu'il me fallait quelqu'un pour gérer les aspects matériels de ma vie. Je sais désormais que je peux le faire moi-même. Je ne suis pas qu'un pur intellect. Avoir et entretenir une maison de campagne m'a aidé à le réaliser. C'est MA maison. J'en prends soin. Mais ce sont surtout les enfants qui m'ont aidé à avancer. Si je suis capable de m'occuper d'eux, je dois pouvoir prendre soin de moi. C'est quand même plus facile de se connaître soi-même que de deviner ce qui se passe dans la tête d'un Poussin de 7 ans ou d'une Poussinette de 5 ans.

Tout cela pour dire que, la bourse peut bien s'effondrer, l'Angleterre s'embraser, la Chine s'éveiller, peu importe, puisque le Doudou m'aime... et que je suis dans ma campagne. Il m'en faut peu pour être heureuse : le Doudou, les enfants, Fili, le potager et une connexion wifi.

Rien ne peut donc m'atteindre !

5 commentaires:

  1. En ces temps perturbés (et pas seulement d'ailleurs) comme j'aimerais avoir une maison de campagne pour me replier !

    Au lieu de ça, je pars dans quelques jours au front...

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  2. Ca doit être l'approche de la quarantaine, mais le Doudou et les enfants en moins, j'aurais pu écrire le même post :-)

    La sérénité qui vient avec le fait de SE prouver ce dont ont était capable et le fait de se dire que l'on pourrait se remettre de laisser la vie de dingue (même si très agréable) du moment, pour revenir à quelque chose de plus calme (en ce qui me concerne, revenir vers la ville dont je suis partie en courant après mes études), ce sont des thèmes de réflexions récurrents très familiers en ce moment...

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  3. PS: Ca fait tout bizarre d'écrire "l'approche de la quarantaine". Je viens à peine de m'habituer au fait d'avoir plus de 25 ans...

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  4. @ marceletlili bon courage pour la reprise

    @ Besbes : ca va doit être ça, l'approche de la quarantaine... ou alors un besoin d'aller plus lentement et de profiter du temps qui nous reste.

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  5. Tu as super raison.
    En particulier pour la cuisine au gaz.

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